lundi 26 septembre 2016

La méconnue Compagnie Pierre

A la Libération, les FFI champenois, réunis dans la 6e région militaire, ont donné naissance à neuf bataillons (quatre dans la Marne, quatre dans l'Aube, un en Haute-Marne) ainsi qu'à deux compagnies (une dans l'Aube, une en Haute-Marne) et à une section (Marne), toutes ces unités rejoignant l'armée régulière. Parmi ces différents éléments, figure une formation méconnue : la Compagnie Pierre. Elle a été créée après la libération de Bar-sur-Aube (31 août 1944) par le commandant français de cette place, le lieutenant (puis capitaine) Raymond Krugell („Pierre“). Cet Alsacien, grand résistant, évadé du camp de représailles de Lübeck, évadé d'un train de la mort l'emmenant vers Neuengamme, avait alors la responsabilité de quatre maquis et un maquis de parachutage organisés aux confins de l'Aube et de la Haute-Marne. Un de ces maquis, baptisé „Maurice“, était basé en forêt de Blinfey, où avait été implanté un chantier forestier accueillant des réfractaires au STO, essentiellement Parisiens et Haut-Marnais. Avec ces maquis ainsi que des groupes locaux, la Compagnie Pierre rassemble 272 hommes. Elle relève des Commandos M, un groupement FFI aubois rattaché aux services spéciaux britanniques (le SOE) dont le chef militaire était un jeune officier français, le capitaine Maurice Dupont, alias „commandant Yvan“. Durant la quinzaine de jours qui suit sa création, la compagnie participe à la défense de Bar-sur-Aube, au recueil de renseignements demandés par l'état-major de la 3e armée américaine, et elle envoie, le 10 septembre 1944, trois sections participer aux opérations préalables à la libération de Chaumont. Le 28 septembre 1944, le général de brigade Puccinelli, commandant la 6e région militaire, fait faire mouvement à la compagnie, équipée de 27 véhicules, sur Châlons-sur-Marne (quartier Tirlet). Les véhicules appartiennent à un parc auto confié au lieutenant Marcel Charton, 42 ans, de Sommevoire, chef de maquis. Parmi les officiers de sa compagnie cités par le capitaine Krugell, figurent en effet plusieurs Haut-Marnais : le lieutenant Georges Semin, 32 ans, né à Vaux-sur-Blaise, instituteur à Sommevoire, chef de maquis ; le sous-lieutenant Henri Navet, 46 ans, né à Troyes, domicilié à Perthes, chef de maquis ; le lieutenant Roger Ott. L'unité est dissoute à compter du 7 octobre 1944 et donne naissance à la 5e compagnie du III/106e RI sous les ordres du lieutenant Georges (Semin). La section auto est affectée à la 6e compagnie auto, avec le lieutenant Marcel Granjean, de Sommevoire également. Les Commandos M ont en effet donné naissance au Bataillon Mermoz, ou III/106e RI, au sein duquel la Compagnie Pierre constitue la 15e compagnie. Il a été confié au commandant Alfred Hummel, mort accidentellement le 3 novembre 1944, et il fera mouvement le 24 décembre pour la frontière franco-belge, dans le cadre du Groupement de sécurité du Nord-Est mis sur pied après l'offensive allemande en Ardenne. C'est durant leur séjour dans les Ardennes que le 106e RI sera officiellement recréé le 1er janvier 1945, pour être confié au lieutenant-colonel Enet. Quant à Krugell, il est devenu officier d'ordonnance de Puccinelli.. Nous ignorons précisément combien de Haut-Marnais ont rejoint le 106e RI. Mais ils sont plusieurs à figurer sur des clichés représentant des FFI des Commandos M affectés à ce régiment et stationnés dans les Ardennes. Clichés sur lesquels figurent l'aspirant Daniel Hubail, 22 ans, venu de la Compagnie Pierre, l'aspirant Quillet, le sergent-chef Gavant, deux Wasseyens (Marcel Voisot et Eugène Delaire), Bonnefois, Gabriel Colas (de Mertrud), Raymond Joly (né à Parnot, issu du maquis Maurice, affecté à la 15e compagnie), Maurice Rolet, Simonnot, Valère Servet... Jean Cornevin, de Sommevoire, appartient également à cette 15e compagnie.

lundi 1 août 2016

Une image du Bataillon Janson de Sailly à Masevaux

En complément de notre article sur le bataillon Janson-de-Sailly, voici la copie d'une photo reproduite par le journal Rhin-et-Danube (janvier 1989), dans un article consacré à cette unité FFI parisienne écrit par le général Malezieux-Dehon. Ce cliché représente quelques hommes de la 1ère compagnie (capitaine de Fougerolles) rassemblés sur une place de Masevaux, où le bataillon a perdu 45 homme tués ou décédés des suites de leurs blessures, entre le 25 et le 29 novembre 1944
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lundi 14 mars 2016

