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mercredi 5 novembre 2025

FFI de la 1ère armée française au combat, septembre - décembre 1944



Les journaux de marche, historiques, rapports d'officiers des unités FFI servant dans la 1ère armée française qui sont conservés à Vincennes, des témoignages publiés dans les ouvrages écrits par des vétérans ou des historiens permettent de rendre compte des difficultés rencontrées par les jeunes volontaires de 1944 pour libérer le nord-est de la France. En voici quelques exemples recueillis au cours de nos recherches. 

Corps franc Bayard, bois du Mont de Vannes (Mélisey, Haute-Saône), 25 septembre 1944 

"A l'est, les bois du Mont de Vannes que nous sommes appelés à nettoyer fument... Enfoncés de plus en plus profondément dans le bois, nous finîmes par sentir une présence hostile qui ne se manifestait pas. [...] L'honneur périlleux de tourner une résistance ennemie bien placée nous est laissé. En cinq minutes deux morts s'affaissent sur les pierres sans que la position soit meilleure. Roger s'avance à son tour et à son tour tombe, une balle dans la tête […]. A présent il faut déplacer des pierres, faire son trou, prévoir la nuit à cette place..." (lieutenant Jean-Pierre Rouchié, Les nouvelles compagnies franches du Tarn, 1946).

Brigade indépendante Alsace-Lorraine, bois le Prince (Ramonchamp, Vosges), 4 octobre 1944

Le bataillon BARK "progressa à droite avec facilité avant de se heurter à des nids d'armes automatiques qu'il réduisait au prix de pertes sensibles […]. La gauche se heurta de suite à des armes automatiques qu'elle ne put détruire. Vers 17 h, la progression était arrêtée et le bataillon recevait l'ordre de s'enterrer sur le terrain conquis lorsque les chars entreprirent une action énergique de nettoyage devant la partie Nord du front du bataillon. Cette action provoqua un repli précipité de l'ennemi dont les unités FFI profitèrent pour gagner la lisière Est du bois. A la tombée de la nuit, l'ensemble du Bataillon Valmy relevait BARK qui avait perdu huit tués et quinze blessés" (rapport du lieutenant-colonel Pierre Jacquot). 

8e régiment de dragons, Trougemont (Vosges), 10 octobre 1944

« … 8 h : les escadrons de premier échelon ouvrent le feu sur Trougemont, l’avant-garde attaque Trougemont au canon. Des crêtes où progressent le commandement et l’escadron du Chéné, on voit les [Allemands] abandonner le village, courant vers les bois au sud, mitraillés par les armes automatiques. Nos éléments de premier échelon pénétrant dans Trougemont avec les chars tuent une dizaine d’Allemands et font [une] vingtaine de prisonniers. Le sous-lieutenant Maury avec le maréchal des logis-chef Fournier et le maréchal des logis Fournès de l’EHR grenadent une cave où sont réfugiés des Allemands et font sept prisonniers... » (journal de marche du 8e dragons).

Corps franc Pommiès, Le Thillot (Vosges), 22 novembre 1944

"Au nord, les éléments en position sur le Grand-Mont sont toujours arrêtés par des armes automatiques tirant de Lachapelle. Des détachements de renfort sont envoyés qui progressent dans le thalweg du stand de la Ravanne, qui sont arrêtés par des armes automatiques ennemies qui étaient restées muettes à l'extrémité Sud du thalweg entre le Mont des Brocheux et l'objectif de Grand-Mont situé à 500 m sud-ouest du hameau de l'Etat. Un autre élément attaque l'objectif du Grand Mont en débouchant de la plaine. Au sud du dispositif, région étang de la Truite, étang de la Peau, des éléments de la division ayant négligé un certain nombre de résistances ennemies, celles-ci gênent la progression. 16 h 50. Le CFP reçoit l'ordre d'organiser les lignes atteintes et de ne plus entreprendre que des actions en zone avec appui d'artillerie. Nos pertes : treize tués, 69 blessés." (journal de marche du CFP/49e RI).

