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jeudi 19 décembre 2024

La bataille de Colmar : 29 janvier 1945


Le terrain d'opération de la 9e DIC depuis le 20 janvier 1945. Une vue de Kingersheim parue
dans "Kingersheim de 39 à 45", Jean Checinski, Société d'histoire de Kingersheim, 1994.


 Secteur de la 9e DIC 

23e RIC

    JMO : "Vers 9 h, passage d'avions amis. Au matin une patrouille trouve le contact en 245,9. Elle localise une trentaine d'Allemands. Plus à l'est une patrouille sortie des lisières Est de Cité Fernand et appuyée par des blindés s'est heurtée à une sérieuse résistance ennemie. [...] Bilan : 3 prisonniers. Pertes amies : un char, 4 tués, 14 blessés dont un officier, capitaine Camors.

    Dispositif en fin de soirée. [...] 1ère compagnie 237,5 et Grossacker, 2e compagnie Strueth fabrique, 3e compagnie coup de main, II/23 PC à Richwiller, 5e compagnie [Mayershof], 6e compagnie Richwiller, 7e compagnie Puits Anna. III/23 Cité Anna. [...]"

6e RIC

    JMO du III/6e RIC : "Le bataillon reçoit l'ordre d'attaquer le 30 le village de Wittenheim, il est renforcé par un peloton de Sherman et deux pelotons de  TD, une préparation d'artillerie massive doit précéder l'attaque (six groupes), les artilleurs ayant décidé de livrer le village aux fantassins sans combat. [...]

    Le chef de bataillon décide d'engager initialement deux compagnies : l'une par la face Sud-Ouest (9e compagnie), l'autre par la face Est (10e compagnie) dont le commandement est donné au capitaine Bourriquen, après la mise en place de nuit ; le peloton Sherman est mis à la disposition de la 10e compagnie. Une troisième compagnie (capitaine Vassal du II/6e) à la disposition du bataillon pour l'attaque se tiendra prête à être engagée selon l'évolution de la situation, trois équipes de lance-flammes marcheront avec les compagnies d'attaque. Les deux pelotons de TD et la CA s'installeront en base de feux face aux lisières Nord de Kullmann."

3e BZP

    JMO : "Un peloton de chars est engagé pour appuyer les coloniaux qui ont pour mission de reconnaître Hohroensdehsubel [sic] et Schoenensteinbach. En cas de réussite, le groupement Vallin doit occuper Schoenensteinbach. L'opération échoue. [...]"


Secteur de la 4e DMM - 5e BCP

    Alors qu'au nord de Thann, le 1er BCP a relevé le III/1er RTA sur les pentes du Rangenkopf (608 m) et sur celles du Brandwaldkopf, le 5e BCP se porte à partir de 1 h 15 en direction de Cernay. La 1ère compagnie se met en mouvement. Malgré les mines, le pont est passé sans encombre. "La compagnie s'engage sur la route en colonne par un, les groupe de combat nettement séparés les uns des autres à cause des bas-côtés qu'on dit minés et de l'épaisseur de la neige" (relation du 5e BCP). "Les Allemands ne sont plus à Cernay" ?

    Bientôt, le commandant Duplaix et l'adjudant-chef Clerget atteignent les premières maisons des faubourgs de la cité. Mais à 2 h 31, un feu violent s'abat soudainement sur les chasseurs. Des morts et des blessés. Duplaix, "rampant ou bondissant sous les balles, parvient à gagner une maison isolée" où le commandant Jean Stabler se trouve déjà. "La progression est impossible, constate le récit du bataillon. Contrairement aux renseignements, Cernay est fortement défendu". Il faut, pour les chasseurs, se replier, comme d'ailleurs les tirailleurs du 6e RTM.

