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mercredi 8 janvier 2025

La 10e division d'infanterie (1944-1945) : deuxième partie


Les éléments de la 10e DI présentés au ministre Diéthelm. (photo ECPAD)


 Plutôt que de rester positionnés dans les Ardennes, les éléments de la 10e DI sont dirigés sur la 1ère armée française. Un changement de destination qui s'explique par le repli des troupes américaines ordonné par le général Eisenhower à la suite d'une offensive allemande en Lorraine dans la nuit du 31 décembre 1944 au 1er janvier 1945. La 10e DI - du moins une partie non négligeable - a été appelée pour permettre à la 3e division d'infanterie algérienne d'aller défendre Strasbourg.

    C'est en train que le 5e RI, qui était à Auvillers-les-Forges (Ardennes), est dirigé sur la région de Remiremont (Vosges). Il débarque les 6 et 7 janvier 1945 à Saint-Nabord, où le III/5e RI et les unités régimentaires, parties de Paris le 8 janvier 1945, vont le rejoindre. 

    Même parcours pour le 24e RI du lieutenant-colonel Bablon. Arrivé à Signy-le-Petit (Ardennes) le 30 décembre 1944, affecté à la recherche de parachutistes, le 3e bataillon du commandant Deynoux embarque dans les wagons le 3 janvier 1945 au soir. Terminus Saint-Nabord. 

    Rapidement, le 5e RI monte en ligne dans les Vosges, secteur dont le colonel Emblanc commandera le sous-secteur Nord. Le 9 janvier 1945, tandis que le sous-lieutenant Emile Caumont est mortellement blessé dans un accident de la route près de Nancy - le lieutenant Sablot et le sous-lieutenant de Margerie sont blessés -, le I/5e RI du lieutenant-colonel Hucher prend position au-dessus de Gérardmer. Trois sections de la 2e compagnie défendent le point d'appui de Balveurche, une autre est au Collet avec une section du 2e bataillon du 9e régiment de zouaves, la 3e compagnie est au PA du Grand Valtin, une section de la CA est à la maison forestière de Belbriette, la 1ère compagnie et la CA au barrage de Xonrupt, enfin le PC et la compagnie de commandement à Parigoutte. "Notre unité était la dernière en liaison avec le 21e corps américain", précise Jean Vantin, jeune volontaire de 17 ans de la CA 1 (capitaine Robert Thominet). 

    Le 13 janvier 1945, tandis que le capitaine Caillon (II/5e RI) rejoint le I/5e RI, le soldat Michaux (ou Michot), agent de liaison, est porté disparu entre le Grand Valtin et Xonrupt - il a été capturé.

    Le lendemain, des tirs de mortiers s'abattent sur l'observatoire de Balveurche. Le sergent Viebranet est tué, l'adjudant Lebas et le soldat Jean-Baptiste Antonini, 17 ans, sont blessés (Antonini meurt de ses blessures à Gérardmer le 15 janvier 1945).

    Dans la nuit du 13 au 14 janvier, c'est au tour du III/24e RI de monter en ligne, non pas dans les Vosges, mais en Alsace, dans le secteur d'Urbès où il relève le 1er bataillon du 1er régiment de tirailleurs marocains. Passées par le col de Bussang, les compagnies (lieutenant Thelliez, capitaine Albert Delarra, capitaine Alfred Wihlm, capitaine Pierre Malterre, capitaine René Thomas) s'installent à Fellering, Wesserling et Ranspach, sur la nationale 66 qui relie Le Thillot à Thann. 

    La même nuit, le II/24e RI du commandant Schweitzer remplace le bataillon de tirailleurs Chauveau, toujours dans la vallée de la Thur, dans la région d'Oderen et Fellering. Le 17 janvier 1945, l'aspirant Boete est blessé, et le 19, un soldat du bataillon Schweitzer est tué.

    A noter que parmi les éléments de la 10e DI - renforcée par la 4e demi-brigade de chasseurs du commandant André Petit - débarqués dans les Vosges, figurent des hommes de la compagnie mixte de transmissions 10/84, parmi lesquels Claude Barbier. 

La bataille de Colmar

    Le 20 janvier 1945, la 1ère armée française lance la bataille pour réduire la Poche de Colmar. Les troupes du secteur des Vosges sont chargées pendant ces opérations d'empêcher les troupes allemandes en position sur les hauteurs de décrocher en direction de la plaine d'Alsace. Période qui n'est pas du tout repos, en témoigne cette chronologie.

