samedi 8 août 2020

Le 131e régiment d'infanterie, de Troyes et Orléans à l'île d'Oléron




C'est le 8 décembre 1944 que le 131e régiment d'infanterie a été recréé, avec d'anciens FFI de l'Aube (coiffés du casque italien !) et d'Eure-et-Loir. Le 1er bataillon (commandant Lucien Vel) est formé par le 6e bataillon de sécurité, le 2e bataillon (commandant Poirier) par le 132e bataillon de sécurité et des éléments du 6e groupement de pionniers, le 3e bataillon (commandant Farjon puis capitaine de Layre) correspond au 1er bataillon d'Eure-et-Loir. Le régiment incorpore également des hommes du Régiment de marche nord-africain de Paris (lieutenant-colonel Massebiau), qui vient de défiler à Chaumont le 11 novembre 1944.

En attendant l'arrivée du lieutenant-colonel Durand, désigné chef de corps, le 131e RI est confié au colonel Cohendet, de l'état-major de la 6e région militaire.

A l'origine destiné à rejoindre la 1ère armée française, le 131e RI est finalement mis à la disposition du Détachement d'armée d'Atlantique. Les 13 et 16 février 1945, il quitte Troyes et Orléans pour le front de La Rochelle. Monté en ligne les 22 et 23 février, le régiment subit de lourdes pertes le 23 février par suite de l'explosion d'un dépôt de munitions à Nalliers : onze tués, dont quatre officiers. Des civils ont également trouvé la mort dans ce drame.

Le 14 avril 1945, le régiment participe à l'offensive contre la poche de Royan. Le 16, il prend part au nettoyage de la presqu'île d'Arvert, avant d'être mis le lendemain à la disposition de la Brigade du Médoc. Le 131e RI se bat alors dans la pointe de Grave, où il déplore la mort de 17 soldats. Puis il participe à la conquête de l'île d'Oléron, les 30 avril et 1er mai 1945. Entre février et mai, le ministère de la Défense a identifié au moins 34 militaires du régiment morts pour la France sur le front de l'Ouest.

Les opérations du 131e RI à La Rochelle, Royan, dans le Médoc et à l'île d'Oléron ont été évoquées dans l'ouvrage «Le front du Médoc. Une brigade FFI au combat», 1985.

jeudi 23 avril 2020

Le 81e régiment d'infanterie


Le 6 décembre 1944, un ordre de l'état-major général de la Guerre prescrit la mise sur pied «sans délai» du 81e régiment d'infanterie avec les volontaires de l'Aude, afin d'être prêt à rejoindre la 1ère armée française à partir du 12 décembre. Un ordre que le colonel «Carrel», de son vrai nom Gilbert de Chambrun, chef des FFI de la Région 3 (Montpellier), accueille avec «joie», ainsi qu'il l'exprime deux jours plus tard au général Malleret-Joinville.

C'est le 16 décembre que le régiment sera officiellement créé. Selon des renseignements communiqués à la 1ère armée française par le commandant Georges et le capitaine Arribaut, de l'état-major du régiment, le 1er bataillon, à Narbonne, est commandé par le capitaine «Franck», 29 ans (Lucien Maury, chef du maquis de Picaussel), le 2e, à Carcassonne, par le commandant Maurice Allaux (issu de Picaussel, lui aussi), et le 3e (bataillon Myriel), à Castelnaudary, par le commandant «Jean-Louis» (le jeune officier FTP Victor Meyer, 25 ans, chef du maquis Jean-Robert). Chambrun n'ayant que 35 ans, le régiment est donc encadré par de jeunes officiers supérieurs,



Pour renaître, le régiment a incorporé initialement les volontaires du bataillon Minervois du capitaine René Piquemal (II/81e), créé le 1er septembre 1944, du maquis de Picaussel (I/81e, complété par le maquis Aulnat et le Corps-franc Lorraine) et du bataillon Myriel (III/81e).

Au total, le 81e RI compte 102 officiers et 2 428 sous-officiers et hommes de troupe, dotés de 1 000 casques français «complets» et 1 000 autres «sans coiffe».



