lundi 31 mars 2025

Les 23e et 27e régiments d'infanterie (1945)


Des anciens volontaires du Morvan (27e RI) en Autriche, après la fin des combats. 
Photo parue dans le magazine Regards.  


23e régiment d'infanterie

Chef de corps : colonel Jean Lacroix.

Créé le 16 février 1945 sur le territoire de la 10e région militaire par la réunion des bataillons de sécurité I/10, II/10 et III/10, renforcés par le bataillon IV/10 de Mulhouse. Parmi ces unités, le bataillon I/10 avait reçu des éléments du Bataillon d'Alsaciens-Lorrains (commandant Marcel Schmidt) ; le bataillon II/10 "Alsace" a été formé à Nancy le 16 décembre 1944 par le chef d'escadrons Derringer (ce bataillon portait l'écusson du 5e régiment de cuirassiers).

Organisation : I/23e RI, commandant M. Schmidt puis capitaine Jean Schlumberger ; II/23e RI, commandant Maurice Perrino puis commandant Toussaint Bartoli ; III/23e RI, commandant Lucien Lang puis commandant Georges Ledis.

Opérations 

3 avril 1945 : la 13e compagnie du III/23e RI entre en Allemagne à Bobenthal.

13 avril 1945 : le régiment quitte la caserne Stirn de Strasbourg et relève le III/152e RI.

15 avril 1945 : au moment de l'arrivée de la 1ère armée française à hauteur de Kehl, la 5e compagnie (capitaine Jean Gutter) du I/23e RI traverse le Rhin en barques devant la ville et fait des prisonniers. Une section de la 4e compagnie présente les armes au général de Lattre venu à Kehl.

18 avril 1945 : deux compagnies participent au nettoyage de la rive droite du Rhin.

25 avril 1945 : le régiment quitte Strasbourg, débarque en train à Woerth et se porte sur Karlsruhe.

A la fin des combats, le I/23e RI est à Karlsruhe, le II/23e RI à Spire et Germersheim, le III/23e à Landau.

Source : archives du 23e RI, GR 12 P 6, SHD Vincennes.


27e régiment d'infanterie

Chef de corps : lieutenant-colonel Albert Sarda du Caumont (Rosette), 45 ans.

Créé le 19 février 1945 dans la zone d'opérations de la 1ère armée française en incorporant les volontaires du 1er Régiment du Morvan (1 247 hommes originaires de l'Yonne et de la Nièvre) et du 1er Régiment de Franche-Comté (1 588 hommes originaires du Doubs, du Jura et de la Loire). Le I/1er RFC devient I/27e RI (commandant Deleu), le II/1er RFC se transforme en II/27e RI (capitaine Edouard Filarder), le 1er Régiment du Morvan donne naissance au III/27e RI (capitaine Jacques Lintilhac), le III/1er RFC forme les unités régimentaires. Le 27e RI est renforcé le 1er mars 1945 à Mulhouse par le Bataillon du Gard du commandant Michel Bruguier (versé au I/27e RI et dans les unités régimentaires).

Intégré dans la 4e division marocaine de montagne en remplaçant le 1er RTA le 16 mars 1945. Effectifs du régiment : 710 cadres de l'armée régulière, 3 110 volontaires FFI.

Opérations 

29 mars 1945 : le 27e RI s'installe dans le secteur de Sainte-Croix-en-Plaine et Neuf-Brisach, sur le Rhin. Il perd onze tués, 21 blessés, deux disparus durant cette période de garde du fleuve.

18 avril 1945 : il passe le Rhin à Kehl et se porte sur Legelshaut où il est placé en réserve.

22 avril 1945 : enlevé en camions, le 27e RI atteint le Danube à Donaueschingen, puis gagne Deisslingen et Schwennergen. Il est engagé dans des opérations de nettoyage, faisant plus de 400 prisonniers, au prix de deux blessés.

23 avril 1945 : la 3e compagnie du I/27e RI se rend à Pfattenweiller, le III/27e RI agit dans le secteur de Woltkerdingen. Bilan : 42 prisonniers.

24 avril 1945 : une violente action allemande sur Marbach surprend la 4e DMM, et notamment la 4e DMM. "La 4e compagnie est pratiquement anéantie", note le JMO du régiment. Il y a huit tués, dont le sous-lieutenant Eugène Bonnet et l'aspirant Claude Hentschel.

25 avril 1945 : le 27e RI fait son retour à Marbach à 17 h 10.

Pertes du régiment : 26 morts identifiés.

Sources : archives du 27e RI, GR 12 P 7, SHD Vincennes ; Louis et Nicole PORCHET-MARREL, Les combattants volontaires de Franche-Comté, 1990 ; Pierre SCHERRER, Royal Morvan Infanterie 44, Paris, 1990.

lundi 17 mars 2025

Le 6e régiment d'infanterie (1944-1945)


Des hommes du Régiment Foch (futur III/6e RI). Photo publiée dans le livre "Bataillon Foch
(1944-1945)", Lucien Couturier et Jacques Faugerat, 1977.

 Chef de corps : lieutenant-colonel Pierre Chambre (capitaine d'active de 37 ans) puis colonel Jean-Marie Reymond (15 avril 1945).

Créé le 1er décembre 1944 devant La Rochelle par changement de dénomination du Régiment Bir-Hacheim (FFI de Charente). Compte trois bataillons confiés au capitaine Bernard Tandonnet, 29 ans, au capitaine Pierre Gagnaire, 27 ans, et au commandant René Vallentin.

Au 15 décembre 1944, défend les quartiers de Saint-Pierre et de Baudry, tandis qu'un bataillon est à Rochefort.

Renforcé le 1er mars 1945 par le 123e RI FFI (Régiment Foch) du lieutenant-colonel Auguste Bouvron (Auger), qui devient III/6e RI et monte en ligne le 5 mars 1945 devant Royan.

Engagé dans les combats de réduction des Poches de Royan et La Rochelle.

14 avril 1945 : tandis que la 11e compagnie (lieutenant Charles Wacherot) renforce le bataillon Richon du 1er Régiment de Bigorre, la 9e compagnie du lieutenant Joseph Fournier et la 10e du lieutenant Paul Coutant, soutenues par le peloton Bertoleaud du 13e régiment de dragons, ont pour objectifs Musson et Toussonge, au nord-ouest de Semussac, lors de l'offensive contre Royan. Les deux compagnies attaquent dans la matinée et atteignent leurs objectifs vers midi. Le III/6e RI, qui fait entre 30 et 50 prisonniers, s'installe en défensive aux Brandes. Dans l'après-midi, il est soumis à des tirs d'artillerie. A la 11e compagnie, vers 22 h, le soldat Georges Rouffaud "est tué par un obus tombé à 20 cm de sa tête" (journal de la 11e compagnie). Trois soldats ont également été blessés dans cette journée.

28 avril 1945 : Henri Fleitz est tué devant La Rochelle.

1er mai 1945 : le I/6e RI, qui appartient au groupement Mingasson (avec le 13e RI), attaque sur Yves, Voutron, Thairé et Ballon, dans la Poche de La Rochelle. Un accrochage devant les blockhaus d'Angoulins coûtent quatre tués au régiment : le Dr Louis Hébrard, Jean-François Bouvard, Raymond Gtaltier et Fernand Charriaud. 

