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| (Photo aimablement communiquée par M. Olivier Heral). |
C'est après la reddition de la garnison allemande de Castres que le chef d'escadrons Pierre Dunoyer de Segonzac, alias Hugues, 38 ans, ancien directeur de l'école des cadres d'Uriage, et alors chef des maquis de l'Est du Tarn (dans le Vabre), met sur pied un groupement FFI, d'abord baptisé Corps franc du Sidobre.
Ce groupement est en premier lieu articulé autour du 3e régiment
de dragons. Recréé le 31 août 1944, commandé par le chef d'escadrons Paul d'Audibert de Lussan, officier d'active de 49 ans,
ce régiment réunit deux groupes d'escadrons mis sur pied au
quartier Fayolle à Castres après la libération de la cité, l'un
constitué par d'Audibert, l'autre par le chef d'escadrons Antoine
de Gastines.
Il comprend aussi les « commandos », confiés au capitaine Jean
Dunoyer de Segonzac, alias Martin, le frère cadet du
commandant. Il y a enfin la batterie anti-chars du capitaine Jean
Bonnet.
Ce groupement, appelé à devenir Corps-franc Bayard le
24 septembre 1944 (selon le commandant de Segonzac), quitte Castres à partir du 6 septembre 1944, dans le cadre de la
Division légère de Toulouse. Il opère d'abord à Etang-sur-Arroux, en
Saône-et-Loire (9-10 septembre 1944). Passé en revue par le général de
Lattre, commandant la 1ère armée française, le 15 septembre 1944, il gagne, neuf jours plus tard, la région
de Vesoul.
Baptême du feu en Haute-Saône
Le 25 septembre 1944, le Corps franc connaît son « baptême du feu », selon
les mots du capitaine Odon de Saint-Blanquat, adjoint au chef
d'escadrons Dunoyer de Segonzac. Il a pour mission d'épauler les zouaves portés du 2e bataillon de la 1ère division blindée (DB) dans la conquête des bois du Mont
de Vannes, au-delà de Lure, sur la route du Thillot. Ce sont les commandos du capitaine Martin qui
sont engagés. Les volontaires du Tarn avaient quitté Pomoy (Haute-Saône) à 1 h pour se mettre en place à Malbouhans et entreprendre le nettoyage des bois. Les combats dans ces fourrés dureront jusqu'au 26 septembre 1944 en fin de journée, quand les Français atteindront les lisières Nord du bois, à environ un kilomètre de la route Mélisey - Plancher-les-Mines. Le capitaine de Saint-Blanquat parle d'« un sévère et sanglant baptême du feu ». Bilan : quatre tués et quatre blessés. Les quatre victimes : Paul Ortega, 20 ans, et Pierre Barraud, 18 ans, vétérans du Corps franc de la Libération 10 du maquis de Vabre, le jeune cavalier Guy Marmier, 17 ans et demi, du 3e commando, tué le 26 septembre 1944, Emile Iche, 25 ans, mort le lendemain.
29 septembre 1944 : le Corps franc Bayard est rattaché à la 1ère division de marche d'infanterie, après
les combats du Mont de Vannes et deux jours de repos à
Belonchamp. Le groupe d'escadrons d'Audibert relève ainsi les
cuirassiers du commandant Geyer au point d'appui de
Mignavillers puis, le 2 octobre 1944, les hommes du groupe de
Gastines au bois le Bœuf, près de La Vacheresse. Enfin, après
avoir laissé ses positions aux « commandos » du capitaine Martin (ceux-ci formeront le 3e groupe d'escadrons de l'unité, composé de trois commandos comprenant notamment la
compagnie Marc-Haguenau, composée de volontaires juifs),
il relève de nouveau le 2e groupe d'escadrons le 5 octobre 1944 au bois
des Guyottes, jusqu'à l'arrivée, cinq jours plus tard, de tirailleurs
marocains. Deux des cadres du 2e groupe d'escadrons ont été
blessés le 30 septembre 1944 dans le bois Saint-Georges, près de La
Vacheresse, le lieutenant Paul de la Taille et l'adjudant André
Viguier, ce dernier au cours d'une patrouille.
