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jeudi 22 octobre 2026

La 4e demi-brigade de chasseurs au combat en Alsace, janvier-février 1945

Un extrait du journal de marche de la 4e demi-brigade de chasseurs. (SHD, GR 12 P 28).


 Mise sur pied dans l'Indre, la 4e demi-brigade de chasseurs, placée sous les ordres du commandant André Petit, a rejoint le front des Vosges en janvier 1945. Composée des 1er et 5e bataillons de chasseurs à pied, elle a été temporairement rattachée à la 10e division d'infanterie pour en constituer le troisième corps d'infanterie. Voici le journal de marche de cette demi-brigade pendant les opérations de la Poche de Colmar. Ce document conservé par le Service historique de la Défense complète utilement notre récit sur les opérations du 5e BCP en apportant des précisions sur l'activité du 1er BCP (commandant Jean Paoli).


"20 janvier 1945

Précédée d'un violent tir d'artillerie sur les positions ennemies, attaque de la 4e DMM : Vieux-Thann - Uffholtz. La mission de la 4e demi-brigade est de couvrir le front nord de l'attaque. Les conditions atmosphériques sont défavorables. Temps neigeux. Visibilité nulle. Chemins de montagne glacés.

7 h 55 : déclenchement de l'attaque. Dans le secteur de la demi-brigade : activité d'artillerie et de mortiers. 12 h 45 : le 5e BCP pousse une reconnaissance sur la cote 681 qui rentre à 14 h 30 sans renseignements. 13 h 50 : patrouille 1er BCP sur 4139.

Les unités sont fatiguées et le ravitaillement doit être fait à dos d'homme en raison de la fatigue des mulets et de l'état des sentiers.

Une patrouille du 5e BCP a pris contact avec l'ennemi à 15 h 30 sur la cote 681 tandis que l'Oberfeld est soumis à un tir intensif de mortiers.

Blessés de la journée : 13.

21 janvier 1945

La 2e compagnie du 1er BCP et la 1ère compagnie du 5e BCP relèvent en partie le I/1er RTM et occupent le piton 500 mètres Est de 472 et le [G]rumbachkopf*.

22 janvier 1945

A 17 h, une de nos patrouilles, partie du PA du Pré-aux-Loups, a été prise à partie en 4521-1161 par un fort élément adverse. Elle put rompre le contact.

Grosse activité de l'artillerie ennemie sur Willer et Bischwiller. Moral excellent malgré le froid. Mauvais équipements. Tracts ennemis.

La fanfare fait mouvement de Niederbruck sur Bischwiller.

23 janvier 1945

La CAC part en patrouille pour reconnaître la contrée du ruisseau de Busen. Elle est fortement accrochée sur la pente Est de l'Erzenbachkopf* et doit rentrer. Pertes : trois tués, un blessé. Patouilles nombreuses sans incidents notables.

24 janvier 1945

Accrochages nombreux de patrouilles. Tirs fréquents d'artillerie sur la route au nord de Willer. Tentative de coup de main sur 681 et l'Oberfeld par le 5e BCP. Pertes de la journée : deux disparus, un blessé.

25 janvier 1945

Patrouille du 1er BCP pour garder le contact. L'ennemi occupe toujours les mêmes positions. Le 5e BCP sera relevé par le Bataillon Toulouse [1er bataillon de Toulouse] de la 10e DI et relève le bataillon Fier (2 du 1er RTA). Le 1er BCP sera relevé par le bataillon Thuillier de la 10e DI et relèvera le bataillon Girard (II/1er RTM).

26 janvier 1945

Le 5e BCP finit de relever le II/1er RTA entre Thann et Vieux-Thann avec mission d'occuper et de prendre la lisière Est de Thann et de maintenir le contact avec l'ennemi. Blessé de la journée : un. Le 1er BCP est à Thann en réserve de demi-brigade avec mission de défendre Thann, de renforcer le 5e BCP sur Vieux-Thann et de de préparer une contre-attaque éventuelle sur le Rangenkopf.

27 janvier 1945

Le PC de la 4e demi-brigade s'installe à Thann ainsi que la CHR et la CAC. Durant la nuit, tirs fréquents de mortiers sur les PA du 5e BCP. Le 4e RTM s'étant emparé dans la nuit du 26 au 27 janvier du faubourg de Belfort (sud-est de Cernay), le 5e BCP reçoit l'ordre d'organiser des patrouilles de façon à se rendre compte d'un départ éventuel de l'ennemi de Vieux-Thann.

28 janvier 1945

Le 5e BCP pénètre dans Vieux-Thann, malgré quelques coups de feu et les mines très nombreuses. Il atteint à 10 h le pont sur la Thur près de l'église de Vieux-Thann. La progression à l'intérieur de la ville est ralentie par les mines. Le déminage est en cours. A 14 h, la 2e compagnie qui pousse une patrouille sur la route de Cernay signale des ennemis descendant le ravin du Kirchberg ; sur sa demande, des tirs d'artillerie sont exécutés.

La 4e demi-brigade reçoit pour mission : a) de pousser le 5e BCP sur Cernay, en couvrant le flanc nord, au fur et à mesure de la progression par des bouchons installés aux débouchés des vallées ou des itinéraires venant de la montagne. Ces bouchons doivent être capables de capturer les détachements ennemis se repliant notamment à hauteur de l'Auberge (500 m Est pont de Thann), de l'usine électrique et d'Erchenberg. En cas de résistance, trop forte, maintenir le contact et tenir solidement les bouchons prescrits ; b) de garder la liaison étroite entre 5e BCP et 4e RSM.

Le 1er BCP met deux sections à la disposition du génie. Travaux de remise en état de la route de Thann - Vieux-Thann et du pont de Vieux-Thann. Le 1er BCP relève dans la nuit le III/1er RTA sur les pentes du Rangenkopf et du Brandwaldkopf.