Prêt à être enlevé le 20 décembre 1944 au matin, le 81e part le 23 de Carcassonne et arrive à Bouclans (Doubs) dans la zone de la 1ère armée. Déception chez les militaires : il manque environ 700 hommes, écrit le ministre de la Guerre au général commandant la 16e région militaire.

Le 81e RI sera d'abord renforcé par 17 officiers et 400 hommes du «Bataillon de volontaires de l'Hérault», en attendant d'autres incorporations en février et mars 1945 : des éléments de la 4e compagnie du 5e bataillon de l'Aveyron dans la 11e compagnie, des éléments du 5e bataillon de l'Aveyron dans la 10e, des éléments des 4307e et 4309e compagnies FTP dans la 9e, des éléments de la CCB du 2e bataillon de l'Aude dans la CB 3, de la 4e compagnie Minervois (sic) dans la 8e...



L'encadrement du régiment sera le suivant.

Chef de corps : colonel Gilbert de Chambrun («Carrel») puis lieutenant-colonel Pierre Gauvin (à compter du 1er mars 1945)

Adjoint : lieutenant-colonel Henri Bousquet, 41 ans

Chef d'état-major : commandant Georges Bonfils

Chef d'état-major adjoint : capitaine David

Compagnie hors rang, lieutenant Thomas Urgelles


1er bataillon : capitaine Lucien Maury puis commandant Christian Ducrest de Villeneuve

. CB, lieutenant Georges Armengaud

. 1ère compagnie, lieutenant Jean Argence

. 2e compagnie, capitaine (puis lieutenant) Jean Girves (chef du maquis La Tourette)

. 3e compagnie, lieutenant Pierre Gruson

. 4e compagnie, lieutenant Denis Pacouil


2e bataillon : commandant Maurice Allaux

. CB, capitaine René Gayraud

. 5e compagnie, capitaine René Piquemal

. 6e compagnie, lieutenant Jean Trilles

. 7e compagnie, lieutenant Michel Barraza

. 8e compagnie, capitaine Azalbert


3e bataillon, commandant Victor Meyer puis commandant Raymond Fournier («Charles») puis commandant Louis Lemagny.

. CB, lieutenant Jean Hippolyte puis capitaine François

. 9e compagnie, capitaine Henri Chadal

. 10e compagnie, capitaine Maurice Landeau

. 11e compagnie, capitaine Joseph Mach (tué le 11 mars 1945) puis capitaine V. Meyer (14 mars).

. 12e compagnie, lieutenant Adolphe Gomez.



Le régiment assure d'abord la garde du Rhin entre Niffer et Huningue, éprouvant déjà plusieurs pertes :

. René Pasquetto (Aude), 17 ans, ancien du maquis de Picaussel, meurt à Magstatt-le-Haut, en service commandé, le 15 janvier 1945,

. Edmond Eychenne (Aude), 27 ans et issu du même maquis, décède le 25 janvier à l'usine de Kembs.

. Charles Nozières (Aude), 22 ans, est tué le 4 février 1945 (par balle) ;

. Jean-Baptiste Assens (ancien de Picaussel), 39 ans, originaire de l'Aude, meurt le 12 février à Niffer (par éclats de mortier) ;

. Antonin Arnaud (à priori lieutenant FFI au maquis de Picaussel), 21 ans, de Lunel, le 16 février, à Niffer ;

. Roger Lacroix (maquis de Picaussel), Carcassonnais de 21 ans, le 17 à Mulhouse...
 

Le 20 février, on confie au régiment la garde du sous-secteur d'Erstein, au sud de Strasbourg, et dès sa première nuit de position, il repousse un coup de main allemand le long du Rhin. Le 1er mars, il passe sous le commandement du lieutenant-colonel Gauvin, venu du 6e régiment d'infanterie coloniale. Il enregistre encore plusieurs pertes :

. à Gerstheim, le Tonkinois Ngo Su (maquis de Picaussel), est tué le 10 mars (par balle), et Jean-Louis Bourdel (maquis de Picaussel), 29 ans, de l'Aude, le 30 mars (éclat de mortier) ;

. René Verdier, 18 ans, de l'Aude, le 5 avril à Fort-Louis.