    Rappelons les emplacements des unités de la 10e DI, renforcées par le 1er Régiment de Franche-Comté, les I et II/51e RI, le Corps franc Pommiès, le 1er Régiment du Morvan : le I/5e RI (Hucher) entre Gérardmer et La Schlucht, le III/5e RI (Devillars) à Wildenstein, le III/24e RI (Deynoux) à Oderen et Fellering, les 1er et 5e BCP puis le I/24e RI (Lhuillier) à Willer-sur-Thur (Oberfeld).

20 janvier 1945. Trois blessés par mortier au III/24e RI.

21 janvier 1945. Dans la nuit du 21 au 22, le III/5e RI relève le 3e groupement de tabors marocains, vers les fermes Schaffert, Bramont et Kleinruntz (PC à Wildenstein). Le sergent Henri Parent est tué.

22 janvier 1945. Une patrouille du II/24e RI (Schweizer) est harcelée au pied de la cote 585. Elle se retire avec cinq blessés, laisse un mort et un blessé prisonnier.

24 janvier 1945. Un blessé par mortier au III/24e RI.

26 janvier 1945. "Deux tués et quatre blessés légers à la 3e compagnie au cours d'une patrouille", note le JMO du I/5e RI qui déplore la mort de Marcel Leclerc et Raymond Milon près du Valtin. En ce jour de tempête de neige, le I/24e RI (capitaine Lhuillier), débarqué deux jours plus tôt à Masevaux, commence à relever le 1er BCP à Willer-sur-Thur.

27 janvier 1945. Le II/5e RI relève le II/9e zouaves au Collet et au Chitelet (PC à l'usine électrique de Gérardmer). La 10e compagnie du III/24e RI occupe la maison Sieg (quatre blessés au régiment). 

28 janvier 1945. Le capitaine Sockel, adjudant-major du I/5e RI, réalise la liaison avec les Américains au Thalet. Au II/5e RI, le point d'appui du carrefour du Chitelet, défendu par la section du lieutenant Geslin, est attaqué par des skieurs. Le soldat Louis Martin est tué d'une balle en plein front.

29 janvier 1945. Activité de patrouilles au 24e RI. L'aspirant Jacques Bergerot, du 2e bataillon, est tué sur une mine à la cote 831, il y a également quatre blessés. Au cours d'un accrochage impliquant la 10e compagnie du III/24e, le soldat Lucien Chignon est tué.

30 janvier 1945. Accrochage de nuit pour une patrouille du 5e RI : un tué (le soldat André Feugueur), trois disparus dont le sous-lieutenant Fernand Beurthe. Au I/24e RI, le lieutenant Capeyron, commandant la 3e compagnie, est blessé. Le 24e RI déplore également trois morts.

Lourdes pertes au II/24e RI

31 janvier 1945. Blessure accidentelle du commandant R. Carlot, chef du III/5e RI. Son adjoint, le capitaine Pery (ou Péri), lui succède. En réserve à Retournemer, la 6e compagnie (lieutenant Célestin Gauthier) du II/5e RI relève la 5e compagnie (capitaine Depoix) au Chaume du Haut-Chitelet.

    La CA du II/24e RI effectue un coup de main à partir de 5 h sur les cotes 585 et 775, tandis que deux sections de la 7e compagnie réalisent une diversion sur la cote 684. JMO du 24e RI : "L'une des patrouilles fouille le bois de la cote 775 et par suite de la destruction d'un appareil de liaison, ne reçoit pas l'ordre de repli qui lui est donné à 5 h. Elle se fait prendre de flanc par des mitrailleuses et tirs de mortiers. Parvient à décrocher à 11 h. Les deux sections attaquant la cote 585 sont accrochées par des armes automatiques enterrées dans des bunkers. Elles décident de prendre la position en la tournant mais sont prises à partie par des armes automatiques qui se dévoilent. La fin du décrochage a lieu vers 19 h." 

    Les pertes sont lourdes au bataillon : huit morts, dont le sous-lieutenant André Lottin, et quinze blessés. Le JMO du 24e RI n'apporte pas plus de précisions sur ces pertes. Le journal de la 10e DI indique : "Ordre de décrocher à 7 h 50. Une section n'avait pas pu décrocher à 18 h". Le témoignage d'un vétéran du II/24e RI semble suggérer que les victimes appartiennent à la 2e section de la 7e compagnie, qui défendait une ferme près de Wildenstein attaquée par les Allemands. Les victimes : Pierre Archambaud, 18 ans, René Dhal, 20 ans, René Dropsit, 19 ans, Charles Lefebvre, 20 ans, Georges Pelouze, 19 ans, Gérard Warin, 17 ans. Autre victime du régiment : Georges Szczesny, 19 ans.