Blessés de la journée : 15, tous du 5e BCP et par mines. Les évacuations ont été retardées par le manque d'ambulances à la demi-brigade. Le lieutenant Gay François venant de Châteauroux est affecté au 1er BCP.

29 janvier 1945

Le 5e BCP reçoit l'ordre de pousser son gros à l'ouest de Cernay et de se tenir prêt à se porter sur Steinbach dès que l'ordre en sera donné. Un des groupes de combat qui a poussé une patrouille jusqu'à Cernay s'y trouve bloqué. Pertes : deux tués, deux blessés, onze disparus. Deux compagnies tentent de s'emparer des crètes au nord de la route mais sont clouées au sol par une violente réaction du feu ennemi.

L'opération pour prendre Cernay par surprise dans la nuit du 28 au 29 janvier ayant échoué, une opération sera menée contre cette ville le 30 janvier 1945. Le 5e bataillon couvrira l'opération en occupant les crètes 425 et 356 et en poussant sur Steinbach qui est son objectif de fin de journée.

Pertes de la journée : deux tués, onze disparus, deux blessés.

30 janvier 1945

Le général Bondis qui commandait jusqu'à présent le secteur de Thann est remplacé par le colonel Deleuze. Le 5e BCP est inclus dans le groupement Guenin, le lieutenant-colonel Petit ne gardant sous son commandement direct que le 1er BCP.

Dans la nuit du 30, le 5e BCP tente d'occuper les crêtes 425 et 356, mais se fait repousser. Il reprend l'attaque dans la matinée et est pris à partie par un feu violent. Il reste au contact toute la journée et ne progresse que très lentement vers 425.

Le 1er BCP fouille le Kirchberg de nuit, l'occupe de jour et prend pendant la journée plusieurs petits blockhaus faisant huit prisonniers. Il reçoit l'ordre de tenir à tout prix le Kirchberg et de maintenir le contact. Pertes à la date du 30 janvier : 19 tués, 66 blessés évacués, 18 disparus, 132 malades évacués, un déserteur.

31 janvier 1945

L'ennemi tient solidement Cernay et n'a pu être délogé de 425. La mission du 1er BCP est de s'efforcer de s'emparer et de tenir Waldkappel, de reconnaître l'Amselkopf et de réarticuler le dispositif en vue de tenir Brandwaldkopf et Kirchberg avec une réserve au Rangenkopf. Ligne atteinte par le 1er BCP : Kirchberg - Brandwaldkopf - Illherstal - Auberge en 53.30-15.45. Une section de la CA a reconnu l'Amselkopf qui n'est pas occupé et toute la CA doit s'y poster. Une attaque lancée à 19 h sur le Waldkappel a échoué. L'unité chargée de l'opération s'est heurtée à une vive résistance et s'est repliée sous menace d'encerclement.

La mission du 5e BCP est d'achever la conquête de la cote 425, de la nettoyer de façon à mettre complètement à couvert la route Thann - Cernay et envisager un élément léger pour relever le 1er BCP sur l'Amselkopf. Le 5e BCP est relevé par le II/1er RTA dans la nuit du 31 janvier 1945 au 1er février 1945 - relève terminée pour minuit et descend à Thann où il se retrouve sous les ordres du commandant de la 4e demi-brigade. Le bataillon est très fatigué. Le capitaine Pretet resté en convalescence au Blanc rejoint le 5e BCP.

1er février 1945

Repos à Thann pour le 5e BCP qui doit préparer une reconnaissance pour la relève du lendemain. Le commandant Perrot prend le commandement du 1er BCP, le commandant Paoli devient chef d'état-major de la demi-brigade. Le capitaine Nolet et le lieutenant Vicarini passent à l'état-major du BCP.

Tirs de harcèlement de mortiers ennemis. Pertes de la journée : quatre évacués pour pieds gelés.

2 février 1945

Le 5e BCP relève le II/1er RTA sur l'Ertzenbachkopf*, le Grumbachkopf et le Rosenburg. Occupation réalisée à 10 h 30 sans incidents. La liaison est assurée entre le 1er et le 5e BCP par un poste fourni par le 5e BCP entre le Rosenburg et le Rangenkopf. Blessés des 1er et 2 février : 17.

La mission de la demi-brigade est d'assurer la défense sans esprit de recul des emplacements actuellement tenus dans la zone limitée : au nord par Bischwiller - le Molkenrain ; au sud par Thann - le Kirchberg - l'Amselkopf. Elle dispose d'une section de la [X]e compagnie muletière.

3 février 1945

Le 1er BCP est en liaison avec le 1er RTA en 416. Journée calme avec tirs très peu fournis d'infanterie. Le temps est couvert et le dégel, commencé la veille, continue inondant les gourbis. La mission du 5e BCP pour le lendemain est de prendre le Waldkappel sous ses feux pour empêcher les défenseurs de se porter au secours de Steinbach. Il devra saisir toute mission de s'emparer de Waldkappel.

4 février 1945

Mission du 5e BCP : installer un poste avancé au camp de Turenne. Mission du 1er BCP : installer un poste avancé au Molkenrain.

Le colonel Guenin remplace le colonel Deleuze au commandement du groupement de Thann. Mission de la demi-brigade : alléger son dispositif actuel de façon à assurer la couverture de Cernay sur la route des Crêtes en tenant la cote 510 et l'Amselkopf et en établissant des bouchons au débouché des vallées avec l'aide de deux sections anti-chars du 1er RTA.

5 février 1945

Mission du 1er BCP : couvrir Cernay face à l'ouest en interdisant la route des Crêtes et l'accès sur Wattwiller à hauteur du carrefour 571,3 et le couloir Steinbach-Cernay, en occupant 510,3 et en se gardant sur l'Amselkopf en liaison avec le 5e BCP.

