mardi 13 janvier 2026

De l'AS Dordogne Nord au 50e RI (1944-1945)

    

(Photo issue du livre "Bataillon Violette").

    L'histoire de la Brigade Rac - qui a donné naissance au 50e régiment d'infanterie - est bien connue grâce aux écrits du capitaine Fred (Alfred Dutheillet de Lamothe). Ses deux ouvrages parus au milieu des années 70 servent de base principale à cette évocation très résumée de cette unité de Dordogne Nord.

    A l'origine, les forces de l'Armée secrète (AS) du secteur Nord de la Dordogne qui viennent servir devant Royan consistent en trois bataillons, placés sous les ordres du commandant Rodolphe Cézard, dit Rac, jeune lieutenant d'artillerie lorrain de 28 ans (né en Moselle en 1916). Ces unités semblent déjà porter, dans la clandestinité, l'appellation de Brigade Rac. Son organisation première est la suivante :

1er bataillon, commandant Robert-Pol Dupuy, 41 ans (né dans la Meuse en 1903), capitaine de gendarmerie.
. 1ère compagnie, sous-lieutenant puis lieutenant Jacques Brachet (future 3e compagnie)
. 2e compagnie, capitaine Jacques Nancy
. 3e compagnie, lieutenant Roger Bersas
. 4e compagnie, capitaine Kremer

2e bataillon, capitaine puis commandant Roger Vieugeot, 42 ans (né dans les Vosges en 1902), lieutenant de l'armée de l'air dont l'adjoint est le lieutenant de vaisseau Joseph Dupin de Saint-Cyr
. 5e compagnie, capitaine Rol
. 6e compagnie : lieutenant Gilbert Jean
. 7e compagnie


3e bataillon, commandant René Tallet, dit Violette, 25 ans (né en Dordogne en 1919), pilote
. 9e compagnie, lieutenant Jean Courant
. 10e compagnie, lieutenant Ferrant
. 11e compagnie, lieutenant André Lavaud puis capitaine Alfred Dutheillet de Lamothe (Fred)
. 12e compagnie, lieutenant Guy Coldeboeuf, dont sous-lieutenant Rougemont
. corps franc, lieutenant Stéphane Himmelspach
. sections spéciales de sabotage
. groupe mobile, lieutenant Raoul Audrerie
. 18e compagnie
. 19e compagnie 


La Brigade Rac

    Avec l'intégration des 10e et 11e bataillons de la Dordogne et du groupe Vézère notamment, le secteur Nord de la Dordogne, qui a le format d'un régiment, se transforme en Brigade Rac. Selon les sources, cette transformation intervient le 7 ou le 10 novembre 1944. Les deux régiments sont confiés aux commandants Dupuy et Tallet (dont le bataillon devient 2e régiment). L'organigramme est complété par une artillerie. 

Etat-major : lieutenant-colonel R. Cézard, capitaine Jean Nicard (Tom), capitaine Frichet, commandant André Ullmann, médecin-commandant Robert Ronflet, professeur René Fontaine, capitaine Thouville, capitaine Dorne, capitaine Louis Chaumette, lieutenant Martin, lieutenant Redouté, sous-lieutenant Lafage, sous-lieutenant Artaux. 
Compagnie de quartier général, lieutenant Lambert 
1er régiment, commandant R. Dupuy, 1er et 2e bataillons 
2e régiment, commandant R. Tallet, 3e bataillon, GM 1, 18e compagnie
Artillerie, commandant Alain Moreau de Saint-Martin, 41 ans
. Etat-major : lieutenant Pruzam
. 1ère batterie, lieutenant de Vigneral
. 2e batterie, lieutenant Gallot-Lavallée.

Le 50e RI

    Le 1er décembre 1944, les 10e (Roger) et 11e (Roland) bataillons de la Dordogne et le groupe Vézère fusionnent pour former le futur II/50e RI. La 3e compagnie (Labadie) du bataillon Roland devient 7e compagnie du nouveau bataillon. Le 1er janvier 1945, la Brigade reprend l'écusson du 50e régiment d'infanterie dont Cézard conserve le commandement.