9 octobre 1944 : création dans les Vosges d'un groupement
tactique destiné à couvrir la gauche du 2e corps du général Monsabert et relever des soldats américains. Il est constitué autour du 2e RSAR et commandé par le lieutenant-colonel Roger Lecoq. Le Corps franc Bayard lui est rattaché.
12 octobre 1944 : le Corps franc arrive dans le secteur des
spahis. Premiers à
monter en ligne : les trois « commandos » du capitaine Jean
Dunoyer de Segonzac, qui relèvent les Américains à Sapois, et qui
y seront à leur tour remplacés par le groupe du commandant
d'Audibert le 16 octobre 1944 (deux FFI, Parda et Lerouge, sont
blessés le lendemain).
14 octobre 1944 : une action visant
Rochesson est menée à partir de 7 h 30. L'attaque permet
d'obtenir quelques progrès, avant d'être stoppée. Côté français, il
y a deux tués et trois blindés perdus. Le Corps franc Bayard déplore, près de Menaurupt, la mort d'Heindrich Kiel, 35 ans, appartenant à la section polonaise du corps franc, de Simon Weil, 20 ans, du 2e commando (la compagnie Marc-Haguenau), et de Julien Gonzales, du 3e commando. Un officier, le sous-lieutenant Jacques Desazars de Montgailhard, est blessé "alors qu'il se penchait pour secourir un de ses hommes" (témoignage du lieutenant Jean-Pierre Rouchié). Ces combats vaudront à leur chef de groupe une citation.
17 octobre 1944 : ayant enfin relevé les Américains, le Corps franc
Bayard participe à une attaque ayant pour but de
prendre le bois d'Orimont puis, à nouveau, Rochesson. Mais seul
le premier objectif est atteint. Pour le corps Monsabert, les pertes et la fatigue sont telles
que le général de Lattre décide, le 17 octobre 1944 à midi, de suspendre
l'offensive. Le Corps franc reste attaché au groupement Lecoq pour rester en position devant Le Tholy.
24 octobre 1944 : aux environs de cette date, le Corps franc Bayard devient 3e régiment de dragons. Le commandant d'Audibert apprend ce changement de dénomination le 2 novembre 1944.
29 octobre 1944 : le maréchal des logis Hervé Amalric est grièvement blessé par des éclats à l'épaule, au ventre et à la cuisse par un obus de mortier à Moyenmont (il décédera le 12 novembre 1944).
A l'assaut du Haut du Tôt
31 octobre 1944 : une action en direction de Rochesson – toujours – et
de Menaumont, entre les routes Remiremont – Le Tholy -
Gérardmer et Remiremont – La Bresse – Gérardmer, est programmée pour vérifier si les Allemands ont décroché.
Le débouché se fait à 6 h 30, après une préparation
d'artillerie. Le 1er bataillon de l'Aveyron et le 3e régiment de dragons sont engagés dans cette opération. Les dragons
progressent en direction du Haut du Tôt (827 m), au sud de
Bouvacôte, et de la ferme Perrin, mais ils se heurtent à la réaction
ennemie. Le peloton du lieutenant Jean Le Vavasseur (1er
escadron) parvient toutefois à occuper la lisière Nord du
boqueteau situé au sud du Haut du Tôt, également atteint par le
2e RSAR.
Cependant, près de la ferme Perrin, si le peloton du
lieutenant Louis Aussenac - qui a pris la veille une mitrailleuse et
deux prisonniers lors d'une patrouille - et un groupe du peloton du
sous-lieutenant Edouard Bonhoure parviennent à faire six
prisonniers, le cavalier Marcel Maurel, 19 ans, est tué d'une balle
dans la tête, l'aspirant Gaubert, les cavaliers François Cabrol,
René Cabrol et Seguy sont blessés. A 9 h, c'est le maréchal des
logis-chef Marc Bellegy, du peloton Le Vavasseur, qui est
grièvement touché à la tête, et qui est ramené sous le feu ennemi
par le cavalier Hiraille.
La résistance allemande est telle qu'à 15 h, l'ordre est
donné par le chef d'escadrons de spahis de Chabot de se replier
sur les positions de départ. Les dragons sont de retour dans leurs
points d'appui à 15 h 45.