    Pour sa part, le I/24e RI accroche une patrouille allemande vers 10 h 30 sur la cote 561,8, perdant un tué et le sous-lieutenant Jacques Goussu-Chantel blessé.


1er février 1945. Tandis qu'une patrouille du II/5e RI partie du PA du Collet pousse jusqu'à la ligne des crêtes, perdant quatre blessés (Crochard, Kaplansky, Besnard et caporal Bruant), au II/5e RI, dans la nuit du 1er au 2, une nouvelle attaque ennemie au Chitelet coûte un tué (soldat Roger Daoulas, de la 6e compagnie) et deux blessés. Le III/5e RI perd un tué (soldat René L'Hostis, 17 ans) à Wildenstein, victime d'un éclat d'obus.

- Au 24e RI, un tué à la CCI, deux blessés au 1er bataillon.

2 février 1945. Pertes sensibles dans une patrouille du III/5e RI partie vers 16 h de la ferme Schaffert : le lieutenant Raymond Damour, les soldats Robert Mahieu, Armand Meritet, Robert Remigereau et Albert Robineau sont tués sur le territoire de Wildenstein.

- l'artillerie allemande cible les positions du 24e RI, qui déplore la mort de Daniel Courant à Fellering et d'Henri Ladam à Willer-sur-Thur.

3 février 1945. Les soldats Francis Auffray, 17 ans, et Bruno Baro, 21 ans, du III/5e RI, sont tués par un tir d'artillerie à Wildenstein.

4 février 1945. L'ennemi ayant décroché en direction de la plaine d'Alsace, la 10e DI et les unités FFI qui lui sont rattachées sont parties vers l'avant. Le I/5e RI atteint le sommet du col de La Schlucht à 13 h 30, mais les mines causent onze blessés "dont quatre très graves". Parmi eux, Pierre Lefebvre (2e compagnie) décède à Gérardmer. Les autres blessés : Fontaine, Lucien Endis, Ridet, sergent Diseine, Dudoy, Kircheim, Pourveau, Youpelle, Berger, André Picotin.

- Au II/5e RI, la 7e compagnie ne parvient que le soir à prendre le Falimont. Ce contretemps empêche la 6e compagnie de se porter sur le Hohneck. Le sergent Brochard, de la 5e compagnie, a été tué, il y a deux blessés dont le sergent Flachon (CA 2)... qui ne se prénomme pas André mais Andrée car il s'agit d'une femme !

- Dans un autre secteur des Vosges, le 24e RI éprouve également des pertes à cause des mines : le soldat Joseph Cutulic est tué.

5 février 1945. Le 5e RI parvient à Mittlach puis à Munster, où la liaison est réalisée avec les zouaves à 10 h 30. La 11e compagnie du III/5e RI établit également la jonction avec les Américains à Gunsbach. Au 24e RI, le 3e bataillon parvient à midi au Markstein, la liaison est faite avec le 2e bataillon à l'auberge du lieu. Dans la nuit du 5 au 6, le régiment du lieutenant-colonel Bablon arrive également à Linthal qu'avait atteint le Corps franc Pommiès. Pour la division, les opérations dans les Vosges et en Alsace sont terminées. Elle aura perdu 32 tués. A lui seul le 24e RI déplore 18 morts, 64 blessés, deux disparus, 25 hommes victimes de gelures et 68 malades depuis son arrivée en Lorraine.

9 février 1945. Grande prise d'armes à Munster au cours de laquelle le général Billotte, notamment, est décoré.

10 février. Le 5e RI commence à quitter l'Est pour les Deux-Sèvres. Avec le 24e RI, il rejoint l'Ouest mais ces deux corps ne seront pas engagés dans les combats.


Les morts de la 10e DI dans les Vosges et en Alsace

5e RI

Sous-lieutenant Emile Caumont, lieutenant Raymond Damour

Sergent ou adjudant Viebranet, sergent Henri Parent

Soldats Jean-Baptiste Antonini, Roger Lebonnois, Marcel Leclerc, Raymond Milon, Louis Martin, André Feugheur, Roger Daoulas, René L'Hostis, Robert Mahieu, Armand Meritet, Robert Remigereau, Albert Robineau, Francis Auffray, Bruno Baro, René Gautier, Pierre Lefebvre, Guy Maulian.