    Les officiers du Bataillon Roland passés au 50e RI sont les suivants : commandant Roland Clée, capitaine André Bebear, capitaine Raoul Christophe (Krikri), lieutenants Louis Deligny, Paul Labadie, Edmond Lelong, Henri Dubreuil, Claude Cuville, sous-lieutenants Bernard Gioan, Jean Giraud, Joseph Schaffner, Benjamin Careac, François Padovani, Jean Mourier (médecin), André Valpromy (médecin).
    Les officiers du 10e bataillon passés au 50e RI : capitaine Roger Richard, sous-lieutenants Guy Chapou, Joël Bertin.
    Les officiers du groupe Vézère passés au 50e RI : lieutenant Gilles de Sermadiras, sous-lieutenant Roger Jeannin.

Ordre de bataille du 50e RI 

Chef de corps : lieutenant-colonel R. Cézard
Etat-major : commandant Margueret, médecin-commandant R. Ronflet
CHR : lieutenant Lambert
Compagnie de canons : commandant A. de Saint-Martin (passé au 12e RA)
CAC, lieutenant R. Audrerie

I/50e RI, commandant R. Dupuy puis capitaine puis commandant Théophile Plassart, 31 ans, officier d'artillerie
. Etat-major : lieutenant Caupenne, sous-lieutenant Geyer, médecin-lieutenant Millet, lieutenant Abel Meredieu
. CB 1, sous-lieutenant du Mortier 
. 1ère compagnie, lieutenant Canva 
. 2e compagnie, capitaine Jacques Nancy, dont aspirant Trousset 
. 3e compagnie, lieutenant J. Brachet, dont sous-lieutenant Pierre Gros (tué), aspirant Vieugeot
. CA 1, lieutenant de Solms

II/50e RI, commandant Roland Clée 
. Etat-major : capitaine Rol, sous-lieutenant Breteau, médecin-lieutenant J. Mourier, lieutenant L. Delignies (ou Deligny)
. CB 2, lieutenant G. Sermadiras 
. 5e compagnie, capitaine Jean-Marie Poitevin 
. 6e compagnie, capitaine R. Richard 
. 7e compagnie, lieutenant P. Labadie 
. CA 2, lieutenant Baconnet  

III/50e RI, commandant René Tallet 
. Etat-major : capitaine Charles Sarlandie, capitaine R. Christophe, lieutenant Louis Garrigue 
. CB 3, capitaine A. Dutheillet de Lamothe
. 9e compagnie, lieutenant Jean Courant puis lieutenant Pierre Couturier dont sous-lieutenant Papon
. 10e compagnie, lieutenant Himmelspach
. 11e compagnie, lieutenant Boisbourdin
. CA 3, capitaine G. Coldeboeuf  

Résumé des opérations de la Brigade Rac/50e RI    

    Se dirige sur Royan après la libération d'Angoulême (1er septembre 1944). Entre dans Saintes (4 septembre 1944) puis dans Marennes (9 septembre 1944) et Rochefort (12 septembre 1944). Défend la Seudre entre Saujon et Marennes, devant la Poche de Royan. Eprouvé le 20 janvier 1945 lors d'une patrouille à Brie. Occupe provisoirement Brie le 27 février 1945 (le lieutenant Jean Martial est tué, le lieutenant Jean Courant blessé). Intégré dans la Division de marche Gironde créée le 13 mars 1945. Participe à l'attaque de la Poche de Royan (prise de Brie le 14 avril 1945 où les 2e et 3e compagnies du I/50e RI perdent douze tués ; traversée de la Seudre le 16 avril 1945 et nettoyage de la presqu'île d'Arvert. Pertes totales : 18 tués, 48 blessés). Conquête de l'île d'Oléron les 30 avril et 1er mai 1945.

Sources principales : Capitaine FRED, La Brigade Rac, 1977, Le Bataillon Violette, 1975 ; archives collectives des FFI de la Dordogne, GR 19 P 24, SHD. 


vendredi 9 janvier 2026

A l'assaut de la Poche de Royan (14-18 avril 1945)

L'opération Vénérable a été lancée le 14 avril 1945.

    L'assaut de la Poche de Royan a été lancé par des unités de l'armée françaises épaulées par des unités d'origine FFI. Ce sont les opérations de ces dernières qui sont ici évoquées en détail sur la base des JMO et des comptes-rendus d'officiers conservés à Vincennes. 