3 novembre 1944 : nouvelle tentative au matin en direction de Rochesson. Y prennent encore part le 1er
bataillon de l'Aveyron (II/51e RI) et les dragons tarnais. Les
opérations exécutées par la 3e DIA et les unités qui lui sont
rattachées vont se dérouler dans la zone boisée située entre les
routes Remiremont - Le Tholy – Gérardmer et Remiremont –
Vagney - Gérardmer. Les FTP agiront, à gauche, sur les bois Sud
de Bouvacôte, le groupe d'escadrons de dragons d'Audibert en
direction de 821 et de Plainchifaing (commune de Sapois, juste au
sud du Tholy). Cette action, visant à enlever les observatoires
ayant vue sur Vagney, est destinée à favoriser le lancement d'une
offensive de la 7e armée américaine en direction de Strasbourg,
depuis les hauteurs à l'est de Gérardmer.
Envisagée depuis le 28 octobre 1944, l'opération française est
lancée à 8 h 15, après des « tirs d'une puissance sensationnelle et très
spectaculaire » (historique du groupe d'Audibert), mais sans les
blindés du 2e RSAR qui, pris dans un embouteillage, ne peuvent
quitter le col du Haut du Tôt. Une demi-heure plus tard, note
l'historique des dragons, « le groupe prend pied au Haut du Tôt, dont il
s'empare, le dépasse et se porte à sa lisière Nord pour effectuer son deuxième
bond ». Ces mouvements ne se font pas sans perte : après l'arrivée
des Commandos de France, un tir d'artillerie blesse le maréchal
des logis Lucien Baraille, du 2e escadron, puis l'adjudant-chef
André Chenot, chef du PC du groupe, et le maréchal des logis
Lucien Floret, chef des transmissions. A 9 h 20, le 2e escadron du
lieutenant Hubert Bergeron de Charron atteint la cote 843,3, un
de ses objectifs, mais perd à nouveau deux blessés (Eygonnet et
François Cabrol).
Les difficultés de mouvement des chars et des
fantassins, pour ces derniers en raison des tirs d'artillerie, compliquent le déroulement de l'opération. Si, à 12 h 45, d'Audibert rend
compte que le bataillon de l'Aveyron, qui progressait par le
Grisard, a atteint la cote 650 avant d'aller occuper 821, il a
connaissance aussi des multiples difficultés rencontrées par les
spahis : un escadron toujours stoppé au carrefour à 800 m à l'est
du Haut du Tôt, la présence d'Allemands dans les bois de part et
d'autre de la route qu'emprunte l'escadron Oster... Les cavaliers
ont besoin d'un appui pour progresser sur Plainchifaing.
D'Audibert missionne pour cela le peloton d'engins du sous-lieutenant Bernard Heran. Il est 14 h 35. Mais l'officier sera
grièvement blessé en sautant sur une mine, laissant son peloton à
l'adjudant-chef Adrien Cauquil. « La nuit tombe, il commence à neiger »,
note l'historique du groupe. « A 16 h 15, rapporte le JMO du 2e RSAR, le Bataillon Marc
ayant réussi à pousser un élément jusqu'à 300 m au sud du Haut de
Bouvacôte, le lieutenant-colonel Trioche [commandant le 51e RI] reçoit l'ordre de reconnaître et
d'occuper avant la tombée de la nuit la cote 733. Il y parviendra sans
difficultés. » De même, à 16 h 20, poursuit ce JMO, « le groupe
d'escadrons d'Audibert atteint 821 et les Breulleux pendant que l'escadron
Oster pousse sur Plainchifaing et Cens Genet [sic]... » A 18 h, enfin,
précise l'historique des dragons, « Plainchifaing, que l'ennemi vient
d'évacuer peu avant, est occupé par le 1er escadron » ainsi que par un
peloton d'Oster, le 2e escadron occupant la cote 821. L'attaque est
alors stoppée. Les FFI du front des Vosges sont exténués. Pendant les
jours qui vont suivre, le groupe d'escadrons de Gastines descend se reposer à Vagney avec l'escadron de spahis
Ronot, Décès de Pierre Latger, né en 1925 à Castres, tué au Haut-du-Tot par éclat d'obus.