    Dans l'après-midi, le 5e BCP est chargé de s'emparer des pentes Sud et Sud-Est de la cote 425, puis de se porter sur Steimbach. La patrouille du l'adjudant-chef Robert Latin se heurte au feu ennemi. Le sous-officier est tué d'une balle dans la tête, "après avoir été capturé par les Allemands". L'attaque est reportée au lendemain. Outre Latin, le bataillon de volontaires de l'Indre aura perdu au moins cinq hommes (Marcel Hamann, Pierre Maubert, Roger Penneroux, Alphonse Perrin, Roger Pion).

    Dans le secteur voisin, le 2e DIM s'empare de la Cité Langenzung et repousse une contre-attaque. De son côté, le 20e BCA, après quatre nuits dans la neige, "sans l'esoir d'une minute de sommeil", est relevé dans la matinée par des tirailleurs et gagne Diefmatter puis, le 1er février 1945, Belfort. 

2e corps - Jebsheim

    Historique du RMLE : "CC 6. Le 29 avant le lever du jour, un bataillon du 137e régiment de la 2. Gebirg-Division venant de Muntzenheim, a renforcé la garnison de Jebsheim. Les Américains et parachutistes poursuivent le nettoyage de la partie Sud de la localité, ils subissent de lourdes pertes, l'une des sections du 1er RCP ne compte plus que sept hommes après l'enlèvement de la grosse ferme SO du village. C'est pourquoi la fin du nettoyage est confiée au groupement Boulanger, la 9e compagnie nettoiera la partie Ouest du sud du village, les Américains la partie Est. Tous les chars et TD du groupement viennent se placer en ligne et effectuent sur les maisons un tir d'une violence inouïe. 

    A 16 h 20, la 9e compagnie débouche, à 16 h 40 le nettoyage est terminé, 300 hommes hagards se constituent prisonniers, environ 500 cadavres sont entassés dans les maisons et à leurs abords immédiats."

     JMO de la 11e compagnie : "17 h 30. Bombardement par minen. Blessés : caporal-chef Barlovic, légionnaires Pichot, Collin, Ottorovski."   

    Récit du commandant Faure (1er RCP) : "Jebsheim est à ce point capital pour l'adversaire qu'il va mettre tout en oeuvre pour le récupérer. Deux régiments, le 136. Gebirge-Regiment et le 525. Schw-Panzer-Jäger-Abteilung vont tenter l'aventure. Par deux fois, la première à 9 h, la deuxième à 15 h, appuyés par une intense préparation d'artillerie, les Allemands, depuis la partie Sud du village qu'ils tiennent encore, se lancent à l'assaut. Chaque fois, ils seront repoussés. Ils ne parviennent, la seconde fois, qu'à s'emparer de quelques maisons, mais au prix de pertes hors de proportion, et pas pour longtemps, car, portés par leur succès défensif, les rangers américains et les parachutistes français, dans un dernier effort, puissamment épaulés par les chars et l'aviation, s'élancent vers les derniers retranchements allemands et conquièrent définitivement la partie Sud du village. Au soir du 29 janvier 1945, Jebsheim est à nouveau français, du moins ce qu'il en reste, des ruines. [...] Nous mêmes y avons 300 hommes hors de combat et les Américains au moins autant, mais nous avons fait 750 prisonniers, et le 254e RIUS plus de 300." 

  Du 25 au 30 janvier 1945, le III/RMLE aura perdu quatre officiers (sous-lieutenant Lhotel, lieutenant Yves Heller, médecin-lieutenant Henri Loinger, capitaine Georges Gufflet, commandant la 10e compagnie), cinq sous-officiers et 30 légionnaires tués. Au 6e RCA, notamment, le lieutenant Jacques de Bouvet, 25 ans, est tombé le 28 janvier 1945, 22 jours après son frère Bernard, 23 ans, du 2e batailon de choc.

   Grussenheim

    JMO du 3e RMT : "Vers 6 h, les premières rafales d'armes automatiques claquent. Immédiatement, la 12e compagnie rend compte que les Allemands tentent de s'infiltrer devant elle, dans les vignes, mais elle les tient. 

