mardi 30 novembre 2021

Le II/146e RI dans la libération de Forbach

 Nous avons déjà évoqué ici la participation du 146e RI (ex-151e RI) à la libération de la Moselle. Voici quelles furent les activités du 2e bataillon (commandant Martin) le 2 mars 1945, selon son journal de marche :

"La 5e compagnie (capitaine FFI Mathieu) à la disposition du III/274e (RIUS) - PC Behren - mission : participer à l'attaque sur le quartier Est de Forbach et procéder au nettoyage.

La 6e compagnie (capitaine FFI Gigleux) à la disposition du 276e (RIUS) - PC Forbach - mission : attaque de Glashutte le lendemain.

La 8e compagnie (capitaine FFI Lascombe) à la disposition du II/274 - PC Etsling - mission : attaque de Stiring-Wendel et nettoyage.

La 6e compagnie et le détachement de pionniers (...) (partent) brillamment à l'attaque à 8 h 17. A 10 h, elle a atteint complètement son objectif, Glasshutte, faisant 87 prisonniers.

Les pertes sont de deux tués : Raymond Bontemps, Bernard Godet. Onze blessés : lieutenant Robert Schneider, caporal-chef Roland Boyard, caporal-chef Marcel Laurent, 2e classe Gilbert Gallaert, Maurice Marin, Georges Nagel, Maurice Schoirfer, Bernard Raulet, G. Petitdemange, Roger Largnier, Maurice Gardechaux.

Les ambulancières de la Croix-Rouge française stationnées à Forbach pour aider la population civile n'hésitent pas à aller relever nos blessés sous le feu et durant cette journée font l'admiration du 146e (Mmes Trois, Desanges, Faguet, Langrenon, Chavanne, etc.).

A 21 h, la 6e compagnie est relevée par une compagnie du 276e et passe en appui immédiat avec le III/276e.

Les 5e et 8e compagnies préparent en détail l'attaque du lendemain et occupent leurs positions de départ..."

Le 4 mars 1945, la compagnie Mathieu fait 27 prisonniers, et la compagnie Lascombe, 51 prisonniers, au prix d'un tué (Edmond Zoezi) et quatre blessés. Le lendemain, le II/146e RI déplore encore deux tués, le sergent-chef Jean Smitges et René Mellet. A la fin des opérations (le Rhin a été atteint le 26 mars), ses pertes sont de six tués, 26 blessés et un disparu.

Sources : "Les volontaires de l'an 1944", Lionel Fontaine, 2021.

jeudi 18 novembre 2021

La renaissance du 3e régiment de hussards

 La renaissance du 3e régiment de hussards se fait en deux temps.

D'abord, fin août 1944, le commandant Marcus, dit "Firmin", met sur pied le 1er groupe d'escadrons du 3e hussards FFI à Montauban (Tarn-et-Garonne). Composée de deux escadrons, l'unité, forte de 10 officiers, 22 sous-officiers et 170 cavaliers, est attendue à Decize, en Bourgogne, le 11 septembre 1944, faisant mouvement vers le Nord-Est dans le cadre de la Division légère de Toulouse. A la fin du mois, le 3e hussards FFI est situé à Morey-Saint-Denis, et c'est de là qu'il fait mouvement le 18 octobre 1944 en direction des Vosges. Après la mort du commandant Marcus, le capitaine Gaston Delplanque, commandant le 1er escadron, prend le commandement du groupe qui sera engagé dans les combats du Haut-du-Faing puis de Kruth.

Parallèlement, le 1er janvier 1945, le colonel Paul Nérot, venu des FFI de la Région C (Lorraine), charge le chef d'escadrons retraité Haftermeyer de regrouper les éléments destinés à reconstituer le 3e régiment de hussards. Un premier peloton, mis sur pied le 20 décembre 1944, rejoint le quartier Donop à Nancy. Il est sous les ordres du lieutenant René Martin, venu du Bataillon 11/20 (Meuse).

Le 5 janvier, le lieutenant-colonel Henri de Montferrand prend provisoirement le commandement du régiment, dont le procès-verbal de création date du 20 janvier 1945.

Pour reconstituer le 3e hussards, il est fait appel aux unités suivantes :

. le Bataillon 3/20 (Meurthe-et-Moselle) du chef d'escadrons de cavalerie Jacques Hurstel. Cette unité est composée de trois compagnies, réunissant 18 officiers et 400 hommes. Hurstel sera le chef d'état-major du régiment.