Rattaché à la 9e DIC, le régiment participe rapidement à la Campagne d'Allemagne. Le 5 avril 1945, ayant été relevé par les Auvergnats du 152e RI, le I/81e RI, passant le Rhin à Leimersheim, entre en Allemagne. Le 7, Jean Mollier (maquis de Picaussel), 24 ans, du Doubs, est tué à Karlsruhe (par balle), où le régiment s'est porté.

Les 11 et 12 avril, il participe aux opérations conduisant à la conquête de Rastatt. Le lieutenant-colonel Gauvin est à la tête d'un groupement, qui comprend également le I/126e RI (volontaires de Dordogne et Corrèze) et le I/6e RIC. Un autre régiment de la 9e DIC, le 21e RIC, est engagé. Les combats sont âpres. Un compte-rendu d'opérations, à la date du 11 avril, rapporte : «Le groupement (…) s'est heurté aux défenses extérieures de Rastatt bien défendu. Le I/81e RI au centre est fixé par des résistances ennemies nombreuses et actives dans les faubourgs Est... Au sud par contre, utilisant le pont sauté de Niederbuhl, le I/126e RI a pris pied sur la rive gauche de la Murg et à Niederbuhl». Le I/81e (commandant du Crest de Villeneuve) déplore deux tués et 18 blessés (dont un officier), le I/126e (commandant Poumarède), un tué, huit blessés dont un officier. Le lendemain, le I/126e, qui a débordé la ville par Niederbuhl et par le sud, tient la partie Sud de Rastatt, le I/81e qui a attaqué frontalement, occupe la gare, la fabrique et les faubourgs Est. Le bataillon a perdu cinq tués et 22 blessés, le I/126e deux tués et 23 blessés, le I/6e RIC deux tués et onze blessés.

C'est à Gauvin que le colonel von Vriesberg, commandant la garnison de Rastatt, se rend. Le groupement revendiquera la capture d'un colonel, un commandant, sept officiers subalternes, 816 soldats et Volksturm, ainsi que 74 civils «ayant fait le coup de feu».

Parmi les victimes de ces deux jours de combat, tous anciens du maquis de Picaussel, citons le soldat Dominique Perez, 23 ans, né en Espagne, tué le 12 avril à Ruental, Aubin Bouissière, 21 ans, natif de l'Hérault, André Llana, Audois de 22 ans, mort le même jour à Rastatt, André Courrieu, 17 ans, le 11 avril à Ruental. Citons encore le caporal-chef Antonin Taurant, tué devant la fabrique. L'Italien d'origine Thomas Rossi, 22 ans (à Karlsruhe), et le Roumain Alexandre London (maquis de Picaussel), 23 ans, meurent le 12 avril des suites de leurs blessures.

Seront cités, pour leur conduite, l'aspirant Antoine Berges, le sous-lieutenant Gabriel Garcia, le sous-lieutenant Juste Tatin, chefs de section, et le capitaine Maury.



Le 18 avril, deux bataillons pénètrent dans la vallée de la Kinzig. Le régiment va alors enregistrer d'autres pertes. Issus du maquis de Picaussel, le sergent Roger Salacruch, 21 ans, de Gruissan, et le sergent-chef Pierre Hequet, chef de section, sont mortellement blessés le 20 avril à Hofstetten. Les 21 et 22, il déplore deux tués et huit blessés, contre une soixantaine de prisonniers. Toujours le 21, Albert Tisseyre (maquis de Picaussel), Audois de 20 ans, décède à Strasbourg...



Au 27 avril, le PC est à Fribourg, avec le I/81e RI, le III/81e RI assure la sécurité dans la haute vallée du Rhin et la surveillance de la frontière suisse, le II/81e est chargé de la sécurité de l'axe Fribourg-Neustadt. Le lieutenant-colonel Bousquet est commandant d'armes de Lorrach. De nouvelles pertes sont enregistrées avant et même après la capitulation nazie :

. Vincent Ortuno, du Gard, 30 ans, le 29 avril, à Waldau ;

. Louis Barrot (maquis de Picaussel), 24 ans, le 2 mai à Colmar (maladie) ;

. Camille Bouche, 19 ans, de l'Ariège, le 3 mai, en Allemagne (des suites de blessures de guerre) ;

. Daniel Bonnaure (maquis de Picaussel), de l'Aude, du I/81e, le 9 mai à Mulheim (par rafale de mitraillette).