    A 6 h 30, le feu d'infanterie gagne la face Est, de proche en proche la face Nord. [...]" Cette tentative d'infiltration est repoussée. "A leur tour, nos fantassins quittent le village et s'avancent vers des maisons un peu écartées dans les tranchées, ramassant les prisonniers ; il y en aura près de 150. Les cadavres jonchent le sol, devant la 12e compagnie en particulier : il y en a à deux mètres des lisières. Deux Panther ou Jagdpanther ont été détruits, conjointement par les TD et les chars de l'escadron relevant, car la relève doit avoir lieu à partir de 8 h 30."

    Durant ces trois jours, le GTV de la 2e DB a perdu 18 officiers et 260 sous-officiers et soldats. L'état des morts du 3e RMT mentionne 33 victimes dont Jacques et Gilles Tiberghien. Le lieutenant-colonel Joseph Putz, les lieutenants Jacques Franjou (11e compagnie), Antoine Ettori (CA 3, nommé capitaine) et Maurice Dusehu (11e compagnie) du 3e RMT, les lieutenants Louis Michard et Geoffrey de La Bourdonnaye du 501e RCC, le lieutenant Roux du XI/64e RADB, le commandant Fernand Puig, chef d'état-major du GTV, l'aspirant Edmond Maynil et l'enseigne de vaisseau Louis Robin du 2/RBFM ont perdu la vie. Côté ennemi, le JMO du 3e RMT signale trois Panther ou Jagdpanther détruits, 300 prisonniers, 200 morts au minimum. 

Secteur des Vosges

    Activités de patrouilles. Au 1er régiment de Franche-Comté, l'aspirant Jean-Roger Paris et le soldat Michel Renault sont mortellement blessés ; au 24e RI (10e DI), l'aspirant Jacques Bergerot meurt en sautant sur une mine à la cote 831, le soldat Lucien Chignon est tué en se portant au secours du caporal Guilpain blessé. 

mercredi 18 décembre 2024

La bataille de Colmar : 27 janvier 1945


Des éléments du 6e RIC dans Kingersheim. Photo parue dans l'étude
"Wittenheim. Libération. 50e anniversaire", Jean-Charles Winnlen, 1995.


 Secteur de la 9e DIC

6e RIC - attaque de la Cité Kullmann

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "La préparation d'artillerie commence à 7 h, suspendue à 7 h 25, elle est reprise de 7 h 30 à 7 h 35.

    Le 1er bataillon se porte alors en avant, la compagnie de droite (1ère compagnie) cherchant à prendre pied dans l'usine avec l'appui des chars, la compagnie de gauche (2e compagnie) prenant pour objectif le carrefour du cimetière. Les éléments de tête de la 1ère compagnie, soumis à des tirs extrêmement meurtriers partant de l'usine et de la filature, sont presque immédiatement cloués au sol. Un char touché flambe ; le capitaine Benard, commandant l'escadron de chars, est tué d'une balle en pleine tête. Le mouvement des chars se trouve un moment désorganisé ; le fort grillage qui barre l'accès de l'usine n'a pu être écrasé qu'en un seul point. Une dizaine d'hommes qui essaient d'entrer dans l'usine par ce passage sont touchés. De ce côté la progression ne pourra être reprise qu'en fin d'après-midi.

    Au nord, la 2e compagnie, retardée par des tirs précis d'armes automatiques et par de nombreux champs de mines, n'avance que très lentement. Son chef, le capitaine Verdier, est grièvement blessé. Contre-attaquée par une demi-compagnie adverse, elle se maintient sur ses positions. Un tir d'artillerie opportunément demandé par le sous-lieutenant Werenmann qui a pris le commandement et exécuté avec la plus grande précision, disperse l'ennemi.

    Le chef de bataillon décide alors d'engager sa compagnie réservée, la 3e. Cette unité reçoit l'ordre de dépasser la 2e compagnie, puis après s'être installée au carrefour 228,2, de prendre à revers les défenses de l'usine. En outre le lieutenant-colonel Dessert décide d'engager dès maintenant le 3e bataillon et lui fixe comme objectif les lisières Nord de la Cité Kullmann. L'action est menée avec deux compagnies : 9e et 11e.

