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mercredi 5 novembre 2025

FFI de la 1ère armée française au combat, septembre - décembre 1944



Les journaux de marche, historiques, rapports d'officiers des unités FFI servant dans la 1ère armée française qui sont conservés à Vincennes, des témoignages publiés dans les ouvrages écrits par des vétérans ou des historiens permettent de rendre compte des difficultés rencontrées par les jeunes volontaires de 1944 pour libérer le nord-est de la France. En voici quelques exemples recueillis au cours de nos recherches. 

Corps franc Bayard, bois du Mont de Vannes (Mélisey, Haute-Saône), 25 septembre 1944 

"A l'est, les bois du Mont de Vannes que nous sommes appelés à nettoyer fument... Enfoncés de plus en plus profondément dans le bois, nous finîmes par sentir une présence hostile qui ne se manifestait pas. [...] L'honneur périlleux de tourner une résistance ennemie bien placée nous est laissé. En cinq minutes deux morts s'affaissent sur les pierres sans que la position soit meilleure. Roger s'avance à son tour et à son tour tombe, une balle dans la tête […]. A présent il faut déplacer des pierres, faire son trou, prévoir la nuit à cette place..." (lieutenant Jean-Pierre Rouchié, Les nouvelles compagnies franches du Tarn, 1946).

Brigade indépendante Alsace-Lorraine, bois le Prince (Ramonchamp, Vosges), 4 octobre 1944

Le bataillon BARK "progressa à droite avec facilité avant de se heurter à des nids d'armes automatiques qu'il réduisait au prix de pertes sensibles […]. La gauche se heurta de suite à des armes automatiques qu'elle ne put détruire. Vers 17 h, la progression était arrêtée et le bataillon recevait l'ordre de s'enterrer sur le terrain conquis lorsque les chars entreprirent une action énergique de nettoyage devant la partie Nord du front du bataillon. Cette action provoqua un repli précipité de l'ennemi dont les unités FFI profitèrent pour gagner la lisière Est du bois. A la tombée de la nuit, l'ensemble du Bataillon Valmy relevait BARK qui avait perdu huit tués et quinze blessés" (rapport du lieutenant-colonel Pierre Jacquot). 

8e régiment de dragons, Trougemont (Vosges), 10 octobre 1944

« … 8 h : les escadrons de premier échelon ouvrent le feu sur Trougemont, l’avant-garde attaque Trougemont au canon. Des crêtes où progressent le commandement et l’escadron du Chéné, on voit les [Allemands] abandonner le village, courant vers les bois au sud, mitraillés par les armes automatiques. Nos éléments de premier échelon pénétrant dans Trougemont avec les chars tuent une dizaine d’Allemands et font [une] vingtaine de prisonniers. Le sous-lieutenant Maury avec le maréchal des logis-chef Fournier et le maréchal des logis Fournès de l’EHR grenadent une cave où sont réfugiés des Allemands et font sept prisonniers... » (journal de marche du 8e dragons).

Corps franc Pommiès, Le Thillot (Vosges), 22 novembre 1944

"Au nord, les éléments en position sur le Grand-Mont sont toujours arrêtés par des armes automatiques tirant de Lachapelle. Des détachements de renfort sont envoyés qui progressent dans le thalweg du stand de la Ravanne, qui sont arrêtés par des armes automatiques ennemies qui étaient restées muettes à l'extrémité Sud du thalweg entre le Mont des Brocheux et l'objectif de Grand-Mont situé à 500 m sud-ouest du hameau de l'Etat. Un autre élément attaque l'objectif du Grand Mont en débouchant de la plaine. Au sud du dispositif, région étang de la Truite, étang de la Peau, des éléments de la division ayant négligé un certain nombre de résistances ennemies, celles-ci gênent la progression. 16 h 50. Le CFP reçoit l'ordre d'organiser les lignes atteintes et de ne plus entreprendre que des actions en zone avec appui d'artillerie. Nos pertes : treize tués, 69 blessés." (journal de marche du CFP/49e RI).

152e régiment d'infanterie, bois de l'Oberwald (Friesen, Haut-Rhin), 26 novembre 1944

« Les sections s'accrochent au terrain, ripostent au feu ennemi, parent à un débordement, se maintiennent. Un élément même poursuit sa progression, arrivant à quelques dizaines de mètres du PC du colonel commandant la défense de l'Oberwald. Le feu devient de plus en plus intense, la situation critique. Les tirs d'arrêt ennemis s'abattent sur le deuxième échelon, fauchant de nombreux hommes. Il faut se replier. L'ordre de repli donné par le commandant de bataillon est exécuté à contre-coeur, mais face à l'ennemi au moyen de petites contre-attaques, après évacuation de tous les blessés et en ramenant quelques prisonniers. » (historique du 152e RI).

Corps franc Pommiès, Le Petit Drumont (Vosges), 29 novembre 1944

« Il neige ; le vent est furieux et glacial […] ; la visibilité est presque nulle, car un épais rideau de neige empêche nos hommes d'y voir à 35 mètres... Les Boches qui nous ont entendu progresser tirent sur les cibles qui se détachent merveilleusement sur la neige immaculée... Nos armes s'enrayent, les canons et les culasses bourrés de neige... Poisson est tué net d'une balle dans la tête. Spoher tombe lui aussi. Le sergent-chef Benoist veut lui porter secours, il est pris dans le tir des Boches... Une balle l'atteint au bras gauche... De Courrèges est mortellement touché en allant chercher un de ses hommes blessé. Trois hommes tombent : l'aspirant Broussier, Bloch André, Beau. Rolland lui aussi est tué, tandis que Civrac de Fabian est blessé par une balle au mollet, que Domec a le biceps traversé par une balle, que Coutaux leur ramenant le corps du lieutenant de Courrèges* est lui aussi blessé, et que Hegg, témoin de ce spectacle affreux, est commotionné et gelé... » (témoignage d'Henri Juppé, cité par René Giraudon, Le Corps franc Pommiès (3), 1995). 

Brigade légère du Languedoc, Village-Neuf (Haut-Rhin), 30 novembre 1944

"Après deux tentatives infructueuses, et avec l'appui de deux tanks-destroyers, la section Cailholl réussit à franchir le pont vers midi. Le 2e commando fait la jonction avec le II/6e RIC venu de Rosenau sur Village-Neuf. Combat très dur dans le village, où l'ennemi est retranché dans de nombreuses maisons. Le village est nettoyé vers 15 h. Certains éléments atteignent le Rhin et avancent en direction de Huningue. Le lieutenant-colonel Brugié, suivi de trois hommes, s'empare de la tranchée le long du canal et y fait 29 prisonniers. Le nombre de prisonniers du groupe de commandos à la fin de la journée est de 92. A 16 h, Village-Neuf est entièrement occupé. Les Allemands tiennent encore Huningue." (journal de marche du groupe de commandos, AD 34). 

1er bataillon de l’Aveyron, Lansauchamp (Vosges), 2 décembre 1944

« Ce matin, à 5 h, le capitaine Félix [Eugène Pilate] est parti reprendre aux Boches les corps de notre camarades ; Julien a voulu l’accompagner ; ils se sont dirigés vers la compagnie 4 201 à laquelle appartenaient ses trois amis. Là d’autres gars les ont suivis, en particulier quelques-uns de la patrouille malheureuse. A 9 h, ils arrivaient aux positions que les Boches avaient abandonnées, il y a très peu de temps. Les cadavres de nos amis sont à côté. Le sous-lieutenant Lubecki Max a été atteint d’une balle en plein front, une autre lui a traversé la joue. Le sergent Bartoletti lui aussi a été tué d’une balle dans la tête, quant à Gonzales Antoine (Michaud), c’est une balle explosive dans la tempe qui lui ôta la vie. Le sous-lieutenant Lubecki a eu les poches vidées en partie. » (journal de marche du bataillon). 

1er régiment du Morvan, Mollau (Haut-Rhin), 2 décembre 1944

« Nous montons au refuge du Gazon-Rouge par un difficile chemin de montagne et traversons là, la frontière d'Alsace. Après une pause de deux heures, nous redescendons par un chemin abrupt et étroit, couvert de rochers et de glace et parfois dominant le vide... Nous traversons le premier pays alsacien, Storckensohn. La compagnie arrive harassée à Mollau. » (journal de marche de la 11e compagnie, communiqué par Stephen Martin).

Groupe d'escadrons du 1er régiment de Franche-Comté, Le Hohneck (Vosges), 3 décembre 1944

"Le capitaine Couturier a déjà fait reconnaître les avancées du Hohneck par une patrouille. Le lieutenant Baxerres, commandant le 3e escadron, dit simplement : "Je vais au Hohneck". » Malgré la neige qui tombe, « le 3e escadron passe au milieu des lignes ennemies ; les sentinelles allemandes hésitent à tirer sur ces fantômes blancs... Au sommet, la surprise est complète ; nos hommes prennent l'hôtel d'assaut... A 19 h, un compte-rendu parvient au Haut Chitelet annonçant l'occupation du Hohneck... Vers minuit, une contre-attaque est repoussée..." ("La prise du Hohneck par les FFI de Franche-Comté", journal Rhin et Danube, octobre 1998).