Sources principales : dossier du 81e RI, Service historique de la Défense, Vincennes ; site Mémoire des hommes ; bulletins de l'association Rhin-et-Danube.

lundi 9 décembre 2019

Le 1er BCP dans la bataille de Colmar


Le 1er bataillon de chasseurs à pied formait, avec le 5e BCP, la 4e demi-brigade de chasseurs (commandant puis lieutenant-colonel André Petit). Nous avons déjà évoqué, sur ce blog, l'activité du 5e BCP durant la bataille de la poche de Colmar. Voici aujourd'hui celle de son unité sœur.



Le 1er BCP a été créé le 1er janvier 1945 à partir du 90e régiment d'infanterie (commandant Petit), qui avait été mis sur pied avec des volontaires de l'Indre. Il est aux ordres du chef de bataillon Jean Paoli, avec le chef de bataillon Camille Boiziau comme adjoint et le capitaine Roger Bertrand comme adjudant-major. Les compagnies sont aux ordres des capitaines Georges Guiet (1ère), Charles Baaman (2e), René Tissier (3e) et Knepre (compagnie d'accompagnement).


C'est le 7 janvier 1945 que la 4e demi-brigade de chasseurs quitte Châteauroux par voie ferroviaire. Le 1er BCP arrive à Pouxeux (Vosges) le lendemain, puis gagne Saint-Nabord puis Saulxures. Le 15 janvier, le bataillon est enlevé en camions et, par Masevaux et Bourbach-le-Haut, il arrive à Bistchwiller. Rattaché à la 4e division marocaine de montagne, il monte en ligne le lendemain, occupant le quartier de l'Oberfeld, avec PC à Willer-sur-Thur.

Le 21 janvier, sa 2e compagnie et la 1ère compagnie du 5e BCP relèvent le 1er bataillon du 1er régiment de tirailleurs marocains, s'installant sur le piton situé à 500 m à l'est de la cote 472 et sur le Krumbachkopf. Quatre jours plus tard, le 1er BCP est relevé par le bataillon Thuillier du 24e RI (10e DI). Il gagne Thann pour être en réserve de demi-brigade. Puis, dans la nuit du 28 au 29 janvier, le bataillon relève le III/1er RTA sur les pentes du Rangenkopf et du Brandwaldkopf. Le 30, de nuit, il fouille le Kirschsberg, l'occupe de jour et s'empare de petits blockhaus, faisant huit prisonniers. Depuis le début de la bataille, la demi-brigade déplore déjà 19 tués, 66 blessés, 18 disparus, 132 malades, un déserteur.



Le 1er février, le commandant Perot, alors chef d'état-major de la 4e demi-brigade, permute avec le commandant Paoli et prend le commandement du bataillon.

Le 4, une patrouille occupe à 7 h le Waldkappel. La fin des opérations est proche. Le 6, rapporte le journal de marche et d'opérations, « la demi-brigade reçoit mission de pousser un détachement sur la route des Crêtes pour réaliser une liaison à la Jungenauenkopf. La compagnie rejoindra le bataillon une fois la liaison terminée. La 1ère compagnie du 1er BCP part à 7 h pour réaliser la liaison. Pertes de la journée : deux blessés par mine ».

Pour le 1er BCP, la bataille de Colmar est terminée.



Sources : journal de marche et d'opérations de la 4e demi-brigade de chasseurs, Service historique de la Défense.

lundi 14 octobre 2019

Les FFI d'Hérault-Lozère dans la Hardt (décembre 1944-janvier 1945)


S'il n'a pas participé aux actions offensives de la 1ère armée française, le 3e bataillon de la Brigade légère (puis régiment) du Languedoc, sous les ordres du commandant Jean Boudet, a pris sa part dans les opérations de la poche de Colmar.