16 novembre 1944 : progression de la 3e DIA en direction de Gérardmer. Des éléments du 3e dragons (groupe d'escadrons de Gastines) atteignent, vers 14 h, la clairière des Ormes. Une position qu'ils
devront toutefois abandonner le soir.
19 novembre 1944 : libération de Gérardmer. Le 2e groupe
d'escadrons du 3e dragons est retiré du secteur et envoyé au repos
dans la région de Remiremont, et le sous-groupement qu'il
formait avec le 1er bataillon de l'Aveyron est dissous.
20 novembre 1944 : un groupe d'escadrons remplace le 1er bataillon de Toulouse au sein du groupement Lecoq. Les dragons vont à leur tour découvrir le « visage affreusement brûlé
de Gérardmer, témoigne le lieutenant Rouchié. Plus de toits, plus de
fenêtres, plus de portes, plus de montants en bois. Seuls des murs noircis où l'on peut voir la torsade des flammes. Puis le dernier croisement. Le café
s'appelle «café du Théâtre»... Toute sa pauvre face et ses contrevents verts
sont éclaboussés, déchirés par l'acier. Il pleut à l'intérieur dans toutes les
pièces. Au sol traînent les affreux prospectus allemands «Tombeau des
Vosges»... »
22 novembre 1944 : dans la région de Gérardmer, le JMO du 2e RSAR rapporte que « dans la matinée, des patrouilles du groupe d'escadrons Martin(3e RD)
et du groupe d'escadrons Patoor (Franche-Comté) sont poussées sur les
Hautes Royes et Saint-Jacques-de-Gérardmer. En cours de progression, le 3e
dragons tue un Allemand, en blesse deux qu'il fera prisonniers le lendemain
et en ramène cinq autres ». En début d'après-midi, c'est en raison de
tirs allemands sur la région Les Aulnes – Le Roussel que les
dragons perdent un tué [sans doute Abraham Lifchitz] et un blessé. Le soir, ils sont à Blanc
Ruxel.
24 novembre 1944 : après avoir, la veille, au sud de la route de Colmar, poussé
des reconnaissances sur les Plombes, où ils ont laissé un poste, et
vers le Collet de la Mine, les dragons du commandant de
Segonzac réussissent, « au cours de la journée et malgré une opposition
assez forte de l'ennemi, à s'installer solidement à Blanc Ruxel et sur la
Roche du Page. Par contre, une patrouille envoyée en direction du bois des
Broches atteint la maison forestière de l'Envers des Fies sans pouvoir
progresser plus loin » (JMO du 2e RSAR).
26 novembre 1944 : engagement meurtrier à l'Envers des Fies (cinq tués, dont le capitaine Henry Périé). Le récit détaillé de ce combat à lire ici.
30 novembre 1944 : un aspirant de l'escadron de dragons du capitaine Jean
de Buttler (groupe d'escadrons de Gastines), Pierre
Chauchard, 24 ans, est tué à la ferme des Plombes.
2 décembre 1944 : le sous-groupement Lecoq, dont des
patrouilles à pied n'ont rencontré aucune réaction en poussant
vers les maisons forestières des Fies et de la Brochotte, est prêt à repartir en avant, en trois détachements, notamment en
direction du Valtin et de La Schlucht. Des reconnaissances du 3e
dragons ne constatent aucune réaction lorsqu'elles atteignent,
avant 17 h, le col de Surceneux et le lac de Retournemer.
3 décembre 1944 : le groupe d'escadrons
d'Audibert retourne au combat après deux jours de repos à
Gérardmer. On suppose en effet que les Allemands ont décroché
de leurs positions de l'Envers des Fies, du bois de Brochotte et de
Retournemer, lieux de l'engagement du 26 novembre 1944. Une
heure de marche conduit les dragons jusqu'aux Plombes, à 8 h 30.
Mission leur est alors donnée de suivre leurs camarades du 3e
groupe d'escadrons jusqu'au Parigoutte, de le dépasser, d'occuper
Retournemer et de reconnaître Le Collet et la route des crêtes,
enfin éventuellement la cote 1258. Le départ est donné à 8 h 45.