. le Bataillon de marche 2/10 "Alsace" (Meurthe-et-Moselle) du chef d'escadrons Derringer. Il s'agit d'un bataillon mis sur pied à Nancy le 16 décembre 1944 avec des "Alsaciens-Lorrains incorporés dans la Wehrmacht et évadés ou faits prisonniers pendant la campagne de France". Ayant repris les traditions du 5e régiment de cuirassiers, ce bataillon sera dissous le 16 février 1945 à Strasbourg, ses hommes versés au 23e régiment d'infanterie et au 3e hussards, quelques officiers versés dans ce régiment (lieutenant Thiry, sous-lieutenant Bahl).

. le 1er groupe d'escadrons (du Tarn-et-Garonne) du 3e hussards, soit neuf officiers (capitaines Delplanque et Maurice Bique, sous-lieutenants Joseph Adrian, Maurice Vienne, Honoré Bellengier, Georges Jacquot, Roger Sougri, Gilbert Puygauthier et Louis Lasbareilles), quatre aspirants et 132 sous-officiers et hommes de troupe au 11 mars 1945. 

. un détachement d'une cinquantaine d'hommes du Bataillon 22/20 (Vosges), sous les ordres du capitaine Vichard.

Au 1er mars 1945, le lieutenant Deltorbe (Bataillon 3/20) commande le 1er escadron, le capitaine Schoffit le 2e (il sera remplacé par le capitaine Merlivat), le lieutenant Martin le 3e, le capitaine Delplanque le 4e (puis le capitaine Marcel Vichard), le lieutenant Etendorff commande l'escadron hors rang. Au sein de l'état-major, on retrouve les chefs d'escadrons Hurstel, Derringer (qui rejoindra une autre affectation le 14 mars 1945) et Palies (commandant le service auto). Tous sont placés sous les ordres du colonel Nérot.

Le 3e hussards restera stationné dans le nord-est de la France jusqu'à la capitulation.

Sources : archives du 3e régiment de hussards, Service historique de la Défense, GR 12 P 112 ; archives du 23e RI, SHD. 

vendredi 15 octobre 2021

Les origines du 46e régiment d'infanterie (1944-1945)

La 46e demi-brigade d'infanterie a été créée le 30 octobre 1944, sous les ordres du lieutenant-colonel Georges Bertrand, dans le cadre de la 10e division d'infanterie.

Le 1er bataillon a été formé par le Bataillon 1/22 (La Marseillaise) du commandant Gomella ("Drouot").

Le 2e bataillon est constitué par le Bataillon Belleville-Vilette (4/22), sous les ordres du commandant Pierre Toulemont. Installé le 1er septembre 1944 dans une école de garçons du 19e arrondissement de Paris, il fait mouvement le 3 novembre sur Moret. Ses compagnies sont commandées par le lieutenant Bacquet, les capitaines Jean Causse, Bordier, Boverat et Louis Pfister.

Caserné à Coulommiers, le Bataillon Brie-Sans-Peur (9/22) du commandant Paul Cheutin donne naissance au 3e bataillon. Les capitaines Saigne, Peruzet, Etienne Quenard et Michel sont ses commandants de compagnie.

Enfin, la 46e demi-brigade intègre les volontaires du Bataillon Saint-Just (11/22) du commandant Liserin ("Ferrer"). Elle devient 46e régiment d'infanterie le 10 décembre 1944.

Après le décès du lieutenant-colonel Bertrand le 1er février 1945, et l'intérim du chef d'escadrons Paul Vallat (issu du Bataillon 18/22), le lieutenant-colonel d'Esneval prend le 26 février le commandement du régiment, qui a fait mouvement vers la Poche de La Rochelle le 8 février depuis Nemours.

Sources : archives du 46e RI, SHD, GR 12 P 10.

mardi 21 septembre 2021

Le 9e régiment de cuirassiers (1944-1945)

Le 9e régiment de cuirassiers est recréé le 1er septembre 1944 à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Il est placé sous les ordres du capitaine Médéric Sarton du Jonchay, issu du Groupement Keriolet (formé par l'amicale du 20e GRDI), comme plusieurs officiers supérieurs qui vont rapidement rejoindre d'autres affectations : le commandant Paul Aubry, la subdivision de la Moselle (il prendra le commandement du 16e bataillon de chasseurs à pied) ; le commandant Adrien Delon, l'état-major de la 14e région militaire ; le commandant de Valence, l'état-major de la subdivision de Lyon.

