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mardi 11 novembre 2025

Le 51e régiment d'infanterie (du Tarn et de l'Aveyron), 1944-1945

Des FFI du I/51e RI dans les Vosges. Photo issue de l'ouvrage de Pierre Alquier.


Chef de corps : lieutenant-colonel René Trioche

Organisation :

. 1er bataillon, commandant Henri Pugnaire (blessé 18/10/1944) puis commandant Jean Martrou

      1ère compagnie, Cne Guy Maraval de Bonnery

      2e compagnie, Cne Emile Arino (Daniel)

      3e compagnie, Cne Lucien Rabaséda puis Cne Max Rouch 

      compagnie d'accompagnement, Cne Jean Cambolive

      compagnie de commandement, Slt Robert Tabarly

. 2e bataillon, commandant François Vittori (Marc).

     4201e compagnie, Cne Raymond Comte (Crémieux)

      4206e compagnie, Cne Hoche

      4209e compagnie, Cne René Schiltz (Debussy), tué (acc.) 21/12/44

A l'origine, le lieutenant-colonel René Trioche, ancien capitaine du 51e RI de l'Armée d'armistice à Albi (tout comme son adjoint, le commandant Edmond Dupuy, mais également Pugnaire et Martrou), commande la 1ère demi-brigade (du Tarn) de la Division légère de Toulouse. Elle se compose initialement de trois bataillons : le Bataillon de l'Albigeois (ORA du Tarn), qui a repris les traditions du I/51e RI, le Bataillon du Rouergue (FTP de l'Aveyron) et le Bataillon Antoine (groupes Vény du Tarn). Ce dernier ne combat pas en corps constitué au sein de la 1ère armée française, à la différence des deux autres bataillons. 

1er bataillon du 51e RI

Effectifs : 20 officiers et 407 sous-officiers et hommes de troupe. « Les hommes sont des jeunes engagés, en majorité étudiants, note le général Guillaume, commandant la 3e division d'infanterie algérienne. L'instruction qu'ils ont reçue est rudimentaire : un peu d'école de groupe et de maniement d'armes. » Particularité de sa 3e compagnie (capitaine Lucien Rabaséda) : elle est composée de gardes d'un escadron de marche formé après la dissolution des escadrons 3/6, 7/6 et 8/6. La 2e compagnie est commandée par le capitaine Emile Arino, qui n'a que 21 ans. Ce dernier était, sous le pseudonyme de Daniel, le chef du maquis Stalingrad, d'où le nom de Compagnie Stalingrad de l'unité.

Ayant défilé à Dijon le 15 octobre 1944, le I/51e RI, créé le 24 août 1944, est mis à disposition du 2e régiment de spahis algériens de reconnaissance (RSAR), dans les Vosges, le 18 octobre 1944. Ce jour-là, son chef, Pugnaire, est blessé aux jambes par des éclats d'obus en arrivant à Saulxures-sur-Moselotte. Un autre ancien officier du 51e RI, le commandant Martrou, lui succède. Sous ses ordres, le bataillon relève, le 19 octobre 1944, le bataillon Bénony du Corps franc Pommiès dans le quartier de La Forge-Julienrupt, sur l'axe Remiremont - Gérardmer, devant Le Tholy. Le 24 octobre 1944, il déplore la mort du soldat Jacques Magnier, au Syndicat. Puis, le 28 octobre 1944, il perd le soldat Roger Calmet, tué par l'obus d'un char Tiger posté en bas du Tholy (l'adjudant Richard, le sergent-chef Thibault, le sergent Mauriès et le caporal Jaïs sont blessés). Nouvelles pertes le 4 novembre 1944, lors d'une reconnaissance sur une crête par une patrouille qui est accrochée par une mitrailleuse (le sergent-chef Paul Busig, les sergents Thibault et Mayer sont blessés). Relevé dans le quartier de La Forge le 7 novembre 1944 et dans la nuit du 7 au 8 par le 1er Bataillon de Toulouse (ex-2e demi-brigade Ajax), le bataillon part cantonner au Roulier et à Saint-Loup-sur-Semouse. 

Depuis le 27 octobre 1944, le I/51e RI compte une nouvelle 3e compagnie confiée au capitaine Max Rouch et provenant de la Demi-brigade Ajax (cette unité succède, dans l'ordre de bataille du bataillon, à l'ancien escadron de marche de gardes du capitaine Rabaséda, qui rentre à Toulouse). 