Rapidement, le lac de Longemer est atteint. A 10 h 45,
Retournemer est occupé. A 14 h 30, le commandant d'Audibert,
accompagné des pelotons Cormouls et Barras, parvient au Collet.
« A 15 h, la route des crêtes est atteinte à l'ouest de 1258 », précise le
JMO du groupe. Mais un dragon est grièvement blessé : le
brigadier Jean-Emile Bernard, 21 ans, de Mazamet, atteint de
quatre balles dans le ventre, décédé le 5 décembre 1944 à Remiremont.
Les Allemands étant toujours là, les dragons se replient sur le
Collet avant de regagner Retournemer. Au cours du mouvement,
le cavalier Gillet est porté disparu (André Gilet, 20 ans, considéré comme tué le 3 décembre 1944 selon le ministère des Armées).
D'autres éléments du 3e dragons et les spahis, qui ont
atteint par ailleurs la ferme de Balveurche (le peloton du
lieutenant Guy Alquier-Bouffard, du 3e groupe d'escadrons, y est
rejoint pour la nuit par l'escadron du capitaine Marc Vène), sont
arrêtés par des mines et une barricade battue par les feux ennemis
devant Le Valtin. Le journal de marche du 2e RSAR parle d'un
sous-lieutenant de dragons tué. Sans doute Gabriel Mahou, 37
ans, du groupe de Gastines, effectivement victime d'un obus au
Grand Valtin (cet officier était issu à l'origine du groupe Saucet).
Le maréchal des logis-chef Pierre Assemat, 21 ans, du 3e groupe
d'escadrons, est mortellement atteint. Il décède le 7 décembre à
Remiremont. La fatigue est telle que le JMO des spahis signale
que les deux escadrons de dragons qui ont marché vers Le Grand
Valtin doivent être regroupés en fin de journée.
Le ministère recense, toujours à la date du 3 décembre 1944, la mort du cavalier
André Gau, 22 ans, au Grand Valtin, de Henri Chaput, 23 ans, au Grand Valtin.
4 décembre 1944 : le 2e escadron (lieutenant Aussenac) du 3e
dragons, parti de Retournemer, réoccupe le Collet, d'où le sous-lieutenant Delsol et le lieutenant de Boussac conduisent des
patrouilles vers la Route des crêtes en début d'après-midi. Mais ils
se heurtent à des tirs d'armes automatiques « d'une intensité
supérieure » qui les obligent à se replier, à nouveau, sur le Collet.
Sur la foi de renseignements apportés par des prisonniers, deux
soldats allemands capturés par le sous-lieutenant Roucher, une
attaque de La Schlucht sera programmée le lendemain, le 3e
groupe d'escadrons agissant par le nord, le 2e faisant diversion
depuis le Collet et essayant d'occuper la cote 1258.
5 décembre 1944 : le sous-groupement Lecoq tente
toujours, malgré la neige, malgré les mines, malgré les abattis
truffés de pièges, malgré les résistances ennemies, de coiffer le col
de La Schlucht. Les groupes d'escadrons d'Audibert, de Gastines
et de Segonzac "cadet", du 3e régiment de dragons, tendent vers
cet objectif, le 5 décembre 1944. Rien ne sera simple, en témoigne
d'abord le JMO du 2e RSAR : « Au début de la matinée, le groupe de
Gastines signale qu'il a deux hommes tués par l'artillerie au Grand Valtin.
Une reconnaissance de l'escadron Buttler arrive au col des Trois Places et y
prend le contact vers 11 h. »
C'est à midi que le 3e groupe du capitaine
J. Dunoyer de Segonzac doit attaquer La Schlucht, en même
temps que le 1er escadron du 1er groupe, emmené par le lieutenant Georges Barbas, quittera le Collet pour se porter sur la Route des
crêtes. Des coups de feu l'y accueillent, à 13 h. « C'est
immédiatement un engagement très vif, tout le long de la route face au front
de l'escadron, sur plus de 100 m, note l'historique du groupe
d'Audibert. L'ennemi tire de trois casemates enterrées à une quinzaine de
mètres de la route. » Un homme est tué d'une balle dans la tête : le
brigadier Paul de Lavelle de Choulot de Chabaud-Latour, 23 ans.
