Affichage des articles dont le libellé est Rhin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rhin. Afficher tous les articles

mardi 28 octobre 2025

Le 151e régiment d'infanterie (1944-1945)

Pierre Georges, alias colonel Fabien, mort pour la France à Habsheim.

    Formée de volontaires de la région parisienne, de la Meuse, mais également de la Marne et de l'Aisne, la Brigade de Paris (ex-Groupement tactique de Lorraine) rejoint en décembre 1944 la 1ère armée française, après avoir opéré aux côtés de l'armée américaine en Meurthe-et-Moselle et en Moselle. Elle se transforme en 151e régiment d'infanterie. Voici une évocation de ses opérations en Alsace et en Allemagne, d'après les extraits du tome 1 de "Volontaires de l'an 1944" consacrés à ce corps.

10 décembre 1944 

    "Réunie à Vesoul où elle est présentée au général de Lattre, la Brigade (ou 1er Régiment) de Paris est conduite jusqu'à Habsheim et, mise à disposition du 1er corps, elle monte en ligne dans la nuit du 13 au 14 décembre dans le sous-quartier de Hombourg, où elle relève le I/21e RIC. Renforcée du corps-franc Paris XVIIIe, elle deviendra, le 12 janvier 1945, 151e RI, le régiment commandé avant-guerre par Jean de Lattre."

27 décembre 1944 

    "L'explosion d'une mine apportée au PC de Habsheim coûte la vie au colonel Fabien, commandant la Brigade de Paris, à son adjoint le lieutenant-colonel Marcel Pimpaud (Dax), au capitaine Ernest Lebon, 47 ans, à un officier de liaison de la 9e DIC (le capitaine Blanco), à une jeune secrétaire, Gilberte Lavaire, 22 ans. Georges Van de Kherkove est également tué ce jour-là. Enfin, mortellement blessé, le capitaine Pierre Katz, 33 ans, chef du 3e bureau, devait succomber à ses blessures. Le colonel Claude Jaeger (Michelin), 27 ans, prendra le commandement de la Brigade de Paris, qui deviendra 151e RI le 12 janvier 1945." 

18 janvier 1945

    "Mort d'Henri Brebion, 18 ans, en forêt de la Hardt (par éclat de mortier), de Berthoux et d'Emile Hadangue, des suites de blessures".

8 février 1945 

    "Tandis que la brigade de spahis du colonel Brunot atteint Hombourg, que le 5e RTM entre dans Fessenheim puis Blodelsheim, où son chef de corps, le colonel Charles Dewattre, est mortellement blessé, et que le 21e RIC est douloureusement éprouvé devant Bantzenheim, le 151e RI, également mis en mouvement, arrive à Petit-Landau, ayant perdu, au cours de sa progression, Marcel Clerambaux, Parisien de 17 ans, Louis Clauzel, 19 ans, Lucien Gandrille, 28 ans, Jean Lefebvre, 22 ans, Georges Palais, 20 ans, Johannes Richard Blanc*..."

* Ces dernières semaines, le régiment a perdu de nombreux tués, à Habsheim et dans la forêt de la Hardt : Fernand Billard, 21 ans, le 20 janvier 1945, Alphonse Carrez, 26 ans, le 24 janvier, Robert Delattre, 22 ans, le 2 février, Jean Painvin, 20 ans, le 2 février, René Breton, 19 ans, le 6 février (des suites de blessures), sans doute Raymond Digregorio, 39 ans (blessé et tombé à l'eau, à Petit-Landau). Puis, le 9 février, Ernest Celarie, et Robert Rolland, 19 ans ; le 10 février, Jean-Edouard Leroy, 21 ans (par mine à Huningue), Marcel Lomel, 20 ans (de ses blessures à Mulhouse), Joseph Siegwarth, 21 ans (par mine dans la Hardt) ; le 12 février, Guy Berger, 18 ans (par balle à Habsheim), Araldo Berti, 33 ans (par balle).

1er mars 1945 

    "Renforcé le 2 février 1945 par le 1er bataillon territorial de la XIVe région militaire (commandant Noël Ruat), parti de Saint-Etienne pour Valdahon le 13 janvier 1945*, puis par le 1er bataillon de l'Aveyron (30 officiers, 434 hommes au 16 février 1945), le 151e RI, qui comptait 2 400 hommes à cette date, est recréé officiellement le 1er mars 1945 et remplace le 8e RTM au sein de la 2e DIM. Ayant accueilli, pendant son séjour en forêt de la Hardt, des officiers supérieurs non FFI, comme les commandants Clément, chef d'état-major, Maurice Bichon et Richard, le régiment avait pour chefs de bataillon, toujours à la date du 16 février 1945, le capitaine Chevallier, dit Audier, venu du Bataillon de la République, le commandant Vidal et le commandant Bernard Cunin, ce dernier issu des FFI de l'Yonne. Puis le commandant Cuenoud prendra la tête du I/151e RI, Cunin celui du II/151e RI. Pour quelques jours encore, le chef de bataillon Vittori conservera le commandement du III/151e RI, dont les 10e, 9e et 11e compagnies ont été formées le 21 février 1945 par les 1ère, 2e et 3e compagnies de son 1er bataillon de l'Aveyron, avant de le laisser au capitaine de Linarès."

* « Après avoir rejoint spontanément les FFI dans la Loire en août 1944, je me porte volontaire pour un engagement pour la durée de la guerre plus trois mois, le 1er décembre 1944, au titre du 2e bataillon de la Loire pour rejoindre le Valdahon (dans des wagons à bestiaux). Le 3 février 1945, le 2e bataillon de la Loire est versé au 151e RI […] à Habsheim, Haut-Rhin, où je suis affecté au II/151e RI, commandant Cunin, 7e compagnie, capitaine Lescouret » (lettre d'Antoine Béal du 29 septembre 2003). Selon le colonel Jaeger, les effectifs de ce bataillon de la Loire s'élevaient à 380 hommes au 2 février 1945.