    Les unités se portent en avant à 11 h 30 après une contre-préparation d'artillerie. Elles sont immédiatement arrêtées par des tirs nourris provenant des soupiraux et des fenêtres de l'usine et des dernières maisons du village. Cependant, une section de la 9e compagnie réussit à atteindre la tranchée bordant la lisière Sud de Cité Kullmann. Les réactions de l'artillerie et des mortiers ennemis sont très fortes.

    Jusqu'à 16 h, la situation du III/6e reste inchangée ; des groupes de la 11e compagnie [sous-lieutenant Reisser] réussissent plusieurs fois à pénétrer dans l'usine, mais en sont aussitôt rejetés.

    Le chef de bataillon, après une reconnaissance rapide, décide alors d'engager les TD [du Régiment colonial de chasseurs de chars] en soutien de l'infanterie. Les trois TD du lieutenant Roussel ouvrent le feu à 16 h 15 sur l'usine. Une section enlevée par son chef l'aspirant Le Toquin se lance à l'assaut et prend pied dans l'usine. Au même instant les éléments de la 1ère compagnie, qui étaient immobilisés dans la neige depuis 8 heures, partent à leur tour à l'assaut, et pénètrent dans ce bâtiment par sa face Ouest.

    Le III/6e traverse rapidement la filature, la cité, et atteint son objectif vers 17 h 30. Le nettoyage de la Cité est achevé en fin de journée.

    Le PC du I/6 rejoint la 1ère compagnie à la corne SE de Cité Kullmann ; le chef de bataillon commandant le III/6e regagne Kingersheim en laissant sur place les 9e et 11e compagnies à la disposition du chef de bataillon commandant le I/6e RIC.

    La journée a été extrêmement dure. Les pertes sont très sévères, surtout au 1er bataillon." Selon le JMO du III/6e RIC, le bataillon Communal déplore 10 tués, 31 blessés, un disparu.

23e RIC

    JMO : "Matin. Chute de neige. Le nettoyage de l'extrémité NO de la Cité Fernand est repris en profitant de la diversion créée par la préparation d'artillerie [à 4 h]."

Secteur de la 2e DIM

20e BCA

    Les chasseurs alpins du commandant Vigan-Braquet poursuivent leur progression, malgré 70 cm de neige. Renforcée par deux chars moyens, la compagnie Bonnet s'empare de deux blockhaus devant Cernay et fait 48 prisonniers. Puis, "malgré des conditions atmosphériques épouvantables", la compagnie Réveillou parvient à la lisière de la forêt de Nonnenbruch, à 3 000 m de Cernay, l'un des objectifs principaux dévolus au 1er corps, et dont un faubourg - celui de Belfort - a été conquis dans la nuit par le 6e RTM.

    "Le moral est très élevé, mais la fatigue est intense et les évacuations pour pieds gelés se multiplient", rend compte le commandant Vigan-Braquet.

2e corps - Jebsheim

    Historique du RMLE : "[...] CC5. Le groupement Robelin relève les éléments du 1er régiment de chasseurs parachutistes dans les bois du moulin de Jebsheim, vive réaction ennemie devant Grussenheim.

    CC6. Le groupement du Chelas doit initialement poursuivre sa mission de couvrir le flanc gauche des Américains sur l'axe : moulin de Jebsheim - Jebsheim - 188 (canal) - Durrenentzen. Dès que les Américains auront pris Jebsheim, le groupement Boulanger relèvera le groupement du Chelas de sa mission, ce dernier renforcé du bataillon de parachutistes devant couvrir sur Grussenheim le mouvement du CC6 et profiter de toute occasion pour occuper cette localité. [...]