Le cavalier Claude Jan sera également blessé dans les mêmes
circonstances. Comme le calme qui semble régner vers La
Schlucht amène le commandant d'Audibert à penser que le 3e
groupe n'a pas attaqué, et comme les tirs des trois casemates
bloquent le mouvement des hommes de Barbas, ordre est donné
à celui-ci de décrocher à 14 h 30.
A cet instant, « le feu ennemi semble faiblir. Au lieu de
décrocher, le lieutenant Barbas, entraîné par son élan, poursuit le combat. A
14 h 35, interpellée en allemand par le maréchal des logis Dotzler, la
garnison d'une casemate […] demande à se rendre, ayant plusieurs hommes
hors de combat. Le lieutenant Barbas, au lieu de faire cesser le feu, se lève
alors, fait hisser une mitrailleuse par deux hommes pour mieux viser, et la
servant lui-même, debout, se met à tirer ses rafales et s'abat tué d'une balle
en pleine tête... » Le jeune officier avait 27 ans. Autre mort de cette
unité : le cavalier Georges Cabrol, 20 ans.
Les dragons décrochent à 14 h 50, et dix minutes plus
tard, tout le groupe est rassemblé au Collet. Informé discrètement
de la mort de Barbas par le brigadier-chef de Taye, d'Audibert en
réfère au commandant de Segonzac, lequel demande au 1er
escadron de revenir à Retournemer et au 2e de rester au Collet.
Devant l'état de fatigue de ses hommes, « impressionnés » par la
mort de leurs deux chefs successifs, d'Audibert plaidera pour la
relève, dès le lendemain, de son groupe...
Ce qu'il apprendra, c'est que le groupe Dunoyer de
Segonzac "cadet" n'a pu attaquer « comme prévu, l'ennemi ayant opposé
une résistance sur laquelle on ne s'attendait pas ». Il y a eu des pertes.
On sait que, ce jour-là, sont morts l'adjudant-chef Albert Benoit, 42 ans, fauché par une rafale d'arme automatique au col du
Collet, et Fernand Bourguet, 19 ans, du 1er commando, blessé à
mort au col de La Schlucht. Blessé durant ces opérations (tout
comme Palao), le brigadier Paul Monod, du 5e escadron, recevra la
médaille militaire... Le lendemain, tandis que le capitaine René
Mazens prend le commandement du 1er escadron, le 1er groupe
est relevé par le 2e et redescend à Gérardmer, où les obsèques de
ses quatre morts et celles des trois dragons des deux autres
groupes seront célébrées le 7 décembre 1944.
8 décembre 1944 : opération de déminage et de déblayage de l'itinéraire menant au col de La Schlucht depuis Le Collet. Un « déminage long et
difficile » compliqué par la couche de neige, note le JMO du 2e
RSAR, rejoint par son 2e escadron venu de Gérardmer – il n'a pu,
la veille, approcher du col du Louschbach. Le brigadier de
dragons Lucien Martin perd une jambe et la vue sur une mine.
Ces opérations de dégagement de la route dureront jusqu'au 10
décembre 1944, jour où le général Guillaume, commandant la 3e DIA, ordonne aux spahis du
lieutenant-colonel Lecoq de pousser également sur le col du
Bonhomme, c'est-à-dire sur l'itinéraire au nord-est de Gérardmer
menant, comme par La Schlucht, à Colmar, objectif espéré de ce
nouveau mouvement.
12 décembre 1944 : devant La Schlucht,
l'état d'épuisement des dragons est tel qu'ils sont relevés, au
Collet, par le peloton Buzonnière, tandis qu'à l'inverse, un
élément du 3e RD relève le peloton Sauveboeuf à la ferme de
Balveurche.