Sources : archives du 6e RI, GR 12 P 4, SHD ; archives du Régiment Foch, GR 13 P 77, SHD.


vendredi 14 mars 2025

Le 1er régiment d'infanterie (1944-1945)


La musique du 1er RI à la libération de Bourges.
(Photo parue dans le livre "Les Bandes de Picardie").
 


1er RI

Chef de corps : lieutenant-colonel Jean Ribaud, 51 ans, puis colonel Maurice Rudloff.

Recréé le 14 août 1944 dans les maquis du Cher-Sud. Forme l'ossature de la Brigade Bertrand, commandée par le colonel René Marchand, chef de corps du 1er RI jusqu'en 1942. Constitué de deux bataillons : le I/1er RI du chef d'escadrons Pierre Roy (Prince), 40 ans, et le III/1er RI du commandant Paul Vachet. Participe à la libération de Bourges et aux combats contre la "colonne" Elster. Effectifs de 1804 hommes au 6 octobre 1944.

Composante de la Brigade Bertrand, arrive dans la région de Saint-Jean-d'Angély le 16 novembre 1944. Affecté à la Poche de Royan.

Monte en ligne dans la nuit du 12 au 13 décembre 1944 dans le sous-secteur de Thénac, après avoir relevé les II et III/107e RI. Relève du III/1er RI par le II/33e demi-brigade (autre unité de la Brigade Bertrand) le 22 décembre 1944, puis relève du I/1er RI par le III/1er RI (PC à Briagne) le 30 décembre 1944. Durant cette première quinzaine de présence sur le front, perd plusieurs victimes (Georges Petit, Pettelu, Louis Mathonnière, Xavier Damion, Henri Aufrere).

Visé le 4 janvier 1945 à 5 h 45 par une action offensive allemande. Grâce à l'appui du I/72e RA (artillerie de la Brigade Bertrand), l'attaque est "brillamment repoussée" (JMO du 1er RI). Pertes : un tué (Lucien Tisserand), deux blessés, contre douze prisonniers. La 11e compagnie du capitaine Clément Chartier est félicitée par le colonel Rudloff pour son comportement au feu.

Relève du III/1er RI par d'autres éléments de la Brigade Bertrand dans la nuit du 11 au 12 janvier 1945. Retour dans le Cher, à partir du 12 février 1945, de la Brigade Bertrand, qui forme le noyau de la nouvelle 1ère division d'infanterie (général Jean Caillies). Durant cette période, le I/34e demi-brigade (commandant André d'Aramon) devient II/1er RI le 5 février 1945, et les unités régimentaires du 1er RI sont formées par le V/33e RI (bataillon de marche de Cambrai) du capitaine Henri Roger, dissous le 4 mars 1945.

Toujours cantonné à Bourges au 25 avril 1945. Puis fait mouvement avec la division pour rejoindre la 1ère armée française. Le 2 mai 1945, "à 7 h, nous foulons enfin le sol allemand", note le journal de marche de la 5e compagnie. Cantonné à Daugendorf, Riedlingen, Zwiefaltendorf et Friedlingen. Défend un pont sur le Danube, à Dettingen, le 3 mai 1945. Participe, avec le III/15e RA et le concours de l'aviation, à une opération de nettoyage, les 7 et 8 mai 1945 (500 prisonniers).

Sources : archives du 1er RI, GR 12 P 2, Service historique de la Défense ; Les Bandes de Picardie. Le 1er régiment d'infanterie dans la Résistance, éditions France-Empire, 1975 ; correspondance avec l'amicale des vétérans du 1er RI.

jeudi 23 janvier 2025

La libération de la Cité Sainte-Barbe par ceux qui l'ont vécue (2 février 1945)

Des soldats de la section Thiabaud, 3e compagnie. A gauche, Jean Paroissien et Mario Marchetti. (Collection M. Marchetti).


 2 h 15. 

    Parti de Mulhouse où il cantonnait après avoir défendu pendant plusieurs semaines le point d'appui de L'Ile-Napoléon, le 1er bataillon (commandant Gilles Pâris de Bollardière) du 21e régiment d'infanterie coloniale gagne les environs de Cité Anna pour se porter sur sa base de départ : le Jungholtz, un petit bois situé à l'ouest de Cité Sainte-Barbe, son objectif. Les marsouins passent par le carrefour 236, théâtre de violents combats les jours précédents.

Caporal Jean Maire (5e groupe, 2e section, 1ère compagnie), de Poulangy (Haute-Marne) : "Nous distinguons une masse noire. C'est un half-track qui est immobilisé. Les pneus avant sont complètement cramés et il se dégage une forte odeur de brûlé. Sur le côté, un casque de tankiste semble recouvrir quelque chose de noir. A côté, un bras et la main complètement carbonisés. Et presque sous le véhicule, une masse noire qui est certainement le corps du malheureux conducteur."

Soldat Marcel Pesme (6e groupe, 2e section, 3e compagnie), de Laneuville-à-Bayard (Haute-Marne) : "Cela nous met tout de suite dans l'ambiance".


La Cité Sainte-Barbe et l'usine Théodore. (Collection Marcel Heckenroth).

6 h. 

    Des obus de 88 s'abattent sur le Jungholtz où le bataillon qui s'y est installé est repéré.

Caporal Guy Seigle (3e groupe, 2e section, 2e compagnie), de Fronville (Haute-Marne) : "Un jeune, arrivé le 30 janvier à la caserne de Mulhouse et affecté dans mon groupe, est touché d'un éclat d'obus. Un obus de mortier dévié par des branches d'arbre tombe à côté de moi sans exploser. Nous sommes plaqués au sol. Nous nous faisons le plus petit possible. On entend des blessés appeler."

Soldat Abel Mangin (2e groupe, 2e section, 2e compagnie), de Sommeville (Haute-Marne), incorporé le 30 janvier 1945 : "J'étais derrière une touffe de jeunes arbres, attendant la fin de cet enfer, quand Pierre Delaborde est venu me voir et m'a pris sous sa coupe. Nous nous sommes rendus près d'un soldat qui était allongé. Il l'a secoué mais il était mort. C'était mon caporal (1). [...] Jules Lamontagne servait dans mon groupe, il a été blessé sur la base dé départ, un éclat de mortier lui ayant sectionné le tendon d'une jambe. Lucien Martin, de Fontaines-sur-Marne, a été blessé lui aussi dans les mêmes conditions, un éclat dans l'abdomen. "

Abel Mangin.


Soldat Pierre Delaborde (2e groupe, 2e section, 2e compagnie), de Roôcourt-la-Côte (Haute-Marne) : "René Picard, mon chargeur au FM, a été blessé par un éclat d'obus, alors qu'il était assis contre un arbre à mes côtés, avant l'attaque. [...] Guillot de Rolampont l'a remplacé."

Caporal Jean Maire (1ère compagnie) : "Cela dure trois quarts d'heure. La terre tremble. Quand nous nous relevons, les trous apparaissent remplis d'eau glacée et nos vêtements sont complètement trempés sur le devant. Durant le bombardement, nous n'avons rien senti."

6 h 50

    Début de la préparation d'artillerie. A peine moins de cinq minutes se sont écoulées lorsque les marsouins s'élancent sur le long terrain découvert séparant le bois de la cité. La 2e compagnie (lieutenant Antoine Chabot) est en pointe.