    "C'est une Division de marche Gironde, confiée au général André d'Anselme, qui se lancera à l'assaut du camp retranché de Royan. Elle est composée de régiments d'origine FFI, de formations régulières venues d'Afrique, appuyés par des éléments blindés et d'artillerie de la 2e division blindée du général Leclerc. Effectifs disponibles : près de 24 000 hommes. A cette force s'ajoutent les 5 500 soldats de la Brigade Oléron, qui seront également engagés dans ces combats se déroulant simultanément avec ceux de la Brigade Carnot chargée, quant à elle, de réduire la Pointe de Grave (opération Médoc). Jour J : le 14 avril 1945, jour où la 1ère armée française poursuit désormais la conquête de la rive droite du Rhin. 

    14 avril 1945. Les Lorrains du 150e régiment d'infanterie à l'assaut de la ligne d'avant-postes 

    De toutes les unités servant devant les Poches de l'Atlantique, le bataillon est celui qui est originaire du territoire le plus éloigné de l'océan : la Lorraine. C'est en effet à partir du Groupe Lorraine 42 du commandant Frédéric Rémélius (Noël), qui opérait aux confins de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges, qu'a été mis sur pied le I/150e RI, régiment commandé par le lieutenant-colonel Paul Turbet-Delof, 46 ans, et dont les deux autres bataillons ont été recrutés dans la Meuse. 

    Créé sous le nom de bataillon de marche 5/20 (ou III/26e RI) en septembre 1944, le I/150e RI du commandant Cyrille Blangenois venait de participer à des patrouilles dans la forêt d'Argonne (Meuse), secteur dans lequel il était arrivé le 31 décembre 1944. D'un effectif de 26 officiers, 549 sous-officiers et hommes de troupe, le bataillon Blangenois était, avant son départ pour la Meuse après l'offensive de l'Ardenne, impatient de servir sur un front. En témoigne un rapport sur le moral rédigé par le sous-lieutenant Maurice Gay, 34 ans, de Bayon, commandant provisoirement la 2e compagnie : "La troupe a nettement l'impression et n'a peut-être pas tort, qu'on la « laisse tomber ». [...] Malgré tout, on peut entièrement compter sur les gradés et hommes de la compagnie, qui tous ne demandent qu'une chose : être équipés et partir au combat". Ce vœu sera exaucé, avec l’arrivée du bataillon sur la côte Atlantique début février 1945. 

    Pour l'assaut du 14 avril 1945, le I/150e RI, qui a gagné dans la nuit Pont-à-Luçon, au sud de Semussac, appartient au sous-groupement Frugier du groupement Sud, commandé par le colonel Henri Adeline. Dans ce sous-groupement, les Lorrains sont associés au 107e RI et au 1er escadron (capitaine Christian d'Aboville) du 13e régiment de dragons*. Destinée à percer la ligne d'avant-postes ennemie de part et d'autre de la route Cozes – Saint-Georges-de-Didonne, l'action débute à 6 h 20 par une préparation d'artillerie d'un quart d'heure exécutée notamment par le Régiment de canonniers marins du capitaine de corvette Toureille et par l'artillerie de la 2e DB. L'aviation française appuiera également l'opération. Le I/150e RI a pour objectifs Semussac, le bois de la Chasse et le château de Didonne. Les Lorrains seront soutenus par le 2e peloton (lieutenant Bertoleaud) des dragons, parti de la région Nord de Fontenille, et par le 3e peloton (aspirant Ollier), au nord de la route. Son flanc est couvert par le II/107e RI du capitaine Jean Lafitte, qui s'est également porté dans la région de Pont à Luçon. 