    A 8 h les Américains signalent qu'ils ont occupé Jebsheim, à 9 h le groupement du Chelas arrive dans la localité où il constate que seule la partie Nord est entre les mains de nos Alliés, il s'installe donc aux lisières Nord face à Grussenheim. Le groupement Boulanger quitte à 11 h la région entre Orchbach et Riedbrunnen et se porte vers Jebsheim où son chef qui l'y a devancé décide d'isoler la garnison ennemie par une double manoeuvre d'encerclement avant de pousser vers le canal. Les parties Est et Ouest du village sont occupées après un violent combat, l'élément Ouest est arrêté, celui de l'Est atteint la cote 182 d'où il ne peut déboucher, en raison des feux croisés d'auto-moteurs provenant du bois de la Hardt et du canal. [...] Le groupement Vieville s'installe face aux lisières Est."

    JMO de la 11e compagnie (capitaine Lalo) du RMLE : "Départ sur Jebsheim qu'il faut occuper. Violent bombardement sur la route avant d'arriver au moulin. Le sergent Levigne et le légionnaire Romain blessés par éclat d'obus sont évacués. Les légionnaires Narro-Calvo, [Rolando] Hario et [Daniel] Bratenik sont tués à leur poste de combat et leur véhicule mis hors service par 88. Un canon de 57 doit être abandonné. [...] La compagnie s'installe en défensive aux lisières Est du village."

    Historique du RMLE : "Les parachutistes arrivent à la nuit dans la localité et relèvent les légionnaires de la 9e compagnie dans leurs opérations de nettoyage. Les Américains dès la tombée de la nuit se sont repliés de quelques maisons que réoccupe l'ennemi. Plus de 100 prisonniers sont capturés. [...]"

2e corps - Grussenheim

    La 1ère DMI et le GT V de la 2e DB ont reçu pour mission de conquérir Grussenheim après avoir franchi la Blind. Sont notamment engagés le 1er bataillon de la Légion étrangère (BLE) du jeune commandant Gabriel Brunet de Sairigné, 32 ans, et le 3e bataillon du Régiment de marche du Tchad du lieutenant-colonel Joseph Putz, 50 ans. Le soir, le Génie commence à installer des ponts Bailey sur la rivière. A 22 h 30, des tirs s'abattent sur la tête de pont. "Dès les premières rafales, la section du génie a des pertes considérables : 10 tués, 30 blessés, indique le JMO du 3e RMT. Le lieutenant qui la commande, les sous-officiers sont du nombre." Il y a également des pertes au RMT, et un TD est mis hors d'usage.

Sources complémentaires : archives du RMT, GR 12 P 259, SHD ; archives du RMLE, GR 12 P 83, SHD.


    

mardi 17 décembre 2024

La bataille de Colmar : 25 janvier 1945


Des hommes de la 9e DIC à Rixheim. (Coll. L. Fontaine)


 Secteur de la 9e DIC

6e et 23e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Louis Dessert : "Les objectifs fixés aux groupements Landouzy et Dessert sont Cité Anna et Cité Fernand pour le 23e RIC, les puits Ouest et Est et Wittenheim pour le 6e RIC. L'intention du lieutenant-colonel Dessert est la suivante. Dès l'enlèvement de son objectif par le 23e RIC, reconnaître une base de départ aux lisières Est de ces cités. Y porter le I/6 puis attaquer successivement : les puits des mines de potasse, la filature et la Cité Kullmann avec l'appui d'une base de feux installée aux lisières Sud-Est de la Cité Anna (CA 1) et à Kingersheim (armes lourdes du III/6), de l'artillerie et du groupement blindé Doré, ce dernier devenant disponible après l'achèvement de l'attaque du 23e RIC."

    Historique du 23e RIC : "Dépassant les éléments du 1er bataillon et du 3e bataillon, le 2e bataillon doit attaquer Cité Anna après une préparation d'artillerie de 40 minutes et avec l'appui d'un peloton de chars. Coiffant littéralement dans un premier temps la Cité Anna proprement dite, le bataillon se rabattra ensuite sur sa gauche pour s'emparer de Puits Anna. [...]