Caporal Guy Seigle (2e section, 2e compagnie) : "Nous progressons par bonds en nous couchant le plus souvent dans la neige fondue. Arrivés aux premiers bosquets, des Allemands se montrent en levant les bras. [...] Certains obus tombent même sur mon groupe. [...] Des balles allemandes arrivent sur nous. Deux hommes tombent, l'un devant moi, l'autre à côté. [...] A l'approche des jardins, j'entends le commandant d'unité crier : "Baïonnette au canon !"."

Soldat Abel Mangin (2e section, 2e compagnie) : "Avec Delaborde, j'ai retrouvé le groupe, ou ce qui en restait, derrière un transformateur, devant des tranchées allemandes desquelles partaient des grenades à manche. Nous avons fait quelques prisonniers que j'ai conduits à l'arrière au PC du lieutenant Chabot. Je suis revenu le long d'un plan d'eau. J'y ai vu quelques blessés dont René Picard qui attendait les infirmiers. Les obus continuaient à tomber sur le plan d'eau et les environs."

Soldat Jean Collot (3e section, 2e compagnie), de Marnaval (Haute-Marne) : "A 7 h, en avant ! Nous progressons sur un terrain complètement nu et inondé, pataugeant dans cette sorte de grande mare, nous prenons par moment de bons bains, car les fossés sont invisibles. Il fait encore sombre, notre artillerie fait merveille, et c'est un splendide feu d'artifice sur les puits de potasse et sur la cité que nous offrent nos canons."

Soldat Jean Guillon (groupe de commandement, 3e section, 3e compagnie), de Doulcon (Meuse) : "Les environs, c'était marigots gelés et enneigés. En nous "étalant" sur la glace, arrive ce que nous redoutions, surtout avec nos charges d'obus de rocket : la glace céda. Et plouf pour nous quatre ou cinq jusqu'au cou ! Avec bien du mal, nous nous en sommes sortis et avons repris la progression, pour voir le capitaine Eon déjà aux premières maisons. Là, un civil alsacien donnait des directions et avait l'air de renseigner sur les positions "schleuhs"."

Soldat Marcel Pesme (2e section, 3e compagnie) : "Un violent tir de 88 nous a fait obliquer sur la gauche, traverser un fossé plein d'eau - car la neige fondait - et obliquer ensuite à droite pour entrer dans la cité. Là, nous avons été accueillis par le tir des Allemands. A ce moment-là, Marceau Feit a reçu la balle qui l'a tué."

Aspirant Pierre Thiabaud (3e section, 3e compagnie) : "Si mes souvenirs ne me trahissent pas, Pernoud et Vasseur ont été blessés dans le Jungholtz, en même temps que Gratessol, François et Leclerc, par le tir d'arrêt de l'artillerie allemande, avant le débouché sur la cité."

Soldat Paul Rivault (1ère section, 3e compagnie), de Rouillé (Vienne) : "Nous avons franchi rapidement la distance entre le bois et les habitations que nous avons atteint sans perte. Les gens terrés dans les caves nous ont prévenus que les Allemands étaient cachés dans presque chaque habitation. Alors que nous parlions à ces personnes, nous avons essuyé les premiers tirs, sans dégât."

    A gauche du dispositif, la 1ère compagnie (capitaine Robert Vial) a pour objectif l'usine Théodore.

Caporal Jean Maire (2e section) : "Sur notre droite, nous pouvons assister à l'assaut de la 1ère section. Sur un fond de ciel rougeoyant, à moins de 100 mètres, nous distinguons de profil les nombreuses silhouettes sombres qui s'élancent, le fusil à la main, et nous entendons leurs cris de sauvage. Le spectacle est saisissant. [..] De toutes parts, les balles claquent, venant d'on ne sait où. [...] Derrière moi, j'entends un cri. C'est Grandperrin - un nouveau qui croit avoir été touché. Il a la manche de capote coupée à hauteur de poitrine, mais la balle a seulement égratigné son bras. [...] Il y a un petit terrain découvert que nous devons traverser en rampant. Au bout, nous franchissons une clôture en grillage dans laquelle notre chef de groupe a pratiqué une ouverture à l 'aide de sa pince coupante. [...]"

Caporal René Pitollet (2e groupe, 1ère section), de Saint-Michel (Haute-Marne) : "Riposte des Boches avec leurs canons à six tubes, dont le bruit ressemblait au beuglement d'une vache. Gilbert Lecomte est tué dès le départ ainsi que Jean-Baptiste Raspès qui faisaient partie de mon groupe."

7 h - 9 h, Cité Sainte-Barbe

Caporal Guy Seigle (2e compagnie) : "Nous repartons en franchissant une route. [...] Les haies des jardins se passent facilement. Nous avançons vers les premières maisons. Avec quelques hommes, je me dirige vers l'école en traversant la place sur laquelle se trouve un rond-point couvert de végétation. Les Allemands se retirent des maisons qu'ils occupaient avant notre arrivée pour nous précéder à l'école. Voyant cela, notre chef de section nous fait signe de bifurquer vers une maison à droite de l'école, mais celle-ci est sous le feu des Allemands embusqués et nous nous trouvons bloqués là. [...] Le reste de la compagnie se débat toujours dans les jardins des premières maisons du village. [...] Nous occupons seulement deux maisons : le chef de section est dans l'une et moi avec le sergent et le groupe FM dans l'autre. Nous formons ainsi une petite enclave de huit à dix hommes dans deux maisons."

Soldat Paul Rivault (3e compagnie) : "Nous avons franchi deux ou trois pâtés de maison avant d'arriver en bordure du terrain de foot. Nous devions le traverser pour atteindre les maisons en face où étaient embusqués les Allemands. Ils nous voyaient arriver et nous ont pris sous un tir nourri de fusil et de mitrailleuse. [...] J'ai dû être blessé au troisième bond en avant ordonné par le caporal [Régin] qui avait pris le commandement du groupe." (2)

Soldat Aimé Poirot (1ère section, 3e compagnie), de Saint-Dizier (Haute-Marne) : "Une auto-mitrailleuse allemande débouche et passe en trombe devant nous. Elle était sans doute surprise de tomber sur des Français. Nous aussi. On se jette à terre. La blindée n'ouvre pas le feu, elle écrase la palissade d'une maison, pénètre dans le jardin et se retranche derrière l'habitation. J'appelle François Roussille. C'était un garçon de Versailles, qui avait un différend avec son père, un docteur qui a fait 14-18, et il voulait à tout prix rentrer chez lui avec la Croix de guerre. Je dis à Roussille : "Viens avec moi, on va grimper dans la maison et on va tirer sur l'auto-mitrailleuse par le haut". Mais il ne m'écoute pas : il s'agenouille et il arme son fusil lance-grenades. Les Allemands le voient et lui envoient un obus dans la poitrine. Roussille est projeté au milieu de la route. [...]

Nous étions trois en tête : le caporal Blanchard à gauche, Billey au centre, devant, et moi à droite, légèrement en retrait. Une rafale est partie d'une cave sur la droite : les balles m'ont frôlé sans me toucher, mais Billey a été grièvement blessé dans le bas-ventre, et Blanchard a reçu une balle dans la cuisse, plus légèrement. [...] Nous voyons un canon de 37 mis en batterie. Depuis une maison, je tire au lance-grenades sur le canon, qui est mis hors d'usage. Un servant est tué d'un éclat au front, les trois autres se replient mais seront faits prisonniers. Pendant ce temps, l'auto-mitrailleuse s'est cachée derrière un garage. Elle tire sur nous. Une balle touche l'anneau-grenadière de mon fusil, un prisonnier près de moi reçoit des balles dans le bras et dans le pouce, Rondeau est blessé au genou."