Sous le nom de bataillon Hérault-Lozère, il est issu de la fusion du bataillon de Haute-Lozère (commandant Louis Ackermann dit Petitlouis) et du 1er bataillon de l'Hérault (commandant Boudet). Durant tout le mois de novembre 1944, l'unité s'entraîne au camp de Valdahon (Doubs) avant de monter en ligne. Ses activités nous sont connues par le journal de marche du bataillon (Service historique de la Défense).

10 décembre : départ de Valdahon.

11 décembre : débarquement à Bischwiller.

16 décembre : départ à pied pour monter en ligne.

17 décembre : relève du 2e bataillon (commandant Yves Testor) de la Brigade légère du Languedoc dans la Hardt, de Kembs (exclu) à Nieffer (exclu). Le soldat Mohamed ben Ahmed est blessé par éclat de mortier.

19 décembre : à 16 h 30, l'ennemi exécute un coup de main sur le point d'appui 1 (compagnie du capitaine Emile Perez). Il est repoussé, mais le bataillon déplore un mort (le soldat Marcel Scherer, par éclat de mortier) et quatre blessés : René Dalp, Joseph Tichit et Roger Laur (par mortier), André Turc (par balle).

21 décembre : Adolphe Mathieu est blessé par balle.

22 décembre : Marcel Barrière est blessé par éclat de mortier.

25 décembre : à minuit, tous les PA subissent un tir d'artillerie, puis les Allemands tentent un coup de main sur le PA 4 (sous-lieutenant Deparis) et le PA 5 (lieutenant Pierre Peyfaure, commandant de compagnie). L'attaque échoue, au prix de deux morts (le lieutenant Emile Lavigne, observateur du bataillon, tué par balle, et le caporal Paul Baudasset, 18 ans, de Clermont-l'Hérault) et cinq blessés (Raymond Parent, Albert Chassagne, René Mazuc, Jean Mannier et Claude Balthazar).

29 décembre : André Millet est blessé par une balle explosive.

30 décembre : Jean Frontère, 17 ans, est tué par balle.

1er janvier 1945 : harcelé, le PA 5 est attaqué. Nouvel échec.

2 janvier. Alors que le sol est recouvert de 30 cm de neige, le soldat Armand Martin, 19 ans, de Gignac (Hérault), est tué par balle.

3 janvier. Le soldat Henri Delplanque est blessé.

4 janvier. Tir de mortiers sur le PA 5 et attaque sur Kembs. C'est un échec. Le soldat Jean Caserivière est tué par un éclat de mortier, Jean Carbonette et Robert Bonnafous sont blessés.

6 janvier. Le bataillon réalise une patrouille en territoire ennemi. L'aspirant Betant sera cité.

8 janvier. La Brigade légère du Languedoc devient Régiment du Languedoc. Dix officiers quitteront le bataillon : le capitaine Roger Sagnes, les lieutenants Jean Deck, Jean Victor, Luc Ridau, Collache, Jacques Vergnier, les sous-lieutenants Levêque, Fesquet, Gaillard et Jardy.

13 janvier. Les soldats Joseph Sabatier, Rolland Jullien et Joseph Gadowski sont blessés.

17 janvier. Emile Page est blessé.

19 janvier. Le II/81e RI relève le III/Régiment du Languedoc, qui retourne à Bischwiller. Son temps de position dans la Hardt lui aura coûté six morts et 20 blessés. Le 16 mars, il deviendra III/80e RI. Ses commandants de compagnies : le sous-lieutenant Ernest Granier (CB), le lieutenant Peyfaure puis le capitaine Faisant (11e compagnie), le capitaine Perez puis le capitaine Diet (12e compagnie), le capitaine Astor Forrichi puis le lieutenant Henri Gelly (13e compagnie), le capitaine Henri Grandidier (14e compagnie) et le capitaine Roger Sylvestre puis le lieutenant Ferière (15e compagnie).

samedi 28 septembre 2019

La mort du capitaine "Neuville" à Gravelotte




Il y a 75 ans, des volontaires parisiens intégrés dans la célèbre Colonne Fabien subissaient des pertes sensibles dans le secteur de Gravelotte, entre Saint-Mihiel et Metz.