Transmetteurs parisiens sur le front des Vosges

C'est une unité restée dans l'ombre. Dans les années 90, un vétéran de la 10e division d'infanterie, la "division de Paris", nous communiquait un historique de la compagnie mixte de transmissions 10/84. Cet historique, rédigé par M. Barbier, regrettait que la CMT n'ait pas été reconnue unité combattante. Cet article se veut donc un hommage à ces soldats de l'ombre. Officiellement, la CMT 10/84 voit le jour le 1er décembre 1944. Cantonnée au château de Darvault, près de Nemours (Seine-et-Marne), intégrée dans la 10e division d'infanterie, la compagnie, présente le 11 janvier 1945 lors d'une cérémonie présidée par le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, fournit un détachement destiné le 15 janvier à opérer sur le front des Vosges. Le déplacement depuis Nemours se fait "en wagons à bestiaux par un froid sibérien (...) Débarquement du personnel et du matériel à Pouxeux (...) De ce jour jusqu'à la mi-mars, le détachement cantonnera successivement à Vecoux, Ramonchamp, Le Thillot. Du Thillot, un groupe de cinq ou six sapeurs et un caporal (dont Pierre Brunet, Jean Dubois, Balagna et moi-même...) est détaché à Urbès en Alsace. A notre arrivée dans cette localité, nous remplaçons les sapeurs télégraphistes du 24e RI (10e DI), qui changent de position pour gagner Willer-sur-Thur, où le régiment relève le 1er BCP. Dès cet instant, l'adjudant des transmissions du 24e RI, avant son départ, nous met à la disposition du central téléphonique tenu par les téléphonistes du 3e tabor... Notre mission consistera, sur leurs appels, de jour comme de nuit, par tous les temps, à réparer les lignes les reliant aux unités du secteur. C'est à dire les 5e et 24e RI de la 10e DI, le 3e tabor, le Régiment du Morvan et une batterie de 105 en position face à la filature de Malmerspach, elle-même occupée par un PC du Régiment du Morvan.. Notre secteur d'actions couvrait à partir d'Urbès les agglomérations suivantes : Storckensohn, Mollau, Husseren, Wesserling, Schiffels, Mitzach, Fellering, Oderen, Kruth, Ranspach, Malmerspach, Saint-Amarin, Moosch, Willer-sur-Thur... Les lignes téléphoniques étaient tirées au plus direct à travers bois et montagne à même le sol et enfouies sous la neige, ce qui rendait la détection des coupures très difficile. Ce qui nous a conduits, pour couper au plus court dans la recherche des lignes détériorées, de passer par des endroits minés non balisés... Au cours d'une de nos sorties, nous avons rencontré une auto-mitrailleuse du 2e RSAR en position avec le radio Zamm à son bord, lui aussi détaché de notre compagnie. A cette époque, le commandant des transmissions du QG de la 10e DI était le commandant Maurizi". (à suivre) Copyright club Mémoires 52 - Toute reproduction interdite sauf autorisation de l'auteur.

mardi 23 février 2016

Les hussards du Tarn-et-Garonne souffrent à Cornimont

Mis à la disposition de la 3e division d'infanterie algérienne, le 1er groupe d'escadrons du 3e régiment de hussards (FFI), dit escadron Marcus, formé à Montauban (Tarn-et-Garonne) à partir du corps-franc Dumas, et issu de la colonne R4, arrive à Saulxures, dans les Vosges, le 18 octobre 1944. Le même jour, le voilà orphelin de son chef : le commandant Marcel Marcus, né en Roumanie en 1909, meurt accidentellement - il sera remplacé par le capitaine Gaston Deplanque, dit «Dumas». L'unité est engagée, aux côtés du 6e régiment de tirailleurs marocains, dans les combats du Haut-du-Faing. Elle perd, le 20 octobre, à Cornimont, plusieurs tués, la plupart par éclats d'obus, et tous anciens de la 6e compagnie de l'armée secrète du Tarn-et-Garonne. Le lieutenant Pierre Pernot, 43 ans, André Rescoussie, 18 ans, le jeune Edward Pousergues, 16 ans, Elie Brousse et Pierre Theyssere, nés dans le Tarn-et-Garonne, Roger Lasbareilles, 17 ans, et Félix Janover sont tués, tandis que le sous-lieutenant Raymond Marx, Cadet de la France libre, et Isaac Wrobel décèdent des suites de leurs blessures à Thiéfosse, près de Saulxures-sur-Moselotte. Par la suite, le groupe donnera naissance au 4e escadron (capitaine Deplanque) du 3e régiment de hussards, créé à Nancy le 20 janvier 1945 sous les ordres du colonel Paul Nérot.