8 h 

    La 3e section (sous-lieutenant Roignant) de la 1ère compagnie avait pris rapidement l'usine. Mais une contre-attaque allemande - une cinquantaine de fantassins appuyés par trois blindés - est rapidement lancée.

Caporal Jean Maire : "Voici que des hommes se replient : ce sont des blessés de la 3e section qui rejoignent le poste de secours. Le sergent Thomas, qui traîne sa jambe avec beaucoup de mal, nous apprend que plusieurs camarades sont tués, dont le caporal Roger Clément."

Capitaine Robert Vial : "Nous apercevons, par les perspectives des rues, un groupe compact ennemi qui se porte, au pas de gymnastique, du centre de la cité vers l'usine. [...] Très vite, la contre-attaque se développe : elle prend l'usine d'enfilade et parvient, en l'espace de quelques minutes, au contact de ma compagnie, qu'elle fusille du haut des fenêtres de grands bâtiments. [...] Il faut évacuer la baraque attenante à l'usine, où nous avons rassemblé les prisonniers. Mouvement périlleux que le chef de section exécute avec un sang-froid remarquable. [...]"


Henri Mielle (3e section, 1ère compagnie), de Perrancey, tué dans l'usine. (Collection familiale).


Devant l'école, avec la 2e compagnie

Soldat René Lambert (3e groupe, 2e section), Parisien engagé en Haute-Marne : "L'adjudant-chef Delattre m'a commandé d'aller, à travers les jardins, chercher des munitions pour le lance-grenades. A mon retour pour approvisionner les tireurs de la section, j'ai entendu un coup de feu. Et c'est un copain qui était en train de viser en direction des tireurs embusqués qui s'est fait tuer à mon passage. [...]"

Soldat Abel Mangin (2e groupe, 2e ection) : "L'adjudant-chef Delattre [...] a fait appel à [Roland Sanrey] qui faisait fonction de grenadier, celui-ci s'est mis en position à l'angle d'un bâtiment. Il n'a eu que le temps de s'agenouiller et ouvrir la culasse de son fusil, avant de s'affaisser, tué par une balle en pleine tête."

Caporal Seigle (3e groupe, 2e section) : "Roland Sanrey me dit vouloir lancer une grenade à fusil sur un tireur qu'il a repéré dans le clocher de l'église. Malheureusement, il n'aura pas le temps de tirer car, repéré lui aussi, il est tué d'une balle en plein front par ce tireur qui embête tout le monde. (3) [...] Notre chef de section, lui, a réussi à passer [la rue], mais le sergent-chef Jeanjean, qui arrive avec quelques hommes, est blessé en essayant lui aussi."


Le grenadier Roland Sanrey, tué par un sniper. (Collection Bernard Sanrey).

Soldat Jean Collot (3e groupe, 3e section) : "Ballu, un camarade, tombe dans un jardin, aussitôt deux volontaires partent le chercher, quand le "Chleuh" d'en face, non content, tire sur les sauveteurs, et c'est un râle que l'on entend, car seul, Ballu est à nouveau touché, et arrivé près de nous, il meurt. Il était l'aîné de onze enfants." (3)


Le fonctionnaire caporal Georges Ballu. (Collection familiale). 

9 h.

    Un char ennemi intervient dans le cente de Sainte-Barbe.

Soldat André Herdalot (section de commandement, 2e compagnie), de Veuxhaulles-sur-Aube (Côte-d'Or) : "Un de mes camarades et moi-même tirons dessus. Mais le char ouvre le feu sur nous avec son canon et ses mitrailleuses. Des camarades tombent. [...]"

Soldat Jean Collot (3e section) : "Le lieutenant Agniel qui nous commandait ce jour-là était derrière la maison, quand le caporal Verson lui demande sa carabine, afin d'en descendre un, dit-il. Il n'a pas le temps de tirer, une balle vient le frapper en plein ventre. [...] Ce pauvre gars râlera pendant plus d'une heure, demandant à boire près de nous."

JMO du I/21e RIC : "Le char allemand plusieurs fois pris à partie par nos rockets, est allé se poster au nord-est du village."

    Avec la 3e compagnie, devant la salle des fêtes (théâtre) et à l'extrême-droite de la cité...

Aspirant Thiabaud (3e section) : "C'est en abordant une [maison] que Robert Creux (16 ans et demi) est fauché par une rafale de mitraillette tirée d'un soupirail. Une dizaine d'Allemands sort ensuite de cette cave où se trouvaient également des civils. C'est la raison pour laquelle nous évitions de grenader systématiquement les caves ou de tirer au rocket, de peur de tuer et blesser des civils."

Soldat Jean Guillon (3e section) : "Robert [Creux] a été tué dans la maison, à l'assaut de l'étage côte à côte avec Combre. Marchetti et moi étions au pied du perron. La rafale, les rafales devrais-je dire venaient du haut et non du larmier, nous étions assez bien placés pour en juger. Creux aurait reçu les deux rafales, la seconde dans sa chute, au cours de laquelle il a heurté le caporal à un bras. [...] Régnait alors pas mal de confusion puisque nous apprenions aussi la mort d'Amode Dominici. Roger Georges a vu les deux Allemands sauter d'une fenêtre du haut [...], sûrement ceux qui venaient d'abattre Creux. Il les a canardés sans succès."

Aspirant Thiabaud : "A 9 h 30, ma section borde les lisières Sud de la Cité Sainte-Barbe."

    Près de la salle des fêtes, l'auto-mitrailleuse se montre toujours aussi redoutable par ses tirs.

Louis Oudin (5e groupe, 2e section), de Saint-Dizier : "René Petitpas a reçu une balle dans la région du coeur, et Hubert Marsault une balle dans la cuisse. "Ca y est, je suis touché", a crié Petitpas. Je lui ai dit : "Ne t'inquiète pas, attends, les infirmiers vont arriver !" Mais il a appelé sa mère, et il est mort."

    Le sergent-chef Jean Vignole et des hommes de la section Bernard progressent dans une rue.

Soldat Jean Dorckel (1ère section), de Saint-Dizier : "Une fusillade est partie du larmier de la cave. Vignole a été tué, Krzemenski blessé."

Soldat Aimé Poirot (1ère section) : "Krzemenski était père de cinq ou six enfants. Il a été touché au bras et à l'épaule, et il me suppliait : "me laisse passe, Mémé !"

Soldat Dorckel : "On est parvenu à rentrer dans la maison, on a ouvert la trappe qui mène à la cave et là un Alsacien, en allemand, les a fait sortir. Ils étaient deux, ils n'avaient pas 20 ans. Auzimour, à travers le soupirail, donnait à un des deux un coup de Thompson à l'estomac. Il était fou de rage, il criait "c'était mon copain ! C'était mon copain !". Les deux Allemands disaient "Polski ! Polski !". Mais ils portaient la croix de fer, et ils avaient des mitraillettes russes."

Sergent André Héno (5e groupe, 2e section) : "[Ils] n'avaient plus d'armes et s'étaient rendus. Un officier les a rassemblés dans la cour du théâtre, leur a demandé de faire leur prière et, malgré mon intervention personnelle, les a bel et bien descendus sans autre forme de procès. Vignole était mon ami, nous venions tous deux d'Afrique du nord. Il avait laissé au cours de notre passage en Algérie en 1943 et 1944, une fiancée qui l'attendait à Lapasset en Oranie."