14 décembre 1944 : c'est le jour où les dragons
tarnais du commandant Dunoyer de Segonzac sont chargés d'appuyer l'attaque du I/4e RTT (et du I/7e RTA) pour venir en
aide à la compagnie de tirailleurs Lartigau qui, encerclée depuis plusieurs jours,
repousse tous les assauts contre l'hôtel du Hohneck. Tandis que
les Tunisiens visent et prennent le carrefour du Haut de Falimont,
l'escadron Mazens parvient à atteindre à 14 h 30 la Route des
crêtes, à 200 m au nord-est du carrefour. Mais il doit bientôt se
replier sur la route du Collet à cause du tir de « nombreuses armes
automatiques ». Non pas celles des Allemands, mais plutôt celles des
tirailleurs, selon le commandant d'Audibert, qui ordonne au
capitaine Mazens de remonter sur la route. Trop tard : l'ennemi y
est bien installé. La nuit sera donc passée, dans un « froid glacial »,
dans un bois près du carrefour et dans une baraque du Collet. Le
lendemain, « le froid est si intense que les éléments en ligne doivent être
relevés toutes les deux heures ».
Deuxième quinzaine de décembre 1944 : au 3e dragons, dont sept hommes ont été blessés le 17
décembre 1944 en raison d'un tir de minen, le groupe d'Audibert reste
en ligne jusqu'au 27 décembre 1944, au Collet, à la ferme de
Balveurche, au Parigoutte. Durant cette période, il perd
notamment deux sous-officiers blessés lors d'un combat contre
une patrouille le 24 décembre 1944, le maréchal des logis-chef Charles Ledeuil et le maréchal des logis Mounet. D'autres éléments du
régiment subissent des pertes, comme le cavalier Jean Sirven,
grièvement blessé le 23 décembre 1944 dans une reconnaissance sur
Grand Valtin (il sera amputé du pied), ou un chef de peloton,
l'adjudant François Legrand, touché le 27 devant La Schlucht.
Après un ultime accrochage, le 1er GE, dont le capitaine de
Tauriac va prendre provisoirement le commandement, est relevé,
à 6 h, par le groupe de Gastines et rejoint Plombières. La
campagne des Vosges est terminée pour lui. Relevés par le Bataillon Garonne-Dupré, les dragons tarnais
partiront le 1er janvier 1945 pour rejoindre Trétudans, dans le
Territoire de Belfort, et ne se battront pas à Colmar...
Février 1945 : le 3e régiment de dragons se transforme en 12e régiment
de dragons de reconnaissance. Selon le capitaine Guy de Rouville,
officier de transmissions du régiment, le général de Lattre n'avait
jamais digéré que le Corps franc Bayard se soit baptisé 3e
dragons. La scène s'est passée le 26 septembre 1944, au PC de la
1ère armée à Besançon : « J'entends encore, racontera Guy de
Rouville, la voix théâtrale du Général : «Comment, le 3e dragons ? Ce
régiment qui m'a fait arrêter à Saint-Pons ! Je sais ce que vous avez fait dans
le Tarn... Vous serez 12e dragons, mon premier régiment à Colmar». » Le
chef d'escadrons puis lieutenant-colonel Dunoyer de Segonzac en
conserve le commandement, avec le chef d'escadrons Antoine de
Gastines comme commandant en second, et le chef d'escadrons
Paul d'Audibert de Lussan, comme adjoint. Une première
organisation a permis de constituer quatre escadrons (capitaine
Jean de Buttler, avec pour adjoint le capitaine Pierre Hoeffner,
capitaine Michel Mare, adjoint : capitaine André Richard,
capitaine Henri Sautour, adjoint : capitaine Léon Godinot,
capitaine Jean de Hédouville) et un escadron hors rang (capitaine
René Mohy). Une seconde a donné au régiment la physionomie
définitive : le 1er escadron au capitaine Jean Dunoyer de Segonzac
(le frère du chef de corps), le 2e au capitaine Godinot puis au
capitaine de Buttler, le 3e au capitaine Richard, le 4e au capitaine
Mare, le 5e au capitaine de Hédouville et l'EHR au capitaine
Mohy.
20 février 1945 : en position sur le Rhin, Jacques
Ferret est tué par une mine anti-char.