31 mars 1945 

    "Finalement avancée à la date du 31 mars 1945, l'opération de franchissement du Rhin sera réalisée avec deux principaux sites de passage : devant Spire, pour le 3e RTA, et à Germersheim, pour le 4e RTM et le 151e RI. Le régiment de volontaires de Paris, de la Loire, de l’Aveyron et de la Meuse partira de la plage A, au sud-est de Mechtersheim. Ces fantassins comme les tirailleurs qui passeront au sud se voient mettre à disposition une flotte de 55 bateaux M2 et de quinze stormboats.

    C’est la 5e compagnie (lieutenant Joseph Rodrigues) du II/151e RI, où ont été notamment affectés les volontaires du Bataillon de la Meuse et du bataillon de la Loire, qui constituera la première vague de l’opération. « A 4 h 45, précise le journal de marche du bataillon, le tir de préparation se déclenche et dure jusqu’à 5 h, se poursuivant alors par un tir d’encagement d’une vingtaine de minutes. Sur la plage n°1, la 5e compagnie prend place sur douze bateaux. Six seulement réussissent à démarrer après de multiples efforts des mécaniciens timoniers.» 

    Officier d’origine italienne âgé de 34 ans, venu du bataillon de la Loire, le lieutenant Antoine Calligaris est à bord du premier canot. Constatant le retard au démarrage de la moitié des embarcations, il se rabat sur l’île triangulaire en "L" - c'est ainsi qu'elle est qualifiée dans le JMO - pour les attendre. Enfin la flotte est au complet. « Mais l’heure H (5 h) est largement dépassée, poursuit le compte-rendu du II/151e RI : il est 6 h 10 et il fait jour […]. Les canots sont pris d’enfilade par les feux d’une casemate de la rive droite du Rhin. Quelques hommes sont touchés. Le convoi fait alors demi-tour, sur ordre du commandant de compagnie […], monté sur le cinquième bateau et retourne à l’île en L. » De ce point, semble-t-il, des rafales claquent. Ordre est alors donné de rejoindre la plage d’embarquement - en réalité, ces tirs venaient de la rive droite du Rhin, non de l’île triangulaire que la 9e compagnie va occuper. 

    D’autres pertes sont causées vers 9 h 30 par des tirs ennemis déclenchés par suite de la reconnaissance d’officiers de tank destroyers sur la digue. Quatre casemates de la rive droite sont bientôt repérées. 

    JMO : « A 14 h, le chef de bataillon Cunin, de retour de mission, reprend le commandement du bataillon. Il apprend qu’une nouvelle opération vient d’être montée de la façon suivante : un canot va partir, suivi de deux autres, et le reste du convoi ne quittera la berge que si les trois premières embarcations réussissent à passer […]. A 14 h 30, la nouvelle tentative a lieu. Neuf bateaux sont chargés d’hommes. Six s’arrêtent en L, trois continuent et débouchent dans le Rhin. Les six bateaux arrêtés démarrent à ce moment, voyant que le débouché n’a provoqué aucune réaction de la part de l’ennemi. Mais quand la tête du convoi va atteindre le milieu du fleuve, de violents feux de mitrailleuses et de mortiers s’abattent sur lui. Un canot est en feu, un se rabat sur la face Sud-Est de l’île triangulaire, cinq partent à la dérive. Deux seulement (avec le lieutenant Calligaris) atteignent la berge ennemie […] Quelques hommes ont été blessés durant la traversée... » 

    Avec sa poignée d'hommes, Antoine Calligaris va alors faire preuve d'une attitude exemplaire : « Le débarquement a lieu sur le talus pavé et incliné, qui est à ce moment pris de flanc par les feux de la casemate bétonnée. Nombreux blessés. Le lieutenant Calligaris décide de franchir le talus qui le sépare de la lagune mais il est alors pris à partie par des rafales provenant de la maison N et a deux blessés. Il revient à son point initial, longe la berge sur environ 300 m et gravit le talus en P : il lui reste à ce moment une douzaine d'hommes sans aucune arme automatique. Le sergent-chef Escande fait une patrouille et ne trouve personne devant lui. Le petit groupe s'installe en PA fermé. » 

    Aux environs de 17 h 30, deux soldats d'origine tyrolienne viennent se rendre aux Français. Ils révèlent que la maison où ils étaient installés vient d'être évacuée. « Le lieutenant Calligaris pousse immédiatement une patrouille vers cette maison, rapporte le journal du II/151e RI, mais doit y renoncer, recevant des rafales de mitraillettes de sa droite de l'intérieur du bois. Il essaie de rendre compte de sa situation au bataillon par son petit appareil radio 536, mais la liaison ne peut être  réalisée. Pendant ce temps, le chef de bataillon a demandé l'aide des TD pour détruire les casemates. » 

    La tête de pont est toujours bien mince lorsque le bataillon reçoit vers 18 h 30 la visite du général de Lattre, « salué par un violent bombardement, qui s'abat près de la plage n°2 ». Un quart d'heure plus tard, les TD ouvrent le feu pour protéger le passage d'une nouvelle vague. Mais le sort semble s'acharner : « Un premier canot part de la plage n°1, mais tombe en panne à son débouché dans le Rhin : il est immédiatement détruit par des tirs de mitrailleuses et mortiers. Les TD [reprennent] leur tir. Quelques rafales de nos mitrailleuses provoquent la réaction des armes ennemies. Les TD effectuent alors un troisième tir. Un canot commandé par le lieutenant Rodrigues, accompagné d'un officier de liaison d'artillerie (lieutenant de Lacroix) réussit à franchir le fleuve sous les rafales. Cinq survivants peuvent débarquer... Le lieutenant de Lacroix est grièvement blessé. » 

    Enfin, le commandant de la 5e compagnie est sur la rive droite. Mais il « est pris de flanc par les feux de la casemate B et, comme l'a fait le lieutenant Calligaris, franchit le talus qui le sépare de la lagune. Comme cette fois la maison N n'est plus occupée par l'ennemi, il peut s'y installer. Il y est rejoint par l'équipage d'un autre canot qui a réussi à traverser sans peine. La nuit tombe et le groupe du lieutenant Calligaris rejoint le lieutenant Rodrigues. Ce dernier rend compte au bataillon, par l'intermédiaire du poste radio de l'artillerie qui ne l'a pas quitté, de la possibilité actuelle de franchissement du Rhin et demande en outre l'envoi de bateaux pour l'évacuation des blessés. Mais malgré les ordres du chef de bataillon, les canots ne peuvent repartir, les moteurs refusant obstinément de se mettre en marche. Les trois seuls qui sont en état ont ramené sur la terre ferme la 9e compagnie installée dans l'île triangulaire depuis le matin, mais à leur tour ils tombent en panne. Vers 21 h 30, un bateau revient de la rive droite, chargé de blessés et des deux déserteurs allemands. A 21 h 40, le chef de bataillon décide d'utiliser les quelques bateaux qui viennent d'être réparés pour reprendre l'opération de franchissement. Mais à 21 h 45, un message du colonel fait interrompre tout nouveau mouvement. » 