Commando de Cluny, cote 475, 3 décembre 1944

"L'heure H est à 15 h 05. L'attaque démarre : le contact est pris dès l'arrivée de Legrand et Grard sur la crête à droite. L'ennemi réagit immédiatement par des tirs d'armes automatiques. Les hommes des deux groupes manoeuvrent au mieux, cherchant à se protéger derrière quelques arbres en place ; mais presque tous les arbres sont minés. Grard saute sur une mine, sur deux mines, sur trois mines... Halftermeyer essayant de lui porter secours, saute également. C'est une véritable hécatombe ; armes automatiques ou mines : Legrand, Boutillon, de Witte sont, dans le même temps, hors de combat. [...] Soudain, des fusées illuminent le ciel. Ce sont des fusées de repli. Je dois, suivant les ordres, ramener mon groupe aux trous de départ. Les rescapés des deux autres groupes regagnent leurs trous. Les tirs s'estompent, puis s'arrêtent ; un silence impressionnant s'abat sur la colline" (Paul Huot, J'avais 20 ans en 1943, Sauve-Terre, 2000).

3e régiment de dragons (ex-Corps franc Bayard), col de La Schlucht (Vosges), 5 décembre 1944

« Le feu ennemi semble faiblir. Au lieu de décrocher, le lieutenant Barbas, entraîné par son élan, poursuit le combat. A 14 h 35, interpellée en allemand par le maréchal des logis Dotzler, la garnison d'une casemate […] demande à se rendre, ayant plusieurs hommes hors de combat. Le lieutenant Barbas, au lieu de faire cesser le feu, se lève alors, fait hisser une mitrailleuse par deux hommes pour mieux viser, et la servant lui-même, debout, se met à tirer ses rafales et s'abat tué d'une balle en pleine tête... » (journal de marche du 1er groupe d'escadrons). 

3e bataillon, 1er régiment de volontaires de l'Yonne, Michelbach (Haut-Rhin), 7 décembre 1944

« Vers 9 h 30, les groupes d'attaque des sections des 8e et 9e compagnies s'élancent de part et d'autre de la D 34, leur axe de progression. Aussitôt, l'ennemi riposte et encadre de rafales de mitrailleuses, de mortiers de 81, d'obus de 88, de 150, les assaillants – tombent alors Boulmier, tué, Torton, Bérard, gravement blessés. L'adjudant Chillard, avec les Hanker, Bonnardel, Cappé, Lenne et d'autres, rampant dans le fossé qui borde la route, parviennent à 250 m du village, d'où ils voient la rue centrale s'ouvrir devant eux. Mais de son observatoire du clocher, l'ennemi les voit encore mieux et les bloque sur place avec ses mortiers (l'agent de liaison Bonnet est tué dans le fossé), alors qu'ils attendent les chars qui ne suivent pas, et pour cause. A 10 h 30, notre Sherman de tête saute, projectile de panzerfaust ou 88 d'un Panther qui se manifeste alors à 1 400 m, embossé dans Michelbach. Le commandant Charpy demande au commandant des blindés, qui craint le Panther, d'avancer, toute sa colonne étant stoppée en attente de décision. A 11 h 30, le commandant Charpy, chef du 1er bataillon, est tué à son poste d'observation par un éclat d'obus de 88 » (témoignage du caporal Luc Berton, archives Arolsen, AD 89). 

1er bataillon du Charollais, entre Bourbach-le-Bas et Roderen (Haut-Rhin), 7 décembre 1944

"16 h 30 : mouvements des chars ; contre-attaque allemande après violente préparation par minen qui arrosent le bois, les lisières de la cote 475. La position étant intenable, la compagnie étant sans appui à droite et à gauche et n'ayant aucune vue, le terrain permettant à l'ennemi de s'infiltrer à droite dans le bois et d'opérer un mouvement tournant, la compagnie se replie à la cote 475. La traversée du champ de mines et les tirs de minen causent la perte de trois hommes ; les chars n'étant plus en place pour nous permettre de contrôler les issues du bois, la compagnie reprend sa position au sud de 475. La contre-attaque allemande arrive à la crête, quelques éléments tentant de s'infiltrer sur la droite et ils sont stoppés par un groupe d'Indre-et-Loire. 17 h 45 : la situation est rétablie, l'ennemi se contentant de tirer quelques rafales de mitraillettes sur nos positions. 18 h : la compagnie est relevée par la 1ère ." (compte-rendu de la 2e compagnie, AD 71).

* Les douze victimes du CFP tuées ce jour-là et identifiées sont : capitaine Louis-Jean Françot, lieutenant Nicolas Mikhailoff-Raslovleff, sous-lieutenant Jean de Courrèges, aspirant Jacques Broussier, sergent-chef Albert Benoist, Jean Poisson, Daniel Lavignotte, Jean-Charles Meisburger, Julien Spohr, André Bloch, Jean Rolland, Marcel Braud.

mardi 10 décembre 2024

Il y a 80 ans : la conquête de Loechlé, 10 décembre 1944


     

    La conquête de Loechlé, au bord du Rhin, préfigure les combats qui seront menés du 20 janvier au 9 février 1945 dans la Poche de Colmar par le 6e régiment d'infanterie coloniale. Il s'agissait de réduire, maison par maison, la garnison allemande retranchée dans la localité.

    L'opération - Loechlé et la centrale électrique - est exécutée par les 2e et 3e bataillons du 6e RIC. C'est un détachement du III/6e RIC, confié au capitaine Hervet, qui est chargé de l'attaque du village. En voici les principales péripéties, sur la base d'une relation conservée dans les archives du régiment.

    "A 6 h 45, la préparation d'artillerie se déclenche. Deux groupes de 105, un groupe de 155, la CCI [compagnie de canons d'infanterie] pilonnent le village et l'usine (5 000 coups sont tirés en 30 minutes).

    7 h 15 : le capitaine Hervet est blessé, le capitaine [Francis] Bourriquen prend le commandement du détachement. 

    7 h 20 : [...] Un soldat [du] groupe de mitrailleuses [blessé] rend compte que le groupe [a été] à peu près détruit à 150 m de la lisière par notre tir d'artillerie trop court. Le sergent-chef Gevaer est immédiatement envoyé à ce groupe et avec les trois hommes valides réussit à se mettre en batterie à la lisière pour appuyer le débouché de la section Martin. [...]

    7 h 30 : débouché de l'attaque. La section [de l'aspirant Jean Chelveder] s'est portée en liaison avec un TD et un GM [groupe de mitrailleuses] qui appuieront son débouché. [...] Les trois groupes bondissent simultanément sur leurs objectifs, sous le feu de deux mitrailleuses ennemies. Deux soldats sont tués. Les maisons sont prises d'assaut. Quelques éléments réussissent à traverser la route. Onze prisonniers tombent entre nos mains. Quelques maisons résistent qui sont nettoyées à coups de grenades à fusil. L'aspirant Chelveder et le sergent Benhamou sont tués côte à côte par balles. Le sergent-chef Martinez prend le commandement de la section."

    De son côté, la section du sous-lieutenant Martin, rejoint par un groupe de la section de l'adjudant Le Quellec, "prend pied dans la partie Ouest du village au sud de la route. [...] Le sous-lieutenant Martin est blessé à la jambe par balle en abordant les premières maisons. Une à une, les maisons sont réduites et la progression est très difficile. [...]" C'est l'adjudant Jean Tafanelli qui prend le commandement de la section Martin.

    Le détachement a désormais face à lui plusieurs résistances dont "une [à] l'école avec une arme automatique qui bat la route".

    "9 h 15. Le commandant du groupement donne l'ordre à l'adjudant Le Quellec de réduire [un] nid de résistance. Un groupe de l'adjudant Tafanelli avec son FM, un rocket et deux lance-grenades de la CA neutraliseront les mitrailleuses pendant le mouvement. [...]

    9 h 30. Le nid de résistance est réduit. L'adjudant Tafanelli reçoit l'ordre de se porter dans les maisons Sud-Ouest de l'école avec un groupe. Le deuxième groupe se portera dans la partie Sud de l'objectif de la section et tachera de reprendre la liaison avec la section Chelveder. [...]

    La grosse résistance ennemie se retranche dans l'école. Pendant une heure on se mitraille de part et d'autre de la route. L'adjudant Tafanelli en utilisant les boyaux creusés par l'ennemi réussit à atteindre les maisons Sud du carrefour à l'ouest de la route."

    Il est alors fait appel aux tank-destroyers qui, à 11, détruisent l'école. "Un officier et 22 défenseurs se rendent". Reste la résistance à l'église au cimetière, le détachement - dont le capitaine Langlais, adjudant-major du III/6e RIC, a pris le commandement - étant renforcé par la section Pavard.

   Renforcé par deux groupes de l'adjudant Le Quellec, l'adjudant Tabone "reçoit l'ordre de s'emparer de l'église en partant du cimetière. On lui adjoint une équipe de rocket des TD. Son action sera préparée par un tir nourri des mortiers de la CA sur l'église et les résistances repérées à l'est du cimetière.

    11 h 30. Tir des mortiers : le groupement Tabone démarre. Il s'empare de l'église, du presbytère et des maisons avoisinantes et fait douze prisonniers. [...] Toute résistance a cessé dans le village."