Trois hommes de la section Bernard : Bernard Moginot, caporal Pierre Blanchard,
Gilbert Hinderschiett.

10 h 30.

    La salle des fêtes est enfin occupée, le PC de la 3e compagnie s'y installe. Concomitamment, les blindés du Régiment colonial de chasseurs de chars (RCCC) parviennent enfin à pénétrer dans la cité pour appuyer les fantassins.

Adjudant Georges Chapron (SME, 3e compagnie), de Saint-Dizier : "Nous préférons que les chars nous fassent appui d'artillerie avec leurs pièces de 76. Quand nous avons repéré une fenêtre ou un ennemi qui est caché, nous leur indiquons et cela ne dure que l'espace d'un instant : ni bas de mur ni bonhomme ne restent".

Caporal Seigle (2e compagnie) : "Au bout d'un quart d'heure, il y a déjà beaucoup de dégâts, des maisons brûlent en dégageant de la fumée. D'un bond, nous quittons notre position, traversons la rue pour entrer dans l'école. Je vois des Allemands en tenue blanche s'enfuir, nous leur tirons dessus. Ils sont empêtrés dans les haies des jardins. Mon groupe FM reçoit l'ordre de pénétrer dans le sous-sol de l'école."

11 h 15.

JMO du bataillon : "Un assaut vigoureux de la 2e compagnie après tirs très efficaces des TD et de la CCI enlève l'école." Là, dans le sous-sol, sont réfugiés environ 300 civils.

Capitaine Vial : "Girardon, sans avoir bien compris ce qui lui arrive, est d'un seul coup saisi par les épaules, porté en triomphe dans la cave aux vastes dimensions."

Soldat Herdalot (2e compagnie) : "Nous demandons l'appui des TD qui tirent aussitôt sur l'école et l'église. Le char allemand se retire, nous tirons au rocket sur l'école, puis avec un groupe de la 1ère section [lieutenant Marcel Girardon], nous la prenons d'assaut (cinq prisonniers)."

Soldat Collot (2e compagnie) : "Le caporal Leca a le doigt coupé par une rafale, le sergent Roy a un petit éclat près de l'oeil, Psonack est défiguré et mourra. [...] Nous arrivons enfin à l'église, après avoir traversé un terrain entièrement nu, tout est dévasté, seul un autel avec la Vierge et Jésus, en bois, est intact."

Midi.

    Devant l'usine Théodore, la situation de la 1ère compagnie, après son repli, reste délicate.

Caporal Maire : "Nous commençons à nous organiser un peu mieux. Quelques moellons qui traînent sur place servent à édifier un muret qui va nous protéger. [...] Lhotel, du 4e groupe, vient de prendre une balle dans le bras droit. Il a très mal. [...] A une centaine de mètres à notre gauche, au sommet du crassier, une mitrailleuse a été mise en batterie. Mais les servants ont du mal à utiliser leur arme car ils sont repérés et dès qu'ils font dépasser leurs têtes, ils sont ajustés avec précision. [...] Le caporal Jean Duport, notre chef de groupe, veut essayer d'observer. Il se met debout, laissant dépasser sa tête au-dessus du tas de bois qui le protège. Au bout de quelques secondes, nous le voyons tomber à la renverse. Son casque roule à côté de sa tête et en plein milieu de son front apparaît un trou d'où le sang commence à s'échapper. [...] Encore quelques minutes, un dernier râle, et c'est la fin."

Début d'après-midi.

    2e et 3e compagnies reprennent leur progression en direction de la partie Nord de Sainte-Barbe, où l'ennemi est toujours retranché.

Capitaine Vial : "Atteint d'une balle au genou, le soldat Hennequin rampe sous les trajectoires tendues. Croulant de fatigue, il s'arrête au milieu d'une rue. Le sergent-chef Noguera, un excellent joueur de rugby, l'observe du coin de la maison voisine : il s'élance, le ramasse sous un feu d'enfer, le dépose à l'abri, plonge par-dessus la clôture d'un jardinet où il se retrouve au milieu du groupe de commandement, nez à nez avec le capitaine Chabot qui l'attrape... et le félicite."

Soldat Jean Dubreuil (tireur FM, 3e section, 2e compagnie), de Bricon (Haute-Marne) : "J'ai été blessé d'une balle de parabellum tirée d'une fenêtre de cave en traversant la rue. Mon premier chargeur, Emile Nottebaert, de Froncles, natif du Nord, a pris ma place au FM."


Le tireur FM Jean Dubreuil, de Bricon, blessé par une balle. (Collection J. Dubreuil).


16 h. 

Soldat Jean Collot (3e section, 2e compagnie) : "Nous sommes encore bloqués dans une maison. Emile Nottebaert essaie de mettre en batterie son FM, il prend une balle dans le front. [...] Un gars montre son nez à la porte, de l'autre côté de la rue, il s'enhardit, mais les Boches l'ont repéré, et il s'écroule, une balle dans la jambe. [...] Quelques-uns des nôtres traversent la rue, la maison où ils sont, aussitôt repérée, prend quelques obus. Le sergent Roy, s'aventurant derrière, est tué."

Soldat Abel Mangin (2e section, 2e compagnie) : "Je me suis rendu à l'église, j'ai remarqué de nombreux corps et parmi ceux-ci, j'ai reconnu la chevelure blonde du sergent Roy, que j'avais vu cinq minutes avant : il venait d'être tué par un Allemand qui était posté dans une descente de cave."

Soldat Bernard Moginot (tireur FM, 1ère section, 3e compagnie) : "Je n'avais plus de munitions. Je me suis levé, je me suis caché derrière le mur de la maison pour recharger le fusil-mitrailleur, et j'ai reçu une balle dans la cuisse. Je n'y croyais pas. En réalité, c'était une balle perdue qui a ricoché contre le volet. Si j'étais resté à genoux, je la prenais en pleine tête !"

Soldat André Herdalot (section de commandement, 2e compagnie) : "A 6 heures et quart du soir, les derniers Allemands se rendent, le char et une auto allemande brûlent. [...] Pendant cette journée, ma compagnie a perdu 46 hommes : 35 blessés et 11 tués."

Capitaine Vial : "Vers 16 h, descendu de son char pour mieux guider le tir de son canon contre un ennemi qui se camoufle adroitement, Ricour (4) est atteint, comme Turenne, d'un obus en pleine poitrine, qui le coupe en deux.La lueur de départ du coup qui l'a brisé, trahit son adversaire que le tank-destroyer détruit dans la seconde qui suit."

16 h. 

    La 1ère compagnie repart à l'assaut de l'usine Théodore, perdue dans la matinée. Elle est appuyée par un peloton du 2e régiment de chasseurs d'Afrique.

Caporal Maire : "Au cri "En avant !", tout le monde s'élance en gueulant. Les chars soutiennent notre progression par leurs tirs. [...] Derrière moi, j'entends crier "En avant ! Allez-y les gars". C'est notre capitaine Vial qui [...] avance lui aussi à grandes enjambées, le colt au poing, sans casque, et le sourire aux lèvres...."

Capitaine  Vial (5) : "Une attaque grand style est montée pour l'enlever d'un seul coup. [...] Au moment même où tombe la nuit, l'usine est prise d'un seul élan : il ne reste plus qu'à réduire durant la nuit des résistances sporadiques qui se réveillent de temps en temps."