Le 9e cuirassiers est à deux escadrons : le capitaine André Violot commande le 1er, le lieutenant François Jeannerod le 2e.


Le 1er décembre 1944, le 9e cuirassiers et le Bataillon des Allobroges (3e bataillon du Rhône), stationné à Sathonay, fusionnent pour former le Régiment de cuirassiers du Rhône, confié au commandant Henri Borel. Le capitaine du Jonchay prend la tête du 1er groupe d'escadrons, issu de son régiment, le chef d'escadrons Bernard Bouchet commande le 2e groupe d'escadrons, réunissant le 3e escadron du lieutenant Jules Giagnoni et le 4e escadron du lieutenant Frédéric Geyler. Le capitaine Coustaux est à la tête de l'escadron d'engins et de mitrailleuses.

Le 19 janvier 1945, le Régiment de cuirassiers du Rhône reprend le numéro 9, dont Borel conserve le commandement, jusqu'à la nomination le 8 mars 1945 du lieutenant-colonel Pierre Roy. A ce moment, le lieutenant Louis Martin commande l'escadron hors rang, le capitaine Alain Pottier le 4e escadron (de reconnaissance), le capitaine Jeannerod le 2e escadron (anti-chars), le lieutenant Blanc-Marell le 3e escadron, le capitaine Vilot le 5e escadron (anti-chars). Quelques changements vont obtenir dans l'ordre de bataille : le lieutenant Claude Lambert puis le capitaine Bion commanderont le 3e escadron, le lieutenant Louis de Chanay l'EHR. Au sein de l'état-major, servent le commandant Borel, commandant en second, le commandant Bouchet, adjoint au chef de corps, le capitaine Joseph Mayet. Effectifs au 28 janvier : 38 officiers, 36 sous-officiers, 105e brigadiers et 474 hommes de troupe.

Le 1er mai 1945, le 9e cuirassiers est à Châteauroux (Indre) lorsqu'il fait mouvement par voie ferrée sur l'Alsace pour être mis à la disposition du général gouverneur de Strasbourg. Les cuirassiers sont cantonnés à Whir-au-Val et Strasbourg quand survient l'Armistice.


Sources : archives du 9e régiment de cuirassiers, SHD, GR 12 P 106.

vendredi 23 juillet 2021

Le 63e régiment d'infanterie (octobre 1944 - mars 1945)

Parti de la Haute-Vienne, où il s'est constitué en octobre 1944,  le 20 décembre 1944, le 63e régiment d'infanterie devait rester sous cet écusson en position sur le front de Saint-Nazaire jusqu'à sa dissolution en mars 1945. Le recrutement de ses 1 713 hommes (en février 1945) est varié, en témoignent les origines de ses principaux officiers.

Les officiers

Son chef de corps, le commandant puis lieutenant-colonel Clément Bossard, était le chef de l'ORA de la Haute-Vienne. Au sein de son état-major, le commandant Roland Penichon vient du 3e bataillon du sous-secteur D des FTP, le commandant Paul Thibaud commandait la compagnie de Chalus de l'Armée secrète, les capitaines Pierre Jacquand et Guy Pouponnot servaient au sein de l'ORA.

Du côté des chefs de bataillon, au moins deux viennent des FTP : le commandant Jean Deniel (1er bataillon), qui commandait le 2e bataillon du sous-secteur D, et le commandant Gilbert Lavrat (2e bataillon), chef de ce sous-secteur. Quant au commandant du III/63e RI (appelé, selon les sources, Delacroy ou Delacroix), nous ignorons précisément son origine*.

Concernant les commandants des neuf compagnies (trois par bataillon), ils viennent pour la plupart des FTP : le lieutenant Henri Bouijoux (1ère compagnie), le capitaine Louis Chartier (7e compagnie), le capitaine Giry (8e compagnie), qui vient du sous-secteur B, et peut-être le capitaine Charles Denis (2e compagnie). Commandant de la 9e compagnie, le capitaine André Audibert commandait la 3e compagnie du 4e bataillon ORA de la Haute-Vienne. L'ordre de bataille est complété par les capitaines Maurice Lagatdu (3e compagnie), Henri Sarazin (4e compagnie), Marcel Ladurantie (5e compagnie), et le lieutenant André Belleau (6e compagnie).