    La nuit sera calme, mais le lendemain, Loechlé subit des tirs de harcèlement. "L'adjudant Tafanelli, le sergent-chef Monot et deux soldats de la 11e compagnie sont grièvement blessés par un obus qui défonce la cave où ils étaient abrités. L'adjudant Tafanelli meurt à son arrivée au poste de secours."

    La conquête de Loechlé défendu par "deux compagnies" aura permis au III/6e RIC - dont les derniers éléments sont relevés le 12 décembre 1944 par un peloton du Régiment d'infanterie coloniale du Maroc - de faire 50 prisonniers dont deux officiers, de prendre notamment quinze mitrailleuses et un canon de PAK de 75. Le détachement a perdu 19 tués dont l'aspirant Chelveder, l'adjudant Tafanelli et les sergents Benhamou et Georges Janin, et 34 blessés dont le capitaine Hervet, le sous-lieutenant Martin, l'adjudant Le Quellec, les sergents Medori, Hartz et François. 

Source : compte-rendu du colonel Dessert du 4 janvier 1945, archives du 6e RIC, GR 12 P 253, SHD, 

lundi 2 décembre 2024

30 novembre - 1er décembre 1944 - Bourguignons et Limousins au combat à Bourbach-le-Bas


 

Mis sur pied après la libération de Dijon (11 septembre 1944), le Régiment de Bourgogne (commandant René Alizon, dit Guy) combat aux côtés des tirailleurs marocains de la 2e DIM depuis le lancement de l'offensive dans la Boucle du Doubs le 14 novembre 1944. Créé à partir de la colonne R5, le Régiment de marche Corrèze-Limousin (lieutenant-colonel René Vaujour, dit Hervé) vient de participer à la libération du Territoire de Belfort. Ces deux unités d'origine FFI vont être douloureusement éprouvées lors des combats de Bourbach-le-Bas et de la cote 475, les 30 novembre et 1er décembre 1944. En voici une relation détaillée.

30 novembre 1944.

"Bourgogne face aux chars à Bourbach-le-Bas.

Entre Doller et Thur, la 7e compagnie du II/Régiment de Bourgogne, qui opère au sein du groupement de Berchoux, a pris position entre Sentheim et Bourbach-le-Bas.

Au matin, elle part nettoyer la forêt de l'Eichwald, au sud-ouest de Bourbach en direction de la Doller et de Guewenheim. Son soutien : le peloton du lieutenant Eblé, du 2e escadron du 6e régiment de chasseurs d'Afrique qui, à 11 h 45, quitte ses positions.

Vers 14 h, les trois chars du peloton Eblé, qui sont accompagnés par des légionnaires du Régiment de marche de la Légion étrangère, détruisent, aux lisières Est de l'Eichwald, un canon de 75 PAK et un canon léger, pour un half-track américain que les Allemands avaient récupéré. C'est à proximité de ce véhicule que la section de FFI bourguignons du lieutenant René Mazzolini fait 32 prisonniers.

L'activité du lieutenant Eblé est telle qu'à 15 h, le peloton est à court de munitions. Il doit être relevé par un autre peloton du 6e RCA, celui du lieutenant René Hodin. Ce dernier dispose de trois Sherman et d'un TD, le "Bretagne" du 4e escadron du 11e RCA. Mais plutôt que de se diriger sur l'Eichwald, le peloton Hodin gagne la cote 475, la hauteur au nord-est de Bourbach-le-Bas sur la route de Roderen... au moment où les Allemands lancent une contre-attaque blindée. Trois Jagdpanther et un Panther viennent en effet d'apparaître sur la crête...

Bourbach-le-Bas et ses abords sont alors défendus par le I/Bourgogne (capitaine Paul Loquin), continuellement sous le feu ennemi depuis le matin. Ainsi, à la CA qui a été endeuillée par la mort du sergent Robert Sommet et qui vient de prendre position dans un bois à moins d'un kilomètre du village, les chars ennemis, par leurs tirs, ont blessé mortellement André Machin et l'infirmier Jacques Robert.

Dans l'après-midi, c'est le capitaine Bernard Giraud, commandant la compagnie, et André Dureuil qui sont tués dans le verger à l'est de Bourbach-le-Bas. Le lieutenant Jean de Montalembert remplacera Giraud, qui était prêtre dans le civil. Celui-ci n'est pas le seul commandant d'unité du régiment à trouver la  mort en ce tragique 30 novembre 1944 : le capitaine Scipion Nasica, de la 1ère compagnie, est tué en fin de matinée par un obus ayant explosé sur une butte. Sans doute la cote 475, objet de la contre-attaque allemande.

En quelques instants, deux des chars du lieutenant Hodin brûlent, le troisième est touché. René Hodin, les brigadiers Paul Carrière et Jean-Marie Regnier, les chasseurs Jean Grollet, Camille Masson, André Tisserand sont tués ou mortellement brûlés.

Un peloton de TD du 2/8e RCA, celui du lieutenant Ayoun, est engagé pour briser la contre-attaque. Il détruit deux des trois Jagdpanther et met en flammes le Panther. Le troisième Jagdpanther se replie. De son côté, le lieutenant Eblé a décroché pour rentrer, à 18 h, à Guewenheim, avec le TD "Bretagne".

L'intervention des chars allemands a entraîné une certaine panique parmi les fantassins qui tenaient la cote 475. L'affaire est évoquée par l'historique du 1er régiment de fusiliers marins, qui est soutenu par l'escadron Bourgeois du 11e régiment de cuirassiers. "Le 3e escadron (capitaine Fourlinie) contribue à repousser une contre-attaque de blindés allemands vers 15 h. Le peloton Le Sant, au contact, tire à la 12,7 sur des Jagdpanther armés de 88, qui détruisent un scout-car. Les fusiliers marins combattent à terre [...] Les fantassins (bataillon algérien du 4e RTM et FFI Bourgogne) affolés par la parution des chars refluent en désordre, officiers compris, dans Bourbach-le-Bas, et même sur les pentes à l'ouest du village, à l'exception d'une section du 4e RTM restée dans les bois au nord-ouest de 475".

Le "rapport au sujet des unités FFI employées par le 4e RTM" fait le même constat implacable, le 15 décembre 1944 : "La fatigue et les intempéries aidant, les deux derniers engagements [du Régiment de Bourgogne] furent lamentables. Devant Bourbach-le-Bas, deux capitaines [ayant été] tués et un grièvement blessé [...], [les] compagnies refluèrent en désordre au cours de la contre-attaque de chars."

Trois officiers bourguignons tués dans l'Eichwald

Cette contre-attaque a surpris les hommes du lieutenant Mazzolini engagés dans la forêt de l'Eichwald. Agé de 37 ans, l'officier est tué, ainsi que le sous-lieutenant Pierre Jeanson. Les FFI doivent se mettre à l'abri dans les fossés situés de part et d'autre de la route qui relie les deux bois. Leurs pertes ont été lourdes : le sergent Roger Bergeron, Georges Reygner, Guy-Roger Boffy (il est né le 28 juillet 1928 en Côte-d'Or), Maurice Garnier, Etienne Noirot, Raoul Tonnet, Paul Voituret ont été tués, avant que les chars français interviennent.
Dans la soirée encore, une vingtaine d'hommes de la 7e compagnie du lieutenant Armand Salade sont encerclés dans la forêt, combat au cours duquel le lieutenant Robert Eltrich trouve la mort. Secourus par les blindés, les hommes de la "7" sont relevés et envoyés en réserve à Soppe-le-Bas.

Egalement engagée, la CA 2 du capitaine Max Forêt déplore sept tués à la fin de cette rude journée : Georges Devot, Pierre Gaillard (17 ans), Pierre Reynal, Roland Coudrier, Marceau Garnier, Maurice  Gicquel et le caporal René Ramaget. Le sous-lieutenant Jean Cuff a été blessé, et deux hommes faits prisonniers (1).


Corrèze-Limousin arrive en plein combat

Une autre unité FFI va faire connaissance avec la cote 475 : c'est le Régiment de marche Corrèze-Limousin (RMCL), qui assurait jusqu'alors la défense de Felon et de Petite-Fontaine.

A 11 h, ordre est donné au 2e bataillon du commandant Gustave Lhermite d'embarquer en camions jusqu'à Soppe-le-Bas, puis de gagner Sentheim et Bourbach-le-Bas afin d'attaquer en direction du Bruckenwald, un bois situé entre la cote 475 et la route Guewenheim - Roderen. Les informations données à Lhermite et à son adjoint, le commandant Emile Dugros, font état de la possible perte de Bourbach. La progression se fera donc prudemment par le Bergwald, entre Sentheim et Bourbach.

C'est aux environs de 15 h que le mouvement s'enclenche, par le passage de la Doller sur un pont.

Commandant Lhermite : "Bourbach paraît encore tenu  par des éléments amis, notamment des chars, et au moment du départ à l'attaque, un combat de chars se déroule sur les pentes de la cote 475". Il s'agit de l'affrontement entre les Jagdpanther et les TD du 8e RCA.