24e RI

Sous-lieutenant André Lottin

Aspirant Jacques Bergerot

Soldats Denis Hamaury, Lucien Chignon, Claude Dubost, Georges Szczesny, Pierre Archambaud, René Dhal, René Dropsit, Charles Lefebvre, Georges Pelouze, Gérard Warin, Jean-Louis Khremer, Claude Bauer, Roger Cevaer, Daniel Courant, Henri Ladam, Marcel Guilpin, Joseph Cutulic, Maurice Desplaces. 


Les poches de l'Atlantique 

    Troisième corps d'infanterie, le 46e régiment d'infanterie n'a pas été engagé dans l'Est. Il sera dirigé vers l'Ouest. Parti de Nemours (Seine-et-Marne), il arrive le 9 février 1945 à Parthenay (Deux-Sèvres). Le 46e RI, dont le chef, le lieutenant-colonel Georges Bertrand, est mort à son poste le 1er février 1945, relève le 131e RI devant La Rochelle dans la nuit du 27 au 28 mars et le 28 mars 1945. Le nouveau chef de corps du régiment, le lieutenant-colonel Pierre d'Esneval, a son PC à Chaillé-les-Marais. Le même jour, le 32e RA (lieutenant-colonel Pagès) de la 10e DI est mis à la disposition du Détachement d'armée de l'Atlantique. 

    C'est le III/46e RI (ex-Bataillon 9/22 dit Brie sans peur) du commandant Paul Cheutin qui enregistre le premier mort du régiment, dans la nuit du 4 au 5 avril 1945, lors d'une patrouille :  le sergent Alain Jardin. Il y a également deux blessés (adjudant-chef Pilaud et caporal Trony), ainsi que huit disparus (caporal-chef Play, caporaux Arrigoni et Chevallier, soldats Roland Fouquet qui en réalité est mort, Revidon, Pierre, Ergo et Bajoux). Nouvelles pertes le 12 avril 1945, toujours en patrouille, à la 11e compagnie : le caporal-chef Félix Cousin est tué, le capitaine Guy Mausser, les soldats Lanaut et Planchet sont blessés, le lieutenant André Troubac est considéré comme disparu mais a été tué, le lieutenant Pelletier et six hommes sont capturés. Enfin, dans la nuit du 12 au 13 avril 1945, la 10e compagnie repousse des éléments allemands le long de la Sèvre niortaise, au prix de deux tués (Marcel Remy et Lucien Bohère) et deux blessés.

    Durant toutes ces opérations, le 46e RI aura perdu 35 hommes. 


 L'ordre de bataille de la 10e DI

    Général Pierre Billotte

    Chef d'état-major : colonel Nicolas Roumiantzoff

        Sous-chef d'état-major : lieutenant-colonel Gouraud

    Infanterie : colonel Rousseau

    Artillerie : colonel Hanneton

    Transmissions : commandant Maurizi

    Génie : lieutenant-colonel Hitier

    Train : commandant Leparc

    Santé : médecin-commandant Carrot


 L'ordre de bataille du 5e RI

    Chef de corps : colonel Emblanc

        Etat-major : commandants Farret, Picardat

        Bataillon de commandement : commandant Noblet

            CHR : capitaine Ricaud

            CAC : lieutenant d'Avranche

            CCI : capitaine Castellan

        1er bataillon : lieutenant-colonel Hucher

            1ère compagnie : capitaine Couderc

            2e compagnie : capitaine Le Picard

            3e compagnie : capitaine Villard

            CA : capitaine Thominet

            CB : capitaine Minot

        2e bataillon : commandant Marie Devillars

            5e compagnie : capitaine Depoix

            6e compagnie : lieutenant Célestin Gauthier

            7e compagnie : capitaine Vaugouin puis lieutenant Damon

            CA : lieutenant Sablot

        3e bataillon : commandant Carlot puis capitaine Pery 

            9e compagnie : capitaine Verdez

            10e compagnie : capitaine Laurent

            11e compagnie :: capitaine Hernandez

            CA : capitaine Lespinasse

            CB : capitaine Jalabert    


L'ordre de bataille du 24e RI

    Chef de corps : lieutenant-colonel Bablon

        Etat-major : commandant Philippe Desrobert

        Bataillon de commandement : commandant Claveau

            CHR : lieutenant Scellos

            CCI : capitaine de Douville

            CAC : capitaine Treich

        1er bataillon : capitaine Jean Lhuillier

            1ère compagnie : capitaine Chéron 

            2e compagnie : lieutenant René Chapey 

            3e compagnie : lieutenant Capeyron 

            CA : capitaine Vibert

        2e bataillon : commandant Schweitzer

            5e compagnie : capitaine Baillon

            6e compagnie : capitaine Guillemot

            7e compagnie : lieutenant Carrée

            CA : capitaine Beurotte

            CB : lieutenant Auzonne

        3e bataillon : commandant Georges Deynoux

            9e compagnie : lieutenant Thelliez

            10e compagnie : capitaine Albert Delarra

            11e compagnie : capitaine Alfred Wihlm

            CA : capitaine René Thomas 

            CB : capitaine Pierre Malterre

46e RI : lieutenant-colonel Georges Bertrand puis lieutenant-colonel Pierre d'Esneval