    Pourquoi cet ordre ? Parce que de son côté, le III/4e RTM a pu, après avoir repoussé plusieurs contre-attaques et perdu 28 morts et 36 blessés, établir une tête de pont depuis la plage B. C'est donc ici que le II/151e RI du commandant Cunin passera le lendemain matin, 1er avril 1945, à 5 h, comme passera, dans la nuit du 31 au 1er, le I/151e RI (commandant René Cuenoud) qui, longeant la rive droite du Rhin vers le nord, fouillera l'Unterwall. « Ce mouvement de rocade s'exécute sans incident et tout le II/151e prend pied sur la rive droite le matin du 1er avril et rejoint les éléments de la 5e compagnie qui ont réussi la traversée la veille », note, avec soulagement, le JMO du bataillon. A la fin de la nuit, le bataillon Cuenoud a pu en effet passer le fleuve sur la plage du 4e RTM, mais il a perdu deux tués (dont un sergent) et trois blessés par un bombardement du point d'embarquement*."

* Le général de Lattre a donné le chiffre de 88 morts et 53 blessés pour le II/151e RI (le JMO du bataillon n'en communique pas). Pour sa part, le ministère des Armées a identifié 35 morts pour le régiment les 31 mars et 1er avril 1945, dont Maxime Rulquin, 24 ans, et Raymond Rulquin, 22 ans, tous deux nés à Haudainville dans la Meuse. Onze des victimes sont nées dans la Loire et huit dans la Meuse. Michel Bigorgne, Benoît Bourdier, Jules Brasdefer sont morts dans leur canot coulé, André Leblanc, Jean-Baptiste Mayery, Santo Zagni se sont noyés, le corps de Clément Borowy sera retrouvé dans un bras du Rhin, Brahim Abderaman est porté disparu..

1er avril 1945 : le 151e RI sur la rive droite du Rhin

    "Le 1er avril 1945 est le premier jour d'opération de la 1ère armée sur la rive droite du Rhin. Plus précisément du 2e corps, car le 1er, lui, continue à assurer la défense du fleuve côté France, en attendant que les hommes de Monsabert arrivent à sa hauteur. « A 5 h du matin, note le JMO du I/151, le commandant du bataillon (chef de bataillon Cuenoud) reçoit l'ordre de prendre le commandement des éléments du régiment débarqués sur la rive droite et de pousser au plus tôt sur Philippsburg et Oberhausen. A la même heure, une patrouille de la 2e compagnie du capitaine Valadoux rend compte qu'elle a pu approcher de Philippsburg jusqu'au pont Ouest de la ville sans réaction ennemie. Il est aussitôt décidé de pousser la 1ère compagnie (capitaine Dubroca) toute entière dans Philippsburg et de faire suivre le reste du bataillon tandis que le 3e bataillon (capitaine de Linarès) agira plus au sud pour contourner la ville si une résistance s'y manifeste. A 6 h, le colonel Gandoet reprend le commandement du régiment et à 7 h il pénètre dans Philippsburg avec les éléments de tête...» 

    Ce sont des éléments de la 11e compagnie qui sont entrés dans la ville, à 5 h 30 selon le JMO du III/151e. Cette même compagnie occupe ensuite, à 9 h 25, Wiesenthal, où le capitaine de Linarès constitue une section cycliste. Puis, à 7 h 45, le lieutenant-colonel Paul Gandoet, un jeune chef de corps de 43 ans, qui n'avait pris le commandement du régiment que le 29 mars 1945, donne l'ordre au bataillon Cuenoud de pousser sur l'axe Wachausel – Kirlach - Kronau. 

    JMO du I/151 : « A 9 h 30, le bataillon reprend sa progression, précédé d'une patrouille cycliste aux ordres du lieutenant Mazeyrat. Wachausel est atteint à 11 h. La population marque un accueil cordial (!). Kirlach est atteint à 14 h. De nombreux drapeaux blancs sont aux fenêtres. Le chef de bataillon Cuenoud convoque le bourgmestre et se rend avec lui à la mairie ; il lui prescrit d'y faire rassembler armes et radios ainsi que les militaires de la Wehrmacht en tenue ou en civil. C'est à ce moment que le commandant apprend que la patrouille du lieutenant Mazeyrat a rencontré l'ennemi à l'ouest de Kronau.» Il y a des pertes, notamment le lieutenant Léon Mazeyrat : il a été tué alors qu'il allait fêter ses 25 ans le 3 avril 1945. 

    Au II/15-1, qui suit le 1er bataillon, on rapporte que « vers 14 h, le colonel nous donne l'ordre d'envoyer le corps-franc à bicyclette en direction de Forst en vue de rechercher le contact. Le lieutenant Guigon est arrêté par des feux au carrefour de l'autostrade de Manheim à Karlsruhe et de la route de Hambrucken à Forst. Il ramène quatorze prisonniers après avoir infligé des pertes à l'ennemi. Vers 15 h, le bataillon reçoit l'ordre de se porter immédiatement à Hambrucken où il arrive sans incident. » A son tour, le III/151e RI, dont la 9e compagnie n'a franchi le Rhin que dans la matinée, arrive à Hambrucken, puis se porte sur Ubstadt, mais la 10e compagnie « se trouve stoppée à hauteur de la voie ferrée par des tirs d'armes automatiques et ne peut atteindre son objectif le soir-même »." 