Mission du 5e BCP : couvrir Thann et Vieux-Thann face au nord en barrant le couloir de l'Illensthal par des PA sur Brandwaldkopf et Rosenburg, couvrir la section du 1er par un poste de liaison au Kirchberg. Maintenir la liaison avec les groupes de l'ouest par des éléments de surveillance au Silberloch-Col.

Pertes du jour : un blessé par mine. La ville de Thann fête sa libération.

6 février 1945

La demi-brigade reçoit mission de pousser un détachement sur la route des Crêtes pour y réaliser une liaison à la Jungfrauenkopf. La compagnie rejoindra le bataillon une fois la liaison terminée. La 1ère compagnie du 1er BCP part à 7 h pour réaliser liaison. Pertes de la journée : deux blessés par mine.

7 février 1945

[...] Le 1er BCP continue à assurer l'interdiction de la route des Crêtes par deux bouchons. De plus une section à la Jungfrauenkopf relevée toutes les 24 heures. Route des Crêtes coupée en maints endroits, ce qui rend les relèves et le ravitaillement difficiles. Le 5e BCP maintient un poste à Silberloch-Col et se regroupe sur Thann avec PC et CC à Bischwiller. Le lieutenant Devaud Emile de la CHR qui tentait de ramener le corps de deux sous-officiers tués par mines le 25 janvier saute lui-même sur une mine. Pertes : lieutenant Devaud, un blessé."

Source : SHD, GR 12 P 28, archives des 1er et 5e BCP.

* L'orthographe des localités et lieux-dits mentionnés par le document est parfois incertaine.



jeudi 19 décembre 2024

La bataille de Colmar : 2 février 1945


Robert Creux (1929-1945), de Saint-Dizier (52), tombé à Sainte-Barbe. 

Secteur de la 9e DIC

21e RIC - Cité Sainte-Barbe

    1 h 15 : composé à l'origine de volontaires de Haute-Marne engagés en octobre 1944, le 1er bataillon (commandant Gilles Pâris de Bollardière) du 21e RIC quitte Mulhouse pour être à son tour lancé dans la bataille. Son objectif : la Cité Sainte-Barbe (dite également Théodore), commune de Wittenheim.

    Capitaine Robert Vial, commandant la 1ère compagnie : "Renseignements franchement mauvais : l'ennemi va défendre avec acharnement la cité qui constitue sa dernière ligne de défense avant Ensisheim. Présence de chars probable."

    Base de départ : le Jungholtz. Il a été nettoyé dans la nuit par deux sections du 23e RIC, les sections Nicolaï et Parcollet de la 6e compagnie du II/21e RIC, et la section de déminage de la CAC du 21e RIC. Nettoyage "sans résistance", note le capitaine Jean Surun, chef de la 6e compagnie.

    5 h. Les hommes du I/21e RIC s'installent aux lisières Est du Jungholtz.

  6 h. Des obus de 88 s'abattent sur le petit bois. Premières pertes. Caporal Jean Maire (1ère compagnie) : "Cela dure trois quarts d'heure. La terre tremble. Quand nous nous relevons, les trous apparaissent remplis d'eau glacée et nos vêtements sont complètement trempés sur le devant."

    6 h 50. Préparation d'artillerie française, assurée par le I/RACM (Régiment d'artillerie coloniale du Maroc) et la CCI du 21e RIC. Cinq minutes après, alors que les tirs se poursuivent, les marsouins se lancent à l'assaut. La 1ère section (lieutenant Marcel Girardon) de la 2e compagnie (lieutenant Antoine Chabot) attaque en tête, avec pour objectif le centre de la localité. Elle parvient aux premiers jardins, non sans pertes. A la 3e section (sous-lieutenant Pierre Thiabaud) de la 3e compagnie (capitaine Jean Eon), qui attaque l'extrême-droite de la cité, la traversée du "glacis" séparant le Jungholtz de Sainte-Barbe coûte un tué (Joseph Ferrer) et trois blessés. Le caporal René Rihn et Marceau Feit (2e section de la "3") tombent également au moment de l'entrée dans le village. De son côté, la 1ère compagnie pénètre dans l'usine Théodore et l'enlève rapidement.

    Dans la cité, la résistance allemande est vive. A la 1ère section (lieutenant Georges Bernard) de la 3e compagnie, le groupe du sergent Maurice Landivaux entreprend de traverser le terrain de football qui jouxte la salle des fêtes. Il est aussitôt pris sous le feu ennemi. Landivaux est tué d'une balle au front. "J'ai dû être blessé au troisième bond en avant ordonné par le caporal qui avait pris le commandement du groupe", précise le soldat Paul Rivault. 4 tués (Maurice Landivaux, Anicet Vanaquer, Roger Levallois, Raymond Rousset), 3 blessés, 3 hommes indemnes : le groupe a été décimé. Aux abords de la salle des fêtes, les projectiles d'une auto-mitrailleuse ennemie tuent François Roussille, tandis que le radio Joseph Decombe meurt victime d'une balle dans la tête. Fernand Billey, le sergent-chef Jean Vignole figurent également parmi les marsouins ayant perdu la vie au cours des combats.

    Pendant ce temps, une contre-attaque ennemie reprend l'usine Théodore où la 3e section (sous-lieutenant Albert Roignant) de la 1ère compagnie avait capturé une trentaine d'Allemands. L'assaut a été donné à 8 h par une cinquantaine de fantassins ennemis appuyés par trois blindés.

    Dans la cité, la 2e compagnie est notamment bloquée devant l'église. Caporal Guy Seigle : "Roland Sanrey me dit vouloir lancer une grenade à fusil sur un tireur qu'il a repéré dans le clocher de l'église. Malheureusement, il n'aura pas le temps de tirer car, repéré lui aussi, il est tué d'une balle en plein front par ce tireur qui embête tout le monde." A la 3e section (lieutenant Georges Agniel), le fonctionnaire caporal Georges Ballu est "abattu d'une rafale de mitrailleuse en traversant la place entre l'église et l'école" (témoignage de son frère). Jean Collot : "Ballu, un camarade, tombe dans un jardin, aussitôt deux volontaires partent le chercher, quand le "Chleuh" d'en face, non content, tire sur les sauveteurs, et c'est un râle que l'on entend, car seul, Ballu est à nouveau touché, et arrivé près de nous, il meurt." Autres militaires de cette section, le caporal Louis Verson, le sergent Jean Roy, Bronislas Psznoack sont tués ou mortellement blessés. 


