jeudi 1 janvier 2026

1945 : quand les Berrichons du 5e BCP découvrent le massif des Vosges

 

La fanfare du 5e BCP, en Algérie, en septembre 1945.


Alors président de l'Amicale des anciens du 5e BCP, Maurice Vincent nous a communiqué en 1991 un historique du bataillon pendant la Campagne d'Alsace. Nous extrayons de ce riche document les conditions d'arrivée des volontaires du Berry dans les Vosges puis en Alsace. 

"Le 7 janvier [1945] au soir, le 5e bataillon de la demi-brigade de chasseurs à pied en formation au Blanc (Indre) depuis le 1er [janvier] s'embarque en direction de l'Est. Ce bataillon [est] essentiellement constitué d'éléments FFI en provenance des bataillons Dupleix [sic] et Paul qui se sont magnifiquement comportés pendant l'automne et l'été 1944.

Formé de trois compagnies de fusiliers voltigeurs, une compagnie d'accompagnement, la compagnie de commandement placée sous les ordres directs du commandant Stabler".

Adjoint au chef de bataillon Jean-Marie Stabler, le commandant Gabriel Duplaix avait la responsabilité, dans la Résistance, du 2e bataillon du Groupe Indre-Est. Ce dernier se transforme d'abord en 2e bataillon du 53e régiment d'infanterie le 1er octobre 1944, puis en 2e bataillon du 68e RI. Après la dissolution de ce régiment, il apporte ensuite 70 % des effectifs du 5e BCP, qui reçoit également des éléments du 3e bataillon du Groupe Indre-Est (commandant Paul Dupas), notamment 125 hommes de la 9e compagnie (Pretet).

Encadrement du 5e BCP

Etat-major 

Commandant Jean-Marie Stabler, commandant Gabriel Duplaix (2e bataillon du Groupe Indre-Est).

Capitaine adjudant-major André Romanet, lieutenant Balpetre (officier de transmissions), lieutenant Choplin (officier approvisionnement), sous-lieutenant Capitaine (officier des détails), sous-lieutenant Pierre Rasse (adjoint au chef de bataillon), aspirant Gentilleau (officier de renseignements), lieutenant Brecher (médecin-chef).

CA

Capitaine André Olivier (1er bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Ville, sous-lieutenant Guerineau, aspirant Laurier, aspirant Jean Quoeurnat.

CC

Capitaine Pierre Pretet, 44 ans (3e bataillon du Groupe Indre-Est)

Sous-lieutenant Jacques, sous-lieutenant Léon Lison, sous-lieutenant Daudu, aspirant Nys, aspirant Yvernault, aspirant Mignault.

1ère compagnie

Capitaine Léon Gaubert (2e bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Henri Kayser, aspirant Richard, aspirant Hommassel.

2e compagnie

Capitaine Dominique Raffaldi, 42 ans, issu du 1er bataillon du Groupe Indre-Est 

Lieutenant Lopez, lieutenant Léonard Lefranc, sous-lieutenant Rouchon, sous-lieutenant Gauchet, sous-lieutenant Degura, aspirant Bernard Ramon.

3e compagnie

Capitaine René Affret (3e bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Costa, lieutenant Chasse, sous-lieutenant Peyronnet, aspirant Josse.

"Innombrables sapins chargés de blanc"

"Voyage très long, et très froid. Les étapes succèdent aux étapes. Vierzon, Villeneuve-Saint-Georges, Bar-le-Duc, Nancy. La destination est inconnue. On nous a dit en partant : instruction dans un camp puis front après perception du matériel et de l'équipement moderne nécessaire au combat.

Le 9 janvier, le train est à Epinal, dès  lors, une certitude commence à se faire : on va vers le Boche. Mission d'honneur auquel le 5e malgré son manque d'instruction et l'absence presque complète de matériel ne faillira pas. Sans faiblir il va suivre les traces de son aîné le glorieux bataillon de 1914.

10 janvier [1945]. A Saint-Nabord (Vosges), le train s'arrête pour la dernière fois, dans un paysage féérique. La montagne vosgienne aux innombrables sapins chargés de blanc s'offre aux yeux émerveillés des petits gars du Berry.

Le froid est intense (-25). Dans les wagons non chauffés il a fallu continuellement battre semelle, le corps gelé demande grâce. Qu'importe on tiendra encore plus longtemps puisque l'ordre de départ vient d'arriver. Sac au dos, l'arme à  la bretelle le bataillon entier, commandant en tête, part pour Le Thillot, son premier cantonnement. 50 km de marche épuisants, dans la neige, sans entraînement. Tous n'arriveront pas au bout, mais tous auront marché jusqu'à l'extrême limite, chantant et riant. Très longue route.