2 avril 1945 – les durs combats de Bruchsal et Karlsdorf 

    "Le 2 avril 1945, jour où les Haut-Marnais du I/21e RIC passent également le fleuve de vive force (bien plus au sud, à Leimersheim), le 151e RI reprend, au matin, sa progression, le 3e bataillon sur Ubstadt, occupé à 9 h 45, le 2e sur Forsten. Puis tous deux devront s'emparer de Bruchsal, « obstacle particulièrement considérable dont la défense, intégrée dans les arrières du Westwall, est assurée par des obstacles bétonnés et étoffée par des unités de campagne » (général de Lattre). « Le bataillon forme le centre du dispositif, précise le JMO du II/15-1. Il doit attaquer la ville par le nord et la déborder par l'ouest, en liant son mouvement à celui du 3e bataillon à l'est tandis que le 1er bataillon opérant à l'ouest a reçu pour mission de prendre Karlsdorf. » 

    Le bataillon de Linarès est engagé dès la matinée. La 9e compagnie et la CA 3 se portent sur la route Ubstadt - Bruchsal, la 11e compagnie, que joint le capitaine adjudant-major Dunan, est à Stettfeld. Il est 10 h 15 quand la "9" est stoppée à la cote 123 par des feux de mitrailleuses. « A 11 h, le capitaine de Linarès qui s'était porté en avant avec le capitaine Quincy pour étudier le terrain et voir les possibilités de manœuvre reçoit une balle dans l'épaule et est évacué », note le JMO du bataillon. Laissant sa CA 3 au sous-lieutenant Darse, le capitaine Quincy prend le commandement du bataillon. Tandis que la 9e mais aussi la 10e compagnies sont bloquées, et que le capitaine Quincy ne peut obtenir l'appui d'un peloton de chars américains, la 11e rejoint à 13 h son bataillon et est aussitôt engagée avec une section de mitrailleuses de la CA. « Le capitaine Ares [Emile Arno], commandant la 11e compagnie réussit à atteindre les premières maisons de Bruchsal mais se trouve arrêtée par un tir d'armes automatiques et d'un canon antichars. La 9e compagnie se trouve dans une situation critique, […] directement sous le feu d'une mitrailleuse ennemie et subit des pertes. » En début d'après-midi, le III/151e RI reçoit enfin l'appui de quatre blindés – français, ceux-là – mais qui sont rapidement arrêtés par une arme anti-chars. Toutefois, leur appui feu sera bien utile aux fantassins, encouragés par le lieutenant-colonel Gandoet. 

    Dans l'après-midi, c'est le II/15-1 qui entre en action. Mais la 7e compagnie, qui a pour mission de progresser en direction de Bruchsal à cheval sur la route, tandis que la 5e doit déborder la ville par l'Ouest, « est accrochée à la ferme située à 500 m nord-ouest du passage à niveau » de la voie ferrée. « Le commandant de la 7e compagnie fait exécuter un tir de mortiers qui a pour résultat d'affoler les points d'appuis ennemis. Il fait plusieurs prisonniers et continue sa progression jusqu'au ruisseau (400 m nord-ouest du passage à niveau). La section Tardy est alors arrêtée par une mitrailleuse placée sur la ligne de chemin de fer dans la maison du garde barrière à 800 m ouest du passage à niveau. » 

     A 16 h 50, indique le JMO du III/15-1, « la 9e compagnie réussit à pénétrer dans la ville après l'avoir débordée par le nord-est et avoir pris d'assaut le nid de mitrailleuses qui en interdisait l'accès. Ces actions permettent aux éléments qui progressent suivant l'axe de la route de repartir en avant et ils nettoient maison par maison l'entrée de Bruchsal. Par ailleurs, le 2e bataillon pénètre dans la ville par la lisière Nord-Ouest... » 

    Au bataillon Cunin, en effet, « vers 18 h 30, le capitaine Lescouret franchissait la voie ferrée après avoir neutralisé l'ennemi installé dans la maison du garde barrière. Au cours de sa progression par la route minée, il se heurte à des groupes d'Allemands dans des trous en bordure de la route ; il fait des prisonniers. Le chef de bataillon donne l'ordre au commandant de la 5e de franchir la voie ferrée orientée Est-Ouest et d'aborder les lisières Nord-Ouest de la ville. Il entre dans la partie Nord de la ville avec les éléments de la 7e compagnie et donne l'ordre au lieutenant Simon, commandant la section de réserve de cette compagnie, de rejoindre son capitaine et de se mettre à sa disposition pour le nettoyage de la localité. » 

    Le contact est pris par les deux chefs de bataillon, le II/151e RI reçoit mission de s'installer défensivement aux lisières Nord et Nord-Ouest de Bruchsal. 

    Pendant que le reste du régiment bataillait à Bruchsal, le I/151e RI attaque Karlsdorf. Le bataillon, qui a fait la veille 40 prisonniers, est parti le matin de Kirlach pour, initialement, Weilher. Mais, arrivé à Hambrucken, il a été dirigé sur Forst. C'est alors que le lieutenant-colonel Gandoet lui a confié la mission de couvrir le flanc Sud du régiment, dans l'attaque de Bruchsal, en s'emparant de Karlsdorf. Le JMO du bataillon raconte : « La 1ère et la 3e compagnie sont chargées de l'attaque de Karlsdorf, la 1ère par les bois Ouest de l'autoroute, la 3e par la cote 109. La 2e compagnie, initialement réservée dans le bois Sud-Ouest de Forst, le nettoiera et poussera des éléments jusqu'à la route 35. A 15 h, les opérations de nettoyage des bois se déroulent sans incident. Vers 14 h, l'ennemi réagit violemment contre les éléments en lisière des bois par des tirs d'armes automatiques venant de la voie ferrée et des ponts de l'autostrade. La 1ère compagnie atteint la pointe Sud des bois et s'empare de la résistance du pont et du chemin de fer. La 2e compagnie progresse jusqu'à la voie ferrée mais est soumise à des tirs d'artillerie. La 3e compagnie est arrêtée par des tirs d'armes automatiques. La progression est stoppée par des tirs d'infanterie et des bombardements d'artillerie alors que les unités de tête buttent sur un canal, situé entre la route et la voie ferrée, que la carte au 1/50 000e n'indique pas... » Un appui d'artillerie est demandé. Il sera exécuté, non par le III/63e RAA qui n'a pas encore franchi le Rhin, mais par deux groupes de la 3e DIA. « A 19 h, l'attaque part mais est soumise à un tir de contre-préparation allemand intense de 150 et de 210, qui cause de lourdes pertes au I/151e RI. La 2e compagnie, qui est dans le bois de Forst, est particulièrement touchée. A 20 h, la situation est confuse. La 1ère compagnie a réussi le tour de force de passer le canal sur le pont détruit et de se glisser le long de l'autostrade, mais elle tombe aussi sous les tirs d'arrêt... La 2e compagnie, de son côté, est désorganisée par la contre-préparation ennemie. La 3e compagnie, pour sa part, n'a pas pu démarrer, l'appui de notre artillerie ayant été déclenché avec dix minutes de retard. Elle essaie de progresser, mais c'est très difficile. A 21 h, la situation s'éclaircit car la 1ère compagnie a pris pied dans Karlsdorf et en commence le nettoyage. La 2e compagnie se réorganise ; ses pertes sont sévères. La 3e compagnie a réussi à pénétrer dans la partie Ouest de Karlsdorf. Durant la nuit, le nettoyage mené par les 1ère et 3e compagnies se poursuit, les deux unités étant aux ordres du capitaine Dubroca. » Les pertes sont lourdes au bataillon, pour ce combat de Karlsdorf dont le général de Lattre ne parle curieusement pas : 20 tués, dont le lieutenant aveyronnais Alfred Leygues (2e compagnie), 79 blessés*. 