Le sergent Jean Roy, de Luzy-sur-Marne (Haute-Marne), tué le 2 février 1945.


    Vers 9 h, un char Tiger - peut-être l'un de ceux qui appuieront la contre-attaque à l'usine - pose également des problèmes aux marsouins, qui font feu au rocket-gun. Mais il faudra faire appel aux TD du RCCC pour le museler. 

    A l'extrême-droite, secteur de la 3e compagnie, le benjamin du bataillon, Robert Creux, qui vient de fêter son 16e anniversaire, est tué dans une maison qui avait été signalée inoccupée. Le groupe du sergent-chef Michel Procot s'en empare, douze prisonniers sont faits dont un est abattu. "A 9 h 30, ma section borde les lisières Sud de la cité Sainte-Barbe", rapporte le sous-lieutenant Thiabaud qui a perdu 2 tués (Creux et Ferrer) et 7 blessés (dont Amédée Dominici qui meurt le 4 février 1945). 

    Les autres sections de la 3e compagnie souffrent - René Petitpas, tué, l'adjudant-chef Jean Gérin, le capitaine Eon, blessés, figurent parmi les victimes - mais parviennent à repousser l'auto-mitrailleuse - grâce aux tirs du rocket-gun servi par Gilbert Hinderschiett et Stanislas Rosanski - et à investir la salle des fêtes. Il est 10 h 30 lorsque le PC de la compagnie y est installé. 

    Malgré les mines, le RCCC parvient à rentrer dans Sainte-Barbe, où l'ennemi décroche. Canons de la CCI et des TD font feu sur les maisons encore occupées. Caporal Seigle : "Au bout d'un quart d'heure, il y a déjà beaucoup de dégâts, des maisons brûlent en dégageant de la fumée. D'un bond, nous quittons notre position, traversons la rue pour entrer l'école. Je vois des Allemands en tenue blanche s'enfuir. [...]" A 11 h 15, les hommes du lieutenant Chabot s'emparent du bâtiment, où se sont réfugiés environ 300 civils.

    Alors que la 1ère compagnie reste bloquée devant l'usine, "la partie Nord de la cité est toujours fortement défendue et des mouvements d'engins blindés sont décelés aux lisières de l'usine et du bois de Ruelisheim", note le JMO du I/21e RIC. A ce moment, des tirs d'artillerie allemande s'abattent sur la cité. Dans la salle des fêtes, le lieutenant Edmond Thouvenot, adjoint au capitaine Eon, est blessé.


Le lieutenant Thouvenot, l'adjudant-chef Gérin, le capitaine Eon, tous trois blessés à Sainte-Barbe.

    En début d'après-midi, la progression reprend en direction de la partie Nord de la cité. Il y aura encore des pertes. A la 3e compagnie : les tireurs FM Bernard Moginot et Louis Oudin sont blessés. A la 2e compagnie : vers 16 h, écrit Jean Collot, "nous sommes encore bloqués dans une maison. Emile Nottebaert essaie de mettre en batterie son FM, il prend une balle dans le front." Les TD parviennent à immobiliser un char allemand, et vers 16 h, la dernière résistance est réduite - une vingtaine de prisonniers. Sainte-Barbe est quasiment libérée.

    Reste à reconquérir l'usine Théodore. L'opération est menée par la compagnie Vial appuyée par un peloton de Sherman du 2e RCA (1ère DB), et elle est rondement exécutée. Dernier événement de la journée : un tireur FM de la 2e compagnie abat les passagers d'un véhicule de reconnaissance fonçant sur la route de Ruelisheim. Mario Cappellaro sera décoré de la médaille militaire pour ce fait d'armes. 

    Le bilan est très lourd pour le I/21e RIC : 32 tués, 83 blessés (dont six décéderont dans les prochains jours) et 6 disparus. 18 engagés de Haute-Marne figurent parmi les morts. A elle seule, la 3e compagnie déplore 16 tués et 33 blessés. Côté ennemi, 145 prisonniers dont cinq officiers, et un nombre de tués et blessés non mentionné. 

    Autre élément du 21e RIC engagé dans ces opérations : le 2e bataillon du commandant Jean Whitehouse. Au moins 5 tués à la 7e compagnie. Le lieutenant-colonel Henri Delteil, adjoint au chef de corps, a été blessé dans la matinée. Le lieutenant Robert Ricour, du RCCC, et le médecin-auxiliaire Jean Avinier, du 25e bataillon médical, ont également perdu la vie. 

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "Le II/21 est remis à la disposition de son colonel pour faire une diversion par le sud [de Sainte-Barbe]. Devant la rapidité du déroulement de cette attaque dans les  premières heures de la matinée, l'exploitation au moyen du CC1 agissant en direction d'Ensisheim est envisagée, et le II/6e reçoit l'ordre de se tenir prêt à renforcer l'action des blindés. Il est même prévu qu'une compagnie, la 7e, montera sur les chars. Mais l'ennemi, d'abord surpris, se ressaisit et Cité Sainte-Barbe ne tombera qu'à la nuit." Le II/6e RIC est alors mis à la disposition du colonel Gruss avec une section de la CAC et une section du génie de la compagnie 71/1.

23e RIC

    Le II/23e RIC est relevé à Richwiller par le 2e bataillon de choc, et relève le III/23e RIC à Cité Fernand. 