152e régiment d'infanterie, bois de l'Oberwald (Friesen, Haut-Rhin), 26 novembre 1944

« Les sections s'accrochent au terrain, ripostent au feu ennemi, parent à un débordement, se maintiennent. Un élément même poursuit sa progression, arrivant à quelques dizaines de mètres du PC du colonel commandant la défense de l'Oberwald. Le feu devient de plus en plus intense, la situation critique. Les tirs d'arrêt ennemis s'abattent sur le deuxième échelon, fauchant de nombreux hommes. Il faut se replier. L'ordre de repli donné par le commandant de bataillon est exécuté à contre-coeur, mais face à l'ennemi au moyen de petites contre-attaques, après évacuation de tous les blessés et en ramenant quelques prisonniers. » (historique du 152e RI).

Corps franc Pommiès, Le Petit Drumont (Vosges), 29 novembre 1944

« Il neige ; le vent est furieux et glacial […] ; la visibilité est presque nulle, car un épais rideau de neige empêche nos hommes d'y voir à 35 mètres... Les Boches qui nous ont entendu progresser tirent sur les cibles qui se détachent merveilleusement sur la neige immaculée... Nos armes s'enrayent, les canons et les culasses bourrés de neige... Poisson est tué net d'une balle dans la tête. Spoher tombe lui aussi. Le sergent-chef Benoist veut lui porter secours, il est pris dans le tir des Boches... Une balle l'atteint au bras gauche... De Courrèges est mortellement touché en allant chercher un de ses hommes blessé. Trois hommes tombent : l'aspirant Broussier, Bloch André, Beau. Rolland lui aussi est tué, tandis que Civrac de Fabian est blessé par une balle au mollet, que Domec a le biceps traversé par une balle, que Coutaux leur ramenant le corps du lieutenant de Courrèges* est lui aussi blessé, et que Hegg, témoin de ce spectacle affreux, est commotionné et gelé... » (témoignage d'Henri Juppé, cité par René Giraudon, Le Corps franc Pommiès (3), 1995). 

Brigade légère du Languedoc, Village-Neuf (Haut-Rhin), 30 novembre 1944

"Après deux tentatives infructueuses, et avec l'appui de deux tanks-destroyers, la section Cailholl réussit à franchir le pont vers midi. Le 2e commando fait la jonction avec le II/6e RIC venu de Rosenau sur Village-Neuf. Combat très dur dans le village, où l'ennemi est retranché dans de nombreuses maisons. Le village est nettoyé vers 15 h. Certains éléments atteignent le Rhin et avancent en direction de Huningue. Le lieutenant-colonel Brugié, suivi de trois hommes, s'empare de la tranchée le long du canal et y fait 29 prisonniers. Le nombre de prisonniers du groupe de commandos à la fin de la journée est de 92. A 16 h, Village-Neuf est entièrement occupé. Les Allemands tiennent encore Huningue." (journal de marche du groupe de commandos, AD 34). 

1er bataillon de l’Aveyron, Lansauchamp (Vosges), 2 décembre 1944

« Ce matin, à 5 h, le capitaine Félix [Eugène Pilate] est parti reprendre aux Boches les corps de notre camarades ; Julien a voulu l’accompagner ; ils se sont dirigés vers la compagnie 4 201 à laquelle appartenaient ses trois amis. Là d’autres gars les ont suivis, en particulier quelques-uns de la patrouille malheureuse. A 9 h, ils arrivaient aux positions que les Boches avaient abandonnées, il y a très peu de temps. Les cadavres de nos amis sont à côté. Le sous-lieutenant Lubecki Max a été atteint d’une balle en plein front, une autre lui a traversé la joue. Le sergent Bartoletti lui aussi a été tué d’une balle dans la tête, quant à Gonzales Antoine (Michaud), c’est une balle explosive dans la tempe qui lui ôta la vie. Le sous-lieutenant Lubecki a eu les poches vidées en partie. » (journal de marche du bataillon). 

1er régiment du Morvan, Mollau (Haut-Rhin), 2 décembre 1944

« Nous montons au refuge du Gazon-Rouge par un difficile chemin de montagne et traversons là, la frontière d'Alsace. Après une pause de deux heures, nous redescendons par un chemin abrupt et étroit, couvert de rochers et de glace et parfois dominant le vide... Nous traversons le premier pays alsacien, Storckensohn. La compagnie arrive harassée à Mollau. » (journal de marche de la 11e compagnie, communiqué par Stephen Martin).