Gustave Lhermite : "Dévalant les pentes vers Bourbach, une salve de 88 éclate sur les premiers éléments". Joseph Roulhac et Robert Jannicot, de la 6e compagnie, sont tués, le sergent Palard grièvement blessé. "Les 6e et 7e compagnies traversent vite Bourbach pour atteindre la crête 433-412", c'est-à-dire la route en forme de virage en épingle qui relie le village à Roderen et qui débouche sur la cote 475. "Profitant de la confusion que les chars français ont créée sur les pentes de 475, la 6e compagnie, animée par la capitaine [Fernand] Fady, continue la progression, couverte sur son flanc gauche par la section Delage [...] La 7e compagnie lie son mouvement à celui de la 6e sur les pentes du Bruckenwald. Elles s'y enterreront car la nuit tombe."'

A leur tour, la CA 2 du capitaine François Finas et la compagnie anti-chars du lieutenant Chambon arrivent dans le secteur et s'installent sur la ligne 433-412. Elles sont rejointes, à 21 h, par la 5e compagnie du capitaine Alphonse Picard. Agé de 18 ans, Gilbert Lenoir, originaire de Couzeix, se souvient : "Nous avons pris position en bas de la côte, il fait froid, il tombait de la neige mêlée de pluie. Nous avons dû creuser des trous individuels qui se remplissaient d'eau..." Le commandant Lhermite garde plutôt le souvenir d'une nuit "claire avec la lune, elle commence dans le calme en dehors d'un tir assez épars avec de l'artillerie allemande et de mortiers" (2). 

L'entrée en ligne des Limousins a permis la relève des Bourguignons fortement éprouvés. La CA 1/Bourgogne redescend à Bourbach-le-Bas et se place en bouchon sur les routes de Bourbach-le-Haut et Thann. La 1ère compagnie est relevée à minuit."

[...]

1er décembre 1944

"Les FFI de Haute-Vienne perdent la cote 475

C'est durant cette même nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944 qu'une nouvelle action offensive allemande est déclenchée au-dessus de Bourbach-le-Bas, sur la cote 475. L'affaire aura marqué le commandant Lhermite, qui la racontera en détail.

Il est environ 2 h lorsque les Allemands lancent un premier assaut sur les positions des compagnies Fady et Le Guillou, après préparation d'artillerie : "Bien enterrées, elles repoussent l'attaque, avec l'aide des tirs d'artillerie et de mortiers de la CA 2. Mais les jeunes, surtout à la 7e compagnie, ont dépensé beaucoup de munitions, alors que nous avons laissé une partie de la dotation à Felon, suivant les ordres d'allègement."

Vers 3 h 30, c'est un nouveau bombardement d'obus de 105 et de mortiers, de balles de mitrailleuses de 20 sur la ligne 433-412 et Bourbach. La nouvelle attaque qui lui succède est repoussée, mais les hommes du capitaine Charles Le Guillou n'ont presque plus de munitions. Pour maintenir leurs positions, ils se verront remettre une dotation ainsi que deux FM par les pionniers.

Une heure plus tard, le feu s'abat à une troisième reprise sur le bataillon Lhermite, qui attend avec impatience un ravitaillement par mulets. Cette fois, la situation est dramatique. La 7e compagnie a besoin de renforts. Lhermite lui envoie la 5e du capitaine Alphonse Picard. Mais les hommes du capitaine Le Guillou lâchent pied. L'officier vient lui-même annoncer cette nouvelle, "à bout de nerfs", à son chef de bataillon, vers 5 h 30. "La moitié de ses effectifs est détruite et les survivants se sont enfuis", note le commandant Lhermite.

Le chef de bataillon voit le danger : ce mouvement de reflux menace la 6e compagnie sur sa droite. Il ordonne à l'artillerie d'intensifier ses tirs d'arrêt devant la compagnie Fady, tandis qu'il confie au lieutenant de Solere la mission de reprendre en main la compagnie Le Guillou, dont le capitaine est toujours choqué, et de la ramener sur 433-412.

Mais voilà que, vers 6 h 30, le capitaine Fady arrive à son tour au PC. "Il a donné l'ordre de repli à ses sections : il ne pouvait plus tenir, débordé sur ses flancs, sans munitions, la première ligne attaquée au corps à corps", rapporte Lhermite, qui rend compte à son chef, le lieutenant-colonel Vaujour, de la perte de la cote 475 et du repli. Evidemment, Hervé est "furieux".

Enfin, le ravitaillement arrive. Le jour s'est levé. Le lieutenant-colonel de Metz, de l'état-major du RMCL - dont le 1er bataillon du commandant Pierre Merlat n'a pas été engagé - ordonne la reprise de 475. Mais c'est un bataillon très éprouvé, dont deux officiers viennent d'être blessés - le capitaine Vaucheret, de la CB, et le capitaine Fady, touché au côté et surtout au genou - que commande Lhermite, lequel garde en mémoire les "cris et gémissements de plus de 50 blessés" au poste de secours.

A la 6e compagnie, il n'y a plus que 45 hommes autour du lieutenant Quenot. La section de l'adjudant Albert Delage, composée de jeunes de la région d'Ambazac, a disparu. Au moins quatre de ses hommes, le caporal-chef Marcel Bertrand, les soldats Roger Quiecout, Jean Frugier et René Pichon, ont été tués. Les autres, à court de munitions, ont été fait prisonniers, dont Delage, ancien sous-officier de dragons, qui a été grièvement blessé. De son côté, la 7e compagnie déplore quatre tués, dix blessés et deux disparus.

Seule, finalement, la CAC du lieutenant Chambon sera lancée dans l'opération, à partir de midi, en progressant par la vallée de Michelbach. Mais ce sera un échec : vers 13 h, elle est stoppée à la cote 475 par des tirs d'infanterie, de mortiers, d'artillerie et même d'un char. Ses hommes doivent se terre dans les trous de combat anciennement occupés par la "6". "Le bataillon ne peut faire plus", se résigne le commandant Lhermite, dont un nouvel officier, le sous-lieutenant Chauviret, vient d'être "choqué" par l'explosion d'un obus. "La nuit va tomber", et tandis que la CAC reste sur ses emplacements, le chef du II/RMCL demande au capitaine Le Guillou d'installer un point d'appui entre la CAC et le I/4e RTM du commandant Thouvenot, afin de barrer la route Bourbach - Roderen. Nouvelle fin de non recevoir de l'officier, qui va bientôt partir en convalescence. Le lieutenant Quenot accepte la mission. Et le II/RMCL s'en tiendra là, restant sur ses positions jusqu'au 3 décembre.

Les pertes sont terribles au bataillon Lhermite, qui avait déjà perdu 46 hommes depuis le 19 octobre 1944 : quatre officiers et 17 soldats tués, quatre officiers, onze sous-officiers et 32 soldats blessés, deux sous-officiers et 18 soldats disparus. Soit 95 hommes mis hors de combat, dont 73 appartenant à la 6e compagnie (3). Un sous-officier, le sergent-chef Robert Malassenet, se sera distingué durant ces combats, après être tombé, avec une patrouille de trois hommes poussée sur la cote 475, "sur un point d'appui ennemi d'une trentaine d'hommes qu'il a attaqué courageusement et sans hésiter. A ramené dans nos lignes une mitrailleuse légère, un prisonnier". 

Le RMCL n'aura pas été la seule unité d'origine FFI à avoir été éprouvée durant cette rude affaire. Dans cette contre-attaque, la 2e compagnie du I/Bourgogne a perdu trois tués (Pierre Dechaux, René Mairet, Pierre Voisin) et deux prisonniers."

Sources : "Les volontaires de l'an 1944", tome 1 (2021), chapitre rédigé à partir de l'ouvrage de Gilles Hennequin, "Le Régiment de Bourgogne" (2006), et des souvenirs du commandant Gustave Lhermite, ainsi que d'archives conservées au SHD à Vincennes sous la cote GR 13 P 75.

(1) Selon le ministère des Armées, Bernard Corneaux est également mort pour la France à Sentheim, et Thoéophile Bytomski dans l'Eichward. Gilles Hennequin ne les recense pas, mais cite, parmi les morts, Stanislas Szurlej et Jean Briot.

(2) Dans le magazine "Vivre à Couzeix".