2e BZP

    Pendant que les I et II/21e RIC se battaient à Cité Sainte-Barne, les zouaves portés du commandant Arfouilloux repartaient à l'assaut du hameau de Schoenensteibach. Ce sont les 1ère et 3e compagnies qui sont engagées, ainsi que l'escadron (à pied) Julien du 9e RCA. Dès le début de l'attaque, la préparation d'artillerie française (6 h 50) cause des pertes aux troupes amies. Mais le hameau est enfin conquis. Le 2e BZP déplore, en deux jours de combat, 35 tués et de nombreux blessés, dont Arfouilloux et le capitaine Holler. 

Secteurs de la 2e DIM - 4e DMM

    La 2e DIM atteint la route Wittenheim - Wittelsheim. Un officier du I/35e RI, le lieutenant Jean Cruez, est blessé par l'explosion d'une mine vers la Cité Amélie-II.

    De son côté, le 5e BCP du commandant Stabler remonte en ligne. Il relève aux abords de Thann le II/1er RTA, du Grumbachkopf à La Roche-Albert, du Rosenbourg au col de Grumbach, et face à l'Erzebachkopf.

2e corps

    Ce jour est celui de la libération - hautement symbolique - de Colmar par les troupes américaines et françaises. Le général de Lattre sent que les Allemands vont évacuer l'Alsace, non pas par le pont de Brisach, mais par celui de Chalampé.

Secteur des Vosges - 10e DI

    Une patrouille du III/5e RI partie de la ferme Schaffert est victime d'un tir de barrage. Les pertes sont sensibles : le lieutenant Raymond Damour, les soldats Robert Mahieu, Armand Meritet, Robert Remigereau et Albert Robineau sont tués, sur le territoire de Wildenstein. C'est ce jour-là, également, qu'un jeune volontaire de 17 ans du Corps-franc Pommiès, Roger Vandenberghe, est blessé en sautant sur une mine - c'est le futur célèbre chef de commando en Indochine.

    Dans la nuit, il y a des pertes au 24e RI, notamment en raison de tirs d'artillerie (Daniel Courant, Henri Ladam sont tués à Fellering et Willer-sur-Thur).

Sources complémentaires : Lionel Fontaine, "De la vallée de la Marne aux sources du Danube".

    


 


dimanche 8 décembre 2024

La bataille de Colmar : 20 janvier 1945


Les corps des chasseurs du 2e BCP tombés devant le couvent de l'Oelenberg,
le 20 janvier 1945. (Photo issue du livre de René Pacaut).

 

    L'heure de la délivrance a sonné pour Colmar. Et pour une grande partie du territoire alsacien qu'il restait à conquérir. A peine la ville de Strasbourg est-elle sur le point d'être définitivement sauvée que le général de Lattre de Tassigny lance le 20 janvier 1945 une grande offensive. Celle dont il caresse le projet depuis plusieurs semaines. Elle sera la plus intense, la plus rude de la campagne.

    Favorisée, selon son instruction personnelle et secrète n°7, par la situation militaire allemande - difficultés en Ardenne, échecs d'attaques en Lorraine, offensive de l'Armée rouge sur le front Est -, constituant "la meilleure parade à la menace allemande sur Strasbourg", l'offensive sera engagée au petit jour du 20. Et se déroulera en deux temps.

    D'abord, au sud, le 1er corps (2e division d'infanterie marocaine, 4e division marocaine de montagne, 9e division d'infanterie coloniale, 1ère division blindée) agira pour faire tomber Cernay, s'emparer des points de passage sur l'Ill entre Meyenheim et Ensisheim, et permettre l'exploitation en direction de Brisach, point de passage sur le Rhin. Puis, au nord, le 2e corps (1ère division de marche d'infanterie, 5e division blindée), renforcé par la 2e DB française et la 3e DI américaine, entrera en action à partir du 23 janvier 1945, convergeant lui aussi vers Brisach.

20 janvier 1945, 1er corps 

    "Hélas ! Le temps n'a jamais été plus affreux que le 20 janvier", note le général de Lattre. C'est pourtant par une météo exécrable qu'après une préparation d'artillerie exécutée par 102 batteries, les tirailleurs de Carpentier et de Hesdin, les marsouins de Morlière se lancent à l'assaut, sous la neige, à partir de 7 h 55, sur une ligne Thann-Mulhouse, à la conquête des cités ouvrières, des puits de potasse, des sommets.

    Voici, au jour le jour, le détail des opérations menées par plusieurs de ces unités, grâce essentiellement aux journaux de marche et d'opération conservés à Vincennes. 

23e RIC

    Appuyé par un peloton de chars et un peloton de TD, le 23e RIC du colonel Jean Landouzy, encadré par le 152e RI à gauche et le 6e RIC à droite, a pour objectifs Pfastatt et Lutterbach, puis Meyershof et la Cité Anna, enfin la Cité Sainte-Barbe et Ruelisheim. Pour cette première journée d'offensive, l'appui d'artillerie est fourni par trois groupes de 105, six pièces de 105, deux compagnies de canons et deux groupes de 155.

    Le I/23e RIC du commandant Marie-Gabriel Alain progresse à droite pour s'emparer de Pfastatt, le II/23e RIC du commandant Robert de Loisy à gauche en direction de Lutterbach.

    La 5e compagnie du capitaine Charles Voisin doit donner la première. Au sein du II/23e RIC à majorité iséroise, elle constitue une unité auvergnate, puisque les deux-tiers de l'effectifs proviennent de volontaires du Puy-de-Dôme (3e compagnie, zone 14) qui se sont rattachés au Bataillon de Chartreuse. Son objectif : la teinturerie de Pfastatt, de l'autre-côté de la Doller. "Un monde, cette teinturerie ! écrit le capitaine Voisin. Un vaste rectangle de 700 m de long, sur 500 m de large, orienté nord-sud. Le mur Sud borde à 15 m la rivière et 150 m de terrain vague le séparent des premiers bâtiments, serrés dans l'enceinte. Tout autour, le billard. Un fusil-mitrailleur empêcherait le débouché d'un régiment."