    La [5e] compagnie a pour mission de s'emparer de la moitié Est de la Cité Anna. Elle s'installera aux lisières Nord. [...] Il faudra attaquer à l'aube. Au jour, ce serait un suicide. Ce n'est même pas une plaine pour y aller, c'est un billard. Le réveil a lieu à 3 h 30. Il a neigé dans la nuit. [...]

    6 h 40, la compagnie quitte la grand'route pour s'engager dans le chemin parallèle aux lisières du village et à 1 k m au sud. La préparation commence. [...]

    7 h. Le dispositif s'ébranle. [...] A 7 h 15, les éléments de tête sont à moins de 150 m des lisières. Une minute après, un matraquage sévère de mortiers allemands nous arrive dessus. [...]

    7 h 41. Une salve de fumigène placé comme à la main, juste devant, à nous toucher. "En avant ! Allez [la] 5e debout !" Les Allemands continuent à tirer. Ca ne fait rien. Les gars se lèvent, bondissent sans souci de rien. [...] Le sergent J... se penche un instant sur A..., blessé; "Laisse-moi, en avant." Les maisons sont là tout près ! [...] Nous sommes dans le village. Les éléments désignés serrent sur O1. La préparation d'artillerie qui se continue sur O2 tombe un peu court. Le nettoyage de la partie Sud se fait comme prévu. [...]

    7 h 53. De nouveau la charge à travers les jardinets, sautant les barrières, enfonçant les portes charmantes et dérisoires qui les ferment. [...]

    8 h, les lisières Nord ; l'objectif final est atteint. [...] Les patrouilles de liaison n'ont en effet rien donné. Nous sommes tout seul dans la Cité Anna. [...] Le sergent-chef P. et le soldat D. aperçoivent un groupe d'une vingtaine d'Allemands qui s'avance au nord du Crassier. Ils ouvrent le feu avec leurs mitraillettes. Le groupe B. "Toto" en tête, se porte à leur renfort. Sept Boches en moins. [...]

    Vers 9 h 30, venant de l'ouest, une auto-mitrailleuse allemande s'avance précautionneuse, le long de notre rue. [...] De C. épaule sa mitraillette et lâche deux rafales. Les deux occupants accoudés sur le blindage, en observation, s'écroulent ensemble. A la pièce, Ch. ouvre le feu et lâche presque toute une bande. L'AM fait demi-tour et s'enfuit sans résister; [...] Deux chars, deux jagdpanther apparaissent sur la route de Pulversheim à 500 m de nous. Ils s'arrêtent quelques instants. [...] Ils continuent vers le nord et derrière eux, bientôt huit blindés lus petits, autos-mitrailleuses et auto-canons, suivent sagement à la queue-leu-leu. [...]

    10 h moins 5. Un bruit de chars venant du sud. Cinq minutes après débouchent la première section et les éléments qui s'étaient amalgamés. [...] Venant de Wittenheim, cinq blindés légers avec environ une section d'infanterie s'avancent sur le billard. [...] Ce sont [...] bien des Boches. Ils ouvrent le feu sur notre bâtiment à moins de 800 m. [...] Le capitaine N. règle soigneusement [la concentration d'artillerie]. [...] Dès l'arrivée du tir demandé, l'infanterie se disperse et les blindés cessent de progresser. Les Sherman et les TD se mettent en action. Deux Boches semblent touchés, les autres se replient. [...] La nuit arrive. Petit à petit, le silence [...]"

    Nous sommes dans le village. Les éléments désignés serrent sur O1. La préparation d'artillerie qui se continue sur O2 tombe un peu court. Le nettoyage de la partie Sud se fait comme prévu. [...]"

    JMO du 23e RIC : "L'objectif a été atteint vers 14 h. Trois contre-attaques sur Cité Anna sont repoussées dans l'après-midi. [...] Prisonniers décomptés : 79 ; prisonniers blessés : 20 ; morts et blessés graves : 45. Total : 144. Pertes amies : deux chars (un tué, neuf blessés). I/23 : néant. II/23 : 20 tués ou disparus, 60 blessés évacués dont le lieutenant Pascal."