Le 1er bataillon de marche de Paris, dit «République», a été mis sur pied à compter du 9 septembre 1944. Constitué à Coulommiers, il réunissait 450 hommes, répartis entre quatre compagnies, sous les ordres du commandant Maroy. Le jeune capitaine Pierre Galais («Neuville»), 22 ans, commandait la 1ère compagnie, le lieutenant Brunet la 3e, le capitaine Bello la 4e, le capitaine Vidal la compagnie lourde...
C'est le 22 septembre 1944 que le bataillon fait mouvement afin de rejoindre le Groupement tactique de Lorraine (GTL), qui est l'ancienne colonne Fabien. Le GTL, parti de Nanteuil-le-Haudouin et arrivé en Lorraine depuis une dizaine de jours, opère alors aux côtés du 30e corps d'armée américain aux confins de la Meurthe-et-Moselle et de la Moselle. Le 1er BM de Paris renforce, pour sa part, le 359e RIUS dans le secteur de Gravelotte. Il va alors prendre part à une action offensive.

Dans un historique conservé par le Service historique de la Défense à Vincennes, le commandant Jean-Raphaël Chagneau (un instituteur), membre de l'état-major du colonel Pierre Georges («Fabien)», détaille cette opération :
« L'attaque fut décidée pour le 26 à l'aube. La 1ère compagnie (est) mise en place dans la nuit du 25 au 26 avec l'assurance d'un appui d'infanterie américaine. Les instructions écrites du capitaine Neuville lui prescrivent le nettoyage des trous de carrières de part et d'autre de la route, et la liquidation de toute résistance de la ferme Saint-Hubert.
A l'aube du 26, une brume assez dense noyait le vallon de la Mance, brume qui s'éclaircit brusquement aux premiers rayons du soleil dégageant la visibilité, et d'un observatoire ennemi situé dans les bois de Vaux (observatoire repéré par la suite) fut déclenché un tir violent (probablement de mortiers) qui s'abattit sur les taillis où s'abritaient les sections de Neuville (5 h).
Nous eûmes des morts et des blessés dont le capitaine Neuville qui, mortellement atteint (colonne vertébrale sectionnées), transmit, avec un admirable sang froid, ses ordres écrits et verbaux à l'un de ses chefs de section, le lieutenant Michel», de son vrai nom Gaston de Tretaigne.
«Celui-ci lança l'attaque, nettoyant à la grenade les trous de carrière, progressant dans le secteur Nord de la Nationale 3 jusqu'aux abords immédiats de la ferme Saint-Hubert où un feu violent d'armes automatiques et d'artillerie provenant du Fort Jeanne d'Arc l'immobilise...»
La ferme sera prise, et dans les jours suivants, le bataillon luttera pour conserver ces positions. Au 28 septembre 1944, il déplorera, selon le commandant Chagneau, une quinzaine de tués et le double de blessés. Par la suite, il fusionnera avec le Bataillon de la Jeunesse (capitaine Jean Ridoux) pour former le 2e régiment de marche de Paris, futur 1er bataillon de la Brigade de Paris (151e régiment d'infanterie).

Les victimes des combats de Gravelotte recensées par le ministère des Armées :
. Jean-Jacques Bernard, de Paris, 18 ans,
. Victor Blot, de Calais, 24 ans,
. Louis Briatte, de Paris, 19 ans,
. Pierre Brière, de Paris, 19 ans,
. Jean Delvigne, de Paris, 22 ans,
. capitaine Pierre Galais («Neuville» ou «Charcot»), né à Amiens en 1922,
. Raymond Ganne, du Cantal, 19 ans,
. sergent Pierre Provost, de Paris, 19 ans,
. Marceau Rombaut, de Paris, 18 ans (il est né le 25 septembre 1926),
. Raymond Solleret, de Paris, 23 ans (décédé le 27 septembre)
. Jean Sourdillon, de Paris, 21 ans
. Roger Thevenault, du Cher, 20 ans.

vendredi 15 février 2019

Officiers FFI : les Bourguignons (I)


Militaires de carrière, fonctionnaires, étudiants, ouvriers : ils ont occupé des responsabilités dans la Résistance et pris la tête de bataillons ou de régiments issus des Forces françaises de l'intérieur. Essai de recensement des officiers supérieurs FFI (entre parenthèses, le grade occupé au moment de la déclaration de guerre), avec ici ceux ayant servi dans les départements bourguignons.