    Pourtant, après avoir franchi la Doller à gué, l'unité, qui est en pointe de sa division, parvient à 7 h 05 à neutraliser la garnison en un quart d'heure, au prix d'un tué et deux blessés. Cette réussite permet ainsi de créer une tête de pont sur la rive gauche.

    Au soir, l'objectif 01 (Pfastatt et Lutterbach) du 23e RIC est atteint, "sauf l'extrémité Ouest de Lutterbach", note sobrement le JMO du régiment. Celui-ci a fait 157 prisonniers dont deux officiers. Le II/23e RIC déplore 13 tués dont le capitaine André Sicard, chef de la 7e compagnie) et 60 blessés dont le sous-lieutenant Feyler, le I/23e 12 tués, 42 blessés, deux disparus. Le soir, le 2e bataillon est à Lutterbach, le 1er à Pfastatt, le 3e du commandant Gaston Voisard à la teinturerie en réserve. "Nuit calme", rapporte le JMO du 23e RIC, qui a été épaulé durant cette journée par les pelotons Duwez et Giraud.

6e RIC

    Le 23e RIC a bénéficié, pour son attaque de Lutterbach, de l'appui feu du III/6e RIC (commandant Communal), qui était en réserve de la 9e DIC à Dornach - tandis que le 21e RIC est en position à L'Ile-Napoléon. Le reste du 6e RIC est engagé à droite des hommes du colonel Landouzy.

    Le "compte-rendu des opérations de réduction de la poche de Colmar" du lieutenant-colonel Dessert rapporte ainsi la journée du 6e RIC  : 

    "A 7 h 45, début de la préparation d'artillerie, les deux compagnies [2e et 3e du I/6e RIC] serrent au plus près de la berge Sud et commencent à franchir la Doller [...] sur quatre passerelles placées par le Génie. La 2e compagnie franchit la rivière sans grande difficulté et s'empare très rapidement de l'usine d'équarrissage (une mitrailleuse et une vingtaine de prisonniers sont faits). Elle poursuit sa progression en direction du couvent qu'elle atteint vers 8 h 30.

    Pendant ce temps, les sections de tête de la 3e compagnie ont franchi également la Doller malgré des feux ajustés des tireurs d'élite ennemis postés dans l'usine Manurhin. Bientôt elles sont arrêtées par des résistances installées dans l'usine et disposent de panzerfaust et de lance-grenades. Plusieurs sous-officiers et hommes de troupes sont tués ou blessés.

    Le lieutenant Boivin réussit cependant à pénétrer dans le bâtiment partie Est, bientôt suivi par la 3e section, qui elle aussi a eu des pertes sévères aux passerelles.

    Vers 8 h 45, un char Sherman, qui a passé la Doller à gué, permet aux hommes de passer par la rue longeant l'usine au nord.

    Vers 9 h 30, l'usine Manurhin est enlevée, à l'école la 3e compagnie se heurte à un très fort îlot de résistance. Le tir des chars est peu efficace. Les défenseurs se trouvent dans des tranchées creusées sur la place de l'école, les rues sont minées, prises d'enfilade par les armes automatiques, l'avance est lente. Heureusement un char permet de liquider la résistance, l'école tombe vers 11 h 30. Des prisonniers sont faits. La progression des compagnies reprend aussitôt, de maison en maison. Les objectifs sont atteints par la 2e compagnie à 12 h, la 3e à 13 h.

    A 13 h, à peine installée, la 3e compagnie subit une contre-attaque partie des bois de Kingersheim. Celle-ci est repoussée, plusieurs cadavres ennemis restent sur le terrain, quelques prisonniers sont faits. Le bataillon s'organise alors face au nord et se préoccupe d'établir la liaison à gauche avec le 23e RIC.

    Sans attendre la conquête définitive de Bourtzwiller, les premiers éléments du II/6e ont commencé à passer la Doller à 11 h. La 7e compagnie (capitaine Lassurguère) doit conquérir de haute lutte la base de départ sur des éléments ennemis qui se sont repliés, de Bourtzwiller dans les bois à l'est de cette localité. Cependant, à 14 h 30, la mise en place est terminée, il neige abondamment. Le débouché s'effectue après une préparation d'artillerie de 30 minutes, le village d'Illzach est nettoyé.

    A 17 h, la 7e compagnie et le peloton de chars sont poussés sur Kingersheim. Elle rencontre peu de résistance et s'installe défensivement dans le village conquis.

    A 18 h, la conquête d'Illzach et de Kingersheim est assurée. Une centaine de prisonniers reste entre nos mains. Les 5e et 6e compagnies s'installent défensivement à Illzach, la 7e à Kingersheim. Durant toute la journée, il a neigé et dans l'après-midi, l'artillerie et les mortiers ennemis ont réagi violemment, causant des pertes."

4e RTM

Dans le secteur de la 4e DMM, chargée, à gauche du 1er corps, de prendre Vieux-Thann et de déborder Cernay par le nord, les intempéries, la résistance ennemie font que seul le Herrenstubenkopf, qui domine la ville de Thann, est conquis.

Plus heureuse, la 2e DIM, à qui la mission principale de rupture en direction de Wittelsheim a été confiée, parvient à pénétrer dans la forêt de Nonnenbruch, à atteindre la voie ferrée, et à enlever l'asile d'aliénés au sud de Cernay.  