    1er bataillon : commandant Baylon

    2e bataillon : commandant Gobillard

    3e bataillon : commandant Cheutin

    Bataillon de commandement : capitaine Vannier

32e RA : lieutenant-colonel Pagès

    1er groupe : commandant Baumann

    2e groupe : commandant Ruas

    3e groupe : lieutenant-colonel Chevallier

    4e groupe : commandant Haack

110e groupe de FTA : capitaine Guéry

18e régiment de dragons : lieutenant-colonel Moissenet

    Escadron hors rang : capitaine Hamelin

    1er escadron : capitaine Coupe

    2e escadron : capitaine Paricot

    3e escadron : capitaine Lyon 

    4e escadron : capitaine Cellier

84e bataillon du génie : commandant Scarpazza

10e bataillon médical : médecin-commandant Roque 


Sources : archives des 5e, 24e et 46e RI, archives de la 10e DI, SHD, Vincennes.





jeudi 19 décembre 2024

La bataille de Colmar : 2 février 1945


Robert Creux (1929-1945), de Saint-Dizier (52), tombé à Sainte-Barbe. 

Secteur de la 9e DIC

21e RIC - Cité Sainte-Barbe

    1 h 15 : composé à l'origine de volontaires de Haute-Marne engagés en octobre 1944, le 1er bataillon (commandant Gilles Pâris de Bollardière) du 21e RIC quitte Mulhouse pour être à son tour lancé dans la bataille. Son objectif : la Cité Sainte-Barbe (dite également Théodore), commune de Wittenheim.

    Capitaine Robert Vial, commandant la 1ère compagnie : "Renseignements franchement mauvais : l'ennemi va défendre avec acharnement la cité qui constitue sa dernière ligne de défense avant Ensisheim. Présence de chars probable."

    Base de départ : le Jungholtz. Il a été nettoyé dans la nuit par deux sections du 23e RIC, les sections Nicolaï et Parcollet de la 6e compagnie du II/21e RIC, et la section de déminage de la CAC du 21e RIC. Nettoyage "sans résistance", note le capitaine Jean Surun, chef de la 6e compagnie.

    5 h. Les hommes du I/21e RIC s'installent aux lisières Est du Jungholtz.

  6 h. Des obus de 88 s'abattent sur le petit bois. Premières pertes. Caporal Jean Maire (1ère compagnie) : "Cela dure trois quarts d'heure. La terre tremble. Quand nous nous relevons, les trous apparaissent remplis d'eau glacée et nos vêtements sont complètement trempés sur le devant."

    6 h 50. Préparation d'artillerie française, assurée par le I/RACM (Régiment d'artillerie coloniale du Maroc) et la CCI du 21e RIC. Cinq minutes après, alors que les tirs se poursuivent, les marsouins se lancent à l'assaut. La 1ère section (lieutenant Marcel Girardon) de la 2e compagnie (lieutenant Antoine Chabot) attaque en tête, avec pour objectif le centre de la localité. Elle parvient aux premiers jardins, non sans pertes. A la 3e section (sous-lieutenant Pierre Thiabaud) de la 3e compagnie (capitaine Jean Eon), qui attaque l'extrême-droite de la cité, la traversée du "glacis" séparant le Jungholtz de Sainte-Barbe coûte un tué (Joseph Ferrer) et trois blessés. Le caporal René Rihn et Marceau Feit (2e section de la "3") tombent également au moment de l'entrée dans le village. De son côté, la 1ère compagnie pénètre dans l'usine Théodore et l'enlève rapidement.