Le I/51e RI, également appelé Bataillon de l'Albigeois, remonte en ligne le 19 novembre 1944, entre Cornimont et Xoulces, en relevant des militaires du 2e Bataillon de la Légion étrangère. Le 22 novembre 1944, deux sections de la 1ère compagnie (capitaine Guy Maraval de Bonnery), qui ont été accrochées, perdent un homme lors du repli : Georges Senegas, tué à Xoulces. Le 25 novembre 1944, le sergent Jean Salviani, dont le frère Charles sert également dans le régiment, est tué par l'explosion d'une mine au cours d'une liaison. Puis le bataillon reçoit, le 26 novembre 1944, l'ordre de se porter sur le col du Brabant, au sein d'un sous-groupement composé du II/1er Régiment de Franche-Comté et d'éléments du 7e régiment de chasseurs d'Afrique. Parti de Xoulces, il parvient au col. Le lendemain, il reprend la progression en direction du Bramont, mais rencontre de nombreuses difficultés. « La colonne Trioche qui s'était emparée de la bordure des bois de la Roche des Bouchaux est vigoureusement contre-attaquée et revient sur ses positions de départ après avoir subi des pertes sensibles », note le journal du II/RFC. En début d'après-midi, en effet, la 3e compagnie a notamment perdu, près de la ferme des Corbeaux, le sergent Jean Miquel et Pierre Marty. Le I/51e RI déplore également, ce 27 novembre 1944, près de Cornimont, la mort de Georges Bassot, du sergent Léon Florczak et de Jean Gauthier. Ce sont la compagnie Monnet et le corps-franc du RFC, installés dans la zone de la chapelle, qui couvrent le repli du I/51e RI, lequel retourne le soir à Cornimont. 

Parvenu au col du Bramont le 5 décembre 1944, le I/51e RI reste en ligne dans le secteur de La Bresse. Le 18 janvier 1945, conduits par le capitaine Maraval et le lieutenant Rio, neuf hommes de la 3e section (adjudant-chef Canès), 1ère compagnie, partent en patrouille en direction du lieu-dit Rothenbach, au Rainkopf, commune de La Bresse. L'explosion d'une grenade provoque la réaction, au panzerfaust, au mortier, à la mitrailleuse, de l'ennemi. Adrien Pistre, 20 ans, et Jean Roumiguieres, 21 ans, sont tués, Raymond Carausse est grièvement blessé par une balle explosive, Henri Cougoureux est touché par une grenade. Les cinq rescapés parviennent à se replier - le corps de Roumiguieres ne sera découvert que le 21 avril 1945. Le 3 février 1945, lorsque le secteur des Vosges se met en mouvement dans le cadre des opérations de réduction de la Poche de Colmar, le I/51e RI, dont une patrouille dans la nuit a confirmé le décrochage des Allemands, atteint le Rothenbachkopf. Quelques semaines plus tard, le bataillon, qui ne compte plus que quinze officiers et 299 hommes au 16 février 1945, est dissous. Une partie des hommes rejoignent le Sud-Ouest où le 18e RI se reconstitue (le commandant Pugnaire, le capitaine Maraval y serviront), tandis que leurs camarades sont affectés le 26 février 1945 au 49e RI né de la transformation du Corps franc Pommiès. C'est avec ce régiment que les Albigeois prennent part à la Campagne d'Allemagne.

2e bataillon du 51e RI

Dit Bataillon du Rouergue ou 1er Bataillon de l'Aveyron (à ne pas pas confondre avec le 1er Bataillon de l'Aveyron de la Brigade légère du Languedoc) ou Bataillon Marc. Recruté dans la région de Decazeville (Aveyron), il a conservé son organisation typiquement FTP. Ainsi, son chef Marc est notamment secondé par un « commissaire aux effectifs », le capitaine Lucien Aussenac (Dorin), et ses compagnies seront longtemps numérotées 4 201, 4 206 et 4 209. Parti d'Albi le 5 septembre 1944, puis de Rodez le surlendemain, le bataillon cantonne durant plus d'un mois à Saint-Appolinaire, près de Dijon, où les contrats d'engagement pour la durée de la guerre ont été signés, avant de se porter le 16 octobre 1944 sur Rupt-sur-Moselle. Ce jour-là, il est en position au Syndicat et à Vagney. Relevé le 26 octobre 1944 par le groupe d'escadrons d'Audibert du 3e dragons à Moyenmont et Dramont, il reprend le lendemain les positions du 3e bataillon de la Demi-brigade d'Auvergne. 

Le 31 octobre 1944, le II/51e RI est lancé au combat. Un de ses officiers, le sous-lieutenant Michelet, de la 4201e compagnie (capitaine Raymond Comte, dit Crémieux), est blessé à la jambe droite. Le 3 novembre 1944, il prend part à la tentative de progression sur Rochesson, avec le 3e dragons. A 12 h 45, le chef d'escadrons d'Audibert rend compte que le bataillon de l'Aveyron, qui progresse par le Grisard, a atteint la cote 650 avant d'aller occuper 821. Puis, « à 16 h 15, rapporte le JMO du 2e RSAR, le Bataillon Marc ayant réussi à pousser un élément jusqu'à 300 m au sud du Haut de Bouvacôte, le lieutenant-colonel Trioche reçoit l'ordre de reconnaître et d'occuper avant la tombée de la nuit la cote 733. Il y parviendra sans difficultés. »