(3) Autres soldat du II/RMCL tués le 1er décembre 1944 : Armand Barrière, caporal-chef Auguste Bernhard, sergent-chef René Charles, Raymond Desjacques, sergent Adolphe Dormet, Roger Lamonge, Gaston Laubuge, Edmond Legrand, Charles Lelorrain, René Lelorrain, Lucien Maneix, caporal-chef Maurice Marbach, Marcel Perichon, Abel Teulier, Louis Lalet. Pierre Boutaud meurt de ses blessures à Belfort. Le commandant Lhermite cite aussi le caporal Marcel Dory, mentionné comme décédé le 21 décembre 1944 en Allemagne, le caporal Henri Froment et Louis Cheyroux, morts le 2 décembre 1944 à Belfort.

mercredi 28 août 2024

Les Forces françaises de Loire-Inférieure (FFLI), poche de Saint-Nazaire (1944-1945)


 

Brigade Charles-Martel, Col Raoul Ghislain 

    Groupe de reconnaissance, Lcl Robert Rochard

        8e régiment de cuirassiers, Cdt Claude Bonnin de La Bonninière de Beaumont

            1er escadron, Cne Marius Colomb

            2e escadron, Ltn Edgard Delong

            3e escadron, Cne Pierre Gueny

            4e escadron, Ltn Robert Sappey

            5e escadron, Cne André Mazarguil

            EHR, Cne Mian

        17e BCP (Bataillon Carol), Cdt Jean Costa de Beauregard (Carol)

            CHR, Ltn René Latournerie 

            1e cie, Ltn Jean de La Bastide (tué 5/1/45)

            2e cie, Cne Albert Wauquier

            3e cie, Ltn puis Cne Jacques Lanlo

            4e cie, Ltn puis Cne Joseph Millot, Slt de Carvalho

            CA, Cne Pierre Lequine

27e RI, Lcl Charles Fox

        I/27e RI, Cdt Jean Moreau (Marceau)

            1e cie, Cne Marc Rousselet

            2e cie, Ltn Léon Borget

        II/27e RI, Cdt Jean Husband

            1e cie, Ltn Raymond Peryt

            2e cie, Slt Genevaux 

            3e cie, Cne Paul Rousseau

32e RI, Lcl René Constantini puis Lcl Langlet

        I/32e RI, Cdt Louis-Raoul Vialle

            1e cie, Cne André Desbiens

            2e cie (puis CA), Ltn René Viguié

            3e cie, Ltn Pieurord puis Cne L. Bodin puis Ltn Blanchet

            4e cie, Ltn Fernand Fossard

        II/32e RI, Cdt Gabriel Robillard

            1e (5e) cie, Ltn Edmond Bretegnier puis Slt Sueur

            2e (8e puis CB) cie, Ltn Gustave Bosse

            3e cie (CA), Cne Georges Mansuy puis Cne Ollive

            4e (6e) cie, Cne Marechalle

            5e (7e) cie, Cne Guy Vigière d'Anval


1er groupement mobile FFI, Lcl Georges Petit (Claude) puis Cdt Alain Wilk (Villecourt)

    2e bataillon ORA de la Haute-Vienne, Cdt Raoul de Pringy

        1e cie, Cne René Boileau 

        2e cie, Cdt Doudies (Durbal)

        3e cie, Cne Hubert de Bruchard puis Cne Maurice Schneberger

        EHR, Cne H. de Bruchard

    Bataillon 7/4, Cdt Wilfried Libot (Dominique)

        1e cie, Cne Charles Schoestein 

        2e cie, Cne Marcel Mury 

        3e cie, Cne Léon Bodin 

    7e bataillon du Maine-et-Loire (I/135e RI), Cne Donald de Rochecouste

        1e cie, Cne Henri Blaise 

        2e cie, Cne Jacques Guépin

        3e cie, X...

        4e cie, Cne Joseph Vincent puis Cne Maréchalle 

    5e bataillon de la Vienne (puis VI/125e RI), Cdit Ricour puis Cne Charles Darcourt puis Cne Louis Reynolds

        1e cie, Ltn Jean Arnoux 

        2e cie, Cne Paul Martineau puis Cne L. Reynolds puis Ltn Bagarin 

        3e cie, Cne L. Reynolds


Bataillon 3/4 (8e bataillon de la Sarthe) puis III/32e RI, Cne André Demenois

    CC, Ltn Racois 

    1e cie, Ltn Racois puis Slt Courtet 

    2e cie, Ltn Norguet

    3e cie, Ltn Le Cam 

    4e cie, Cne Robert Dreux puis Cne Paul Motreul

    5e cie, Cne Leroy

2e bataillon de la Vienne (IV/125e RI), Cne René Brutus (Sommet)

    1e cie, Ltn Etienne Saby 

    2e cie, Cne Louis Rogez puis Ltn Emmanuel Mercier du Paty du Clam 

    3e cie, Cne Fernand Jousseaume 

    4e cie, Cne André Raffoux

    5e cie, Cne François Schmidt 

    CHR, Ltn Sadoul 

1er bataillon de la Vienne (VII/125e RI), Cdt Thomas puis Cne Louis Rogez

    2e cie, Cne Joël de Crisenoy (Joël)

    3e cie, Cne Norbert Collin (Adolphe)

    Cie, Cne Lucien Lioret (Martial)

9e bataillon des Côtes-du-Nord, Cdt J. Joly (Corsaire)

1er (Cdt Jean Even puis Cne Robert), 3e (Cdt Marcel Meunier puis Cne Roger Gomet) bataillons de marche d'Ille-et-Vilaine.

1er (Cdt Jean Coché), 2e (Cdt Charles Couche dit Lamotte), 3e (Cdt François de Torquat), 5e (Cdt Gilbert Grangeat dit Alain, 22 ans,  puis Cne René Karrière, 28 ans), 6e (Cne Jean Raux dit Jean Lassere) et 7e (Cdt André Junghans) bataillons de marche de Loire-Inférieure (65e RI FFI).

1er bataillon du Maine-et-Loire (II/135e RI), Cdt Legrand 

    2e cie, Cne Henri Louzier 

    8e cie, Cne Leroy 

1er groupe mobile de reconnaissance, Cne Guy Besnier 

63 RI, Cdt puis Lcl Clément Bossard

    I/63e RI, Cdt Jean Deniel 

        1e cie, Cne Henri Bouijoux et Ltn Haas

        2e cie, Cne Charles Denis 

        3e cie, Cne Maurice Lagardu 

    II/63e RI, Cdt Gilbert Lavrat, 24 ans   

        4e cie, Cne Henri Sarazin 

        5e cie, Cne Marcel Ladurantie 

        6e cie, Cne André Belleau 

    III/63e RI, Cdt Maurice Delacroy (Loszycer) puis Cne André Pazat 

        7e cie, Cne Louis Chartier

        8e cie, Cne Giry 

        9e cie, Cne André Audibert 

67e RI, Lcl Auguste Bern 

    II/67e RI, Cne Louis Pruvost puis Cdt Cécil Goiran 

    III/67e RI, Cne Auguste Le Pape 

        11e cie, Ltn Jean Spicer 

        12e cie, Ltn puis Cne Maurice Renoux 

        13e cie, Ltn puis Cne Charles Devaux 

        14e cie, Ltn puis Cne Jean Chamand 

        15e cie, Ltn Roger Williot 

        CC, Ltn Serge Boitelle 

93e (puis 91e) RI, Lcl André Germain (Laroche)

    I/93e RI (1er bataillon de Vendée), Cdt Camille Aigreault 

    II/93e RI (2e bataillon de Vendée), Cdt Robert Lebrun 

    III/93e RI (3e bataillon de Vendée), Cdt Guy Jacques (Legrand) puis Cdt Michel Caillaud, 26 ans


Pour mémoire :

25e DI, général Raymond Chomel (Charles-Martel)

    21e RI, Lcl Ch. Fox puis Lcl Louis Gaultier 

        I/21e RI, Cne L. Rogez (ex-VII/125e RI)

        II/21e RI, Cdt J. Husband (ex-II/27e RI)

        III/21e RI, Cdt R. Lebrun (ex-II/93e RI)

    32e RI (voir Brigade Charles-Martel)

    4e demi-brigade de chasseurs, Lcl André Petit puis col Remusat

        1er BCP, Cdt Roland Perot 

        5e BCP, Cdt Jean-Marie Stabler 

        17e BCP (voir Brigade Charles-Martel)

    1er régiment de hussards, Lcl Emile Goetz

        EHR, Cne H. de Bruchard (ex-2e bataillon ORA de la Haute-Vienne)

        1er escadron, Ltn E. Delong (ex-8e cuirs)

        2e escadron, Cne M. Schneberger (ex-2e bataillon ORA de la Haute-Vienne)

        3e escadron, Ltn Georges Aubry 

        4e escadron, Cne H. Louzier (ex-II/135e RI)

    20e RA, Lcl R. Blanquefort 

        IV/20e RA, Cdt Doudies (ex-2e bataillon ORA de la Haute-Vienne)


Sources : GR 12 P 5, 12 P 7, 12 P 13, 12 P 14, 12 P 17, 12 P 22, 12 P 24, 12 P 28, 12 P 30, 12 P 106, 12 P 112, 13 P 81, Service historique de la Défense ; Lionel Fontaine, Les volontaires de l'an 1944, tome 2, Chaumont, 2022.

mercredi 23 août 2023

La mort d'une compagnie, forêt de la Harth, 3 décembre 1944


Roland Haberthur, une des victimes de la tragédie. (Collection familiale). 

 Nous avons déjà présenté ici la composition de la 6e compagnie, 2e bataillon du 21e régiment d'infanterie coloniale. Cette unité avait été formée en octobre 1944 par l'incorporation de volontaires métropolitains dans la 6e compagnie du 4e régiment de tirailleurs sénégalais.

Confiée au capitaine Maurice Brissaud, elle monte en ligne le 3 novembre 1944 à Pont-de-Roide (Doubs), et perd un premier tué le 8 novembre par accident : Gaston Caillier, né en 1924 à Ougney-Domiot (Doubs). Le 15, le bataillon passe à l'offensive. Laurent Breugnot, né en 1924 à Clamecy, dans la Nièvre, est touché à la tête par un éclat de minen. Le Doubs est passé le 17, puis les marsouins progressent par Seloncourt, Etupes, Fesches-le-Châtel, Méziré.