Exposé du capitaine de Mecquenem, commandant la 5e compagnie du 4e RTM : "Mission du régiment [...] : renforcé d'un groupe blindé du CC2 [de la 1ère DB], rompre la position ennemie de l'asile au bois de Nonnenbruck. S'emparer du faubourg de Belfort [Cernay] et si possible du pont de la Thur. [...] Deux compagnies en premier échelon : 5e compagnie à gauche (Ouest), 6e compagnie à droite (Est). Mission de la 5e compagnie : en liaison avec la 6e compagnie et avec un peloton de chars, assurant la couverture de flanc dans la direction de Vieux-Thann, se porter sur l'axe 314.7 - 309.8 - 309.5, s'emparer de la partie gauche (Ouest) de l'asile d'aliénés, pousser ensuite en direction du pont reliant le faubourg de Belfort à Cernay, s'installer sur la rive Sud de la Thur jusqu'au chemin Est. [...] Le premier objectif de la [5e] compagnie sera la ligne des blockhaus et la lisière Nord du bois dans lequel ils se trouvent. La compagnie en colonne double se portera à l'abri des tirs d'artillerie jusqu'à la limite de sécurité ; les éléments de tête seront alors dépassés par les chars qui neutraliseront les blockhaus. Les sections de tête nettoieront les bois dès que les blockhaus ne tireront plus. [...] Base départ (infanterie), fossé 100 m Nord des lisières [du] village d'Aspach. [...]

7 h 50 : bombardement [ennemi] des lisières Nord d'Aspach, trop tard pour gêner le débouché infanterie-chars.

8 h : les chars sont arrêtés au débouché par un champ de mines.

8 h 05 : les sections de tête sont bloquées après la levée des tirs d'artillerie par des tirs de mitrailleuses de blockhaus et deux armes automatiques et tireurs d'élite qui, situés sur la droite, prennent les sections de tête de flanc. [...]

8 h 10 à 8 h 40 : les 1ère, 2e sections, section lourde et section de commandement sont littéralement clouées sur place. Pertes nombreuses.

8 h 40 : les chars reprennent leur progression et dépassent la 3e section, élément de queue de la compagnie.

8 h 42 : les chars sont en batterie face aux blockhaus et les prennent à partie.

8 h 45 : manoeuvrant par la gauche et dépassant l'échelon de tête, la section de réserve qui n'a reçu aucun ordre progresse, dépasse les chars, donne l'assaut de la butte de tir et commence le nettoyage du bois de la gauche vers la droite. Réactions ennemies : le feu s'affaiblit.

8 h 47 : ordre à la 2e section : "en avant !". Un seul bond porte la 2e section à la lisière du bois sans pertes.

8 h 48 : ordre à la 1ère section : "en avant vers vos objectifs !" [...]

8 h 50 - 8 h 55 : le nettoyage du bois est terminé, une vingtaine de prisonniers sont capturés. 

9 h : le feu ennemi reprend en arrière et à droite sur des éléments isolés, des blessés et des brancardiers qui traversent la plaine. [...]

9 h 25 : à la porte du mur de l'asile, deux panzerfaust éclatent à proximité du char qui appuie la 1ère section. Le nid de résistance est trouvé, pris à partie par le canon du char, trois prisonniers sont faits par un groupe qui lui donne l'assaut.

9 h 40 : la route 308 - La Croisière est atteinte sans réaction ennemie. La liaison par 511 avec le bataillon ne fonctionne pas.

9 h 45 : rassemblement des chefs de sections et du chef de peloton de chars. Ordres : la progression sur O ne sera reprise que, lorsque les liaisons fonctionnent, l'artillerie pourra appuyer le débouché de l'infanterie des chars ; par contre, le nettoyage des boqueteaux et des casemates nord de l'asile sera entrepris immédiatement.

[La progression] des 1ère et 3e sections se poursuit sans incident. [...] [Un] auto-moteur ennemi se révèle et démolit en quatre coups  la maison du garde-barrière occupée par une pièce de mitrailleuse. Liaison impossible avec le bataillon par TSP, envoi d'un agent de transmission qui sera blessé. Aucune liaison à droite avec la 6e compagnie chargée de la conquête et du nettoyage de la partie Est de l'asile.

10 h : le chef de peloton de chars reçoit un ordre de son commandant de ne pas dépasser la route 308 - La Croisière sans nouveaux ordres du commandement. Une brusque rafale de neige obscurcit le temps.

10 h 15 : les casemates 300 m Nord de l'asile sont occupées sans incident. Les compte-rendus des chefs de sections signalent de nombreuses allées et venues ennemies aux lisières Sud de Cernay."

2e BCP

    Durant ces opérations, le Régiment de Bourgogne du commandant René Alizon soutient, comme à son habitude, les tirailleurs marocains de la 2e DIM. C'est ce même 20 janvier 1945 qu'il fusionne avec le 1er Bataillon du Charollais, dont les hommes sont versés dans la 7e compagnie (lieutenant Jean du Sordet), la CA 2 (lieutenant Mauz) et la CB 2, et avec le 1er Régiment de volontaires de l'Yonne. Tous sont réunis dans un 35e RI (dit Régiment Bourgogne-Yonne) confié au colonel Henri Manhès et qui perd André Brunet en ce premier jour d'offensive.

    D'autres volontaires bourguignons sont engagés le 20 janvier 1945 : ceux du 2e bataillon de chasseurs à pied. Le 2e BCP du commandant Roger Daumont, issu du Bataillon du Louhannais (Saône-et-Loire), appartient à un groupement formé avec le 152e RI, à la charnière entre la 2e DIM et la 9e DIC, et il a pour objectif le couvent d'Oelenberg. Il a également pour mission, complète le journal de marche du bataillon, de "pénétrer dans la forêt de Nonnenbruch et border la route de Mulhouse-Thann, dans la région Sud de la Cité Else".

    Les conditions météo sont épouvantables, mais dans ce bataillon appuyé par un peloton de Sherman et un groupe de 155, le moral est bon. "Extraordinaire", même, écrira le chef de bataillon. 