18 h. 

Soldat Mario Marchetti (3e section, 3e compagnie), de Bar-le-Duc : "Nous n'avions pas dormi depuis 36 heures. Après une nuit dans les bois et une journée terrible, nous n'avions rien mangé depuis hier hier soir."

Sous-lieutenant Robert Bocquillon (2e section de mitrailleuses, compagnie d'accompagnement), de Chaumont : "A 2 h du matin, mort de fatigue, je m'affale sur une paillasse dans une baraque de jardin. [...] J'avais dormi seize ou 18 heures d''affilée..."

Pertes du bataillon : 32 tués, 83 blessés (dont six décèdent), six disparus. Au II/21e RIC (commandant Jean Whitehouse) qui a pris part également à la fin des combats, la 7e compagnie déplore cinq tués. Outre le lieutenant Ricour au RCCC, le médecin-auxiliaire Jean Avinier, du 25e bataillon médical, a été tué durant la journée, tandis que le lieutenant-colonel Henri Delteil, adjoint au chef de corps du 21e RIC, était blessé dans la matinée.


Des vétérans haut-marnais du 21e RIC, en 2005, devant le monument de Cité Sainte-Barbe.
(Photo Lionel Fontaine).


Marsouins du I/21e RIC tués, blessés, prisonniers à Sainte-Barbe (liste non exhaustive)

1ère compagnie. 

Tués : caporal Roger Clément, caporal Jean Duport, René Grime, Gilbert Lecomte, Henri Mielle, Jean-Baptiste Raspès. Blessés : sergent-chef Marcel Contestabile, André Guénot, Paul Letuppe (décédé), sergent-chef Laure, Lhotel, sergent Gilbert Thomas. Prisonniers : Charlier, Nadeau, Pignal.

2e compagnie. 

Tués : Georges Ballu, Robert Doffin, Roger Drioux, caporal Guy Leroy, Pierre Mathis, Emile Nottebaert, sergent Jean Roy, Roland Sanrey, caporal Louis Verson, Blessés : André Delanne (décédé), Jean Dubreuil, Gilles Guichard, François Habermarcher, adjudant-chef Georges Holveck, sergent-chef Maurice Jeanjean, Roger Jouanne, Jules Lamontagne, caporal Jean Leca, Lucien Martin, René Nourdin, Jean Paleur, Eugène Patris, André Pernot, René Picard, Jean Prodhon, Bronislas Pszonack (décédé), Marius Ramillon, caporal Guy Seigle.

3e compagnie. 

Tués : Fernand Billey, sergent Emile Crelerot, Robert Creux, Joseph Decombe, Marceau Feit, Joseph Ferrer, sergent Maurice Landivaux, Roger Levallois, René Petitpas, René Rihn, Raymond Rousset, François Roussille, Anicet Vanaquer, sergent-chef Jean Vignolle, Blessés : Michel Baretge, caporal Blanchard, Demoullin (décédé), Amode Dominici (décédé), capitaine Jean Eon, Robert François, adjudant-chef Jean Gérin, Grattesol, René Jubeau, Krzemenski, Raymond Leclerc, caporal Hubert Marsault, Lucien Minot, Bernard Moginot, Louis Oudin, Pernoud, Jean Renaud, Paul Rivault, Roger Rondeaux, (sergent ?) Rouzier, Stanislas Rosanski, lieutenant Edmond Thouvenot, Vasseur.

Compagnie d'accompagnement. Tué : Serge Hemonnot. Blessé : Maurice Delacroix.

Compagnie de commandement. Blessés. Jacques Lasdrat (décédé), René Nicard.

Unités non définies. Tués : Jacques Berthomeau, François Duigou, Adrien Houeix, Henri Osmenda, Lucien Pitre, Camille Vincent (2e compagnie ?), René Vivier (2e compagnie ?). Blessé : sergent Maurice Boudeville. 


Le service de santé du I/21e RIC, à Sainte-Barbe. (Coll. M. Heckenroth).



(1) Le caporal Guy Leroy.

(2) Il s'agit du groupe du sergent Maurice Landivaux qui perd quatre tués (sergent Landivaux, Roger Levallois, Raymond Rousset, Anicet Vanaquer), trois blessés (Lucien Minot, Jean-Louis Renaud, Paul Rivault), trois rescapés (Monso, caporal Jean Régin, Joseph Sguerra).

(3) Georges Ballu était originaire de la Mayenne.

(4) Lieutenant Robert Ricour, du RCCC.

(5) Le capitaine Robert Vial devait être grièvement blessé le lendemain par un éclat d'obus qui l'a rendu aveugle.


mercredi 15 janvier 2025

La bataille de Colmar : 9 février 1945

 Secteur de la 9e DIC

    Relation de la 11e compagnie du III/21e RIC : "Les patrouilles révéleront que la plupart des résistances se sont repliées au cours de la nuit à partir de 2 h [...] ; le canal franchi facilement, la 9e compagnie est poussée jusqu'au village [de Bantzenheim] dont les derniers occupants sont capturés.

    A 8 h 45, le bataillon occupe Bantzenheim où il récupère un canon de 105 intact, quatre mitrailleuses et fait 19 prisonniers. Sans désemparer, la 9e compagnie pousse jusqu'au pont de Chalampé qu'elle atteint vers 10 h, au moment où les derniers soldats allemands regagnent en barque la rive droite du Rhin sous la protection de tirs nourris d'armes automatiques."

    I/21e RIC : A 6 h, la  3e section de la 3e compagnie marche en direction de la station de Bantzenheim. Aspirant Thiabaud : "Nous passons le canal en équilibristes, sur une poutre. Nous ramenons cinq prisonniers et atteignons la lisière Est de la Hardt. Le Rhin est à 2 km". André Herdalot (2e compagnie) : "Cinq Allemands se rendent d'eux-mêmes, ils ont le sourire aux lèvres." JMO du I/21 : "A 14 h, le bataillon reçoit l'ordre de rejoindre Ensisheim."

    Au cours des opérations, le régiment a déploré 86 tués, 238 blessés et neuf disparus. De son côté, le RICM a perdu cinq tués (quatre soldats du groupe d'escadrons portés et un aspirant du 3e escadron), 24 blessés (dont 22 du GEP). Il a fait sept prisonniers et a décompté dix cadavres ennemis, entre le 6 et le 9 février.

    Le groupement Vallin a pour mission de couvrir au sud la progression du 21e RIC en direction de Chalampé. JMO du 3e BZP : "L'attaque menée par le 21e RIC sur Chalampé n'offre aucune résistance. La 1ère compagnie du groupement Vallin pousse sur Bantzenheim et quelques éléments sont poussés sur Chalampé. Avec les coloniaux, Chalampé est atteint vers 11 h 30 sans difficulté". Vers midi, ordre est donné au bataillon de rejoindre Mulhouse.

  JMO du 23e RIC : "Ottmarsheim est atteint à 10 h, sans coup férir. Dix prisonniers sont faits. Chalampé est atteint par la compagnie Bertrand (2e compagnie). Le I/23 est immédiatement relevé par le II/23".