Le 22 novembre, la 1ère section du lieutenant Maurice Peltier mène une action à l'écluse n°7, commune de Bourogne. Un accrochage a lieu. Le sergent André Pierron est touché au cou, le sergent-chef Joseph Damour et Gaston Brenet sont mortellement blessés, Georges Ducouloux et Sylvain Barral sont tués. Le 30 novembre, la 6e compagnie arrive à Berentzwiller.

Voici le récit de ce que fut son destin, extrait de notre ouvrage "De la vallée de la Marne aux sources du Danube".



" 2 décembre 1944

« Rassemblement ! Embarquement sur des GMC dans une demi-heure. Tenue de combat !... ». Cantonnée à Berentzwiller depuis le 30 novembre, la compagnie Brissaud vient d'être alertée. Les hommes grimpent dans les camions. En fin d'après-midi, précise le fonctionnaire caporal Martial Villemin (3e section), de Plombières-les-Bains. Son camarade Jacques Dezavelle (1ère section), natif de Noisy-le-Sec, note : « Tout le long de la route, mon caporal, un ancien - sept ou huit ans de services - tétait avec le plus grand plaisir à son bidon de gnole... Soudain, un bruit mou : il vient de s'écrouler, ivre mort, sur le plancher du GMC. Arrivé à destination, rien ne le réveillera... La forêt. Terminus... »

Martial Villemin : « Nous mettions pied à terre à l'entrée d'un bois, dans un chemin forestier partant de Habsheim et se dirigeant vers Pont-du-Bouc... Nous entrions dans la forêt de la Harth-Sud... ». Lieutenant Alain Ichon, chef de la 2e section : « Nous apprenons que nous devons relever une compagnie du 23e RIC qui attaquera demain matin... ». D'un projet d'attaque, le soldat Dezavelle a également connaissance : « Notre chef de section, le sous-lieutenant Peltier, nous met au courant de la situation : nous allons occuper une tête de pont sur le canal du Rhône-au-Rhin, au lieu dit Pont-du-Bouc, ce qui doit permettre, demain, de déboucher sur le reste de la forêt, ensuite de dégager le nord de Mulhouse, ceci avec l'aide de blindés et de Marocains qui sont là aussi... ».


Cette attaque doit en effet être menée le 3 décembre 1944 par la 4e division marocaine de montagne (DMM) en direction de Hombourg, avec pour objectif Ottmarsheim. Pour la 6e compagnie du II/21e RIC, la mission est de relever, au Pont-du-Bouc, la 6e compagnie du II/23e RIC, commandée par le capitaine Dauvergne. Cette dernière a été intégrée dans un secteur défendu par deux compagnies du I/1er Régiment de tirailleurs marocains : la 1ère du capitaine Morand et la 4e du lieutenant Martin.


Martial Villemin raconte dans quelles conditions la compagnie Brissaud est partie relever la compagnie Dauvergne : « De nuit, nous avancions vers le canal de Huningue dont le trajet Nord-Sud est parallèle au Rhin situé à 4 km. Un peu avant le canal, nous quittions le chemin vers la gauche et, par un crochet dans le bois, nous rejoignions le chemin de halage du canal. Un blindé passa à grande vitesse. Nous nous étions jetés sur les bas-côtés. Personne ne savait s'il était des nôtres ou si c'était un blindé allemand. Lorsqu'il eut disparu, nous reprîmes le cheminement jusqu'à l'endroit où nous devions franchir le canal. Le passage consistait en quelques planches jetées sur une péniche coulée au milieu de l'eau. On n'y voyait absolument rien. Ce fut un miracle de ne pas perdre du monde au cours de la traversée. Nous n'en aurions été avertis que par le bruit de la chute. Le miracle devait continuer. Ma section en file indienne, en silence absolu, devait gagner les emplacements de combat d'une section de l'unité qu'elle relevait. Nous ne devions jamais rencontrer ceux que nous relevions ! Ils étaient, parait-il, du 23e RIC. La confusion était totale. Notre guide s'était visiblement perdu, et nous derrière lui. Nous marchâmes longtemps, en tournant sans doute, dans la nuit noire. Mon sergent lâcha quelques mots d'où je compris vaguement qu'on était foutu. Il n'en dit pas davantage, craignant de nous démoraliser. Il est vraisemblable qu'au cours de notre progression, nous avons dû franchir en aller et retour les postes allemands. En effet, un camarade nous raconta, par la suite, qu'il était tombé et que l'une de ses mains projetées en avant pour se retenir avait rencontré, au niveau du sol, un casque d'acier surmontant une tête qu'il avait sentie osciller sous le choc. A la question qu'il avait posée, du style : «Qu'est-ce que tu fous là ?», on n'avait rien répondu. Le camarade s'était relevé et s'était hâté de rejoindre la file. Notre incursion, bien involontaire et maladroite, avait, cependant, dû impressionner les ennemis et ceux-ci n'avaient pas bronché devant l'audace de ce qu'ils prenaient pour une patrouille de nuit... ».

Tout comme André Vaudois, alias Pinot, un soldat de la 1ère section originaire de Luxeuil-les-Bains (« nous tournons en rond »), le lieutenant Ichon confirme qu'il y a eu errance « quelques temps dans la forêt (malgré le guide) ». Mais pour sa part, l'officier témoigne avoir trouvé « enfin la compagnie du capitaine Dauvergne, dont nous occupons les trous de combat. Les gens du 23e sont visiblement soulagés de cette relève et très pressés de retrouver un coin plus calme, car ici, «ça pique»... ».


Les marsouins prennent donc position. Le volontaire haut-saônois André Vaudois témoigne : « Un officier nous dit : « Chacun dans un trou » pour passer la nuit, le fusil à la main et l'oreille tendue au moindre bruit suspect... ». Jacques Dezavelle : « Vite, le trou individuel, l'emplacement pour le FM. Tout est paré. La nuit arrive, les gardes s'organisent. Dieu merci, il ne fait pas mauvais : pas trop froid et pas de pluie ». Martial Villemin : « L'obscurité était complète. Je ne voyais pratiquement rien devant le trou d'où seule ma tête dépassait. Mes yeux s'habituant, je crus distinguer une petite clairière. Lorsque le jour commença à poindre, je m'aperçus que mon regard butait sur un gros buisson situé à quelques mètres ! »

La nuit s'écoule. Le lieutenant Ichon note : « Patrouilles sans incident... ».


3 décembre 1944

Lieutenant Alain Ichon : « 6 h du matin. Ca tiraille de partout. Nous voyons arriver un Marocain hébété, sans arme. Je me rends au PC du capitaine Brissaud qui me décrit une situation catastrophique : la compagnie de Marocains, à notre droite, a été balayée. La section Philippe attaquée vers 6 h a eu deux ou trois tués... ». Les Allemands, appartenant au bataillon Aust appuyé par des chars lourds, viennent en effet de lancer une offensive dans la forêt de la Harth - vers 4 h 30 selon l'historique du 1er RTM.

La section Philippe, c'est la 3e de l'aspirant Fernand Philippe où sert le fonctionnaire caporal Martial Villemin : « Notre fusil-mitrailleur se mit à tirer sans arrêt sur la gauche. On nous fit sortir de nos trous. L'attaque s'était produite le long des berges du canal, pour couper la tête de pont que nous tenions sur la rive Est. Un engin blindé allemand couvrait l'opération sur le chemin du halage... ». Lieutenant Ichon : « Le capitaine décide de resserrer le dispositif sur Pont-du-Bouc. La section Peltier, à ma droite, décrochera la première. En franchissant le layon Nord-Sud pris en enfilade par un char allemand, elle a des pertes : Peltier est blessé à la jambe... ».

Décrochage délicat illustré par les récits de deux anciens de la 1ère section. André Vaudois, alias Pinot : « Sortis des trous, nous passons par les sommières qui étaient balayées par les tirs de mitrailleuses, ainsi qu'un char qui était en bout de ligne. Nous étions obligés de rentrer dans la forêt, tous dispersés... ». Jacques Dezavelle, instituteur de Noisy, arrivé devant ce fameux layon évoqué par le lieutenant Ichon : « Les Allemands le tiennent sous le feu du véhicule blindé : ils tirent sur tout ce qui bouge. Je vois Valentin, un ancien qui avait fait l'île d'Elbe, Toulon, tomber, touché à une jambe, semble-t-il. Plus tard, en allant chez des parents à Saint-Nicolas-de-Port, je trouvai son nom sur le monument aux morts1. Chacun son tour, nous bondissons pour traverser le layon : la mitrailleuse boche arrose à chaque fois et continue à chercher dans les arbres après notre passage. A mon tour, je plonge... Sauvé pour le moment. Nous nous regroupons ; nous sommes une quinzaine avec les sergents Arrighi et Pierron... ».


