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jeudi 9 janvier 2025

La bataille de Colmar : nuit du 5 au 6 février 1945 et 6 février 1945


Maurice Noirot (21e RIC), grièvement blessé à Ensisheim.


 Secteur du 21e RIC - 1ère DB - Ensisheim

    Un char Panther apparaît devant les hommes du commandant Sizaire. Soldat Antoine Grimaldi (9e compagnie, III/21e RIC) : "Nous voyons nettement le canon se lever, puis c'est le fracas et la lueur du coup. Au-dessus de nos têtes, un vrombissement monstrueux. Loin derrière nous l'obus éclate. Ce sera le seul."

    Soldat Maurice Noirot (compagnie anti-chars, 21e RIC) : "Je voulus bien me placer pour tirer [sur le char] avec efficacité. C'est à ce moment-là que je fus terrassé par une grenade offensive lancée sans doute depuis l'autre côté de la rue." Le volontaire haut-marnais est grièvement blessé à l'oeil gauche qu'il perdra. 

    Le blindé recule soudainement et s'embourbe dans le canal. 

    Soldat Guy Legrand (compagnie d'accompagnement, III/21e RIC) : "Autour de nous, partout de l'eau, la crue augmente toujours. On entend les voltigeurs qui barbotent, en jurant, dans l'eau glacée."

    6 février 1945, 5 h. Ensisheim, dont l'hôpital a été occupé par la 11e compagnie, est libre. Le III/21e RIC a perdu trois tués et 22 blessés durant ces opérations. Sur le pont de l'Ill, le commandant Sizaire tend la main au général Salan.

    Le génie du CC1 de la 1ère DB construit un pont classe 16 qui est terminé à 15 h, tandis que le génie du corps d'armée édifie un pont pour véhicules de 40 tonnes.

    JMO du 3e BZP : "Le régiment de reconnaissance de la 9e DIC, l'escadron André du CC1 franchissent le pont classe 16 à partir de 15 h 30." Puis la 3e compagnie de zouaves et l'escadron Boispean le passent à 17 h 30 avec pour objectif d'atteindre le canal du Rhône au Rhin au sud de l'écluse 46.

    JMO du 23e RIC : "A 9 h 30, ordre est donné au I/23 de franchir l'Ill et de faire pousser des patrouilles en direction de Battenheim. Passage de la rivière impossible par suite de la montée des eaux."

    Secteur de la 9e DIC - RICM

    Le Régiment d'infanterie coloniale du Maroc, régiment de reconnaissance de la 9e DIC, n'a pas encore été engagé durant les opérations de Colmar. Depuis le 3 février 1945, le groupe d'escadrons portés (GEP), formé en octobre 1944 par des volontaires du Doubs (FFI du Lomont), s'était installé à Modenheim. Le RICM du lieutenant-colonel Louis Le Puloch est enfin lancé en avant ce 6 février 1945.

    Le RICM est chargé d'éclairer le groupement Salan entre l'Ill et le canal. Il détache le 2e escadron de reconnaissance au CC1 de la 1ère DB et reçoit l'escadron de reconnaissance du 3e RCA (cf. JMO du 3e BZP).

    Compte-rendu d'opérations du RICM : "Le pont de 17 tonnes d'Ensisheim est achevé à 16 h. A 16 h 30, il est franchi par le détachement D1 (escadron du 3e RCA et un peloton porté du RICM)", suivi par le détachement D2 (4e escadron du capitaine Pol, trois pelotons portés et un peloton de chars légers).

    "A l'ouest de l'écluse 47, le détachement Pol est accueilli par des tirs d'automoteurs, de minen et d'armes automatiques. Un peloton à pied confirme que l'écluse 47 est sauté". De même, le peloton du lieutenant Maurier annonce que l'écluse 48 a sauté également. Au cours d'une patrouille, "l'aspirant Georges saute sur une tellermine, est blessé à la tête". 


Secteur de la 2e DIM

    Le 5e régiment de tirailleurs marocains, commandé par le colonel Charles Dewattre, vient d'occuper Ungersheim, atteint l'Ill et se dirige sur Reguisheim.  

  JMO du 5e RTM : "Tout le 3e bataillon, reçu avec enthousiasme par la population, se trouve dans Reguisheim, où il cueille quelques Boches oubliés ou attardés. [...] Les unités sont aussitôt décuplées en direction de Hirtzfelden et Roggenhouse. [...] La 9e compagnie parvient à la chapelle de Semersheim, mais toutes ses tentatives pour en déboucher en direction du bois de Rothleible, dont la lisière est tenue, demeurent vaines. La 11e compagnie, plus heureuse, s'empare de la maison forestière, traverse le bois et occupe Hirtzfelden à 21 h.