ADAM (Jacques), commandant, 41 ans, dit « Roger » (Provins, Seine-et-Marne, 1903). Adjoint puis chef du réseau «Jean-Marie Buckmaster » (Yonne) ; commandant, chef du 1er régiment de volontaires de l'Yonne ; adjoint au chef de corps du 35e RI ; lieutenant-colonel, nommé officier de la Légion d'honneur (1948) pour services de guerre exceptionnels.
ALIZON (René), commandant (sous-lieutenant), 32 ans, dit « Guy » (Fesches-le-Châtel, Doubs 1912). Sous-officier, nommé sous-lieutenant d'active le 24 août 1939 ; chef départemental des FFI de Côte-d'Or (et chef de la sous-région D2) ; chef de corps du régiment de Bourgogne. Terminera sa carrière comme lieutenant-colonel.
BAZOT (Laurent), commandant, 44 ans, dit « Laurent » (Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire, 1900). Capitaine de réserve d'aviation selon André Jeannet ; chef du Régiment de Cluny ; chef du Commando de Cluny ; chef du 4e bataillon de choc ; nommé officier de la Légion d'honneur (1947). Son nom a été donné à une rue de Cluny.
BERTHIER, commandant. Chef du 1er bataillon de marche de la Côte-d'Or (versé au 60e RI).
CHAMPENIER (Roland), commandant, 20 ans, dit « Roland » (Marseilles-les-Aubigny, Cher, 1924). Adhérent des Jeunesses communistes dans sa jeunesse ; s'investit dans la résistance dans la Nièvre ; commande un groupement FTPF du Cher et de la Nièvre ; à la Libération, commandant de place de Nevers ; chef du 3e bataillon du 1er régiment du Morvan ; mortellement blessé le 9 novembre 1944 sur le front, décédé à l'âge de 20 ans. Sa notice est à lire sur le site Maitron.
CHAPELLE (Jean), commandant, 20 ans, dit « Verneuil » (Paris 1924 – Paris 1981). Etudiant à Sciences po, membre de Libération-Nord ; chef de la 3e demi-brigade de l'Yonne puis du Régiment Verneuil, à 19 ans et demi ; chef du 4e bataillon du 1er régiment du Morvan ; fera après-guerre une belle carrière dans l'administration.
CHARPY (Maurice), commandant (commandant), 53 ans (Cheny 1891 - en Alsace 1944). Enseignant à Ormoy (Yonne) ; chef de bataillon au 204e RI, fait prisonnier en 1940 ; sert au groupe Bayard (Yonne) ; chef du 1er bataillon du 1er régiment de volontaires de l'Yonne ; tué à Guevenheim le 7 décembre 1944.
CUNIN (Bernard), commandant, 44 ans, dit « Georges » (Troyes, Aube, 1900 – Sélestat 1961). Chef de la 1ère demi-brigade de l'Yonne ; chef de bataillon au 151e RI quand il est fait membre de la Légion d'honneur (juin 1945) ; domicilié en Alsace.
DAUMONT (Roger), capitaine puis commandant, 36 ans, dit « Hurepoix » (Châlons-en-Champagne, Marne, 1908). Chef du maquis du Louhannais (Saône-et-Loire) puis du 2e BCP.
GUILLIER (Raymond), commandant, 38 ans, dit « Robert » (Vic-sur-Til, Côte-d'Or, 1906). Pilote de chasse ; membre de CDLL ; chef du maquis Bayard (Côte-d'Or) puis du bataillon de choc Bayard. Fait commandeur de la Légion d'honneur (1947) comme « officier animé des plus belles qualités militaires, courageux, plein d'audace et d'allant... Totalise huit citations, dont cinq à l'ordre de l'armée ».

lundi 26 septembre 2016

La méconnue Compagnie Pierre

A la Libération, les FFI champenois, réunis dans la 6e région militaire, ont donné naissance à neuf bataillons (quatre dans la Marne, quatre dans l'Aube, un en Haute-Marne) ainsi qu'à deux compagnies (une dans l'Aube, une en Haute-Marne) et à une section (Marne), toutes ces unités rejoignant l'armée régulière. 