Le 14 novembre 1944, jour où le IIe Corps lance son offensive dans le Doubs, le bataillon du commandant Vittori, qui opère avec le 1er Bataillon de Toulouse, atteint les pentes Nord du Haut de Bouvacôte (cote 816). Le lendemain, le 2e RSAR et les FFI venus de Berlingoutte entrent enfin dans Le Tholy, puis arrivent dans l'après-midi au carrefour de Préchamp où la liaison est réalisée avec les Américains. Ce jour-là, le bataillon du commandant Marc vit une tragédie : en se portant en avant, des FTP « sont reçus par plusieurs salves de FM ou de mitrailleuses qui blessent deux de nos gars, dont un assez grièvement... Il a été atteint par une balle explosive dans la région du ventre ; ces coups de feu sont tirés par le bataillon Ajax [1er Bataillon de Toulouse] ; nos gars se font aussitôt reconnaître et le feu cesse immédiatement. » Il y aura un autre drame, plus cruel encore. Quatre volontaires étaient partis en reconnaissance, lorsqu'au lieu-dit Goutte des fromages (commune du Tholy), ils se sont heurtés à des soldats allemands. Il y a trois tués : Benjamin Fargues, Louis Hernandez et le sergent André Glarey, mort des suites de ses blessures le 16 novembre 1944 à Remiremont. Le quatrième FTP, « voyant ses camarades tomber, tire à son tour et blesse ou tue deux boches, puis il se barricade à l'intérieur » de la maison « et se défend très courageusement jusqu'à l'arrivée d'une compagnie d'Ajax qui met l'ennemi en déroute ». Ainsi, « cette journée, qui devait être pour notre bataillon une journée de joie, se termine dans le deuil », note le journal des marches de l'unité. Le lendemain, le bataillon aveyronnais est retiré du front pour se reposer à Corbenay... 

Au repos pendant douze jours, le 1er bataillon de l'Aveyron remonte en ligne le 30 novembre 1944. Ses 4 201e et 4 206e compagnies relèvent les hommes du 1er RFC éprouvés par le combat du bois de la Roche de Bouchaux. Le PC du bataillon est établi à Lansauchamp. Alors que deux hommes ont été blessés dans la journée en sautant sur une mine (Raymond Lecole a reçu huit éclats à l'épaule, à la cuisse, au mollet gauche, aux chevilles et au talon gauche), une patrouille de la 4 201e compagnie conduite par le sous-lieutenant Maximilien Lubecki est lancée dans la nuit, avec l'objectif, dans la mesure du possible, de faire des prisonniers. Mais, victime d'une balle en plein front dans une rencontre avec l'ennemi « à environ un kilomètre de nos lignes », le jeune officier de 19 ans devait perdre la vie, dans la forêt, comme le sergent Luciano Bartoletti. Antoine Gonzales, dit Michaud, « veut essayer de ramener les cadavres de ses camarades, mais il tombe à son tour victime de son devoir », note le JMO du bataillon, qui signale aussi que René Boyer, porté disparu, parviendra à rejoindre son unité. C'est le capitaine Eugène Pilate (Félix) qui, avec d'autres Aveyronnais, ira rechercher le lendemain les trois corps. 

Le 4 décembre 1944, entre La Bresse, en Lorraine, et Wildenstein, en Alsace, le II/51e RI vit « une journée toute améliorée de gloire ». Il avait reçu l'ordre de pousser en direction du col de Bramont et du lac des Corbeaux : « La 4 201e compagnie, en particulier, étant parvenue la veille au col de la Vierge, partit dès le matin pour prendre le col... Elle y parvint vers la fin de la matinée, et cette marche surprit tellement l'ennemi qu'on trouva dans une maison les pommes de terre cuisant au feu et abandonnées par les boches en déroute. Suivie peu après par la 4 206e, puis par la 4 209e, elle arrive même à la frontière alsacienne et sur la route nationale. » 

Puis, comme les camarades du I/51e RI, les FTP du II/51e vont tenir position. Le 21 décembre 1944, le capitaine René Schiltz (Debussy), commandant la 4 206e compagnie, meurt accidentellement dans le secteur de Rainkopf, lors de la relève par la 4 209e compagnie. Le bataillon est alors implanté sur la piste des Italiens et au poste Riquet notamment, à proximité du col de Bramont. Le 26 décembre 1944, Ernest Vabre est tué au Rainkopf.

Le 3 février 1945, des patrouilles du 1er Bataillon de l'Aveyron se mettent en mouvement à 7 h 30 « et arrivent à hauteur du poste allemand au point 2.891 où elles constatent que l'ennemi s'est replié. Voyant que les bruits selon lesquels les Allemands commençaient à retirer leurs troupes du secteur se justifiaient, nos hommes, malgré les difficultés à marcher sur l'épaisseur de neige, reprennent courage et résolument foncent à l'avant. En peu de temps, la route des crêtes est atteinte et occupée immédiatement. Le Rainkopf à son tour est atteint et l'auberge du Rothenbach, première étape, est occupée aussi». C'est là que le sous lieutenant Simon échappe à la mort quand un engin piégé explose à l'intérieur. Dans l'après-midi, partant du point d'appui Riquet où le commandant Vittori a établi son PC, « une section de la 2e compagnie, parmi laquelle se trouvent le capitaine Roux et le sous-lieutenant Montpellier, part en direction du refuge du Rainkopf en suivant la route des crêtes. Arrivée à la hauteur du lac de Blanchemer, ils sont durement pris à partie par plusieurs mitrailleuses allemandes qui avaient encore les postes sur le flanc Est du Rainkopf. Aussitôt la première rafale, le sergent Naves Robert, dit Julien, s'affaisse, touché à la tête. La patrouille se replie sur Blanchemer où, une fois de plus, elle est prise sous le feu d'éléments isolés à Abri-Fer. Une deuxième patrouille, partie sur les pas de la première, est aussi accrochée à son tour. Le caporal-chef Lefevre est blessé par une balle à la cuisse. » Agé de 18 ans, Robert Naves, qui avait été retrouvé par des éclaireurs skieurs du RFC « après avoir passé une nuit par un froid terrible à 50 m d'un blockhaus ennemi », décède le 10 février 1945 à Besançon.