* La ministère de la Défense recense 30 ou 31 morts du 151e RI, le 2 avril 1945, la plupart tués à Karlsdorf, dont de très jeunes soldats, tous âgés de 18 ans : Emile Blondel, Albert Bodere, Georges Chancelade, Albert Derbias, Henri Poupard, Arnaud Sanchez, Marcel Wittmann.

3 avril 1945 

    "Au II/151e RI, la journée est passée à assurer la défense de Bruchsal, tandis que le lieutenant Guigon et son corps-franc patrouillent dans les bois à 2 km au sud de la ville. Dans le secteur du 1er bataillon, une tentative ennemie est faite pour reprendre Karlsdorf. « Des automoteurs pénètrent dans Karlsdorf, note le JMO du bataillon. Notre infanterie, abritée dans les maisons, ne bouge pas, respectant les ordres donnés.» Pour sa part, le III/151e RI a pour mission de prendre Heidelsheim. La 11e compagnie doit d'abord réduire des résistances constituées d'armes automatiques, et la 10e ne progresse pas aussi rapidement que souhaité, si bien que c'est la 9e qui arrive la première devant le village. JMO : « Elle est stoppée par des chars boches et des armes automatiques. Elle s'installe de part et d'autre de la route en utilisant le terrain au maximum et s'accroche au terrain […]. Les chars allemands placés à l'entrée du village font quelques sorties et balayent avec leurs armes automatiques les positions de la 9e compagnie sur lesquelles ils envoient également des obus. Mais la 9e compagnie tient bon et à 17 h, elle réussit à pénétrer dans le village et aux abords immédiats, et en particulier près du cimetière. Quelques patrouilles sont faites. Les derniers éléments décrochent dans la nuit. Les pertes s'élèvent à cinq tués et 20 blessés. Une vingtaine de boches ont été tués et autant prisonniers. » 

4 avril 1945

    "Solidement établie sur la rive droite du Rhin, l'armée de Lattre va pouvoir agir dans deux directions, de part et d'autre de la Forêt Noire : vers l'est en direction de l'Enz et du Neckar (2e DIM, 3e DIA, 5e DB), et vers le sud afin de déborder les défenses ennemies sur le fleuve et prendre pied dans la partie Nord du massif (9e DIC, un combat command de la 1ère DB). A la division Carpentier, le bataillon Quincy du 15-1 s'est vu confier une nouvelle mission : prendre Helmsheim. Le mouvement s'engage dès 5 h, avec un tir exécuté par la CCI. « Premier accrochage à gauche par la 11e compagnie qui fait deux prisonniers, la progression continue cependant jusqu'aux pentes Nord de la crête dominant Helmsheim, rapporte le JMO. Au nord à 100 m de cette crête, la 11e compagnie est de nouveau accrochée sur la gauche, la progression continue et un groupe parvient à hauteur des premières maisons du village.

Un char ennemi apparaît. Le groupe restera bloqué sur place jusqu'à la fin de la journée et c'est l'action des éléments de droite qui les dégagera.» 

    Ces éléments, encadrés par les capitaines Quincy et Comte, les lieutenants Fareza, Boyer et Noël, l'adjudant-chef Duquesnoy et le sergent-chef Costa, seront particulièrement éprouvés durant la journée. Jusqu'alors tenu en réserve, le II/151e est également poussé sur Helmsheim en renfort du bataillon Quincy, ainsi que des éléments du I/151e. « La 6e compagnie [...] pénétrait dans le village par l'Ouest, précise le journal des marches du bataillon Cunin. La 7e progressant à sa gauche appuyée à la voie ferrée, nettoyait la partie Est du village », où les fantassins sont entrés à 17 h. Pertes très lourdes au 3e bataillon, qui avait déjà déploré douze morts et 32 blessés le 2 avril 1945 : 18 tués* et 55 blessés. « La plupart des tués [l']ont été dans le chemin creux où nos éléments sont restés durant trois heures vis-à-vis des Allemands en se fusillant à 20 m », note le JMO du 3e bataillon. Le capitaine Raymond Comte, commandant la 10e compagnie, le lieutenant Fareza, le lieutenant Gay (1ère compagnie) sont au nombre des blessés que les services du médecin-lieutenant Monnerot ont réussi à évacuer « en un temps record ». Le lieutenant-colonel Gandoet précise également que le commandant Gaillard, commandant les unités régimentaires, a été blessé grièvement (par balle à la tête), que le capitaine Vigier a reçu une rafale dans la jambe, qu'un lieutenant-colonel stagiaire a écopé d'éclats dans le cou. Le soir, le III/15-1 est relevé par le 5e RTM et regagne Heidelsheim."