Parmi ces différents éléments, figure une formation méconnue : la Compagnie Pierre. Elle a été créée après la libération de Bar-sur-Aube (31 août 1944) par le commandant français de cette place, le lieutenant (puis capitaine) Raymond Krugell („Pierre“). Cet Alsacien, grand résistant, évadé du camp de représailles de Lübeck, évadé d'un train de la mort l'emmenant vers Neuengamme, avait alors la responsabilité de quatre maquis et d'un maquis de parachutage organisés aux confins de l'Aube et de la Haute-Marne. Un de ces maquis, baptisé „Maurice“, était basé en forêt de Blinfey, où avait été implanté un chantier forestier accueillant des réfractaires au STO, essentiellement Parisiens et Haut-Marnais. 

Avec ces maquis ainsi que des groupes locaux, la Compagnie Pierre rassemble 272 hommes. Elle relève des Commandos M, un groupement FFI aubois rattaché aux services spéciaux britanniques (le SOE) dont le chef militaire était un jeune officier français, le capitaine Maurice Dupont, alias „commandant Yvan“. Durant la quinzaine de jours qui suit sa création, la compagnie participe à la défense de Bar-sur-Aube, au recueil de renseignements demandés par l'état-major de la 3e armée américaine, et elle envoie, le 10 septembre 1944, trois sections participer aux opérations préalables à la libération de Chaumont. 

Le 28 septembre 1944, le général de brigade Puccinelli, commandant la 6e région militaire, fait faire mouvement à la compagnie, équipée de 27 véhicules, sur Châlons-sur-Marne (quartier Tirlet). Les véhicules appartiennent à un parc auto confié au lieutenant Marcel Charton, 42 ans, de Sommevoire, chef de maquis. 

Parmi les officiers de sa compagnie cités par le capitaine Krugell, figurent en effet plusieurs Haut-Marnais : 
. le lieutenant Georges Semin, 32 ans, né à Vaux-sur-Blaise, instituteur à Sommevoire, chef de maquis ; 
. le sous-lieutenant Henri Navet, 46 ans, né à Troyes, domicilié à Perthes, chef de maquis ; 
. le lieutenant Roger Ott. 

 L'unité est dissoute à compter du 7 octobre 1944 et donne naissance à la 5e compagnie du III/106e RI sous les ordres du lieutenant Georges (Semin). La section auto est affectée à la 6e compagnie auto, avec le lieutenant Marcel Granjean, de Sommevoire également. Les Commandos M ont en effet donné naissance au Bataillon Mermoz, ou III/106e RI, au sein duquel la Compagnie Pierre constitue la 15e compagnie. Il a été confié au commandant Alfred Hummel, mort accidentellement le 3 novembre 1944, et il fera mouvement le 24 décembre pour la frontière franco-belge, dans le cadre du Groupement de sécurité du Nord-Est mis sur pied après l'offensive allemande en Ardenne. C'est durant leur séjour dans les Ardennes que le 106e RI sera officiellement recréé le 1er janvier 1945, pour être confié au lieutenant-colonel Enet. Quant à Krugell, il est devenu officier d'ordonnance de Puccinelli.. 

 Nous ignorons précisément combien de Haut-Marnais ont rejoint le 106e RI. Mais ils sont plusieurs à figurer sur des clichés représentant des FFI des Commandos M affectés à ce régiment et stationnés dans les Ardennes. Clichés sur lesquels figurent ainsi l'aspirant Daniel Hubail, 22 ans, venu de la Compagnie Pierre, l'aspirant Quillet, le sergent-chef Gavant, deux Wasseyens (Marcel Voisot et Eugène Delaire), Bonnefois, Gabriel Colas (de Mertrud), Raymond Joly (né à Parnot, issu du maquis Maurice, affecté à la 15e compagnie), Maurice Rolet, Simonnot, Valère Servet... Jean Cornevin, de Sommevoire, appartient également à cette 15e compagnie.