Que deviennent ces officiers après la dissolution du 63e RI ? Bossard rejoint la 19e DI, le commandant Lavrat et le capitaine Chartier le groupe de transport 557, le lieutenant Belleau la 3e compagnie du I/21e RI, le capitaine Audibert la 7e compagnie du II/21e RI, le lieutenant Bouijoux la 10e du III/21e RI, et le lieutenant Lagatdu la 11e. Le capitaine Pouponnot rejoint également le 21e RI, de même que le capitaine Maurice Huyaux et le lieutenant Robert Coillot.

A noter que parmi les officiers subalternes, certains ont été versés dans l'artillerie (comme Giry, comme sous-lieutenant), d'autres dans la cavalerie ou le génie.

Les opérations 

19 décembre 1944 : le 63e RI quitte Limoges pour Redon. Affecté quelques jours plus tôt aux Forces françaises de Loire-Inférieure (FFLI) de la Poche de Saint-Nazaire, le régiment a son PC installé au Dresny. Le 63e a été créé le 23 octobre 1944 en accueillant divers éléments de la Haute-Vienne : le 3e bataillon FTPF de Saint-Yrieix, le 4e bataillon ORA (capitaine Robert Parouti), le maquis de Chalus, l'AS de Bellac...

24 décembre 1944 : le 2e bataillon Lavrat, alors crédité de 667 hommes, monte en ligne, relevant le I/27e RI du commandant Moreau dans le quartier Est du sous-secteur de Fégréac, entre le chemin nord-sud de La Brousse (inclus) et le ruisseau de Saint-Armel (inclus). 

27 décembre 1944 : le 1er bataillon Deniel reprend à son compte les positions de la 4e compagnie du 3e bataillon de marche d'Ille-et-Vilaine, du 2e bataillon de Loire-Inférieure (commandant Charles Couche, dit Lamotte) et des 2e et 3e compagnies du 6e bataillon de Loire-Inférieure. Son PC est à l'école du Dresny. Dirigé initialement sur Nantes, le 3e bataillon Delacroy rejoindra peu après les deux autres bataillons. 

28 décembre 1944 : le II/63e RI signale que « le canal commence à être pris par la glace ». Il neigera à partir du 9 janvier 1945... Le même jour, la 2e compagnie (capitaine Charles Denis) du I/63e RI s'installe le long de la RN 164, son PC est à la ferme Beauvalon.

8 janvier 1945 : le caporal André Bruneau (1ère compagnie du I/63e RI) meurt accidentellement au Dresny, près de Plessé (il a été blessé la veille). 

19 janvier 1945 : au III/63e RI, le soldat Gabriel Sabourdy est grièvement blessé à la tête par une balle de mitrailleuse. Il décédera quelques jours plus tard.

30 janvier 1945 : à l'occasion de l'attaque du block commandé par le sous-lieutenant Fornières, de la 8e compagnie, les soldats Jean Raynaud et Jean Lavaud sont tués, le deuxième en « essayant d'aller chercher [un] soldat allemand qui était au milieu d'un champ », le caporal Keith et le soldat Léon Jiry sont blessés. En face, deux Allemands ont été touchés, dont un sera capturé. 

8 février 1945 : il revient à chacune des compagnies du 2e bataillon du commandant Gilbert Lavrat de mener une mission de reconnaissance. Objectif de ces sorties, chacune étant exécutée par un officier, deux sous-officiers et 17 hommes : la « surveillance des positions ennemies en face de leur sous-quartier respectif ». C’est le lieutenant Bernard, chef de la 4e section, qui s'est vu confier la mission dévolue à la 6e compagnie du capitaine Louis Belleau. 

Pour exécuter sa mission, le lieutenant Bernard est accompagné par seize hommes de troupe ainsi que trois sous-officiers : les sergents-chefs Tolari et Demaison, et le sergent Grivet. La progression des 20 militaires se fait en deux groupes, distance huit pas entre chaque volontaire. Il est 8 h 20 et sans incident, la route du Bézy est atteinte. Direction ensuite Le Thénot, qu'aborderont le groupe Tolari par l'ouest, le groupe Demaison par l'est et le nord. 

    9 h 30. Le lieutenant Bernard raconte : « La section, à ce moment, forme un demi-cercle. 

   A 9 h 40, arrivons en vue des premières maisons du Thénot. Les deux FM prennent position et prennent sous leur feu le village ; les éclaireurs et les voltigeurs continuent à progresser. Au moment où les quatre éclaireurs arrivaient à la hauteur des premières maisons du village, l'ennemi ouvre un feu extrêmement violent sur l'ensemble de la section : position de combat immédiate. 