* Parmi les morts du régiment à Helmsheim le 4 avril 1945, figurent de très jeunes soldats : Roger Baille, 18 ans, Roger Balaguera, 18 ans, André Barbey, 17 ans (il est né le 21 mars 1928 dans l'Allier), Pierre Brassac, 18 ans, Léonce Chanabe, 18 ans, Auguste Herny, 18 ans, Stanislas Lipowski, 18 ans. Sont décédés aussi, ce jour-là, Marcel Lepage, 16 ans (né le 15 janvier 1929 à Paris) et Pierre Martin, 17 ans, mort des suites de blessures à Wiesenthal.

9 avril 1945 : "Lancés en direction de Langenalb, le CC4, le 151e RI et le groupement Navarre nettoient une zone montagneuse boisée. Ce qui occasionne de nouvelles pertes au régiment Gandoet, notamment à Grafenhausen : René Jaouen, 21 ans, et René Rozet, 21 ans, victimes d'obus, Antoine Lenzi, 21 ans, tué par balle..."

11 avril 1945 : "Au 151e RI, il est à peu près la même heure - 17 h 45, plus exactement - lorsque le commandant Cuenoud est atteint par éclats d'obus à Dobel. En l'absence du capitaine Pierre Treguier, en permission, il sera remplacé par le capitaine André Dubroca, commandant de la 1ère compagnie. C'est également à Dobel que meurt, victime d'un éclat d'obus à la tête, celui que tous appelaient Mascotte. Mascotte, c'est Serge Gras. « Une parenthèse sur Mascotte, écrit le capitaine Dubroca : il a 15 ans, haut comme trois pommes et même moins. Il avait suivi les Canadiens quand ils avaient débarqué en Normandie et il avait fini par échouer chez Fabien. Un oiseau, gai, blagueur, jamais en place. Je l'avais adopté à mon arrivée à l'unité... » Tuberculeux, Serge Gras venait de s'échapper de l'hôpital de Mulhouse, marchant 30 km pour rejoindre sa compagnie avant le départ pour le combat. « J'ai pris ma grosse voix des moments où je suis ému pour lui mettre huit jours de prison ; mais devant ses larmes, je n'avais pas eu le courage de le renvoyer. »" Au 21e RIC, quelques mois plus tôt, le capitaine Jean Eon s'est laissé aussi apitoyer par les larmes du soldat Robert Creux. Celui-ci était un peu plus âgé que Serge Gras : il était né le 18 janvier 1929 à Saint-Dizier, quand Mascotte avait vu le jour le 10 février 1929 à Lyon. Creux est mort au champ d'honneur le 2 février 1945, à Wittenheim. Gras, le 11 avril 1945, en Allemagne, auprès de l'adjudant Charles Lemaréchal."

12 avril 1945 : "Parmi les autres événements de la journée, signalons la prise – notable – de Baden-Baden et l'occupation, vers 13 h, de Kaltenbronn, attaqué par les 1er et 2e bataillons du 151e RI."

14 avril 1945 : "Le régiment du lieutenant-colonel Gandoet poursuit sa progression entre Pforzheim et Freudenstadt. Nonnenmiss est occupé à 11 h 30 par la 2e compagnie, le bois est nettoyé, quatre prisonniers sont faits, mais le régiment déplore quatre tués. Le ministère des Armées fait état pour ce jour-là de la mort, à Kohlauste, d'Italo Borelli, 26 ans, Jean Brule, 17 ans et demi, Armand Vandenbossche, 43 ans et demi. Puis la compagnie du capitaine Pierre Valadoux occupe Enzklosterle." 

17 avril 1945 : "Mais l'événement que salue le commandant de la 1ère armée française, c'est la prise de Freudenstadt, objectif de la manoeuvre. Après avoir progressé la veille dans une immense forêt de sapins, le colonel Navarre, avec ses chasseurs du lieutenant-colonel Vigan-Braquet, y entre à 10 h. Pour le général de Lattre, cette conquête d'une ville en partie incendiée, et dont le nettoyage est notamment réalisé par le II/151e RI, signe la fin de la première phase de la Campagne d'Allemagne".

20 avril 1945 : "Depuis la veille, la 2e DIM fait l'objet de contre-attaques. Dans leur tentative de repli vers le sud, les troupes allemandes se présentent ainsi devant la localité d'Ober Jesingen, défendue par le II/151e RI. Sa garnison - la 7e compagnie du capitaine Lescouret – est encerclée, celles de Kuppingen et Herrenberg sont menacées. Il faut l'intervention, côté Est, des hommes du colonel Navarre (3e RSM, 20e BCA, II/4e RTM) et, côté Ouest, du I/151e RI pour venir en aide aux hommes de Lescouret, enfin délivrés le lendemain à 7 h par leurs camarades du bataillon Cunin. Jean-Baptiste Chabrannel, 18 ans, Jean-Claude Merley, 19 ans, Louis Toulouse, 34 ans, Joseph Dalliere ont été tués à Ober Jesingen, tandis que Natale Rampazzo, 21 ans, a trouvé la mort à Herrenberg."

23 avril 1945 : "Au 2e corps, le 151e RI, au sein de la colonne Mozat, marche depuis le 22 avril sur Bingen, et le 20e BCA, avec la colonne Chappuis, sur Sigmaringen. Chez Mozat, la progression depuis Tübingen est lente, à cause des abattis et des destructions sur le chemin, à cause du feu ennemi aussi. Général de Lattre : « Toutefois, le 15-1 prend pied sur le plateau, à Genkingen. Vers minuit, une grosse contre-attaque à base de panzerfaust se déclenche. Des caves et des fenêtres de Genkingen, qu'occupe le bataillon Quincy (III/151e RI), les Allemands, militaires et civils mélangés, tirent à bout portant sur nos hommes. Ce n'est qu'au matin le 23 que le coup est définitivement paré. » A Conningen, qu'il a pris dans la journée puis conservé dans la nuit malgré une contre-attaque, et à Genkingen, le régiment du lieutenant-colonel Gandoet a perdu Jean-Claude Cuisance, 17 ans, Yoland Durand, 18 ans, Jean Guidicelli, 20 ans, Aloyse Remus, 20 ans. Il déplore également la mort, à Tübingen, de Robert Cabrit, 20 ans, de Pierre Hondet, 21 ans, et Raoul Mouysset (décédés de leurs blessures), ainsi que celle d'Edouard Lanoizellée (CCI), 47 ans*"

* Le ministère des Armées mentionne ce jour-là la mort d'Angelo Lazzari, 20 ans, noyé à Mechtersheim. Il a donc plutôt été victime du passage du Rhin.