    A peine la préparation d'artillerie a-t-elle débuté, à 7 h 15, que le groupe-franc, commandé par le sous-lieutenant Joseph Nau, un maréchal des logis-chef de la Garde âgé de 32 ans, commence à s'approcher du couvent. La 3e compagnie le suit. "A 7 h 55, fin officielle d'une préparation qui n'a pas eu lieu", note, amer, le commandant Daumont.

    C'est bientôt l'enfer pour les chasseurs du Louhannais, et notamment à cause des mines "malheureusement recouvertes par de récentes couches de neige" (JMO). Le cahier de marche de la 3e compagnie du lieutenant Robert Demesy rend compte : "Le peloton léger commandé par le sous-lieutenant Nau parvient à l'enceinte extérieure (palissade en bois) du couvent sans recevoir un coup de feu. Mais, dès la brèche pratiquée dans cette enceinte, des hommes sautent sur des mines... La palissade est quand même franchie [...]. Alors, un feu nourri d'armes automatiques empêche leur progression." Un des premiers, "le sous-lieutenant Nau est tué à bout portant alors qu'il venait de commander l'assaut à sa section", précise le JMO du 2e BCP.

    Progressant par le lit d'un ruisseau, suivie par le groupe de panzerfaust conduit par le lieutenant Demesy, la 1ère section du lieutenant Louis Charvot, composée des groupes du sergent Jean Monange, du sergent Clovis Chanussot et du caporal-chef Henri Thomas, passe également la palissade, afin d'aller détruire un poste de transmission. "Mais le feu violent des armes automatiques fauche les hommes. C'est alors que le lieutenant Charvot saute sur une mine. De nombreux hommes sont blessés ; le chasseur Lance est tué." Egalement touché, le chasseur Henri Millière est porté sur son dos par le sergent Monange, tandis que le sergent-chef Roger Tissot se dévoue pour ramener les tués, provisoirement laissés sur le terrain. Parmi les blessés de la section (Curau, Bourcet, Lefebvre), un chasseur "ayant sauté sur une mine voit son pied coupé un peu plus haut que la cheville... Il se fait lui-même son garrot et arrachant son pied qui ne tenait que par un lambeau de chair à sa jambe, il le jette en disant : "Courage, on les aura." Puis, les chasseurs Laurent, Flament, blessés par des balles sont laissés sur le terrain, le lieutenant Charvot tué sur une mine, les chasseurs Duty, Bougaud, Thibaud et le caporal Pichet..."

    Le repli par le ruisseau doit être ordonné, et un nouveau tir d'artillerie français exécuté sur les bâtiments Sud du couvent. Mais il se révèle inefficace. Pour le chef de bataillon Daumont, l'attaque est un échec. C'est ce dont il rend compte au colonel Marcel Colliou, chef du groupement (et du 152e RI), à 8 h 45. Si un nouvel assaut doit être tenté, estime l'officier de chasseurs, c'est à la condition de bénéficier d'une préparation d'artillerie réellement efficace, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent.

    "A 9 h 15, écrit le commandant Daumont, les derniers chasseurs valides rejoignent le Brunnmatlein, au moment où les Allemands avec des mortiers à six tubes commencent à arroser la région du PC et la clairière immédiatement au sud du bois." Le médecin auxiliaire du 2e BCP, Robert Mauchaussée, est tué, plusieurs servants de mortiers du 152e RI sont mis hors de combat. 

    Il y a des pertes, également, et elles sont lourdes, à la section de l'adjudant Joseph Magnenot de la 3e compagnie qui a été prise à partie par un groupe d'Allemands à proximité d'une porcherie. Ayant passé la Doller sur une passerelle que les hommes ont jetée, Magnenot, avec le groupe-franc du sergent André Allamando, les groupes du caporal-chef Joseph Wyns et du caporal-chef Guidard, avait notamment pour mission de réduire au silence un mortier du couvent. Mais la riposte allemande a été meurtrière. "Le chasseur Coenart qui s'était déplacé un peu sur la gauche reçoit une balle explosive qui lui coupe deux doigts, rapporte le cahier de marche de la compagnie. Le chasseur Cordier, tireur du FM, tente de franchir le portail mais est tué net." Après la mort de Marcel Cordier, le repli doit être également ordonné jusqu'à un talus. Mais Deloye est blessé, Robert Loiseau est tué à son FM, puis Michel Kuntzmann qui lui a succédé, et encore Roger Clerc, autre tireur au fusil-mitrailleur. La position sur le talus n'est plus tenable. Nouveau repli, au cours duquel Communal, Curto, Deloye (pour la seconde fois) sont chassés. Si les chasseurs ont pu ramener les corps de Kuntzmann et Loiseau, celui de Clerc doit être laissé sur le terrain.

    Après l'évacuation des blessés - dont plusieurs, grièvement atteints, avaient pu être ramenés de l'intérieur du couvent par leurs camarades -, le bataillon est regroupé au moulin de la Hardt. Il se dirige vers la route Thann - Mulhouse, autre objectif, et parvient aux lisières de la forêt de Nonnenbruch, à la nuit tombante. "Une tempête de neige fait rage depuis quelque temps et on doit évacuer les premiers gelés", rapporte le commandant Daumont dont le bataillon perd encore deux hommes - le sous-lieutenant Roger Joly et le chasseur Marcel Jouffre, tués - en reconnaissant un pavillon de chasse vers le carrefour des routes Mulhouse-Thann et Reiningue. Par - 20°C, le 2e BCP va passer la nuit en tenant un point d'appui. Il aura perdu quatre officiers et une dizaine de chasseurs tués.

Sources : archives du 6e RIC, GR 12 P 253, SHD Vincennes ; archives du 23e RIC, GR 12 P 255, SHD Vincennes ; archives du 4e RTM, GR 12 P 65, SHD Vincennes ; archives du 2e BCP, GR 12 P 28, SHD ; PACAUT (René), Maquis dans la plaine. De la Bresse à l'Alsace avec les résistants, FFI et chasseurs du 2e BCP, Le Hameau, 1974.