Le 7 février 1945, les I et II/51e RI descendent des crêtes, passent à Metzeral et vont cantonner à Sondernach. Tandis que le 1er bataillon est versé au 49e RI, le 2e, qui regroupe 20 officiers et 434 hommes au 16 février 1945, est affecté le 21 février 1945 au 3e bataillon du 151e RI (ex-Brigade de Paris), bataillon dont Vittori prend le commandement avant de le céder au capitaine de Linarès. Les Aveyronnais du III/151e RI se couvrent ensuite de gloire en Allemagne.

Le 51e RI (du Tarn et de l'Aveyron) avait cessé de vivre. Mais entre-temps, le régiment avait été reconstitué, devant Dunkerque, à compter du 24 janvier 1945, avec des volontaires du Nord et de la Picardie. Le 25 novembre 1944, le lieutenant-colonel Trioche, "commandant le 51e RI", s'était d'ailleurs ému auprès du général de Monsabert, commandant le 2e corps de la 1ère armée française, du projet de reconstitution d'un autre 51e RI, "à Amiens et à Beauvais". L'officier souhaitait que sa formation "soit seule reconnue officiellement" comme détentrice de cet écusson, pour la raison qu'il conservait son drapeau et que ses cadres avaient servi au sein du régiment entre 1940 et1942. René Trioche souhaitait même que le 51e RI s'augmente d'un 3e bataillon reconstitué avec des éléments de Picardie - le bataillon de sécurité II/2 du lieutenant-colonel Fromonot. Effectivement, cette unité portera bien l'appellation de III/51e RI... mais au sein du nouveau 51e RI.

Sources : archives du bataillon de l'Albigeois, GR 13 P 69, SHD - archives du Bataillon Marc, GR 13 P 82, SHD - archives de la demi-brigade Trioche, GR 13 P 93, SHD - archives du 51e RI, GR 12 P 12, SHD - Pierre Alquier, Le I/51e RI (FFI) ou Bataillon de l'Albigeois. Les jeunes volontaires de la Libération, 1993.


lundi 29 juillet 2024

Ordre de bataille des forces françaises devant Dunkerque, 1944-1945

 51e régiment d'infanterie, Lt-colonel Raoul Le Hagre

    I/51e RI, Cdt Pierre Benassis, Cne Georges Jacquin

        CC, Ltn Dewulf

        1e cie, Ltn Leroy

        2e cie, Cne Jacques Schrouf

        3e cie, Cne Selosse

        4e cie, Ltn Renaud 

        5e cie, Ltn Albert Creton

    II/51e RI (ex-I/110e RI), Cdt André Chaverebière de Sal 

        CC, Ltn Jean Quaetart

        1e puis 6e cie, Cne Albert Bouquillon, Ltn Fernand Pruvost

        2e puis 7e cie, Ltn Jean Da Silva

        3e puis 8e cie, Ltn Léon Samoy, Cne René Bruel

        4e puis 9e cie, Ltn Jean Plucain, Cne Jean Courtin

        5e cie, Ltn puis Cne Roger Brun

    IV/51e RI (ex-II/110e RI), Cdt Edouard Dewulf, Cdt François Obin

        CC, Slt Bicaert

        1e cie, Ltn Jean Vichery

        2e cie, Ltn Lancel

        3e cie, Cdt Michel Hochart, 22 ans

        4e cie, Ltn Leschawe

        5e cie, Cne Edouard Verkindere


33e RI, colonel Léon Gros

    EM : Cdt Fernand Lhermitte

    I/33e RI, Cdt Heduy

        CC, Cne Duriez

        1e cie, Slt Jarrelot

        2e cie, Ltn Moulin

        3e cie, Ltn Peyronnet

        4e cie, Ltn Marsey

        5e cie, Ltn Codevelle

    II/33e RI, Cdt Gauthier Sainte-Marie

        CC, Cne Galland

        6e cie, Cne Schneider

        7e cie, Cne Lobrecht

        8e cie, Cne Basseux

        9e cie, Ltn Verwickt, Cne Hernarestienne

        10e cie, Cne Delannoy

    III/33e RI, Cdt Léon Pecqueur, Cne Helme-Guizon

        CB 3, Slt Holuigue, Ltn Wartel

        11e cie, Ltn Lecointe

        12e cie, Cne Herbaut

        13e cie, Cne Queniart

        14e cie, Ltn Mercier

        15e cie, Cne Caron 


I/67e RI, Cdt Amédée Bouquerel

    CC, Cne Sueur

    1e cie, Cne Fleury

    2e cie, Cne Charles Barriquand

    3e cie, Ltn Moizard

    4e cie, Cne Durain de Serilhac

    5e cie, Cne Robin


Groupe-franc marine Dunkerque, CC Pierre Aclocque

Sources : archives du 33e RI, GR 12 P 8, SHD ; archives du 51e RI, GR 12 P 12, SHD ; archives du 67e RI, GR 12 P 14, SHD ; Lionel FONTAINE, Les volontaires de l'an 1944, tome 2, 2022.

vendredi 16 octobre 2020

Le 51e régiment d'infanterie dans la poche de Dunkerque

    Nous avons déjà évoqué, sur ce blog, l'offensive allemande menée dans la poche de Dunkerque, dans la nuit du 9 au 10 avril 1945, au cours de laquelle deux compagnies du 2e bataillon du 51e régiment d'infanterie, composé de FFI du Nord, ont subi de lourdes pertes.