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert, 6e RIC : "A 10 h, le I/6 renforcé d'une section anti-chars de la CAC et d'une section du génie de la 71/1 est regroupé à la sortie Nord de Bourtzwiller, prêt à être dirigé sur Cité Anna. Les reconnaissances sont parties à 8 h, protégées par une section de [fusiliers-voltigeurs]. [...]

    A 11 h, le bataillon serre sur le chemin de la cote 234,7. A 12 h, il se porte sur sa base de départ ; la mise en place est terminée à 15 h en dépit des pertes sévères provoquées par un bombardement extrêmement violent d'artillerie et de minens.

    L'attaque est déclenchée à 13 h 45, après une préparation d'artillerie de 30 minutes. la 1ère compagnie qui attaque au sud du crassier réussit après un combat extrêmement dur à prendre pied dans l'usine.

    La 2e compagnie progressant au nord avance plus lentement. Elle parvient aux maisons à 200 m Sud-Ouest de la cote 230,9. Une de ses sections qui attaquait le crassier est décimée par des tirs précis d'armes automatiques ; le chef de section, l'aspirant Solano, est grièvement blessé. Les restes de cet élément se regroupent à l'usine avec la 1ère compagnie.

    La nuit est tombée ; l'attaque de la Cité Kullmann est remise, les unités s'installent sur la défensive ; la compagnie de réserve s'installe face au nord.

    Les pertes de la journée sont sévères. Le capitaine Sarthoulet, adjudant-major du 1er bataillon, a été tué ; le capitaine Mercey, commandant la CA 1, blessé. L'artillerie continue à être très active."

    JMO du III/6e RIC : "Le chef de bataillon décide de réoccuper 230,1. A 20 h, la section Le Toquin de la 11e compagnie occupe sans difficulté les dernières maisons Nord de 230,1. Diminution notable de l'activité de l'artillerie. Huit déserteurs autrichiens appartenant à un régiment de chasseurs se rendent à la maison.",

Secteur de la 2e DIM

3e BZP

    "Le groupement Vallin [...] a pour mission de parer à une attaque de chars, pendant que le 4e RTM attaque Puits Amélie I.

    L'attaque est déclenchée à 9 h. L'objectif est atteint vers 10 h. A 13 h environ, les Allemands contre-attaquent à Puits Amélie I. L'attaque est menée par des éléments légers d'infanterie et deux chars (Tigres). Les Marocains ont des pertes et refluent sur la Cité Amélie II. Deux des TD du groupement Vallin stationnés au Puits Max sont alertés et viennent s'embosser à la lisière Nord-Est de la Cité Amélie II. Le bataillon du 4e RTM demande au groupement Vallin de l'aider pour reprendre Puits Amélie I.

    A 16 h, un peloton de chars, une section de la 3e compagnie reprennent Cité Amélie I sans coup férir. Les Marocains, qui n'étaient pas prêts pour l'attaque, rejoignent nos éléments après la prise de l'objectif.

    Depuis 13 h, le groupement devait rejoindre le colonel Durosoy (à Pfastatt). Les éléments du 4e RTM interviennent pour que le groupement Vallin reste sur place. Après plusieurs contre-ordres, le groupement quitte Cité Amélie à partir de 22 h 30 pour Pfastatt, où il stationne.

    Durant la nuit du 24 au 25 et le 25, les Allemands bombardent violemment Cité Amélie II.

    Pertes : Tués : Charles Lantrua (3e compagnie), Salah ben Sassi (CA). Blessés : sept.

    La 2e et la 1ère compagnie sont à Bourtzwiller et ne sont pas engagées."