    9 h 45. Riposte rapide [de] toutes nos armes ; le tir précis de nos FM oblige les armes automatiques ennemies à changer de positions. A ce moment, je reçois une liaison du 2e groupe, me prévenant que quatre hommes dont le sergent-chef Tolary (sic) étaient hors de combat ; de même au premier groupe, le chargeur du FM est tué à son poste. Un homme est tué quelques secondes plus tard. 

    9 h 50. Me rendant compte de la supériorité écrasante de l'ennemi, j'ai fait concentrer le feu des FM sur les armes automatiques ennemies et j'ai donné l'ordre de repli immédiat. 

    9 h 55. Repli en tiroir. » 

    Il manque huit hommes à la patrouille. La moitié des effectifs. « Il est pratiquement impossible de faire quelque chose pour eux », note le lieutenant Bernard, dont le détachement déplore un autre blessé au cours du repli : le chef Demaison, touché à la cuisse. Malgré un tir de harcèlement au 75, la section parvient à rentrer dans ses lignes à 10 h 30, ayant également abandonné un FM et les armes individuelles de ses disparus. Il y en a cinq, dont le sergent-chef Tolari, le sergent Grivet et le caporal Roussy. Une autre patrouille partie du poste de surveillance Sud de Brandy parviendra à ramener trois de ces disparus. Ils sont morts : Jean Tolari, André Grivet et Roger Vignerie. André Roussy est décédé des suites de ses blessures, à Fégréac, à l'âge de 20 ans, Jean Neollier est porté disparu. Le même jour, un autre soldat du régiment, Pierre Celerier, meurt à Plessé.

Février 1945 : le régiment, crédité d’un effectif de 1 713 hommes dont 109 officiers, défend alors la rive Nord du canal de Nantes à Brest entre Le Paty sur la Vilaine et le Moulin de Pelerin sur la RN 64, avant sa relève entre le 9 et le 16 mars 1945 par la 4e demi-brigade de chasseurs .

3 mars 1945 : sur ordre du sous-lieutenant Jean Theillon, le caporal Henri Andrieux et le soldat Chabreton, du III/63e RI, sont envoyés reconnaître une maison. Deux coups de feu sont tirés : le caporal tombe (il sera porté disparu), le soldat est blessé au bras gauche mais parvient à s'enfuir.

9 mars 1945 : le I/63e RI est relevé par le 5e BCP qui, arrivé à Redon dans la nuit du 5 au 6 mars, est dirigé sur Le Dresny. Le III/63e RI du capitaine André Pazat le sera deux jours plus tard par le 1er BCP (le bataillon limousin se rend à Redon et sera dissous le 25 mars 1945). 

16 mars 1945 : le II/63e RI (commandant Lavrat) est relevé dans le sous-secteur de Fégréac (lieutenant-colonel Bossard) par le 17e BCP venu de Nantes. 

Les unités du 63e RI sont alors réparties entre celles du 21e RI nouvellement recréé. Ainsi, le 21 mars 1945, la 5e compagnie du 63e RI est versée dans la CAC, la 3e compagnie du 21e RI et le groupe de transport 537, la 7e compagnie dans la CCI du 21e RI.


Sources : archives du 63e RI, SHD, GR 12 P 13 ; archives collectives des FFI de la Haute-Vienne, SHD, GR 19 P 87.

* (Actualisé le 22 juillet 2026) : nous devons à M. Guy Delacroy de pouvoir apporter des précisions intéressantes sur le commandant Delacroy, son père. Cet officier FTP se nomme Maurice Loszycer. Il sera remis au grade de lieutenant après la fin des combats.

mardi 6 juillet 2021

L'encadrement du 106e RI (septembre 1944 – mai 1945)


Evoqué à plusieurs reprises sur ce blog, le 106e régiment d'infanterie de Chalons-sur-Marne a été recréé à partir de la mi-septembre 1944 avec des FFI et FTP de la Marne (1er bataillon) et de l'Aube (2e et 3e bataillons). Voici quel était son encadrement au moment de sa création et jusqu'à la capitulation nazie.