Groupe d'escadrons du 1er régiment de Franche-Comté, Le Hohneck (Vosges), 3 décembre 1944

"Le capitaine Couturier a déjà fait reconnaître les avancées du Hohneck par une patrouille. Le lieutenant Baxerres, commandant le 3e escadron, dit simplement : "Je vais au Hohneck". » Malgré la neige qui tombe, « le 3e escadron passe au milieu des lignes ennemies ; les sentinelles allemandes hésitent à tirer sur ces fantômes blancs... Au sommet, la surprise est complète ; nos hommes prennent l'hôtel d'assaut... A 19 h, un compte-rendu parvient au Haut Chitelet annonçant l'occupation du Hohneck... Vers minuit, une contre-attaque est repoussée..." ("La prise du Hohneck par les FFI de Franche-Comté", journal Rhin et Danube, octobre 1998).

Commando de Cluny, cote 475, 3 décembre 1944

"L'heure H est à 15 h 05. L'attaque démarre : le contact est pris dès l'arrivée de Legrand et Grard sur la crête à droite. L'ennemi réagit immédiatement par des tirs d'armes automatiques. Les hommes des deux groupes manoeuvrent au mieux, cherchant à se protéger derrière quelques arbres en place ; mais presque tous les arbres sont minés. Grard saute sur une mine, sur deux mines, sur trois mines... Halftermeyer essayant de lui porter secours, saute également. C'est une véritable hécatombe ; armes automatiques ou mines : Legrand, Boutillon, de Witte sont, dans le même temps, hors de combat. [...] Soudain, des fusées illuminent le ciel. Ce sont des fusées de repli. Je dois, suivant les ordres, ramener mon groupe aux trous de départ. Les rescapés des deux autres groupes regagnent leurs trous. Les tirs s'estompent, puis s'arrêtent ; un silence impressionnant s'abat sur la colline" (Paul Huot, J'avais 20 ans en 1943, Sauve-Terre, 2000).

3e régiment de dragons (ex-Corps franc Bayard), col de La Schlucht (Vosges), 5 décembre 1944

« Le feu ennemi semble faiblir. Au lieu de décrocher, le lieutenant Barbas, entraîné par son élan, poursuit le combat. A 14 h 35, interpellée en allemand par le maréchal des logis Dotzler, la garnison d'une casemate […] demande à se rendre, ayant plusieurs hommes hors de combat. Le lieutenant Barbas, au lieu de faire cesser le feu, se lève alors, fait hisser une mitrailleuse par deux hommes pour mieux viser, et la servant lui-même, debout, se met à tirer ses rafales et s'abat tué d'une balle en pleine tête... » (journal de marche du 1er groupe d'escadrons). 

3e bataillon, 1er régiment de volontaires de l'Yonne, Michelbach (Haut-Rhin), 7 décembre 1944

« Vers 9 h 30, les groupes d'attaque des sections des 8e et 9e compagnies s'élancent de part et d'autre de la D 34, leur axe de progression. Aussitôt, l'ennemi riposte et encadre de rafales de mitrailleuses, de mortiers de 81, d'obus de 88, de 150, les assaillants – tombent alors Boulmier, tué, Torton, Bérard, gravement blessés. L'adjudant Chillard, avec les Hanker, Bonnardel, Cappé, Lenne et d'autres, rampant dans le fossé qui borde la route, parviennent à 250 m du village, d'où ils voient la rue centrale s'ouvrir devant eux. Mais de son observatoire du clocher, l'ennemi les voit encore mieux et les bloque sur place avec ses mortiers (l'agent de liaison Bonnet est tué dans le fossé), alors qu'ils attendent les chars qui ne suivent pas, et pour cause. A 10 h 30, notre Sherman de tête saute, projectile de panzerfaust ou 88 d'un Panther qui se manifeste alors à 1 400 m, embossé dans Michelbach. Le commandant Charpy demande au commandant des blindés, qui craint le Panther, d'avancer, toute sa colonne étant stoppée en attente de décision. A 11 h 30, le commandant Charpy, chef du 1er bataillon, est tué à son poste d'observation par un éclat d'obus de 88 » (témoignage du caporal Luc Berton, archives Arolsen, AD 89). 