Secteur de la 2e DIM

    JMO du 5e RTM : "Aux premières heures du jour, le 1er bataillon occupe le village de Rumersheim [...] et va à son tour border le Rhin, au moment où une sourde détonation annonce la destruction du pont de Chalampé et la libération de l'Alsace."

mardi 14 janvier 2025

La bataille de Colmar : 8 février 1945


Maurice Lacroix, du I/21e RIC, tué le 8 février 1945 devant Bantzenheim.

 Objectifs Fessenheim et Blodelsheim

    JMO du 12e RCA : "L'attaque sur Fessenheim est déclenchée. Aussitôt les chars entrent en liaison avec les chars de la 1ère DB qui se préparent également à entrer dans Fessenheim mais dont deux venaient de sauter sur des mines. [...] Le village est occupé, l'ennemi l'a d'ailleurs en partie évacué à 5 h et seuls quelques isolés sont pris. [...] A 10 h, [...] le détachement de Lancquessaing et des éléments de la 1ère DB pénètrent [dans Blodelsheim]. [...] La 1ère DB prenait à son compte le couloir entre le Rhin et la forêt et à 15 h livrait un combat très violent en essayant de s'infiltrer dans Rumersheim encore fortement occupé. [...] Les opérations prévues des 1er et 2e escadrons (sous-groupement Massu) sont annulées après un début d'exécution par suite de la jonction réalisée avec la 1ère DB française. [...]". Depuis le 6 février 1945, le 12e RCA a perdu neuf chasseurs.

    JMO du 5e RTM : "Dans la nuit [...], Munchhouse est entièrement à nous. Le lendemain dans la matinée, une double manoeuvre de la 11e compagnie, partant d'Hirtzfelden, et de la 10e, débouchant de Roggenhouse, appuyées respectivement par les escadrons de Lambilly et d'Ussel, nous livre Fessenheim où la 11e fait la liaison avec les éléments de la 2e DB venus du nord, puis, à 10 h, Blodelsheim, sur lequel convergent deux groupements.

    Vers midi, la 11e compagnie occupe la maison forestière et la maison de navigation, qui contrôlent, sur le Rhin, le bac de Blodelsheim. [...]

    Malheureusement [...], le colonel Dewattre [...], venu se rendre compte de la situation, sautait, vers 15 h, sur une mine en quittant Blodelsheim. Très grièvement blessé, il est transporté à Mulhouse où il mourait dans la soirée."

    Agé de 44 ans, Charles Dewattre, né dans les Landes, était Saint-Cyrien. Vétéran des campagnes du Maroc et du Liban, puis de France en 1940, il s'était battu en Italie et avait pris le commandement du 5e RTM en décembre 1944. Titulaire de quinze citations, il est fait commandeur de la Légion d'honneur. Le lieutenant-colonel Jacques Gazounaud, du 8e RTM, lui succède le soir-même.

Objectif Bantzenheim

    JMO du 23e RIC : "Le I/23 et le II/23 envoient des reconnaissances et trouvent les écluses 43 et 44 légèrement occupées."

    JMO du RICM : "A 4 h, l'écluse 47 est encore tenue par l'ennemi. Mais à 8 h, une patrouille du GEP signale que Munchhouse est vide d'ennemis. L'écluse 47 est libre. Une patrouille poussée vers l'écluse 46 rencontre des ennemis qui décrochent. Munchhouse est occupé par le GEP à 8 h 30."

    JMO du 3e BZP : "[...] Le groupement Boispéan [repassé sous les ordres du commandant Vallin] reçoit l'ordre d'envoyer au lever du jour des patrouilles pour reconnaître la partie du secteur comprise entre l'écluse 46 et la cote 226,6 et entre les écluses 46 et 44.

    A 8 h 30, l'escadron Boispéan, le peloton de TD, la section du génie se portent aux lisières Ouest de la Hardt de part et d'autre de l'itinéraire Ensisheim - Chalampé. [...]

    Dans la matinée, le groupement commence l'établissement d'une tête de pont, au nord de l'écluse 46, qui est fortement défendue et minée. [...] Le génie construit un passage à l'écluse 46. Les chars légers, les chars moyens et quelques HT [half-tracks] franchissent le canal à l'écluse 46, dans le courant de l'après-midi."

    I/21e RIC : à 8 h 30, la 1ère compagnie (lieutenant Auvigne) se porte sur le canal Sud-ouest de Munchhouse pour relever le RICM. Sur le canal, Auvigne rencontre un officier supérieur qui lui donne l'ordre de foncer sur le carrefour 226, où deux prisonniers sont faits. JMO du bataillon : "Un peloton du RICM dépasse la 1ère compagnie pour aller reconnaître le pont de Bantzenheim sur le canal. Il est accroché par des armes automatiques"

    JMO du RICM : "Le détachement Aubinière (3e escadron, un peloton de TD, deux pelotons portés) franchit la passerelle à 11 h et dépasse l'infanterie du 21e RIC. Il disperse vers le carrefour 222 des éléments retardateurs armés de mitrailleuses légères. Le pont sur le canal de la Hardt est détruit ainsi que le pont 300 m Nord-est de 222. Des patrouilles sont envoyées aussitôt vers le pont 1 km Ouest de Bantzenheim, l'une le long du canal de la Hardt, l'autre sur la laie centrale passant par 222 puis par la route de Radbrunnen à Bantzenheim."

    Quelques prisonniers sont faits, mais "tous les ponts et ponceaux sont détruits. [...] A 14 h 30, l'escadron franchit le canal sur un passage de fortune en troncs d'arbres et terre. Le bataillon Sizaire qui l'a dépassé vers midi a été stoppé par des barrages violents d'artillerie et d'infanterie à la lisière Est [...] et ne peut déboucher. Le feux des TD, des chars légers et des canons d'assaut du détachement Aubinière sont mis à sa disposition, mais, faute d'objectifs précis, n'obtiennent aucun résultat."

    En effet, au III/21e RIC du lieutenant-colonel Sizaire, la 11e compagnie a atteint les lisières de la forêt et s'apprêtait à marcher sur Bantzenheim lorsqu'elle a été clouée au sol par de violents tirs d'armes automatiques depuis le remblai du canal. A la nuit, la compagnie, qui a pu décrocher, déplore 14 tués et 28 blessés, dont le capitaine Fernand Pech (qui succombe à ses blessures) et l'aspirant Jean Micolon, chef de section. 

    JMO du RICM : "Au cours d'une [patrouille pour rechercher un point de passage sur le canal au sud de Bantzenheim], l'aspirant de Tienda est tué par un tireur au fusil."

    Au I/21e RIC, qui a atteint les lisières Est de la Hardt à 16 h 30, un accrochage coûte à la 2e compagnie deux tués : le sergent Léon Porché et le soldat Camille Combray, Par ailleurs, un tir de harcèlement au mortier coûte la vie au soldat Maurice Lacroix, de la même unité. La nuit, froide et pluvieuse, est passée sur place. 

   Selon le JMO du 3e BZP, le bataillon est positionné au soir à 1 500 m à l'est de Radbrunner (1ère compagnie et chars légers), au puits de Radbrunner (2e compagnie, CA et chars moyens) et à l'écluse 46 (3e compagnie). Il a perdu quatre blessés dont le sergent-chef Vignal et le sergent Simon.