    Le journal de marche et d'opérations du régiment, conservé par le Service historique de la Défense à Vincennes, apporte d'utiles précisions sur l'organisation de ce régiment et sur les conséquences de cette action ennemie. Créé par une note de service du 24 janvier 1945, le 51e RI du lieutenant-colonel Raoul Le Hagre comprend, à l'origine, quatre bataillons, dont trois sont en position devant Dunkerque.

    Les compagnies du I/51e RI (commandant Pierre Bienassis puis capitaine Georges Jacquin) sont aux ordres du lieutenant Dewulf (compagnie de commandement), du lieutenant Leroy (1ère compagnie), du capitaine Jacques Schrouf (2e), du capitaine Selosse (3e), du lieutenant Renaud (4e) et du lieutenant Albert Creton (5e).

    Le II/51e RI (commandant André Chaverebiere de Sal) est l'ancien I/110e RI, lui-même créé le 16 octobre 1944 sous l'appellation de II/43e RI. Le chef de bataillon est secondé par le capitaine Bauvoi, ses compagnies sont commandées par le lieutenant Jean Quaetart (compagnie de commandement), le capitaine Bouquillon (1ère), le lieutenant Jean Da Silva (2e), le lieutenant Léon Samoy ou Lamoy (3e), le lieutenant Plucain (4e) et le lieutenant puis capitaine Brun (5e). Après réorganisation, un officier d'active, le capitaine Bruel, commandera la 8e compagnie.

    Ancien II/110e RI, le IV/51e RI reste confié au commandant Edouard Dewulf puis au commandant François Obin, secondé par le capitaine Courtin. Le sous-lieutenant Bicaert (compagnie de commandement), le lieutenant Jean Vichery (1ère), le lieutenant Lancel (2e), le commandant Huchart (3e), le lieutenant Leschawe (4e) et le capitaine Edgard Verkindere (5e) sont les commandants d'unité. Ce bataillon sera dissous le 1er mai 1945 et versé dans les deux premiers bataillons.

    Quant au III/51e RI, il s'agit du bataillon de sécurité II/2 (lieutenant-colonel Fromonot), mis sur pied en Picardie, encadré, à la date du 1er octobre 1944, par le commandant Radet (adjoint), le commandant Legrand (adjudant-major), le capitaine Moreau (compagnie de commandement), le lieutenant Froissart (1ère compagnie, mort en service le 27 décembre 1944), le lieutenant Limouzin (2e), le capitaine Vanderbecken (3e), le capitaine de Montalembert puis le capitaine Godier (4e), enfin le capitaine Domergue (5e).


Le récit d'un combat

    A partir des archives - JMO, rapports d'officiers - du 51e RI, nous proposons ici un récit détaillé* de ce rude combat, qui a meurtri le régiment mais également le 33e RI. 

    "Le 9 avril 1945, la 8e compagnie tenait, à cheval sur le canal de Bourbourg, depuis la nuit du 31 mars au 1er avril 1945, le sous quartier du moulin de Spycker, avec PC à la ferme Stevenoo. Commandée depuis le 11 mars par un officier d'active, le capitaine René Bruel, elle était encadrée par « les trois meilleurs chefs de section du bataillon », indique le journal de marche du régiment. A savoir le lieutenant Maurice Wastiaux, à la 1ère section, le lieutenant Marius Thibaut, à la 2e, le sous-lieutenant Bagin, à la 3e. L’organisation de la compagnie, au nord du canal (le pont de Spycker se situe au nord-ouest de Spycker en direction de Grande Synthe) s’articule notamment autour de deux points d’appui : le PA 3 (sous-lieutenant Bagin) à droite, le PA 1 (lieutenant Wastiaux) au centre, en direction de la ferme Vermersch, au-dessus de la distillerie Trystram, tandis que le PC est à gauche du dispositif. Effectifs : 105 hommes, armés de quatre mitrailleuses allemandes, trois FM tchèques, et appuyés par un groupe de deux mitrailleuses Hotchkiss. 

     Les autres compagnies du II/51e RI occupent les sous-quartiers de la ferme Vermersch (6e), de la ferme Legrand (9e) et du Grand-Millebrugghe (7e), la 10e restant en réserve pour interdire le franchissement de la route entre la ferme Legrand et le canal de la Grande Colme. Le bataillon est en liaison avec la 8e compagnie du II/33e RI, qui barre la route moulin de Spycker – ferme Legrand.  

       L'alerte est donnée à 23 h, le 9 avril 1945. Mais les soldats français ne pourront s'opposer au coup de main qui est lancé à 1 h 30. Dans un long rapport (17 pages !), le capitaine Bruel devait longuement détailler la chronologie d’une journée que ses hommes n'oublieront pas. 