24 février 1945 : le jour où le 3e dragons apprend qu'il est devenu 12e
RD, l'unité subit de lourdes pertes à Fessenheim et Blodelsheim :
Gaston Drut, 33 ans, tué par mortier, José Manueco, 19 ans,
victime d'un obus, André Pujol, 25 ans, et Hubert de Seynes, 21
ans, morts sur une mine. Le lieutenant Delsol est blessé par éclat
d'obus.
Endivisionné dans la 14e DI, le régiment reçoit son drapeau à Paris le 2 avril 1945, passe le Rhin à Kehl fin avril et atteint le lac de Constance.
L'encadrement du Corps franc Bayard/3e dragons/12e dragons ici.
Etat des morts du Corps franc Bayard/3e dragons/12e dragons
Capitaine Henry Périé (1er GE), 29 ans, le 26 novembre 1944 ; aspirant Pierre
Chauchard (2e GE), 24 ans, le 30 novembre ; sous-lieutenant Gabriel Mahou
(2e GE), 37 ans, le 3 décembre ; lieutenant Georges Barbas (1er GE), 27 ans, le
5 décembre.
Maréchal des logis Hervé Amalric (2e GE), le 3 novembre 1944 ; adjudant-chef Albert Benoit, 42 ans, le 5 décembre ; maréchal des logis-chef Pierre
Assemat (2e GE), 21 ans, le 7 décembre ; maréchal des logis André Pujol, 25
ans, le 24 février 1945 ; maréchal des logis Raymond Burais, 28 ans, le 24 avril
(accident).
Paul Ortega, 20 ans, le 25 septembre 1944 ; Pierre Barraud (3e GE), 18 ans, le
26 septembre (blessures) ; Guy Marmier (3e GE), 17 ans, le 26 septembre ;
Emile Iche, 25 ans, le 27 septembre ; Heindrich Kiel (section polonaise), 35
ans, le 14 octobre ; Simon Weil (3e GE), 20 ans, le 14 octobre ; Julien Gonzales
(3e GE), le 14 octobre ; Marcel Maurel (1er GE), 19 ans, le 31 octobre ; Jacques
Bonnescuelle de Lespinois (2e GE), 21 ans, le 1er novembre ; Maurice
Castagne, 45 ans, le 1er novembre ; Pierre Latger (2e GE), 18 ans, le 3
novembre ; brigadier Abraham Lifchitz (3e GE), 20 ans, le 22 novembre ;
Jacques Bardière, 20 ans, le 25 novembre ; Ernest Marty, 20 ans, le 26
novembre ; Mario Barbagelata (1er GE), 21 ans, le 26 novembre ; brigadier
Henri Frauenfelder (1er GE), 34 ans, le 26 novembre ; Léon Arramond (1er
GE), 32 ans, le 26 novembre ; Henri Chaput, 23 ans, le 3 décembre ; André
Gau, 22 ans, le 3 décembre ; brigadier Jean-Emile Bernard, 21 ans, le 5
décembre ; brigadier Paul de Lavelle de Choulot de Chabaud-Latour (1er GE),
23 ans, le 5 décembre ; Georges Cabrol (1er GE), 20 ans, le 5 décembre ;
André Gilet (1er GE), 20 ans, le 5 décembre (selon le ministère des Armées) ;
brigadier Fernand Bourguet (3e GE), 19 ans, le 5 décembre ; brigadier André
Albert, 19 ans, le 11 décembre ; brigadier Fernand Cormary, 23 ans, le 19
décembre ; André Joly, 20 ans, le 20 février ; André Plouzennec, 30 ans, le 20
février ; Jacques Ferret (1er GE), 17 ans, le 20 février ; Louis Lagarde, 19 ans, le
21 février ; Gaston Drut, 33 ans, le 24 février ; José Manueco, 19 ans, le 24
février ; Hubert de Seynes, 21 ans, le 24 février ; René Ichard, 17 ans, le 27
avril.
Sources principales : archives du 3e RD et du12e RD. GR 12 P 109. SHD - Les Nouvelles compagnies franches du Tarn (Les). Récit de Robinson. Dessins de
Michel Mare. Carnet de route du 12e dragons, 1946 - site Internet sur les maquis de Vabre - site Internet Mémoire des Hommes - JMO du 2e RSAR.

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