Le chef de la 2e section raconte : « Le groupe Técher, à ma droite, commence à fléchir, puis se replie. Le groupe Cungs en fait autant ; seul le groupe Malleux reste encore en place. Un agent de liaison envoyé vers le capitaine a trouvé le PC abandonné en hâte... » Le lieutenant Ichon précise également que « le groupe Pierron a reflué avec des éléments de la 3e section (adjudant Gaudin) : ils n'ont pu rejoindre le capitaine et sont tombés sur les Allemands. Nous sommes encerclés par le sud, coupés de Pont-du-Bouc. Avec moi, ma section et une vingtaine d'hommes des autre sections ; quelques sous-officiers : Malleux, Bourrat, Gaudin... » L'officier poursuit : « Par où se replier ? Des petites reconnaissances envoyées dans plusieurs directions se heurtent partout aux Allemands. Will2 est tué. Je décide d'aller vers l'ouest-nord-ouest. Bourrat et Boiteux sont en avant-garde. Nous devons changer plusieurs fois de direction en nous heurtant à des groupes ennemis... ». 

Jacques Dezavelle appartient à cette odyssée : « Toute la matinée, nous errons dans la forêt, à la recherche d'un passage libre vers Mulhouse, vers les nôtres. A chaque fois, nous sommes «allumés», nous devons faire demi-tour... ». 

Martial Villemin : « Nous débusquâmes un petit noyau d'ennemis. Le tir fut très rapproché, une grenade à manche explosa à quelques mètres de moi. Je tirai presque à bout portant sur le lanceur. » 

Dans son témoignage, le lieutenant Ichon précise que l'ennemi lui paraît également désemparé, « à tel point que certains préfèrent ne pas nous voir ! » 

Son détachement aura l'occasion de faire des prisonniers. Jacques Dezavelle : « Vers midi, j'aperçois deux «Boches». Un coup de fusil dans leur direction. Ils jettent leurs armes, lèvent les bras et accourent vers nous... ». Alain Ichon garde ainsi, parmi les captifs, le souvenir « d'un jeune Belge qui nous suivra jusqu'au bout ».


Après tant d'heures passées à marcher, à échapper aux tirs allemands, les hommes de ce détachement font halte. 

Martial Villemin : « Nous étions exténués. Il nous fallait aussi nous concerter et écouter dans le silence ce qui se passait autour de nous. Un avion d'observation de chez nous tournait en rond au-dessus de la forêt. Nous lui fîmes des signes. A travers les hêtres dépouillés de leurs feuilles, il pourrait, peut-être, nous voir ? Peu de temps après - il était environ midi - un intense bombardement commença... Nous nous étions tous élancés à plat ventre, la tête proche d'un arbre, le corps allongé dans le sens de la trajectoire... Instinctivement, chacun choisit les plus gros arbres. Celui vers lequel je me lançai fut occupé avant moi par un camarade. En un éclair, je me dirigeai vers l'arbre immédiatement voisin (un mètre environ), quoiqu'il fut beaucoup moins gros. ». Ce «camarade» qui l'a précédé, c'est Robert Guinchard, de Besançon : il « fut mortellement blessé quelques minutes plus tard par le même obus qui me frappa au bras et démolit à quelques mètres de là le bras droit du sergent Michel Alcaraz. L'éclatement s'était produit entre les branches. Sous le choc, le sergent se leva alors que les obus tombaient toujours et il disparut en courant... ».

Le lieutenant Ichon se trouve également sous ces obus « éclatant dans les arbres en fusant... Nous tombons sur un détachement allemand chargé de garder des prisonniers de la 3e section (Jean Simonet...) ; tous, aplatis sur le sol, ne nous voient pas arriver. Les prisonniers libérés n'en reviennent pas, et nous repartons avec quelques prisonniers allemands en plus... ». Puis ce bombardement, ajoute-t-il, « devient si intense que nous sommes obligés à notre tour de nous plaquer au sol. C'est là probablement qu'ont été tués ou blessés, par les éclats d'obus, beaucoup d'hommes de notre groupe, en particulier ceux dont nous retrouverons les corps tristement rassemblés, dans la forêt, le 9 février : Roger Dantung, l'adjudant Joseph Gaudin, Bernard Arnicot, Richard Maupertuis, le sergent André Pierron, André Florentin, Henri Ramo, Robert Guinchard, tué à côté de moi, Guyot, blessé à la tête...3 ».

Terrible constat : les marsouins - à l'instar du lieutenant Alain Ichon, d'André Vaudois ou de Martial Villemin - resteront persuadés que ce bombardement a été l'oeuvre de canons français : « On entendait parfaitement, au loin, les coups de départ. Selon la direction de ceux-ci, ce devait être des 105 de chez nous qui nous tiraient dessus ! Les obus tombaient très serrés sur ce coin de forêt… Le tir dura quelque 10 minutes... Le silence après le vacarme était anesthésiant. Nous somnolions comme des animaux fatigués, des animaux blessés. Nous n'avions ni faim, ni soif pour le moment... Nous vivions au ralenti. Tous ceux qui n'étaient pas morts étaient blessés...» «Pour ma part, j'ai été blessé à la joue gauche par un éclat retiré neuf ans après à Nancy (hôpital militaire Sédillot), Villemin, blessé au poignet, (René) Leymarie, à la cuisse, (Raymond) Péchin, au-dessus de la cheville, (Pierre) Lothaire, également au mollet, ce dernier était de Luxeuil, comme moi, comme mon beau-frère (Georges) Weishaar4 qui a été tué, (Maurice) Cagnant, blessé à la fesse, (Georges) Gradelet5 a été tué lui aussi... » (André Vaudois, ordonnance du sous-lieutenant Peltier).

René Leymarie « était à côté de notre frère quand il a été mortellement blessé... Combien de temps a-t-il souffert ? Il est impossible de le dire », précisera Jean Haberthur en 1996, dans une plaquette rendant hommage aux trois volontaires de Grandvillars tombés dans la forêt de la Harth (Bernard Arnicot, 18 ans, Roger Dantung, 19 ans et Roland Haberthur, 19 ans).


    Après le bombardement, des marsouins vont continuer leur odyssée, ou plutôt leurs odyssées. 

    Lieutenant Ichon : « Notre groupe s'est réduit à une quinzaine d'hommes, dont plusieurs sont blessés. Nous franchissons la voie ferrée, un petit canal, puis l'allée de Sausheim, où nous avons un accrochage avec des motocyclistes allemands. C'est là sans doute qu'ont été tués Boiteux6, Cungs, et plusieurs autres blessés. Nous ne sommes plus que neuf : Varlet, Bridon, Morel, Simonet, André Parent, Jean-Marie Galmiche, Rietsch, et nos prisonniers - sauf le Belge - se sont tirés. Mais visiblement, nous avons quitté la zone des combats, et ne sachant rien de la situation, je pense qu'en sortant de la forêt, nous retombons dans nos lignes. Nous franchissons le canal, et nous aidant d'une péniche, et débouchons de la forêt non loin de Baldersheim. En arrivant aux premières maisons, il faut bien se rendre à l'évidence : le village est tenu par les Allemands. Les servants du canon 75 PAK en batterie nous ont laissés approcher sans méfiance, nous faisons prisonniers l'un d'eux, mais l'autre a eu le temps de s'enfuir et a donné l'alarme. On commence à nous arroser des fenêtres, et il faut se replier sur le billard au sud du village, sous un feu nourri (Galmiche blessé, Rietsch7 tué). Nous ferons ainsi deux kilomètres, non sans couper la ligne téléphonique qui court le long de la route, avant de nous réfugier dans une maison du village suivant - lui aussi tenu, hélas, par les Allemands. Pris entre deux feux, dont celui d'un canon antichars qui pulvérise notre abri, il ne reste plus qu'à nous rendre pour éviter plus de morts inutiles... »

    Martial Villemin : « La nuit se mit à tomber. On la passa sur place, sans bouger ou presque... La nuit s'écoula. Elle fut traversée par les plaintes des blessés graves... Guinchard mourut à côté de moi. Nous parlâmes longtemps. Il me donna le nom et l'adresse de sa fiancée... Je ne quittai Guinchard, au matin, que quand il n'eut plus la force de me répondre... Un à un, nous nous relevâmes à grand peine. Il ne faisait pas très froid, ou alors nous ne le sentions pas... Nous laissâmes là un camarade blessé qui criait encore et nous traita de salauds quand il comprit que nous nous éloignions... Grâce à ma carte, nous savions dans quelle direction il fallait s'efforcer d'aller. La forêt était calme. Notre troupe, d'une quinzaine de gars, cheminait lentement. Certains, blessés aux jambes, avaient coupé des bâtons pour s'aider... Tout à coup, dans un de ces chemins de service rectilignes qui sillonnent les grandes forêts domaniales, deux ou trois Allemands apparurent... L'arme pointée, ils s'avancèrent. Ceux qui pouvaient lever encore au moins un bras s'exécutèrent. Les Allemands nous firent signe de les suivre... » 

    André Vaudois, certainement dans ce groupe : « La nuit est complète. La plupart d'un groupe dont je faisais partie - une quinzaine environ - nous nous dirigeons vers la maison de la garde-barrière, où nous passons la nuit, au milieu des plaintes des blessés. Puis le matin arrive. L'on sort dehors, et là, il y avait également des mulets du régiment marocain. Quelques-uns étaient tués par la mitraille et les valides nous servent à transporter les blessés aux jambes. Il y avait un camarade qui était commotionné devant la maison, par la déflagration d'un obus. Puis, en route. Nous traversons la ligne de chemin de fer. Surprise, un nid de mitrailleuses allemandes nous pointe. Et voilà... »