Chef de corps : Cdt Emile Alagiraude puis Lt-colonel Raymond Enet


I/106e RI, Cdt Pierre Bouchez puis Cdt Marcel Koch (mortellement blessé le 17 avril 1945) puis Cne Charmet

. adjoint, Cdt Armand Liebaud

. CC, Ltn Lebas puis Slt Gronon puis Cne Brenot

. 1e cie, Slt Girardin puis Cne Charton puis Slt Michel puis Ltn Lucien Medard

. 2e cie, Cne Jacques Dreyfus puis Ltn Michel puis Ltn Jaspart puis Slt Arthur de Gavre (mortellement blessé le 17 avril 1945) puis Ltn Dehollain puis Cne Bouvry

. 3e cie, Cne Bouvry

. 4e cie, Cne Albert Girard (puis 131e RI) puis Slt L. Medard

. 5e cie, Cne Liger puis Ltn Lapasse puis Ltn Fendrich (puis 131e RI) puis Slt Marcel Cocusse (tué accidentellement le 17 avril 1945)


II/106e RI, Cdt Robert Zaigue, 31 ans

. adjoint, Cdt Lucien Vel (puis 131e RI)

. adjudant-major, Cne François Javey

. CC, Cne Raymond Vachette

. 1e cie, Ltn Ernest Woerth, 42 ans

. 2e cie, Ltn Georges Julien, 29 ans

. 3e cie, Ltn Marcel Maire

. 4e cie, Ltn Raymond Perrin

. 5e cie, Ltn Joseph Impérial


III/106e RI (Bataillon Mermoz), Cne Auguste Begey puis Cdt Alfred Hummel (mortellement blessé le 31 octobre 1944)

. adjoint, Cne Maurice Doucet

. CC, Ltn Louis Pietremont, 41 ans

. 1e cie, Ltn Marcel Defrise

. 2e cie, Ltn Pierre Clasen, 41 ans

. 3e cie, Ltn René Colombat, 33 ans

. 4e cie, Slt Gaston Besse


Sources : archives du 106e RI, SHD, GR 12 P 19

vendredi 4 juin 2021

26 novembre 1944. Le 152e RI (Régiment d'Auvergne) au combat près de Seppois et dans l'Oberwald.

Notre ouvrage "Les volontaires de l'an 1944" raconte pour la première fois, à l'échelle de toutes les unités, les combats des FFI engagés dans la 1ère armée française en 1944-1945. En voici un extrait avec les opérations du 152e régiment d'infanterie aux confins de la Franche-Comté et de l'Alsace :


"Dans la zone d'opérations du corps Béthouart, le matin du 26 novembre est le moment choisi par le général Wiese pour, à nouveau, contre-attaquer. Galfingue est l'objet de furieux combats mais reste aux mains des Français. Heimbsbrunn tombe finalement. A la centrale électrique de Seppois, la journée va être rude.

Le journal de la 3e compagnie du I/152e RI, dont un infirmier, Chambon, est porté disparu depuis la veille en voulant rechercher le corps d'un volontaire tué, Galmiche, détaille les opérations : « Le lieutenant Ravel prend le commandement de la compagnie. 7 h. Trois Allemands viennent se constituer prisonniers et annoncent une attaque allemande pour 7 h 45 appuyée par trois chars Tigre et plusieurs pièces d'artillerie. » Aussitôt, les deux bataillons (I et III) du 15-2, qui devaient à l'origine réaliser une opération de dégagement de l'axe Courtelevant - Seppois, se placent en position défensive. « 7 h 45. Tir d'artillerie française, trop court. Résultat : deux blessés. 8 h. Violent tir d'artillerie ennemie, plusieurs blessés. 8 h 15. L'attaque allemande se déclenche. Pris sous le feu de la 3e section renforcée de quatre mitrailleuses de la CA, les Allemands ne peuvent franchir la rivière. Profitant de l'abri naturel fourni par le fossé Est de la route de Ueberstrass, l'ennemi tire sans arrêt sur la 3e section. Le soldat Splett dit Joseph est gravement blessé, la mitrailleuse de l'aile droite est rendue inutilisable. Le canon de la CA s'enraye à son tour. »

Durant cette phase, le capitaine Lucien Chainas, 37 ans, commandant la 2e compagnie, est tué, le capitaine Tardivat blessé. « La concentration dure jusqu'à 9 h 15, écrit Robert Paicheur. Le colonel Voillemin maintient l'ordre d'attaque pour 10 h 30. Le commandant du I/152 rend compte qu'il est dans l'impossibilité de s'y conformer, son bataillon violemment attaqué ne peut rompre le combat. L'attaque allemande a débouché au nord-est de la centrale où elle se heurte à la 2e compagnie. »

L'ennemi est passé à l'action avec deux bataillons de la 198. Infanterie-Division, trois blindés Ferdinand, appuyés par douze pièces d'artillerie de 88 et 1501.