    Le 1er bataillon, ramené à Reguisheim pur y franchir l'Ill, a déboîté vers le sud en direction de Munchouse. Il s'est heurté à de fortes résistances établies dans le bois. [...]"


2e bataillon de choc - 31e BCP - 1er et 5e BCP

    Partie de Mulhouse, la 2e compagnie (capitaine du Ménil) du 2e bataillon de choc met la main sur Sausheim, où le commandant Berger établit son PC, et la 4e compagnie se porte sur Baldenheim. "Occupation rapide du village, il vient d'être évacué", note le capitaine Lucien Auvray.

    En forêt de la Hardt qu'il défend depuis le 29 janvier 1945, le 31e BCP du capitaine Audibert commence à sortir de ses positions pour tâter le dispositif ennemi. Il s'agit de l'ancien - et éphémère - 1er BCP issu de la fusion des 1er et 2e BCP mis sur pied à partir du Groupe mobile d'Alsace et du Bataillon Rapp. Le canal de Huningue est franchi par des patrouilles. Au cours d'accrochages, le sous-lieutenant André Maujean et le sergent Marcel Lorentz sont tués, le caporal René Welterlin est mortellement blessé. Un champ de mines empêche d'aller chercher leurs corps, ce qui sera tenté à la faveur de la nuit, au prix de nouvelles pertes. Le caporal-chef Louis Turini, dit Boularand, "bien que grièvement blessé, mais n'écoutant que son courage, cherche à poursuivre sa mission ; il vient à peine de faire quelques mètres, qu'une mine explose, lui arrachant à la jambe droite (1)" (historique du 31e BCP).

    A la 4e demi-brigade de chasseurs, dans le secteur de la 4e DMM, une perte notable est déplorée : celle du lieutenant Emile Devaud, de la compagnie hors rang. Tentant "de ramener les corps de deux sous-officiers tués par mines le 25 janvier, [il] saute lui-même sur une mine" (historique de la demi-brigade).

(1) Turini décède de ses blessures.

Sources complémentaires : archives du 31e BCP, GR 13 P 69, SHD ; archives du RICM, GR 13 P 258, SHD ;  "Blodelsheim", journal Rhin et Danube, février 1994.


lundi 6 janvier 2025

La bataille de Colmar : 4 février 1945



Secteur de la 9e DIC - 1ère DB

21e RIC

    Notes du capitaine Jean Surun : "Vers 8 h, la 6e compagnie reçoit pour mission de reconnaître les ponts à 1 km NO de Pulversheim, de forcer le passage et de prendre possession du Puits Rodolphe. [...] Au pont de la route, le capitaine trouve trois Sherman embossés, le pont de la route est inutilisable, le pont chemin de fer est utilisable à pied ; le capitaine y avance, mais au milieu, il voit un Allemand émerger de son trou  ; retour sous le feu ennemi. [...]

    La section Parcollet réussit à trouver un gué, et passe sur l'autre rive (de la Thur). Le reste de la compagnie suit et traverse à gué. La section Parcollet prend le contact devant le groupe de maisons situé au sud du Puits Rodolphe. Brève préparation d'artillerie des Sherman. Assaut de la section Parcollet. Dans l'après-midi, la compagnie reçoit l'ordre de se porter à 1,5 km Est de Ungersheim. Puis, la 5e compagnie ayant trouvé cette cité inoccupée, le bataillon s'y installe (deuxième Cité sans nom)." 

 23e RIC

    JMO : "Dans la matinée, le I/23 quitte Schoenensteinbach et va tenir Ruelisheim, en envoyant des patrouilles vers Battenheim. [...] Un passage vers Battenheim est tenté de nuit, mais les moyens de la 8e section [de la Compagnie hors rang] sont insuffisants devant le courant et la largeur de l'Ill."

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "Le II/6e reste à la disposition du colonel Durosoy pour : achever le nettoyage de la station et du bec de canard compris entre la Thur et l'Ill ; reconnaître Ensisheim et s'emparer si possible de ce village.

    A l'aube, des patrouilles vont reconnaître la station, le pont sur la Thur et le carrefour, pendant que les unités se regroupent et que le nettoyage du village est achevé.

    Entre 9 h et 10 h, les commandants d'unité rendent compte successivement que le pont sur la Thur ainsi que les maisons du puits et de la station sont aux mains de l'ennemi. Le chef de bataillon décide d'attaquer au moyen des 5e et 6e compagnies. Il dispose d'un peloton de trois Sherman.