    Jacques Dezavelle : « Vers 15 h ou 16 h, nous formons un groupe curieux : quelques éclopés français, quelques prisonniers allemands et sept ou huit d'entre nous, sains et saufs. Maintenant, devant nous, une belle route à traverser. De l'autre côté, c'est peut-être nos lignes ? Prudence pour traverser. Arrighi envoie deux volontaires de l'autre côté : Marc Turin, un étudiant savoyard dont le père, officier, a été tué en Tunisie, et un autre. Ils traversent, nous appellent et, tandis que nous les rejoignions, nous sommes tous «allumés». Turin tombe. J'ai déjà fait plusieurs pansements dans la journée, je rampe vers Marc pour essayer de le soigner aussi. Il est atteint gravement, il mourra quelques heures plus tard8... Soudain, nous entendons des bruits légers, des froissements : on s'approche. Qui est-ce ? Des camarades ? Des Boches ? Le sergent Arrighi risque un oeil tout à l'entour, se retourne vers nous et nous dit, sans enthousiasme : «Rendons-nous, les petits, y en a tout autour»... Nous lançons nos armes, nous nous redressons et nous regardons : tout autour de nous, 30 ou 40 Allemands... Ils nous désarment... »

Des pertes terribles

Au 4 décembre 1944, la 6e compagnie du II/21e RIC a cessé d'exister. Selon le journal de marche du régiment, le 21e RIC aurait perdu en forêt de la Harth 137 disparus, chiffre englobant morts et prisonniers (dont deux ou trois officiers et trois aspirants). 22 marsouins ont pu rejoindre les lignes : « Sur l'ensemble de notre 6e compagnie, seuls reviennent le capitaine Brissaud, légèrement blessé à la jambe, le sous-lieutenant Peltier, un aspirant légèrement blessé, un sergent-chef, 18 hommes ». Il semble que l'aspirant corresponde à Philippe. Quant aux sous-officiers et hommes, ils ne sont pas nommés, mais nous savons que figurent parmi eux le sergent Gérard Franck, beau-frère du lieutenant-colonel Gufflet (adjoint au chef de corps), qui tombera en Allemagne, Jean Beltinelli, Beme (seul rescapé de la section Ichon !), Césaire Chambelland, Della Santa, Roger Girardot, Higy, André Jullien, Roger Vacelet.

Un point mystérieux : le nombre exact de morts du II/21e RIC. Le fascicule In Memoriam, qui rend hommage aux victimes du régiment, en recense23 tombés ce jour-là. Or les témoignages que nous avons recueillis, les archives d'état civil et celles du ministère de la Défense permettent de porter ce bilan à au moins 41 tués, peut-être même 48… Ce qui est énorme à l'échelle d'une compagnie.

Ajoutons que la plupart des corps des marsouins de la compagnie Brissaud sont restés dans la forêt de la Harth jusqu'au 9 février 1945, date de leur découverte par des hommes du 21e RIC revenus dans ce secteur.


Un mot sur les deux victimes haut-marnaises de la journée : né en 1922 à Etueffont-Bas (Territoire-de-Belfort), aîné d'une famille de huit enfants10, Michel Zeller, fils d'un colonel de spahis, fiancé à une Bragarde, servait dans la compagnie du Val. Sa conduite lors de la libération de Saint-Dizier lui a valu une citation à l'ordre des FFI. André Pierron est né en 1909 à Ancerville. Il a fait carrière dans la Marine jusqu'à sa démobilisation en 1940. Domicilié à Humbécourt, il a rejoint le maquis Mauguet. Sergent dans la section Peltier, il a été blessé à deux reprises au cours de patrouilles, les 21 et 22 novembre. Quant à l'aspirant Max Vella, de Bologne, qui servait soit dans la 6e compagnie, soit dans la compagnie d'accompagnement, voici quel sera son destin, raconté par le lieutenant Ichon : « Emprisonnés à Villigen, nous avions pu avoir quelques contacts avec l'extérieur grâce à un prisonnier français qui nous avait procuré une carte ennemie et une boussole... Nous avons profité de notre évacuation sur Berlin, avec trois jours de vivres, pour fausser compagnie à nos gardiens au cours d'un changement de train à Rothweil et gagner la frontière suisse près de Beggingen (Shaffhouse), non sans quelques péripéties. » Cela s'est déroulé le 28 décembre, Ichon et Vella retrouvant le 2e bataillon en janvier 1945.


Pour être complet sur cette tragédie, signalons que les combats ont fait rage toute la journée, marquée par le repli des garnisons du point d'appui de la Grünhutte et de celui du carrefour 232.

Le 1er RTM a subi ce jour-là des pertes terribles (au total, le régiment a perdu en forêt de la Harth 162 tués, dont les lieutenants Meyer, Martin, de Houlay et le capitaine Leclerc, tous tombés le 3 décembre), 349 blessés et 279 prisonniers.

Des éléments de la 1ère division blindée ont également été engagés ce 3 décembre. Le 5e régiment de chasseurs d'Afrique (RCA) déplore deux tués (dont l'aspirant Paget), onze blessés et la perte de deux chars ; le 3e escadron du 9e RCA compte deux tués (dont le lieutenant Jurion), quatorze blessés, seize disparus, et la perte de quatre tank-destroyers, six jeep ; la 15e compagnie médicale déplore quatre blessés et deux disparus.


En guise de conclusion :

Parmi les prisonniers :

- André Vaudois, beau-frère de Georges Weishaar, sera interné, avec Raymond Péchin, de Delle, au stalag X A. Il résidait, en 1996, à Ludres, près de Nancy, où il recevra en 2010 un diplôme d'honneur. Il se souvient que Jacques Goujat, « blessé dans le dos, rendait le dernier soupir, sur une table où on l'avait transporté dans un petit village alsacien, Niederetzen, non sans m'avoir donné son adresse avant de mourir, Amplepuis (Rhône), où j'ai communiqué à mon retour de captivité, et c'est moi qui ai retrouvé sa tombe dans un cimetière du petit village de Ruestenhaat... »

- Jacques Dezavelle se souviendra que pour donner à boire à ses camarades captifs, avec Raymond Chirol, « nous prenons plusieurs bidons vides et demandons aux Allemands de garde la permission d'aller à l'eau ; il y a une citerne, sur le côté de la bâtisse ; nous sortons avec une sentinelle. Soudain, le canon ! Je suis plaqué au sol, l'Allemand aussi, mais Chirol est tombé, il se plaint et souffre atrocement : il a un éclat d'obus dans le ventre ; il délirera toute la nuit et le lendemain matin, nous le transporterons jusqu'à Chalampé sur un brancard de fortune ; il mourra plus tard11 et Daniel Olle, du même village que lui, nous le confirmera ensuite ». Rapportant qu'une soixantaine d'hommes de la 6 sont captifs, dans une caserne de Colmar, Dezavelle s'évadera avec quatre camarades (dont Barbier12) le 9 décembre 1944, passant en Suisse.

- Martial Villemin évoque, dans ses souvenirs de prisonnier, les noms de Pinot (Vaudois), Lothaire, Larrandart (sic), « forgeron dans le pays basque », René Leymarie, Maurice Gagnant, Guyot, Jacques Roger, Lucien Liblanc, Manuel Acosta, Lacour, Pechin... Une anecdote qui l'a marquée, au stalag XA, à Schleswig, où il est arrivé le 11 décembre 1944 : « Nous avions été annoncés sous le nom de «gaullistes». Les camarades qui nous recevaient étaient prisonniers depuis 1940... La réception des «gaullistes» fut absolument triomphale... Nous étions, ici, considérés par les anciens comme de véritables héros. Ils se mirent en quatre pour nous... J'ai les larmes aux yeux quand je pense à cet accueil des anciens... »

1 André Florentin, et non Valentin.

2 Emile Will, âgé de 20 ans, était originaire de Delle.

3 Gaudin, originaire de Loire-Inférieure, était âgé de 36 ans ; Maupertuis est né en 1926 ; Ramo a vu le jour en 1925 à Pignans (Var), et il a été tué par balle.

4 Georges Weishar est né en 1925 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle).

5 Né en 1920 en Côte-d’Or.

6 Pierre Boiteux, né en 1922 à Metz ; Jean-Joseph Kuntz est mort par éclat d’obus.

7 Ernest Rietsch, né en 1914 à Ensisheim (Haut-Rhin).

8 Marc Turin est né en 1924 à Alger.

9 N'oublions les six hommes de la compagnie tombés avant cette attaque.

10 Renseignements communiqués par son frère Jean-Marie Zeller, lui-même engagé dans la division Leclerc.

11 Raymond Chirol, né à L'Ecouvotte (Doubs) en 1921, est déclaré mort pour la France le 4 décembre à Badenweiller, en Allemagne.

12 Né en 1926 dans le Doubs, Roger Barbier décédera de ses blessures le 3 avril 1945 après le passage du Rhin.