vendredi 20 novembre 2015

Le chef de brigade Menne (1759-1825), de Corlée

(Photo Gallica) C'est dans le village de Corlée, aujourd'hui commune associée à Langres, que naît Pierre Menne, le 18 juin 1759, fils de Nicolas Menne «le cadet», laboureur. Soldat au régiment d'Artois en 1779, il obtient son congé en 1788. Marié l'année précédente à Caen, avec Catherine Foulon, ce Champenois s'établit dans le Calvados. Tout naturellement, il reprend du service durant la Révolution. Selon la Sehri, Menne dit Dumaine est, derrière Le Parmentier, lieutenant-colonel en second du 3e bataillon de volontaires du département. Selon les époux Quintin, qui lui ont consacré une notice biographique dans leur dictionnaire des chefs de brigade du Consulat, il est élu chef de ce bataillon le 20 janvier 1792. En 1793, le Haut-Marnais se distingue lors des opérations de l'armée du Nord. Le colonel Tilly, commandant des troupes françaises à Breda et Gertruidemberg, rapporte que «le 3e bataillon du Calvados, détaché à Raamsdouck, à une demi-lieue de la ville, fut attaqué par des forces supérieures la nuit du 17 au 18 (mars) ; l'attaque s'engagea chaudement, et fut bien soutenue. Voyant que l'ennemi cherchait à prendre ce poste de vive force, je fis sortir le 18 au matin le lieutenant-colonel Delarue, avec un détachement et deux pièces de canon ; l'affaire commença vers les 10 h du matin ; elle fut vive ; les volontaires du 3e bataillon du Calvados se battirent en héros ; le lieutenant-colonel Dumaine (sic), chef de bataillon, eut le bras percé d'une balle à la tête de sa troupe...» Et, ajoute le colonel, jusqu'au 22, «le brave bataillon du Calvados et un détachement des 19e et 23e bataillons nationaux firent tête à 2 000 hommes d'infanterie, et à un régiment de cavalerie». Avant la fin de l'année (le 21 décembre 1793), Menne, qui aurait reçu une balle à la cuisse gauche en 1792 selon les époux Quintin (qui ne mentionnent pas de blessure en mars 1793), passe chef de bataillon dans la 23e demi-brigade. Puis chef de brigade le 15 août 1795, à 36 ans. Vétéran des campagnes de l'armée du Nord, de l'armée de Sambre-et-Meuse, Menne passe chef de brigade surnuméraire à la 67e demi-brigade d'infanterie de ligne le 5 mars 1796. Le 23 janvier 1797, qualifié de «ci-devant commandant temporaire à Tournai», en Belgique, Menne est invité, via un courrier des directeurs Carnot, Le Tourneur et Barras au ministre de la Guerre Petiet, à «se rendre près l'une des demi-brigades de l'armée de Sambre-et-Meuse pour y être employé comme surnuméraire dans son grade». En fait, le 22 mars, le Haut-Marnais hérite, comme chef de brigade, du commandement de la 23e demi-brigade d'infanterie de ligne. Avec laquelle il prend part aux campagnes des armées de Rhin-et-Moselle, d'Helvétie, du Rhin. Sous les ordres de Masséna, commandant l'armée du Danube, Menne se bat donc en Suisse. Son général rapporte, le 22 mai 1799, que «le général Oudinot avait essuyé, de la part de l'ennemi, la plus forte résistance, et nos troupes avaient même été en quelque sorte repoussées ; mais le général Soult étant arrivé avec deux escadrons du 18e de dragons et la 23e demi-brigade de ligne, a décidé l'avantage en notre faveur. Ces deux généraux ont fait 1 800 prisonniers à l'ennemi, et lui ont enlevé deux pièces de canon». Quelques jours plus tard, selon les époux Quintin, Menne est blessé le 4 juin 1799, à Zurich, au genou gauche. Il se bat encore à Hohenlinden, le 2 décembre 1800, puisqu'il écrit ce jour-là un rapport au général Ney sur l'action de son régiment. Mais ses infirmités, constatées deux ans plus tard, lors d'une revue passée par le général Lecourbe – Menne commande alors la 23e demi-brigade à Dijon, et il compte parmi ses officiers l'officier de santé Joubert, qui s'établira à Nogent, et le sous-lieutenant Ruston – conduisent à son admission à la retraite, le 30 décembre 1802. Il n'a que 43 ans. Revenu à Caen, Pierre Menne décède le 30 novembre 1825 dans le chef-lieu du Calvados.