1er bataillon du Charollais, entre Bourbach-le-Bas et Roderen (Haut-Rhin), 7 décembre 1944

"16 h 30 : mouvements des chars ; contre-attaque allemande après violente préparation par minen qui arrosent le bois, les lisières de la cote 475. La position étant intenable, la compagnie étant sans appui à droite et à gauche et n'ayant aucune vue, le terrain permettant à l'ennemi de s'infiltrer à droite dans le bois et d'opérer un mouvement tournant, la compagnie se replie à la cote 475. La traversée du champ de mines et les tirs de minen causent la perte de trois hommes ; les chars n'étant plus en place pour nous permettre de contrôler les issues du bois, la compagnie reprend sa position au sud de 475. La contre-attaque allemande arrive à la crête, quelques éléments tentant de s'infiltrer sur la droite et ils sont stoppés par un groupe d'Indre-et-Loire. 17 h 45 : la situation est rétablie, l'ennemi se contentant de tirer quelques rafales de mitraillettes sur nos positions. 18 h : la compagnie est relevée par la 1ère ." (compte-rendu de la 2e compagnie, AD 71).

* Les douze victimes du CFP tuées ce jour-là et identifiées sont : capitaine Louis-Jean Françot, lieutenant Nicolas Mikhailoff-Raslovleff, sous-lieutenant Jean de Courrèges, aspirant Jacques Broussier, sergent-chef Albert Benoist, Jean Poisson, Daniel Lavignotte, Jean-Charles Meisburger, Julien Spohr, André Bloch, Jean Rolland, Marcel Braud.

mardi 27 avril 2021

Un ouvrage dédié aux "volontaires de l'an 1944"

Fruit de recherches effectuées dans les archives de l'armée de terre à Vincennes, où sont conservés journaux des marches et des opérations, notes d'organisation et rapports d'opérations, et de l'apport de témoignages communiqués par des vétérans à la fin des années 80, notre ouvrage "Les volontaires de l'an 1944. Les FFI du général de Lattre. Franche-Comté - Vosges - Alsace - Allemagne - Autriche" vient de paraître à compte d'auteur.

En 385 pages agrémentées de quelques cartes et photos, cette étude se propose d'évoquer le plus précisément possible les combats livrés par les unités FFI intégrées dans la 1ère armée française en 1944. Sont ainsi détaillées les opérations de la Brigade Alsace-Lorraine à Ramonchamp, du 3e régiment de dragons entre Gérardmer et le col de La Schlucht, du 152e régiment d'infanterie (Régiment d'Auvergne) à Seppois-le-Bas et dans le bois de l'Oberwald, du Régiment de Bourgogne, du Régiment de marche Corrèze-Limousin, du Commando de Cluny et du 1er bataillon du Charollais à la cote 475, de la 10e division d'infanterie de Paris dans les Vosges, du 2e bataillon de chasseurs à pied (Saône-et-Loire) au couvent d'Oelenberg, ou encore du 151e RI (ex-Brigade de Paris) lors du passage du Rhin.

Cet ouvrage est disponible auprès de l'auteur en écrivant à Lionel Fontaine, 14 bis, rue de Châteauvillain, 52000 Chaumont, ou à lionel.andre.fontaine@orange.fr. Prix unitaire :  20 euros. Frais de port : 8,64 euros.

samedi 8 août 2020

Le 131e régiment d'infanterie, de Troyes et Orléans à l'île d'Oléron




C'est le 8 décembre 1944 que le 131e régiment d'infanterie a été recréé, avec d'anciens FFI de l'Aube (coiffés du casque italien !) et d'Eure-et-Loir. Le 1er bataillon (commandant Lucien Vel) est formé par le 6e bataillon de sécurité, le 2e bataillon (commandant Poirier) par le 132e bataillon de sécurité et des éléments du 6e groupement de pionniers, le 3e bataillon (commandant Farjon puis capitaine de Layre) correspond au 1er bataillon d'Eure-et-Loir. Le régiment incorpore également des hommes du Régiment de marche nord-africain de Paris (lieutenant-colonel Massebiau), qui vient de défiler à Chaumont le 11 novembre 1944.

En attendant l'arrivée du lieutenant-colonel Durand, désigné chef de corps, le 131e RI est confié au colonel Cohendet, de l'état-major de la 6e région militaire.