7 mai 1945. Fin des combats en Europe. "A l'appel des morts fait par le lieutenant Dalsace le 12 mai 1945, il apparaît que 43 hommes du I/151e RI*, dont quatre officiers, ont été tués".

* Où le commandant Edmond Alix a pris le commandement du III/151e le 2 mai 1945. 

SOURCE PRINCIPALE : archives du GTL et du 151e RI, GR 12 P 25, SHD.

mercredi 30 avril 2025

La Campagne d'Allemagne du 80e régiment d'infanterie, avril-mai 1945

 


Des hommes du maquis Jean-Pierre passés au II/80e RI. Source : Bulletin d'Espalion.

    S'il est recréé officiellement le 16 mars 1945, le 80e régiment d'infanterie a revu le jour plusieurs semaines plus tot, le 8 janvier 1945, lorsque la Brigade légère du Languedoc a repris l'écusson de ce régiment. Depuis le 21 février 1945, un officier d'active, le lieutenant-colonel André Barbier, venu de la demi-brigade de zouaves portés, a pris le commandement du 80e RI, à la suite du lieutenant-colonel Maurice David (Thomas).

    Non endivisionné, le 80e RI assure la défense de la rive gauche du Rhin, pendant et après la bataille de Colmar. Une période loin d'être de tout repos, puisqu'entre le 20 janvier et le 19 avril 1945, il déplore une trentaine de tués, parmi lesquels l'aspirant Bernard Delpech et le jeune soldat Jacques Raclet, qui n'a que 16 ans.

    Relevé par le 60e régiment d'infanterie, le 80e RI va être amené à prendre une part symbolique à la Campagne d'Allemagne en franchissant le Rhin, à la pointe sud de l'île de Niederau, à hauteur de Village-Neuf, non loin de la frontière suisse.

    Le 1er bataillon est chargé de la création de la tête de pont, le 24 avril 1945. Confié au commandant Michel Goudinoux, il s'agit de l'ancien groupe de commandos de la BLL. La 1ère compagnie est commandée par le capitaine Charles Delmas, la 2e par le capitaine Pierre Guignette, la 3e compagnie par le lieutenant Jacques Valenty, la 4e par le lieutenant Eugène Gravil, la 5e par le capitaine Jacques Durrleman, la 6e par le lieutenant André Bertrand.

    Initialement, le passage du Rhin, programmé à 6 h, devait être d'une certaine ampleur. Mais la veille (23 avril 1945), le général Jean Valluy, commandant la 9e division d'infanterie coloniale, a estimé que "le franchissement [de] vive force semble inutile et dangereux. Opération devra donc se limiter à faire franchir [le] Rhin à 80e RI et groupement Guibert quand [les] CC 3 et groupement Landouzy auront atteint Haltingen".

24 avril 1945

    Journal de marche du I/80e RI :

    "A 5 h, le bataillon se porte sur les bords du Rhin en vue du franchissement. Le Rhin est franchi par le bataillon sans incident. Organisation et occupation de la rive droite. Aucune réaction de l'ennemi. Le dispositif du bataillon est le suivant : 2e et 5e compagnies à Eimeldingen (Allemagne), 4e et 1ère compagnies à Markt (Allemagne). Au cours de ce mouvement, le soldat Pesquet Frédéric est tué par balle à la poitrine le 24 avril 1945 à Eimeldingen. [...] Défilé et présentation du drapeau du régiment par le colonel à Eimeldingen. Au cours de cette journée il a été fait trois prisonniers."

    Le III/80e RI (ex-Bataillon Hérault-Lozère) du commandant Jean Boudet a suivi le mouvement du I/80. Ses hommes passent le fleuve sur des bateaux à moteur, par fractions d'une douzaine d'hommes. L'opération se déroule aisément, en raison d'une "absence de résistance réelle de l'ennemi", note le JMO du III/80e RI. Ce dernier occupe à 14 h le village d'Haltingen, une patrouille de la 13e compagnie (capitaine Astor Formichi) pénétrant dans Otlingen. Au total, le régiment fait 25 prisonniers, dont neuf à Otlingen, par l'aumônier Demard et le médecin-lieutenant Marsant.

    Parallèlement, la 14e compagnie du capitaine Henri Grandidier, avec le lieutenant Henri Exbrayat et huit hommes sur un bateau, réalise un passage "par surprise". Mais rien ne se passe comme prévu. D'abord, la mission est retardée jusqu'à 5 h 30. Puis le moteur ne fonctionne pas. L'embarcation dérive jusqu'à la Suisse, où des soldats helvétiques veulent désarmer cette poignée d'hommes. Ceux-ci se mettent à l'eau, tirant le bateau jusqu'à la rive française, puis embarquent cette fois sur une vedette du génie. Un deuxième groupe, sous les ordres de Grandidier, passe à son tour, débarque sur la rive allemande et fait neuf prisonniers. La 14e compagnie occupe ensuite Faidlingen, fait 19 prisonniers à Haltingen avant de capturer une compagnie de Volksturm. A 14 h, elle entre dans Lorrach.

    Le 25 avril, le I/80e RI, laissant la 1ère compagnie à Markt (jusqu'au 26 avril), traverse en sens inverse le Rhin, à 10 h, et rentre en France. Le régiment fera son retour le 30 avril, le III/80e RI faisant mouvement sur Pforzheim.