20e BCA

    Historique du bataillon : "Le bataillon quitte [Schweighouse] avant le jour et se dirige vers la forêt de [Nonnenbruch], où la 1ère compagnie, poussée par ces quelques journées sous les ordres du lieutenant Reveillou, et la 2e compagnie, provisoirement aux ordres du sous-lieutenant Bonnet, prennent position côte à côte sur la base de départ. La 1ère compagnie atteint O2 vers midi, au prix de pertes sévères : 14 morts ou blessés sérieux. La 2e compagnie avance à son tour. Ses pertes sont heureusement plus légères. L'aumônier Krebs est grièvement blessé par balles pendant l'évacuation des blessés."

    En s'emparant de la Cité Grassegert (II/8e RTM, 1ère DB et II/35e RI) et du Puits Amélie-I (4e RTM), la 2e DIM peut enfin se rapprocher de Wittelsheim, ayant atteint la lisière Nord-Est de la forêt de Nonnenbruch, 

    En couverture de la 4e DMM, le 5e BCP a reçu l'ordre de relever le II/1er RTA (régiment de tirailleurs algériens) dans les faubourgs de Vieux-Thann. "La neige qui s'était mise à tomber dans le courant de la journée augmente d'intensité le soir venu et c'est dans une épaisseur de 60 cm de neige que les déplacements vont avoir lieu", note l'historique du bataillon qui - tout comme le 1er BCP - est relevé dans la nuit à Willer-sur-Thur par le 24e RI et le 1er Bataillon de Toulouse. Le PC du chef de bataillon Stabler est établi dans la sous-préfecture de Thann.

2e corps

    Ce jour est celui du début des combats meurtriers de Jebsheim. Y prendront part le 254e RI américain, le combat command 6 (colonel Boutaud de Lavilléon) de la 5e DB, au sein duquel opère le 3e bataillon du Régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE), ainsi que le 1er régiment de chasseurs parachutistes du commandant Faure. 

    Historique du RMLE : "Le groupement du [Cheylas] passe l'Ill au pont 178, oblique vers le sud-est, reconnaît vers la cote 178 un point de passage sur le Riedbrunnen qu'il franchit, attaque et prend le moulin de Jebsheim. Il y est à peine installé qu'il est soumis à une violente contre-attaque d'un bataillon (7e Erz-Bataillon) appuyé par des minen de gros calibres et de l'artillerie (en batterie dans les bois de la Hardt), trois Horniss (en batterie dans les bois de la Hardt), un jagdpanther et un Tigre. Le groupement est dans une situation critique - le groupement Boulanger lui envoie en renfort ses quatre TD.

    Le moulin flambe, le groupement est obligé de l'abandonner, il s'accroche au sol, les légionnaires s'enterrent, assurant la défense du carrefour 200 mètres Ouest du moulin.

    A 16 h 45, l'ennemi est repoussé, son infanterie a subi de lourdes pertes, le jagdpanther brûle. La 10e compagnie a l'un de ses chefs de section tué, un autre blessé ainsi que 25 légionnaires, deux TD sont hors de combat. En fin de journée, deux compagnies de parachutistes sont poussées vers les bois Nord et Nord-Est du moulin afin de couvrir le groupement et d'interdire à l'ennemi tout débouché de Grussenheim. Le groupement de Viéville est en position articulée à 1 km nord-est de la Maison-Rouge."

    Récit du commandant Jacques Faure (1er RCP) : "Le 25 janvier, le 2e bataillon, le II/1er RCP, reçoit pour mission de s'emparer du bois du moulin de Jebsheim. [...] La neige tombe à gros flocons, les chasseurs du 1er RCP ont revêtu les grands anoraks blancs de leurs tenues d'hiver qui leur descendent jusqu'aux mollets. Le bataillon s'infiltre entre les bois de Jebsheim. [...] L'artillerie allemande se déchaîne sur le bois et le moulin de Jebsheim, nous avons plus de 80 tués et blessés. Dans la matinée du 26, la 10e compagnie perd à seule plus de 20 hommes en quelques minutes."

Sources complémentaires : "5e bataillon de chasseurs à pied. Campagne d'Alsace 1945", archives Maurice Vincent ; archives du RMLE, SHD.