    Une journée qui commence donc après 1 h 35, quand, après avoir reçu l’information que des coups de feu ont été entendus, l'officier ordonne l’envoi de patrouilles en direction du point d’appui de Van West et de la rive du canal, l’une commandée par le sergent-chef Lagache, l’autre par le caporal Devriendt.
« Elles ont disparu complètement l’une et l’autre, n’ont jamais rejoint, ni donné de leurs nouvelles », note le capitaine Bruel. En revanche, depuis la ferme Vermersch, le lieutenant Henri Pruvost, de la 6e compagnie, signale qu’un soldat allemand vient d’être fait prisonnier à Van West, et que celui-ci 
« déclare que 150 Allemands vont attaquer incessamment dans cette région ». Ainsi informé, le capitaine Bruel allait quitter son PC pour se rendre vers le poste 4 « lorsque brusquement des cris de sauvage éclatent sur la rive droite du canal et que des armes automatiques se mettent à tirer en tous sens ». 

    C’est l’attaque annoncée, même si tout reste encore calme au PA 1 et au PA 2. 

   Capitaine Bruel : « Dehors la bataille fait rage, les mitraillettes allemandes tirent dans tous les sens. Le FM du poste 4 sort de son blockhaus (adjudant Valdher, soldat Edereau), se met en batterie face à droite et tire sur la rive droite du canal où semble-t-il son feu cause des pertes à l’ennemi. Mais bientôt l’ennemi apparaît sur l’arrière du PC et entre le PC et le PA 3. Le FM de 4 se replie alors sous les balles sur le poste 3 aménagé, mais inoccupé où il continuera à tirer jusqu’à ce qu’un projectile d’artillerie vienne éclater au pied même du créneau. L’adjudant Valdher qui commande ce FM se battra alors à la grenade contre les Allemands abordant le PC. » 

   Pour le capitaine Bruel, la surprise est totale : « On me signale [les Allemands] dans la cuisine. Deux autres grenades explosent devant la porte du PC et quelques secondes après les Allemands faisaient irruption dans la pièce servant de salle de commandement. […] Telles furent les circonstances dans lesquelles fut submergé le PC de la 8e compagnie. […] Entre le moment où les Allemands poussèrent leurs hurlements et celui où les grenades éclatèrent dans la cuisine, il ne s’est guère passé plus de cinq minutes. » Pour l’officier, il est clair que c’est en ayant traversé le canal en canots et à l'aide de "chambres à air" que les Allemands ont pu surgir derrière les Français, et non en passant les ponts.

    Simultanément, le PA 3, sur la rive droite du canal, est pris à partie. Suppléant son caporal « déjà affolé » (selon le rapport du capitaine Bruel), le soldat Bertein voit que son groupe de la section Bagin, qui a quitté son blockhaus pour s’opposer à l’ennemi, « va être submergé par le Boche qui approche rapidement de tous côtés [et] le replie sur la rive gauche…» Ses hommes franchissent le pont que Bruel, avant sa capture, avait souhaité voir détruit. « Bertein va détruire le pont, lorsque deux hommes de la 6e compagnie arrivent et passent en annonçant qu’il en vient d’autres. Bertein renonce à détruire le pont. Le tireur Van Assel tire le chargeur qui lui reste sur les Boches de la rive droite qu’il voit à la lueur d’un incendie qu’ils viennent d’allumer dans la grange». 

     Il y a d’autres pertes, à la section : « Szewezyk, le téléphoniste, a disparu, l’agent de transmission Vincent vient d’être tué près du poste 7. L’ennemi est maintenant en face, de l’autre côté du pont et tire de toutes ses armes. » Pour sa part, le groupe dont Bertein a pris la tête et qui, s’étant replié, s’est mis à la disposition du lieutenant Wastiaux (1ère section), a perdu un blessé, Wallert. 

     Chez Wastiaux (PA 1), des pertes sont également enregistrées en raison d’un tir d’artillerie. René Bruel : « Deux obus s’écrasent sur le blockhaus n°16 (groupe Demaret), d’autres éclatent sur la butte n°1, dans la toiture du PC de section… En même temps, des armes automatiques allemandes installées vers la butte n°3 tirent sur les buttes 1 et 2. Ce sont déjà les ennemis qui viennent de prendre le PC de compagnie et qui continuant sur leur lancée attaquent le PA 1… Le soldat Christians qui vient d’être blessé arrive en compagnie de Descamps qui rend compte au lieutenant Wastiaux de la destruction du blockhaus n°16. En plus de Christians, l’obus a mis hors de combat le caporal Demaret (épaule arrachée) et Lobeau (blessures multiples et enseveli). » Le tireur Henri Vanoverfeldt, qui s’est employé à les dégager, sera porté disparu. 