    Dans la cité, la résistance allemande est vive. A la 1ère section (lieutenant Georges Bernard) de la 3e compagnie, le groupe du sergent Maurice Landivaux entreprend de traverser le terrain de football qui jouxte la salle des fêtes. Il est aussitôt pris sous le feu ennemi. Landivaux est tué d'une balle au front. "J'ai dû être blessé au troisième bond en avant ordonné par le caporal qui avait pris le commandement du groupe", précise le soldat Paul Rivault. 4 tués (Maurice Landivaux, Anicet Vanaquer, Roger Levallois, Raymond Rousset), 3 blessés, 3 hommes indemnes : le groupe a été décimé. Aux abords de la salle des fêtes, les projectiles d'une auto-mitrailleuse ennemie tuent François Roussille, tandis que le radio Joseph Decombe meurt victime d'une balle dans la tête. Fernand Billey, le sergent-chef Jean Vignole figurent également parmi les marsouins ayant perdu la vie au cours des combats.

    Pendant ce temps, une contre-attaque ennemie reprend l'usine Théodore où la 3e section (sous-lieutenant Albert Roignant) de la 1ère compagnie avait capturé une trentaine d'Allemands. L'assaut a été donné à 8 h par une cinquantaine de fantassins ennemis appuyés par trois blindés.

    Dans la cité, la 2e compagnie est notamment bloquée devant l'église. Caporal Guy Seigle : "Roland Sanrey me dit vouloir lancer une grenade à fusil sur un tireur qu'il a repéré dans le clocher de l'église. Malheureusement, il n'aura pas le temps de tirer car, repéré lui aussi, il est tué d'une balle en plein front par ce tireur qui embête tout le monde." A la 3e section (lieutenant Georges Agniel), le fonctionnaire caporal Georges Ballu est "abattu d'une rafale de mitrailleuse en traversant la place entre l'église et l'école" (témoignage de son frère). Jean Collot : "Ballu, un camarade, tombe dans un jardin, aussitôt deux volontaires partent le chercher, quand le "Chleuh" d'en face, non content, tire sur les sauveteurs, et c'est un râle que l'on entend, car seul, Ballu est à nouveau touché, et arrivé près de nous, il meurt." Autres militaires de cette section, le caporal Louis Verson, le sergent Jean Roy, Bronislas Psznoack sont tués ou mortellement blessés. 


Le sergent Jean Roy, de Luzy-sur-Marne (Haute-Marne), tué le 2 février 1945.


    Vers 9 h, un char Tiger - peut-être l'un de ceux qui appuieront la contre-attaque à l'usine - pose également des problèmes aux marsouins, qui font feu au rocket-gun. Mais il faudra faire appel aux TD du RCCC pour le museler. 

    A l'extrême-droite, secteur de la 3e compagnie, le benjamin du bataillon, Robert Creux, qui vient de fêter son 16e anniversaire, est tué dans une maison qui avait été signalée inoccupée. Le groupe du sergent-chef Michel Procot s'en empare, douze prisonniers sont faits dont un est abattu. "A 9 h 30, ma section borde les lisières Sud de la cité Sainte-Barbe", rapporte le sous-lieutenant Thiabaud qui a perdu 2 tués (Creux et Ferrer) et 7 blessés (dont Amédée Dominici qui meurt le 4 février 1945). 

    Les autres sections de la 3e compagnie souffrent - René Petitpas, tué, l'adjudant-chef Jean Gérin, le capitaine Eon, blessés, figurent parmi les victimes - mais parviennent à repousser l'auto-mitrailleuse - grâce aux tirs du rocket-gun servi par Gilbert Hinderschiett et Stanislas Rosanski - et à investir la salle des fêtes. Il est 10 h 30 lorsque le PC de la compagnie y est installé. 

    Malgré les mines, le RCCC parvient à rentrer dans Sainte-Barbe, où l'ennemi décroche. Canons de la CCI et des TD font feu sur les maisons encore occupées. Caporal Seigle : "Au bout d'un quart d'heure, il y a déjà beaucoup de dégâts, des maisons brûlent en dégageant de la fumée. D'un bond, nous quittons notre position, traversons la rue pour entrer l'école. Je vois des Allemands en tenue blanche s'enfuir. [...]" A 11 h 15, les hommes du lieutenant Chabot s'emparent du bâtiment, où se sont réfugiés environ 300 civils.

    Alors que la 1ère compagnie reste bloquée devant l'usine, "la partie Nord de la cité est toujours fortement défendue et des mouvements d'engins blindés sont décelés aux lisières de l'usine et du bois de Ruelisheim", note le JMO du I/21e RIC. A ce moment, des tirs d'artillerie allemande s'abattent sur la cité. Dans la salle des fêtes, le lieutenant Edmond Thouvenot, adjoint au capitaine Eon, est blessé.