samedi 23 mai 2015

19e BCP : une vingtaine de victimes en Alsace

Début septembre 1944, après la libération de Paris, deux bataillons de chasseurs à pied sont mis sur pied à l'Ecole militaire. L'un, portant le numéro 1, ayant accueilli des éléments du bataillon «Kléber» dit de Rambouillet, est aux ordres du lieutenant-colonel Moillard, le 8e est commandé par le lieutenant-colonel Pochard (l'unité participera à la libération de Metz). Le 1er octobre, le 1er BCP, fort de 696 hommes à sa création, prend le numéro 19, et doit patienter de longues semaines avant de rejoindre le front. Selon l'historique du bataillon, ce n'est que le 11 décembre que par le métro, les chasseurs rejoignent Vincennes puis s'embarquent en direction de l'Alsace. Ils arrivent le 13 décembre à Zillisheim, près de Mulhouse, et sont rattachés au 1er régiment de spahis algériens de reconnaissance. Chasseurs et spahis feront équipe jusqu'à la capitulation de l'armée allemande. Rapidement, le 19e BCP monte en ligne. L'historique précise : «La veille de Noël, nos chasseurs gagnent les avant-postes. Au village de Kembs monte la 3e compagnie... Plus en arrière, le bataillon cantonne à Sierentz». Le 4 janvier 1945, «la belle 2 se défend avec acharnement» face à une attaque ennemie. Ce jour-là, meurent, à Kembs, la majorité par un bombardement, Jean-Claude Bourgeois, 22 ans, Jules Canaple, 43 ans, le lieutenant Pierre d'Elbée, 31 ans (neveu du général Leclerc qui servait dans un maquis de l'Yonne), Jean Delacour, 34 ans, Pierre Gaucher, 19 ans, Jacques Marteau, 20 ans, Gabriel Thiry, 37 ans, Jean Tison, 37 ans, Claude Wallaert, 23 ans, Lucien Willemain, 30 ans.... Ce ne sont toutefois pas les premières victimes du bataillon. Déjà, le 29 décembre 1944, Claude Gannat, 19 ans, et Francis Grange, 20 ans, ont été portés disparus à Kembs, et le 3 janvier 1945, Louis Richard, 47 ans, est décédé à Altkirch des suites de blessures. Toujours en position dans ce secteur sur le Rhin durant la bataille de Colmar, le 19e BCP ne passe à l'offensive que le 8 février 1945, les 1ère et 3e compagnies se portant sur Niffer qui est occupé. Une journée encore marquée par des pertes. Robert Beillot, 36 ans, Roger Desprez, 25 ans, sont tués par éclats d'obus, Lucien Lalloz, 39 ans, est porté disparu. Gérard Bianquis, 21 ans, décède le même jour à l'hôpital du Groupe sanitaire de Toulouse à Altkirch des suites de ses blessures, puis, dans les jours suivants, François Rutili, 22 ans, également à Altkirch, et Ernest Etienne, 21 ans, à Montbeliard... Au total, une vingtaine de victimes ont été déplorées par le bataillon, qui s'illustrera lors de la Campagne d'Allemagne.

vendredi 8 mai 2015

Un chef de bataillon de 24 ans, René Coustellier ("Soleil")

En ce 70e anniversaire de l'anniversaire de la capitulation de l'Allemagne, il nous paraît opportun de rappeler que l'un des derniers officiers supérieurs français de cette période témoigne toujours, à l'âge de 95 ans. René Coustellier, alias "Soleil", était, en 1944, colonel du 4e régiment de francs-tireurs et partisans français de la Dordogne, affecté sur le front de La Rochelle, puis chef du 3e bataillon du 108e régiment d'infanterie. Il n'avait que 24 ans ! Pour le jeune officier, l'ultime semaine de combats de la Deuxième Guerre mondiale n'a pas été une partie de plaisir. Le 2 mai 1945, avec le 2e bataillon du 125e RI (FFI de la Vienne), le 108e RI du lieutenant-colonel Bousquet a occupé la commune d'Aigrefeuille. Le 7 mai, le bataillon Coustellier s'est installé à Forges, sous un bombardement. Le lendemain, il perd seize blessés lors de ces ultimes combats sur le sol français. Le 9 mai, les anciens FFI de Dordogne entrent dans La Rochelle, l'une des dernières villes françaises libérées. René Coustellier est l'auteur d'un ouvrage fort instructif, "Le groupe Soleil dans la Résistance", publié en 1998 par les éditions Fanlac.