     Le combat gagne de l’importance, les Allemands arrivant sur la butte n°2 ou s’infiltrant par les jardins derrière le PC de section. Au sein du groupe Eugène Procureur, « Descrodt se bat comme un lion à la grenade ». Le PC de section est pressé de toutes parts. « Vers 2 h, un tir de grenades à fusil dans la cuisine et à la fenêtre du palier d’escalier […] ne précède que de quelques secondes l’assaut qui est donné simultanément par la gauche (butte n°1) et par le centre […]. Le groupe Procureur lance ses dernières grenades, mais le rez-de-chaussée est envahi. Il est 2 h 25. » Un autre groupe doit se rendre,
« le PA 1 n’existe plus. Le combat a duré environ 35 minutes ». En se portant au poste 8, le sous-lieutenant Bagin (PA 3), qui a lancé une fusée rouge signifiant "Nous sommes attaqués", «trouve son agent de transmission Vincent tué par un obus et un homme, Verfaillie, blessé… Son intention est alors de pousser vers le PC pour le dégager ou participer à sa défense, mais déjà le PA 1 est en pleine bataille et obus, bombes, rafales de mitraillettes s’abattent sur la ferme […] Bagin installe alors toutes ses armes […] sur la butte face à l’arrière […] Sur la rive droite, le café des Quatre chemins et la grange, sur la rive gauche, un bâtiment du PC brûlent sous les jets des lance-flammes». Une déconvenue pour Bagin : une pièce de mitrailleuse a été abandonnée intacte par ses servants. 

     C’est en essayant de rentrer dans les lignes que la 3e section du sous-lieutenant Bagin va être cruellement éprouvée. « Dès qu’ils dépassent l’usine, ils sont pris à partie par des armes tirant des étages supérieurs du PA et du PC. Ils essaient, malgré tout, de continuer et répondent de leur mieux avec leurs fusils et leurs FM aux armes ennemies, mais ils subissent bientôt de lourdes pertes. Successivement, Vanlerberghe, Verbecque, Vanstelland, Steinkiste et Six sont tués, soit par des balles, soit par des éclats de mortier ou d’obus. Verdru, Bernard, Dordain, Desfosses, Mathieu sont blessés. Seuls restent les caporaux Tassin et Delbart, les soldats Wymiens, Mortelette et Schmutz qui, pour éviter de faire tuer inutilement, se rendent. Plus loin, Bailleul qui, pour se mettre à l’abri, est entré dans un fossé plein d’eau, meurt d’une congestion. Plus en arrière encore, le lieutenant Bagin, blessé, le sergent Decuyper, les soldats Salyn et Dhainaut […] doivent également abandonner le combat, alors qu’ayant dû s’arrêter en terrain découvert, les armes ennemies, installées dans les maisons avoisinantes, leur interdisent tout mouvement.» 

    A 4 h, l'action est terminée. En quelques instants, l'ennemi a pu prendre le moulin de Spycker, les fermes Vermersch, Dekeister et Delabaere. Défendant les PA de Van et Van West, le sous-lieutenant Oudin, de la 6e compagnie, est parvenu à se replier et à rejoindre le PC à 3 h 15. Un quart d'heure plus tard, ce sont les deux postes du sous-lieutenant Grimopont et celui du sous-lieutenant Bailleul qui se repliaient également et gagnaient Spycker. Seul le lieutenant Thibaut a résisté, au PA de Vanherseck. Il ne se repliera qu'à 21 h, et après sa relève par le 33e RI. 

     A 6 h, précise le JMO du régiment, « quelques éléments de la 6e compagnie réoccupent les fermes Vermersch et Freuter. Pour réoccuper la ferme Delabaere, un court combat s'engage. Le soldat Rodrigue de la 5e compagnie est mortellement blessé. Trois prisonniers dont un officier allemand sont capturés. Toute la journée se passe à regrouper et interroger les éléments épars des 6e et 8e compagnies non capturés. » 

     Les pertes du bataillon sont très sévères. Le journal des marches et des opérations du régiment parle d’abord de cinq tués, six blessés et 94 disparus au II/51e RI. Il rehaussera ce bilan en ajoutant treize blessés et dix disparus, la plupart tués en réalité. Plus précis, celui du bataillon évoque, pour la 8e compagnie (la plus éprouvée), la perte de 67 hommes sur 108. Le capitaine Bruel, le lieutenant Wastiaux sont portés disparus. Dans son rapport, le commandant de compagnie évoquera une perte de dix tués et dix blessés, sans compter les disparus. A la 6e compagnie, il y a trois tués, sept blessés et 23 disparus (dont le lieutenant Henri Pruvost). Dans une autre compagnie, six disparus. 

     Il y a donc, selon ces sources, au moins treize tués au bataillon. A la 8e compagnie, Jean-Marie Vincent, 17 ans et huit mois, Henri Vanlerberghe, Léon Verbecque, 23 ans, René Vansteellant, 20 ans, Robert Six, 21 ans, Albert Steenkiste, 26 ans, Cyrille Bailleul, 19 ans, Edmond Demaret, 21 ans ; à la 6e compagnie, Moïse Arco, 22 ans, Pierre Mazereuw, 20 ans, et Roger Peiremboom, 20 ans, ainsi que Georges Rodrigues et Henri Lagache (du I/51e). Le capitaine Tassin, les sous-lieutenants Bagin, Omer Coeugniot sont au nombre des disparus, l'aspirant Julien Burggraeve a été blessé. 