A l'origine destiné à rejoindre la 1ère armée française, le 131e RI est finalement mis à la disposition du Détachement d'armée d'Atlantique. Les 13 et 16 février 1945, il quitte Troyes et Orléans pour le front de La Rochelle. Monté en ligne les 22 et 23 février, le régiment subit de lourdes pertes le 23 février par suite de l'explosion d'un dépôt de munitions à Nalliers : onze tués, dont quatre officiers. Des civils ont également trouvé la mort dans ce drame.

Le 14 avril 1945, le régiment participe à l'offensive contre la poche de Royan. Le 16, il prend part au nettoyage de la presqu'île d'Arvert, avant d'être mis le lendemain à la disposition de la Brigade du Médoc. Le 131e RI se bat alors dans la pointe de Grave, où il déplore la mort de 17 soldats. Puis il participe à la conquête de l'île d'Oléron, les 30 avril et 1er mai 1945. Entre février et mai, le ministère de la Défense a identifié au moins 34 militaires du régiment morts pour la France sur le front de l'Ouest.

Les opérations du 131e RI à La Rochelle, Royan, dans le Médoc et à l'île d'Oléron ont été évoquées dans l'ouvrage «Le front du Médoc. Une brigade FFI au combat», 1985.

mardi 30 mars 2010

Les volontaires champenois



Légende de la photo : Des volontaires des Commandos M (Aube/Haute-Marne) incorporés dans le 106e RI (collection club Mémoires 52).

La 6e région militaire est recréée à Châlons-sur-Marne, dès la libération de cette ville. Composition : les départements de l’Aube, de la Marne et de la Haute-Marne. Cette région est confiée au colonel Pierre Puccinelli, ancien chef de corps du 158e RI, promu général de brigade le 23 septembre 1944. Dans un ordre du jour daté du 11 septembre 1944, Puccinelli songe à rassembler les FFI champenois dans un 106e régiment d’infanterie (le régiment de Châlons) qui serait confié au commandant Emile Alagiraude, ancien chef des FFI de l’Aube. En réalité, ce 106 ne sera recréé officiellement que le 1er janvier 1945, et le lieutenant-colonel Enet viendra officiellement en prendre le commandement le 24 février. D’autres bataillons seront affectés au 131e RI qui participera à la prise de l’île d’Oléron, au 21e régiment d’infanterie coloniale qui se battra en Franche-Comté, en Alsace et en Allemagne, au 16e bataillon de chasseurs à pied qui entrera en Sarre dès début mars 1944.

Le 1er bataillon du 106e régiment d’infanterie est mis sur pied à Reims entre le 5 et le 15 septembre 1944, avec des éléments FFI et FTP de la Marne. Le chef d’escadrons Pierre Bouchez, chef des FFI du département, en prend d’abord le commandement, puis le chef d’escadron Marcel Koch, assisté du commandant Armand Libeaud, lui succède. Installé à la caserne Corbineau à Châlons, le I/106e RI fait mouvement vers la 21e région militaire (Metz) le 9 avril 1945. Le 17 avril 1945, à la caserne Jeanne-d’Arc de Thionville, une explosion accidentelle coûte des pertes terribles au bataillon : 30 tués et 80 blessés. Parmi les morts, quatre officiers dont le chef de bataillon Koch (originaire de Sézanne, il était âgé de 31 ans), les sous-lieutenants Cocusse, de Gavre et l’aspirant Girard. Le capitaine Charmet prend le commandement du bataillon. Sur le drame de Thionville, lire avec profit l’étude de Pierre Mauget et de l’amicale des revenants et anciens du 106e RI, « Le 106e régiment d’infanterie » (1999).

Le 2e bataillon du 106e est créé à Troyes, en grande partie avec des FTP Aubois. Il semble être également appelé 2e bataillon de marche de l’Aube. Le commandant Robert Zaigue (des FTP) en assure le commandement. Il fait mouvement sur Châlons le 16 octobre 1944 puis, le 20 décembre 1944, gagne Les Islettes, dans la Meuse, après le déclenchement de l’offensive allemande en Belgique, puis les Ardennes. Il quitte ce département le 27 janvier 1945, vient stationner à Chaumont puis gagne la Moselle.