Objectifs Petit-Landau et Niffer

    Tandis que la brigade de spahis du colonel Brunot atteint Hombourg, le 151e RI du colonel Claude Jaeger (Michelin), successeur du colonel Fabien (Pierre Georges), se met en mouvement et arrive à Petit-Landau. Mais il a perdu de nombreux tués à cause des mines lors de sa progression (au moins six).     De son côté, le 19e BCP du lieutenant-colonel Albert Moillard, mis sur pied à Paris, se porte de Kembs où il tenait position depuis le 22 décembre 1944 sur Niffer. Les mines, les tirs d'artillerie tuent le sergent-chef Robert Beillot, Roger Desprez, Maurice Rousseau, Gérard Bianquis et Lucien Lalloz. Mais l'objectif est atteint.


lundi 13 janvier 2025

La bataille de Colmar : 7 février 1945


Un chasseur du 20e BCA en 1945. (Photo DR).
 

   Du nord au sud, d'ouest en est, les unités françaises de la 9e DIC, de la 2e DIM, de la 2e DB convergent vers le Rhin.

Objectif Fessenheim

    Le 6 février 1945, les éléments de la 2e DB engagés dans les opérations de Colmar ont subi des pertes notables en prenant le carrefour 197 (un char français du détachement Bort détruit, contre deux chars ennemis détruits, 150 prisonniers, des tués) et Obersaasheim (deux Panther détruits, 250 prisonniers par le détachement Fonde). Prochains objectifs : Heiteren et Fessenheim.

    JMO du 12e RCA : "A 5 h du matin, des tirs amis très denses venant de l'Ouest sur l'ouvrage 197 et les lisières Ouest d'Obersaasheim amènent une grande confusion. [...] A 8 h, un bataillon américain arrive en formation d'attaque à Obersaasheim. Nous apprenons que c'est à la demande du commandant de ce bataillon que les tirs ont été déclenchés sur nos positions pendant la nuit.

    A 9 h 45, débouchés simultanés du détachement Bort et du détachement Fonde sur Heiteren. [...] Le village [...] est pratiquement évacué. Dix prisonniers et un important matériel sont capturés."

    Puis Balgau est pris malgré la perte d'un nouveau char (une quarantaine de prisonniers).

    "Aussitôt l'axe déminé, le détachement Fonde est poussé sur Fessenheim. L'ennemi réagit de plus en plus violemment par son artillerie, en particulier à Balgau où nous avons des pertes sensibles.

    A 16 h, le détachement Fonde appuyé par un tir d'artillerie débouche et aborde Fessenheim largement sur l'Ouest. Il est alors violemment pris à partie par des armes anti-chars venant de Fessensheim et des bois de Fessenheim, tandis que des tirs directs d'artillerie présumés amis nous arrivent dans le dos, des bois du Hardtwald. Le char de tête du détachement Fonde arrivé à proximité du village est touché et brûle. Des tirs d'artillerie sont alors demandés sur les lisières du village mais la nuit tombe et l'occupation du village ne peut être envisagée avant la fin du jour. Le commandant du sous-groupement décide de remettre au lendemain la suite des opérations. [...]"

Objectif Blodelsheim

     JMO du 5e RTM : "Le 7, dès le jour, la 9e compagnie pénètre dans le bois Rothleible. La 10e compagnie s'installe à gauche. L'ennemi est vite retrouvé : il s'est retranché derrière le canal du Rhône au Rhin, dont il tient solidement les points de passage, notamment l'écluse 49 située dans l'axe de marche de la 9e. Pendant toute la matinée, il soumet le bois à un bombardement intense d'obus. [...]

    Devant le 1er bataillon, qui a pris pied lui aussi dans les bois au sud du canal, la situation est identique. Vers 16 h, sous les coups conjugués des mortiers du lieutenant Raval et de canons du lieutenant Gien [...], les Allemands lâchent pied. [...]

    Dans la nuit tombante, la progression est reprise aussitôt. Elle rencontre les pires difficultés. Les écluses ont sauté, les abords du canal sont infestés de mines. Le sergent Millot, envoyé à l'écluse 49 à la tête d'une patrouille, est grièvement blessé. Le capitaine Gardes est atteint peu après. Le sous-lieutenant Béziat a un pied arraché, les brancardiers qui l'évacuent sautent à leur tour. [...] Vers 21 h, enfin, la 9e compagnie atteint Roggenhouse, où elle fait sa jonction avec la 10e qui a franchi le canal plus au nord, à l'écluse 50. [...]"

 Objectifs Battenheim, Bantzenheim

    Historique du 23e RIC : "Le 23e RIC reçoit mission de s'emparer de Battenheim d'abord, puis de poursuivre jusqu'au Rhin en traversant la redoutable forêt de la Harth. [...] L'Ill, notamment, que borde Battenheim, s'étale sur plus de 100 mètres dans les prairies environnantes en roulant des eaux tumultueuses. Trente-six heures durant, à la ferme Saint-Georges, les pionniers régimentaires [...] s'acharnent à la construction d'une passerelle sous le feu ajusté de l'artillerie ennemie bien au courant des points de passage propices.

    Enfin, dans la matinée du 7, un à un, sur une passerelle de fortune, la 2e compagnie s'infiltre et gagne tout d'abord le Moulin d'Adolsheim, libre d'ennemis." 

    JMO du 23e RIC : "Après un franchissement très pénible, le I/23 à 14 h 20 est au Moulin et à Battenheim. Dans la nuit du 7 au 8, le II/23 relève le groupement Quinche à Battenheim et Baldersheim face à la forêt de la Harth. Le III/23 s'installe à Mulhouse (caserne Lefebvre)".

    RICM : à 3 h 40, le lieutenant-colonel Louis Le Puloch rend compte que les écluses 47 à 49 ont sauté. L'objectif est de franchir le canal du Rhône au Rhin au sud de Munchhouse, puis de jeter une passerelle de 17 tonnes à l'écluse 47. L'heure H du franchissement par le groupe d'escadrons portés (GEP) est fixé à 18 h.

    JMO du RICM : "12 h. Au cours de la préparation, l'artillerie tire court. Un médecin du génie est tué. Une conductrice sanitaire et quelques hommes sont blessés à 600 m du canal. Face au layon Nord, la réaction ennemie est très forte. Après deux tentatives vaines, la passerelle est lancée jusqu'à une péniche échouée. [...] Le chef du groupe de tête, le caporal Bohin, saute, mais en arrivant à terre tombe sur une schuhmine, le reste du groupe est tué ou blessé sur la péniche."

    A 19 h, le capitaine Sartout, commandant le GEP, estime que la tentative a échoué. Mais à 20 h 30, trois pelotons ont réussi à franchir le canal.

    JMO du 3e BZP : "[...] Le groupement Boispéan pousse en direction de la cote 229 (sud de l'écluse 46 sur le canal du Rhône au Rhin."

Forêt de la Hardt

    Les unités qui défendent depuis de nombreuses semaines la forêt de la Hardt se mettent à leur tour en mouvement.

    Vers 9 h, la 3e compagnie du 31e BCP fait prisonnier un lieutenant allemand et apprend le décrochage ennemi. En raison des mines, le caporal-chef De Berchem, dont le fils est également engagé, et le chasseur Robert Bihler, tout juste 18 ans, sont mortellement blessés, le capitaine Moutte, l'adjudant-chef Bertrand et le chasseur Sibold sont touchés, les deux derniers grièvement. Mais le 31e BCP parvient à progresser de 3 km et atteint son objectif à la nuit.

Sources complémentaires : archives du 12e régiment de chasseurs d'Afrique, GR 12 P 120, SHD, Vincennes.