    Organisation du régiment (hors I/80e RI)


    II/80e RI, commandant Yves Testor

        CB, capitaine Henri Solanet

        6e compagnie, capitaine Sylvain Diet

        7e compagnie, capitaine Marius Olive

        8e compagnie, capitaine Pierre Monteil

        9e compagnie, capitaine René Costecalde

        10e compagnie, capitaine Dejean

    III/80e RI, commandant J. Boudet puis capitaine André Négrié

        11e compagnie, lieutenant Pierre Peyfaure

        12e compagnie, capitaine Jean Peres

        13e compagnie, capitaine A. Formichi

        14e compagnie, capitaine H. Grandidier

        15e compagnie, capitaine Roger Sylvestre


Sources : archives du 80e RI, GR 12 P 16, SHD ; journal de marche du I/BLL-80e RI, AD de l'Hérault.


lundi 31 mars 2025

Les 23e et 27e régiments d'infanterie (1945)


Des anciens volontaires du Morvan (27e RI) en Autriche, après la fin des combats. 
Photo parue dans le magazine Regards.  


23e régiment d'infanterie

Chef de corps : colonel Jean Lacroix.

Créé le 16 février 1945 sur le territoire de la 10e région militaire par la réunion des bataillons de sécurité I/10, II/10 et III/10, renforcés par le bataillon IV/10 de Mulhouse. Parmi ces unités, le bataillon I/10 avait reçu des éléments du Bataillon d'Alsaciens-Lorrains (commandant Marcel Schmidt) ; le bataillon II/10 "Alsace" a été formé à Nancy le 16 décembre 1944 par le chef d'escadrons Derringer (ce bataillon portait l'écusson du 5e régiment de cuirassiers).

Organisation : I/23e RI, commandant M. Schmidt puis capitaine Jean Schlumberger ; II/23e RI, commandant Maurice Perrino puis commandant Toussaint Bartoli ; III/23e RI, commandant Lucien Lang puis commandant Georges Ledis.

Opérations 

3 avril 1945 : la 13e compagnie du III/23e RI entre en Allemagne à Bobenthal.

13 avril 1945 : le régiment quitte la caserne Stirn de Strasbourg et relève le III/152e RI.

15 avril 1945 : au moment de l'arrivée de la 1ère armée française à hauteur de Kehl, la 5e compagnie (capitaine Jean Gutter) du I/23e RI traverse le Rhin en barques devant la ville et fait des prisonniers. Une section de la 4e compagnie présente les armes au général de Lattre venu à Kehl.

18 avril 1945 : deux compagnies participent au nettoyage de la rive droite du Rhin.

25 avril 1945 : le régiment quitte Strasbourg, débarque en train à Woerth et se porte sur Karlsruhe.

A la fin des combats, le I/23e RI est à Karlsruhe, le II/23e RI à Spire et Germersheim, le III/23e à Landau.

Source : archives du 23e RI, GR 12 P 6, SHD Vincennes.


27e régiment d'infanterie

Chef de corps : lieutenant-colonel Albert Sarda de Caumont (Rosette), 45 ans.

Créé le 19 février 1945 dans la zone d'opérations de la 1ère armée française en incorporant les volontaires du 1er Régiment du Morvan (1 247 hommes originaires de l'Yonne et de la Nièvre) et du 1er Régiment de Franche-Comté (1 588 hommes originaires du Doubs, du Jura et de la Loire). Le I/1er RFC devient I/27e RI (commandant Deleu), le II/1er RFC se transforme en II/27e RI (capitaine Edouard Filarder), le 1er Régiment du Morvan donne naissance au III/27e RI (capitaine Jacques Lintilhac), le III/1er RFC forme les unités régimentaires. Le 27e RI est renforcé le 1er mars 1945 à Mulhouse par le Bataillon du Gard du commandant Michel Bruguier (versé au I/27e RI et dans les unités régimentaires).

Intégré dans la 4e division marocaine de montagne en remplaçant le 1er RTA le 16 mars 1945. Effectifs du régiment : 710 cadres de l'armée régulière, 3 110 volontaires FFI.

Opérations 

29 mars 1945 : le 27e RI s'installe dans le secteur de Sainte-Croix-en-Plaine et Neuf-Brisach, sur le Rhin. Il perd onze tués, 21 blessés, deux disparus durant cette période de garde du fleuve.

18 avril 1945 : il passe le Rhin à Kehl et se porte sur Legelshaut où il est placé en réserve.

22 avril 1945 : enlevé en camions, le 27e RI atteint le Danube à Donaueschingen, puis gagne Deisslingen et Schwennergen. Il est engagé dans des opérations de nettoyage, faisant plus de 400 prisonniers, au prix de deux blessés.

23 avril 1945 : la 3e compagnie du I/27e RI se rend à Pfattenweiller, le III/27e RI agit dans le secteur de Woltkerdingen. Bilan : 42 prisonniers.

24 avril 1945 : une violente action allemande sur Marbach surprend la 4e DMM, et notamment la 4e DMM. "La 4e compagnie est pratiquement anéantie", note le JMO du régiment. Il y a huit tués, dont le sous-lieutenant Eugène Bonnet et l'aspirant Claude Hentschel.

25 avril 1945 : le 27e RI fait son retour à Marbach à 17 h 10.

Pertes du régiment : 26 morts identifiés.

Sources : archives du 27e RI, GR 12 P 7, SHD Vincennes ; Louis et Nicole PORCHET-MARREL, Les combattants volontaires de Franche-Comté, 1990 ; Pierre SCHERRER, Royal Morvan Infanterie 44, Paris, 1990.

lundi 28 septembre 2020

Un ouvrage sur les volontaires de Haute-Marne du 21e RIC (1944-1945)


Fruit d'un travail de recherche initié en 1985, "De la vallée de la Marne aux sources du Danube" est paru. En 287 pages, enrichies de 190 photos d'époque, l'auteur évoque, au jour le jour, l'épopée des anciens maquisards de Haute-Marne engagés pour la durée de la guerre dans le 4e régiment de tirailleurs sénégalais, devenu 21e régiment d'infanterie coloniale. Le baptême du feu près de Pont-de-Roide, l'anéantissement de la 6e compagnie dans la forêt de la Harth, la sanglante libération de la cité Sainte-Barbe (Wittenheim), le passage du Rhin de vive force, la rude conquête de Rastatt sont autant d'étapes marquantes d'une rude campagne, durant laquelle 72 marsouins engagés en Haute-Marne ont perdu la vie. L'ouvrage est disponible auprès de l'auteur, Lionel Fontaine, au 14 bis, rue de Châteauvillain, 52000 Chaumont. Prix 25 euros (+ frais de port : 7,76 euros). Tirage limité.