    Qui a mené l'opération ennemie ? Une unité commandée par un major, chargée notamment de prendre le moulin, et un groupe de 60 hommes, qui devait «ratisser» le terrain à partir de la rive Sud du canal de Bourbourg. « On attendait l’attaque, on l’attendait sur nous, écrira le capitaine Bruel. Depuis six jours, les hommes et les chefs vivaient dans la pensée de la bataille. » 

    Mais « le Boche avait préparé son coup de longue main. Il avait choisi ses hommes les plus décidés. Tout était prévu dans le moindre détail… Tous les hommes étaient en blouse ou en vareuse foncée (quelque fois noire) et portait dans le dos un carré blanc… Ils étaient chaussés de souliers de caoutchouc ou de souliers ordinaires entourés de chiffons. Ils n’avaient pas de casque, pas de baïonnette et étaient allégés au maximum. Certains visages étaient enduits de noir de fumée... » C'est cette troupe-là qui aura réussi, en moins d'une heure, à rayer deux compagnies de l'ordre de bataille français... 

* * *

    Le 51e RI n'est pas la seule unité à avoir été éprouvée par ce coup de main. Le 33e RINE (pour régiment d'infanterie non endivisionné) l'a été également. Ce régiment avait été recréé le 15 janvier 1945 sur ordre du général Deligne, commandant la 1ère région militaire de Lille. Confié au colonel Léon Gros, issu de l'armée d'Afrique (il commandait jusqu'à présent le centre d'organisation d'infanterie et l'école des cadres de Lille), le 33e, dont l'état-major est situé à Valenciennes, comprend trois bataillons : le 1er (Arras) du commandant Heduy, créé dès le 16 septembre 1944, le 2e (Lille) du commandant Gauthier Sainte-Marie, mis sur pied le 26 octobre comme I/43e RI173, et le 3e (Saint-Omer), constitué le 30 octobre par le commandant Léon Pecqueur sous l'écusson de 173 La section de chenillettes de ce bataillon avait été détachée au groupement Sambre-et-Meuse du colonel Nicolas Chaulet en Belgique. Fin décembre 1944, le V/33e RI (bataillon de marche de Cambrai) du capitaine Henri Roger s'était également porté sur Dinant et Mettet, au-delà de la frontière. Il formera ultérieurement les unités régimentaires du 1er RI. IV/110e RI. « Les trois bataillons sont équipés avec du matériel anglais », précise le JMO du régiment. 

     Informé le 5 avril qu'il allait servir devant Dunkerque, le régiment a commencé à faire mouvement deux jours plus tard, plus précisément son 2e bataillon. Ses compagnies étaient à Bourbourg, Looberghe, Craywick, à la distillerie du Grand Millebrugghe et dans plusieurs fermes lorsque est survenue l'attaque du 10 avril 1945. 

     Le journal de marche du régiment rapporte : « L'ennemi arrive au contact des unités du 33e RINE, notamment devant la 8e compagnie à Goetgheluck qui fait trois prisonniers. La 9e compagnie accompagnée de chars se porte en direction de l'ancien canal de [Mardyck] pour stopper les infiltrations ennemies. » Le II/33e reçoit alors l'ordre du général allié de « réoccuper Vanherseck, Stevenoo et le pont de Spycker reconnus inoccupés par l'ennemi », puis d'interdire toute pénétration ennemie entre le canal de Bourbourg au sud et une ligne parallèle passant à 800 m environ au nord de Vanherseck. La 9e compagnie arrive vers 19 h devant ses objectifs : la filature, la ferme Stevenoo et le pont de Spycker. « Mais à ce moment ceux-ci sont occupés par l'ennemi. » Tout comme la 9e compagnie du lieutenant Verwickt, la 6e qui doit occuper les fermes Vie Deran et Vanherseck se heurte à un tir de barrage. « Un certain flottement se produit à la 6e compagnie. Le capitaine Galland désigné pour prendre le commandement rétablit la situation, mais ne peut réoccuper la ferme Vanherseck. »

    Pour le 33e RINE, les combats sont toutefois loin d'être terminés...

Un bataillon créé à Beauvais 

Mis sur pied à Beauvais (Oise) le 1er octobre 1944, le bataillon de sécurité II/2 - appelé également bataillon de sécurité I/51 - du lieutenant-colonel Louis Fromonot, composé de FFI de l'Oise et du Nord, arrive à Charleville-Mézières (Ardennes) le 23 décembre 1944 pour tenir le secteur de Givet inclus à Deville exclu, avec PC à Fumay, dans le cadre du Groupement de sécurité du Nord-Est créé après l'offensive allemande en Ardenne. Un commandant d'unité, le capitaine Froissart (1ère compagnie), trouve une mort accidentelle le 27 décembre 1944. Le bataillon est également encadré par les commandants Rabet (adjoint) et Legrand (adjudant-major), le lieutenant Limouzin (2e compagnie), le capitaine Vanderbecken (3e compagnie), le capitaine de Montalembert puis le capitaine Godier (4e compagnie), le capitaine Domergue (5e compagnie). Il reste dans les Ardennes jusqu'au 8 février 1945. Devenu entre-temps III/51e RI (le 1er février 1945), il ne sert pas devant la Poche de Dunkerque, comme les autres bataillons du 51e RI, mais reste stationné en région parisienne.

Sources principales : GR 12 P 12 et GR 12 P 8, SHD Vincennes. 

* Récit publié dans "les volontaires de l'an 1944", tome 2, Lionel Fontaine. 




Illustration : un extrait du JMO du 2e bataillon. (Collection SHD).