Le lieutenant Thouvenot, l'adjudant-chef Gérin, le capitaine Eon, tous trois blessés à Sainte-Barbe.

    En début d'après-midi, la progression reprend en direction de la partie Nord de la cité. Il y aura encore des pertes. A la 3e compagnie : les tireurs FM Bernard Moginot et Louis Oudin sont blessés. A la 2e compagnie : vers 16 h, écrit Jean Collot, "nous sommes encore bloqués dans une maison. Emile Nottebaert essaie de mettre en batterie son FM, il prend une balle dans le front." Les TD parviennent à immobiliser un char allemand, et vers 16 h, la dernière résistance est réduite - une vingtaine de prisonniers. Sainte-Barbe est quasiment libérée.

    Reste à reconquérir l'usine Théodore. L'opération est menée par la compagnie Vial appuyée par un peloton de Sherman du 2e RCA (1ère DB), et elle est rondement exécutée. Dernier événement de la journée : un tireur FM de la 2e compagnie abat les passagers d'un véhicule de reconnaissance fonçant sur la route de Ruelisheim. Mario Cappellaro sera décoré de la médaille militaire pour ce fait d'armes. 

    Le bilan est très lourd pour le I/21e RIC : 32 tués, 83 blessés (dont six décéderont dans les prochains jours) et 6 disparus. 18 engagés de Haute-Marne figurent parmi les morts. A elle seule, la 3e compagnie déplore 16 tués et 33 blessés. Côté ennemi, 145 prisonniers dont cinq officiers, et un nombre de tués et blessés non mentionné. 

    Autre élément du 21e RIC engagé dans ces opérations : le 2e bataillon du commandant Jean Whitehouse. Au moins 5 tués à la 7e compagnie. Le lieutenant-colonel Henri Delteil, adjoint au chef de corps, a été blessé dans la matinée. Le lieutenant Robert Ricour, du RCCC, et le médecin-auxiliaire Jean Avinier, du 25e bataillon médical, ont également perdu la vie. 

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "Le II/21 est remis à la disposition de son colonel pour faire une diversion par le sud [de Sainte-Barbe]. Devant la rapidité du déroulement de cette attaque dans les  premières heures de la matinée, l'exploitation au moyen du CC1 agissant en direction d'Ensisheim est envisagée, et le II/6e reçoit l'ordre de se tenir prêt à renforcer l'action des blindés. Il est même prévu qu'une compagnie, la 7e, montera sur les chars. Mais l'ennemi, d'abord surpris, se ressaisit et Cité Sainte-Barbe ne tombera qu'à la nuit." Le II/6e RIC est alors mis à la disposition du colonel Gruss avec une section de la CAC et une section du génie de la compagnie 71/1.

23e RIC

    Le II/23e RIC est relevé à Richwiller par le 2e bataillon de choc, et relève le III/23e RIC à Cité Fernand. 

2e BZP

    Pendant que les I et II/21e RIC se battaient à Cité Sainte-Barne, les zouaves portés du commandant Arfouilloux repartaient à l'assaut du hameau de Schoenensteibach. Ce sont les 1ère et 3e compagnies qui sont engagées, ainsi que l'escadron (à pied) Julien du 9e RCA. Dès le début de l'attaque, la préparation d'artillerie française (6 h 50) cause des pertes aux troupes amies. Mais le hameau est enfin conquis. Le 2e BZP déplore, en deux jours de combat, 35 tués et de nombreux blessés, dont Arfouilloux et le capitaine Holler. 

Secteurs de la 2e DIM - 4e DMM

    La 2e DIM atteint la route Wittenheim - Wittelsheim. Un officier du I/35e RI, le lieutenant Jean Cruez, est blessé par l'explosion d'une mine vers la Cité Amélie-II.

    De son côté, le 5e BCP du commandant Stabler remonte en ligne. Il relève aux abords de Thann le II/1er RTA, du Grumbachkopf à La Roche-Albert, du Rosenbourg au col de Grumbach, et face à l'Erzebachkopf.

2e corps

    Ce jour est celui de la libération - hautement symbolique - de Colmar par les troupes américaines et françaises. Le général de Lattre sent que les Allemands vont évacuer l'Alsace, non pas par le pont de Brisach, mais par celui de Chalampé.