Le 3e bataillon du 106e provient du groupement des commandos « M », que commandait le jeune commandant « Yvan » (Maurice Dupont). Ce bataillon, également appelé « Mermoz », part le 3 octobre 1944 pour Châlons (caserne Chanzy). Le 24 décembre 1944, il se porte sur la frontière belge, dans le cadre du Groupement de sécurité Nord-Est (GSNE). Il rejoindra également la Moselle. Son chef, le commandant Alfred Hummel, a trouvé une mort accidentelle le 3 novembre 1944 dans un accident de la route dans la Marne.

Le 6e bataillon de sécurité, composé de FTP aubois, devient 1er bataillon du 131e régiment d’infanterie le 8 décembre 1944, sous les ordres du commandant Lucien Vel.

Le 132e bataillon de sécurité et des éléments du 6e groupement de pionniers, tous deux cantonnés à Troyes, donnent naissance au 5e bataillon de marche de l’Aube puis, à la même date, au 2e bataillon du 131e RI, confié au commandant Jean Poirier. Le 131e RI fera mouvement le 13 février 1945 vers le front de La Rochelle. Il participera aux opérations de la presqu’île d’Arvert et de l’île d’Oléron. Le régiment était commandé par le colonel Cohendet puis par le lieutenant-colonel Durand. A noter que les éléments aubois étaient vêtus d’uniformes français et de casques… italiens récupérés dans un dépôt allemand à Troyes !

La Compagnie Alsace-Lorraine est créée à Troyes le 1er septembre 1944. Composée pour moitié d’Alsaciens et Lorrains, elle est articulée entre deux sections auboises et une section marnaise. Assisté du lieutenant Bournique, le capitaine Xhaard la commande. Elle fait mouvement le 20 septembre 1944 sur Nancy (caserne Hugo) où elle devient 101e compagnie de sécurité. Elle rejoindra ensuite la Moselle où, à compter du 20 octobre 1944, elle devient bataillon de marche II/21 (commandant Paul Aubry) ou 16e bataillon de chasseurs à pied. Des éléments entreront début mars 1945 en Allemagne.

Le 9e bataillon de dragons FFI est créé à Epernay, en partie avec des éléments du mouvement Ceux de la Résistance (CDLR), mais également avec des hommes du maquis des Chênes (ceux-ci formant le 5e escadron du lieutenant de La Hamayde). Sous les ordres du lieutenant-colonel Boscals de Reals, ce bataillon compte 791 hommes au 21 octobre 1944. Il est dissous le 31 janvier 1945, ses hommes versés entre le 4e cuirassiers et la 2e division coloniale d’Extrême-Orient, à laquelle appartient un nouveau 9e dragons recréé parallèlement à Paris le 16 janvier 1945.

Créé à Reims le 1er septembre 1944, le 4e bataillon de cuirassiers FFI est aux ordres du chef d’escadron Marcel Henry puis du chef d’escadrons Pierre Bouchez (qui vient du 106e RI). A partir du 15 décembre, ce bataillon reçoit la garde du drapeau de la Région C. Le 1er janvier 1945, il devient officiellement 4e régiment de cuirassiers, sous les ordres du colonel d’Ales.

Le 21e bataillon de sécurité (en référence au 21e RI caserné à Chaumont et à Langres) est mis sur pied en septembre 1944 avec les FFI de Haute-Marne. Portant également le nom de 1er bataillon de la Haute-Marne, ou Bataillon de Chaumont, il devait initialement être intégré dans le 106e RI. Cantonné à Chaumont (quartier Foch) et à Langres (caserne Turenne), il est aux ordres du lieutenant-colonel René Bocquillon, ancien chef du bataillon Jérôme. A l’effectif de 530 hommes, il fait mouvement à partir du 14 octobre 1944 vers la Franche-Comté, où ses hommes sont versés dans le 4e régiment de tirailleurs sénégalais – il deviendra 21e régiment d’infanterie coloniale le 1er novembre 1944.

La compagnie Max est issue du maquis d’Auberive. Sous les ordres du capitaine « Max » (Paul Carteron), elle regroupe 130 hommes. Cantonnée à Parnot, près de Bourbonne-les-Bains, elle précède le bataillon de Chaumont dans son mouvement vers le 4e RTS. Elle est officiellement versée dans la 1ère compagnie du I/4e RTS le 13 octobre 1944.

Pour compléter ce tableau, signalons qu’une section de FTP marnais (de la Montagne de Reims) a rejoint la colonne Fabien (futur 1ère Brigade de Paris puis 151e RI).