    L'action minutieusement préparée par le commandant Revol est déclenchée à 14 h 30. Tous les objectifs sont enlevés pour 16 h 30. Dans la soirée les liaisons sont rétablies et les ponts reconnus. 

    A minuit, le colonel Durosoy fait connaître que le passage de l'Ill à Ensisheim ne peut être envisagé, les ponts étant détruits."

3e BZP

    JMO : "Le nettoyage de Sainte-Thérèse commence au lever du jour. A partir de 10 h, les éléments du groupement [Vallin] essaient de s'emparer du pont Sud de Ensisheim. En raison de la forte résistance ennemie (tirs d'infanterie, d'artillerie, de canons anti-chars), l'objectif est atteint à 17 h 30. De leur côté, les coloniaux s'emparent de la station en fin d'après-midi." Pertes du bataillon : un tué (Mafre), 15 blessés, contre 49 prisonniers. 


Secteur de la 4e DMM - 5e BCP - 3e groupement de choc

    Pour la 4e DMM, cette journée est enfin celle de l'entrée dans Cernay. La ville était vide. Steinbach et Uffholz sont également occupés dans la matinée puis, dans l'après-midi, Hartmannswiller, Soultz, Wattwiller. La division entre aussi dans le quartier Sud de Rouffach. Pour sa part, le 5e BCP s'installe facilement sur l'Erzenbachkopf, qui était abandonné, puis sur le Becherkopf, le Glasenberg et la cote 909 (camp de Turenne), réalisant la liaison avec le 24e RI à l'auberge Ostein et, pendant dans la nuit, avec le 1er BCP, au Molkenrain. Une patrouille de ce bataillon a occupé la Waldkapelle à 7 h.

    Journal de marche du 6e bataillon de choc : "Décrochage des Allemands. Les commandos arrivent à Thann en camions vers 10 h. Midi : départ à pied. Début de la poursuite. Objectif : Uffholz (2 km nord de Cernay). Le 2e commando de marche est en tête de la flanc-garde. Il atteint Wuenheim, déjà occupé par les tirailleurs à 16 h. Il continue sur Soultz occupé par les tirailleurs et le 4e RSM. [...] A 22 h, ordre de pousser sur Guebwiller, où une reconnaissance du CA [commando d'appui] montée sur jeep est parvenue. 23 h 45 : arrivée à Guebwiller."

Secteur des Vosges

    Journal de marche du Corps-franc Pommiès, qui se porte à son tour en avant : "A 14 h 30, les maisons de Runsche sont atteintes et trouvées inoccupées. A 15 h, la 1ère compagnie marche dans les traces de la 2e compagnie et atteint Steilenbach. [...] Dans la soirée, le [3e] bataillon a réalisé sa mission (le Trehkopf est atteint à 18 h 30)." Durant la journée, le capitaine Jacques Morize, commandant la 10e compagnie du 3e bataillon, les sous-lieutenants Auguste et Couret sont blessés par l'explosion de mines.

    Ce même jour, le I/5e RI se porte sur le Chaume de Tanet et sur La Schlucht, Le sommet du col est atteint à 13 h 30 mais, précise le JMO du bataillon, le secteur est "très miné ; en une demi-heure, onze blessés dont quatre très graves". Parmi eux, Pierre Lefebvre (2e compagnie) succombe à ses blessures à Gerardmer. Le II/5e RI parvient à prendre le Falimont, le II/9e RZ (ex-2e bataillon du Régiment de marche Corrèze-Limousin) entre dans Soultzeren, le II/1er RFC occupe Ferschmuss. Par ailleurs, le III/24e RI prend l'usine Sieg à Pfaffmatt, le 1er bataillon du 1er Régiment du Morvan entre dans Geishouse et se dirige vers le Ballon de Guebwiller. "Après une pénible ascension, la 1ère section arrive la première au sommet", note le journal de marche de la 8e compagnie. A 16 h 30, rend compte le JMO de la 10e DI, le groupement Centre aura atteint la ligne Grieb ferme - cote 606 - cote 1130 Ouest de Trehkopf - Geishouse, au prix de cinq tués, 30 blessés, contre dix prisonniers.

Sources complémentaires : notes du capitaine Jean Surun (archives de l'auteur) ; archives du Corps franc Pommiès/49e RI, GR 12 P 11, SHD ; journal de marche de la 8e compagnie du 1er régiment du Morvan (communiqué par M. Stephen Martin) ; JMO du 6e bataillon de choc, SHD, déjà cité.