Secteur des Vosges - 10e DI

    Une patrouille du III/5e RI partie de la ferme Schaffert est victime d'un tir de barrage. Les pertes sont sensibles : le lieutenant Raymond Damour, les soldats Robert Mahieu, Armand Meritet, Robert Remigereau et Albert Robineau sont tués, sur le territoire de Wildenstein. C'est ce jour-là, également, qu'un jeune volontaire de 17 ans du Corps-franc Pommiès, Roger Vandenberghe, est blessé en sautant sur une mine - c'est le futur célèbre chef de commando en Indochine.

    Dans la nuit, il y a des pertes au 24e RI, notamment en raison de tirs d'artillerie (Daniel Courant, Henri Ladam sont tués à Fellering et Willer-sur-Thur).

Sources complémentaires : Lionel Fontaine, "De la vallée de la Marne aux sources du Danube".

    


 


La bataille de Colmar : 31 janvier 1945


Une usine de la région de Wittenheim : Théodore. (Collection M. Heckenroth). 

 Secteur de la 9e DIC

6e RIC - Wittenheim

    JMO du III/6e RIC : "L'heure H est fixée à 7 h 30. Après une préparation d'artillerie de 30 minutes, les compagnies se portent en avant sans rencontrer de résistance. Sous la protection des trois auto-moteurs, l'ennemi s'est replié vers 4 h du matin sur la Cité Sainte-Barbe. A 8 h, le village est entièrement conquis, le PC du bataillon se transporte à l'école.

    Wittenheim était avant la guerre un gros village ouvrier de 7 000 habitants. Il est intégralement détruit cependant. Cependant, la plus grande partie de la population y vit encore terrée dans les caves depuis plusieurs semaines. Un calicot blanc flotte au vent accroché à deux ruines avec l'inscription "Soyez les bienvenus".

    Au cours de la journée plusieurs concentrations massives d'artillerie s'abattent autour de l'école. A 12 h, le chef de bataillon apprend qu'il sera relevé dans la soirée par un bataillon du 21e RIC. [...] La relève commence à 19 h et se termine à 21 h, sans incident. Le bataillon est regroupé à Kingersheim."

    Le III/6e RIC du commandant Pierre Communal déplore, pour ces deux jours de combat, 22 tués, 80 blessés (dont deux officiers) et 18 disparus.

    Le régiment du lieutenant-colonel Dessert a été opposé à un détachement de la 106. Panzerbrigade et au 706. Grenadier-Regiment selon des prisonniers. 

23e RIC

    "Une patrouille de la CCI, infanterie et chars moyens, sort de la Cité Fernand et patrouille dans les bois de Nonnenbruch."

21e RIC

    Tenant depuis le début de l'offensive le point d'appui de L'Ile-Napoléon, le 21e RIC du lieutenant-colonel Gabriel Bourgund a été relevé le 29 janvier 1945 par le 31e bataillon de chasseurs à pied du capitaine René-Henri Audibert, et rejoint la caserne Lefebvre. Il entre dans la zone d'opérations avec pour objectif la Cité Sainte-Barbe.

Secteur de la 4e DMM - 5e BCP

    La CA (capitaine Olivier) du 5e BCP parvient à s'emparer de la cote 442. Le bataillon est relevé en fin de soirée par le 1er RTA et rejoint Thann. 

Secteur des Vosges - 10e DI 

    Historique de la 10e DI : "Le sous-secteur Nord est dissous. Le colonel commandant l'ID 10 prend le commandement d'un groupement divisé en trois sous-secteurs, composé principalement du 5e RI, du 9e zouaves, du 9e tabor, du Régiment de Franche-Comté, de la Demi-brigade du Tarn. [...]"

    Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1945, le 9e régiment de zouaves relève le 110e RI américain dans le secteur d'Orbey. 

    Au 24e RI, la CA 2 et deux sections de la 7e compagnie sont engagées dans un coup de main sur les cotes 585, 775 et 684, près de Wildenstein. JMO du régiment : "Les deux sections attaquant la cote 585 sont accrochées par des armes automatiques enterrées dans des bunkers. Elles décident de prendre la position en la tournant mais sont prises à partie par des armes automatiques qui se dévoilent. La fin du décrochage a lieu vers 9 h." Les pertes du II/24e RI sont lourdes : huit morts et quinze blessés. Le sous-lieutenant André Lottin, les soldats Pierre Archambaud, René Dhal, René Dropsit, Charles Lefebvre, Georges Pelouze, Gérard Warin (17 ans) sont au nombre des morts. De son côté le I/24e RI perd un tué et plusieurs blessés dont le sous-lieutenant Jacques Goussu-Chantet. 

Sources complémentaires : archives de la 10e DI, GR 11 P 164, SHD ; archives du 24e RI, GR 12 P 6, SHD.