Journal de la compagnie Ravel : « 9 h 45. Les Allemands atteignent la route de Seppois et s'élancent à l'attaque du transformateur, PC de la compagnie. Le personnel du PC se replie le long de la route de Seppois - Courtelevant. Le lieutenant Ravel commandant la compagnie tombe mortellement blessé à 100 m du PC, un peu plus loin, le caporal-chef Chaillet tombe à son tour. Le reste du PC rejoint les lignes, sauf le sergent-chef Constanso et le volontaire Gamet qui rejoignent Courtelevant. » Le lieutenant André Ravel n'avait que 25 ans, il sera remplacé par le lieutenant Chastel.

Au III/152e RI, rend compte le lieutenant-colonel Colliou, « la 9e compagnie (...) dont la gauche est à 200 m environ de la centrale électrique est violemment accrochée. Un très dur combat s'engage. Une section de la compagnie est presque anéantie. Une section nord-africaine du 1er bataillon qui assure la liaison entre les deux bataillons à l'est de la centrale électrique est prise à partie par un char Ferdinand débouchant de la route d'Uberstrass qui canonne ses positions. Ayant épuisé la presque totalité de ses munitions, elle doit reporter à 9 h 30 sa ligne légèrement au sud de la route. Elle s'installe défensivement à la lisière des bois à 400 m au sud de la centrale et pousse aussitôt une patrouille de liaison à sa droite où quelques infiltrations sont susceptibles de s'être produites. »

Le char, un Tiger, précise le journal de la 3e compagnie, « est détruit par un de nos destroyers qui est en appui sur la route de Courtelevant », TD qui appartenait au 2e dragons (où l'on parle d'un Jagdpanther).

« La route Courtelevant - Seppois est coupée, écrit Robert Paicheur. La 10e compagnie s'installe face au sud. Le commandant Georges de la brigade Alsace-Lorraine2 depuis Seppois met à la disposition du 3e bataillon une compagnie. Les TD prennent à partie les Allemands installés à la centrale... 11 h 45 : le colonel Voillemin décide d'attaquer avec le II/9e zouaves d'ouest en est, puis du sud au nord dans le bois Saint-Jean puis de l'Oberwald... 12 h : la compagnie d'Alsace-Lorraine prend place sur la lisière Ouest de Krunzien... 14 h : début de la préparation d'artillerie. 15 h 30 : la contre-attaque se déclenche. Le I/152 participe à l'action et réoccupe la centrale électrique malgré l'opposition des Allemands». Ce sont deux sections de Nord-Africains qui reprennent le PC de la 3e compagnie.

« A 17 h 10, rend compte le lieutenant-colonel Colliou3, la centrale électrique est enlevée. Le 3e bataillon réoccupe la route Courtelevant - Seppois et établit son contact avec le 1er bataillon. »

« Repli allemand suivi de très près par la 3e compagnie qui poursuit l'ennemi le long de la rivière Suarcine et va prendre position au nord du bois Saint-Jean à la limite de la route Lepuis - Friesen », conclut le journal de l'unité.


Le 1er bataillon déplore 18 tués, dont deux officiers et l'adjudant-chef Eugène Sarron (3e compagnie), cinq disparus et 51 blessés, dont le capitaine Tardivat, le médecin-lieutenant Victor Chardon et le sous-lieutenant Fauconnier. Parmi les morts du bataillon4, Mohamed ben Djelloul a été exécuté, Julien Chrzanowsky avait 18 ans, Marcel Marchand, 17 ans, Claude Berçot, 16 ans et demi....

De son côté, la compagnie anti-chars (CAC) du régiment, qui est l'ancienne compagnie «Lulu» ou 1ère compagnie du groupe Lafayette, commandée par les capitaines Lucien Volle et Jean Krest, et où le sous-lieutenant Dufay («Julot») est chef de section, subit également des pertes sensibles, dont Louis Argiolas («Marius»), un des évadés de la prison du Puy, et Marcel Fourneyron, tués.


A Courtelevant depuis la veille, le 2e bataillon du commandant Biarez, nous l'avons vu, doit mener une action offensive. Son objectif : Hindlingen. Partie d'Ueberstrass avant le lever du jour, la 6e compagnie, recrutée dans la région de Brioude (Cantal) doit, nous dit l'historique du régiment, « venir prendre position à Friesen pour participer, de concert avec la 7e, à l'attaque de Hindlingen. La base de départ du bataillon est établie à la lisière d'une ligne de bois située au nord-ouest de Friesen. Il doit s'élancer à l'attaque dès la fin de la préparation d'artillerie. Celle-ci se termine à 10 h 10. L'ordre d'attaque est exécuté.