Installation au Thillot et aux environs dans le courant de la nuit. Les éclopés rejoindront progressivement le lendemain.

La 4e demi-brigade rattachée à la 10e DI est établie en réserve d'armée et peut-être appelée à intervenir contre un ennemi venant de l'Est. Axe d'intervention du 5e BCP : Le Thillot - Traversing [Travexin] - Bussang - Ballon d'Alsace. Ordre de prise de contact avec les unités en ligne dans ce secteur, 1er RTM, 24e RI. Aménagement des cantonnements. Instruction.

Le 14, ordre de mise en route pour l'Alsace, embarquement de nuit par camions. L'heure tant attendue arrive, les lignes sont proches, sous les rafales de neige, le convoi fonce dans la nuit. Impossible de passer le col. Détour par Fauconnier [Faucogney, en Haute-Saône], Champagney, Giromagny [Territoire de Belfort].

3 h du matin : Sewen, à la porte d'Alsace.

Le 15, à 14 h, reconnaissance par le chef de bataillon et les commandants de compagnie des positions à relever.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier, relève du 2e bataillon du 8e RTM à [Willer*] dans la vallée de la Thur. Par un hasard voulu, peut-être, le 5e BCP de 1945 va se battre dans le même secteur que le 5e BCP de 1914. Les cadets suivront pas à pas leurs aînés et le sang des volontaires se mêlera fraternellement à celui des Diables bleus.

Secteur de Willer

La mission du bataillon est alors la suivante : tenir à tout prix l'Oberfeld, colline abrupte au nord de la ville, interdire le débouché Sud de la vallée du Goldbach, assurer la liaison au nord-ouest avec le Bataillon du Morvan chargé de la défense de Moosch, à l'est avec le 1er BCP.

Le plan de feu se trouve considérablement modifié par suite de l'absence complète d'armes anti-chars, d'une diminution très sensible des armes automatiques et à tir courbe. Les chasseurs assureront la défense du secteur dans des conditions de matériel et d'équipement très défectueuses. En moyenne 30 cartouches par homme, dix chargeurs de FM, quelquefois trois. La générosité des camarades relevés du 8e RTM nous vient en aide et ils nous laissent un nombre important de cartouches de carabines et de mitrailleuses, des grenades, des mines, et surtout une partie de leurs transmissions téléphoniques. Cette dernière aide permettra au lieutenant Balpetre de recevoir et réparer par des miracles d'ingéniosité les postes TN 16 mis à notre disposition quelques jours plus tard.

Le dispositif de combat du bataillon se situe comme suit : la compagnie Raffali en pointe, accrochée au sommet sur le front Est et Ouest de l'Oberfeld ; la compagnie Olivier, à l'usine, cote 379,6 interdisant le débouché Sud de Moosch et assurant la liaison par le feu avec les voisins de gauche grâce au PA mixte de la Crête sans nom ; la compagnie Affret qui interdit la vallée du Goldbach et couvre l'Oberfeld en fournissant des feux sur cette pente Nord ; la compagnie Gaubert en réserve à la fabrique 378,4 ; PC du bataillon à côté de la mairie.

Le secteur s'avère aussitôt très mouvementé, l'ennemi très mordant effectuant de fréquentes patrouilles et harcelant sans cesse les positions de la vallée par des tirs de mortiers. Le tunnel, passage obligé entre Wilik [sic] et Bitschwiller, est un de ses objectifs favoris."

Dès le 17 janvier 1945, les Allemands viennent tâter les positions du 5e BCP ; le lendemain, le chasseur Alphonse Reichel est le premier tué de la 4e demi-brigade (commandant André Petit) à son poste de combat. Ce ne sera pas le dernier, tout au long des opérations durant la bataille de la Poche de Colmar déjà évoquées sur ce blog

A noter que le même jour que le 5e BCP, le 1er BCP du commandant Jean Paoli, créé à partir du 90e RI (ex-Groupe Indre-Nord), est monté en ligne dans le quartier de l'Oberfeld. Lui aussi prendre part aux opérations de Colmar. 

Sources principales : 5e bataillon de chasseurs à pied. Campagne d'Alsace 1945 (historique communiqué en 1991 par Maurice Vincent, président des anciens du 5e BCP) - archives de la 4e demi-brigade de chasseurs, GR 12 P 28, SHD - archives collectives des FFI de l'Indre, GR 19 P 36, SHD.

* Orthographié Villers dans l'historique du 5e BCP.