Pendant que la 7e compagnie se prépare à marcher sur son objectif, la 6e à sa gauche est prise à partie par les feux de deux mitrailleuses allemandes situées à la lisière Est de l'Oberwald. Le tir est nourri, relativement peu meurtrier. A la guerre, le feu attire le feu. Les cadres de la 6e compagnie encore inexpérimentés font braquer toutes leurs armes automatiques sur les résistances ennemies. Mais après neutralisation partielle, en voulant continuer vers Hindlingen, la progression avec une menace sur son flanc, le commandant d'unité donne l'ordre d'attaquer sur la direction de ces résistances, bien que hors de sa zone d'action. » Depuis les lisières de la forêt de l'Oberwald, l'ennemi ouvre le feu. « Les sections sont clouées au sol pendant dix longues minutes, quelques mines sautent et les obus de mortiers éclatent sur la base de départ, rapporte Robert Paicheur... Le capitaine Ety ordonne l'assaut en se levant et en criant «En avant le maquis»... » Historique du 15-2 : « La 6e compagnie s'élance, les hommes foncent en entonnant à tue tête la Marseillaise et le chant des maquisards, les mitrailleuses ennemies crépitent quelques secondes encore, puis se taisent. Tireurs et servants ennemis, devant la fougue de nos volontaires hurlant, se replient dans la forêt. Quelques blessés à la 6e. Pas de morts à déplorer. Mais l'unité ne s'en tient pas là. Attirée maintenant par le terrain, elle arrive dans l'Oberwald vers l'est au lieu de reprendre sa marche vers le nord. Prudemment, elle poursuit sa progression, elle ne tarde pas à tomber sur la ligne de résistance ennemie, établie à l'intérieur du bois. A quelques mètres de ses premiers éléments, l'Allemand ouvre un feu d'enfer, tue le capitaine Gues dit Ety, commandant la compagnie, blesse le capitaine Fraisse et atteint mortellement ou grièvement de nombreux volontaires.

Les sections s'accrochent au terrain, ripostent au feu ennemi, parent à un débordement, se maintiennent. Un élément même poursuit sa progression, arrivant à quelques dizaines de mètres du PC du colonel commandant la défense de l'Oberwald. Le feu devient de plus en plus intense, la situation critique. Les tirs d'arrêt ennemis s'abattent sur le deuxième échelon, fauchant de nombreux hommes.
Il faut se replier. L'ordre de repli donné par le commandant de bataillon est exécuté à contre-coeur, mais face à l'ennemi au moyen de petites contre-attaques, après évacuation de tous les blessés et en ramenant quelques prisonniers. »

Les pertes sont notamment lourdes à la 3e section, qui se replie sur Friesen. Etienne Gues est mort, son adjoint Fraisse blessé. Il s'avère que le sergent Henri Valette devait apporter un contre-ordre à la compagnie (où servent les lieutenants Antonin Cubizolles, Marius Baude et Masseboeuf), mais il a été tué. Il est une des onze victimes de l'unité (qui compte également 22 blessés), avec Yvon Vedelle, Colette Nirouet («Evelyne»), l'adjudant-chef André Hertz, le Belge Jules Legris (ou Longfils), Roger Lyon, Baptiste Bresson, Alfred Coudert...

Au total, ce jour-là, le 15-2 déplore 44 tués, 170 blessés, douze disparus. Jamais, en une journée, une unité FFI n'avait perdu autant d'hommes. Colette Nirouet, une des rares femmes combattant parmi les hommes, était surnommée la «Jeanne d'Arc» du maquis auvergnat..."

1Le général de Lattre parle de quatre bataillons des 305 et 326. Infanterie-Regiment.

2En réalité du Groupe mobile d'Alsace. Il s'agit de la 1ère compagnie du 1er BCP.

3Rapport du 30 novembre 1944, dossier SHD.

4Sergent Léon Monteil, sergent Georges Pinault, caporal-chef Pierre Chaillet, Hippolyte Antoine, Jean Ceyroux, Jean Charrier, Fernand Frugier, Robert Galmiche, Jean Girard, Adrien Leottier et Henri Varieras. L'adjudant-chef Saunier, les adjudants Lissandre, Roux et Forestier, les sergents-chefs Lange et Renard, les sergents Mohamed ben Mohamed, Boussetta, Hockeim, Deret figurent parmi les blessés.