    Le bataillon Blangenois se met en mouvement à 6 h 35. En deux heures, il va atteindre tous ses objectifs. Les 1ère et 3e compagnies des lieutenants Louis Dupont et Edmond Prévot occupent Semussac, la 4e compagnie du lieutenant Joseph Guillemot s'assure du Moulin des Ardillers. Quant à la 2e compagnie du lieutenant Pierre Quirin, elle se dirige vers la ferme et le bois de la Chasse... La ferme est « occupée par un ennemi mordant », note le rapport du capitaine de dragons Christian d'Aboville, dont le peloton Bertoleaud soutient l'action des Lorrains. La résistance est vive, en effet. La compagnie Quirin déplore sept tués, la plupart victimes d'un seul soldat allemand, et sept blessés, mais l'objectif est pris, de même que le château et le parc de Didonne - par la compagnie Prévot. Bilan pour le bataillon Blangenois : 70 prisonniers dont deux officiers, au prix de neuf tués dont trois sous-officiers, et 29 blessés dont un officier et neuf sous-officiers. [Le rapport du sous-groupement Frugier parle de 64 prisonniers dont deux officiers, contre sept tués et 30 blessés au bataillon (dont 18 à la 1ère compagnie)].     Le sous-lieutenant Henri Moroz et le sergent-chef Camille Bresse, de la 3e compagnie, figurent parmi les blessés. Venus de Lorraine, Louis Breton, 20 ans, Louis Brogonzoli, 21 ans, Joseph Clavecin, 31 ans, Albert Leullier, 19 ans, Jules Mackel, 20 ans, Maurice Marchal, 30 ans, tombés à Semussac, le sergent Raymond Stephano, 35 ans, décédé de ses blessures à Grézac, sont morts sur la terre de Charente-Maritime qu’ils sont venus libérer. 

    Le château de Didonne étant tombé, le peloton Bertoleaud continue sur Trignac et Les Brandes, en soutien du bataillon du Régiment de Bigorre, et sur Musson et Toussonge, avec le III/6e RI (Foch).
    A l'extrême-gauche du sous-groupement Frugier, au sud de la zone d'opérations du I/150, non loin de la Gironde en direction de Meschers, le II/107e RI (moins la 3e compagnie) s'est vu fixer pour mission d'occuper Cassine, Beauregard, Biscaye, le moulin de Beloire et Beloire. Ancien 1er régiment Bernard, le 107e RI ou Régiment Frugier a vu le jour le 20 octobre 1944. D'abord à quatre bataillons, puis à deux, en janvier 1945, après la fusion des 3e et 4e bataillons. A la différence par exemple du 6e RI, qui ne compterait aucun officier FFI dans ses rangs pour une proportion de 50 % d'officiers d'active, 94 % des officiers du 107e RI sont FFI, 5 % sont réservistes, et 1 % seulement d'active, selon un rapport sur le moral daté du 16 février 1945 et signé par le lieutenant-colonel Charles Frugier. Ses effectifs sont alors de 99 officiers, 337 sous-officiers et 1 058 hommes de troupe, provenant à 40 % de la Haute-Vienne et à 40 % de la Charente. Au moment de la rédaction de ce rapport, l'état-major du régiment était à Gémozac, celui du I/107 (capitaine André Servais) à Arces, celui du II/107 (capitaine Jean Lafitte) à Saint-André-de-Lidon.

    Comme le 107e RI doit progresser à midi, une préparation d'artillerie est déclenchée à 11 h 45 par deux escadrons de chars moyens et « par le III/12e RA sur la cote 42 et Le Chantier » (rapport du sous-groupement Frugier). L'opération se déroule très favorablement. Au II/107e RI, dont le flanc nord-est est couvert par le I/107e, le capitaine Lafitte rend compte, à 13 h 20 : « Biscaye, Cassine, Beauregard, moulin de Belloire, Belloire sont à nous sans un coup de fusil. » Vingt-cinq minutes plus tard, une patrouille du bataillon est poussée aux Trois Journaux. « Ce village n'est pas occupé. Conformément aux ordres reçus, la 3e compagnie du II/107 se porte vers Grange – Saint-Martial ». Prochaine mission : « Attaquer Meschers et bloquer la lisière Sud du bois de Suzac, à hauteur de Villeneuve, Le Fagnard, Perat. » Préparation d'artillerie à 16 h 45, progression du bataillon Lafitte à 17 h. Trois quarts d'heure plus tard, le chef de bataillon rend compte : « Le bataillon entre dans Meschers. » A 18 h 15, la localité est occupée : quatre prisonniers, pas de perte. 

    L’autre sous-groupement du groupement Sud, celui du lieutenant-colonel Louis Faulconnier, agit à droite du I/150e RI. Il comprend notamment le bataillon Richon du 1er régiment de Bigorre. Mission lui a été donnée de prendre La Valade, La Gondonnière, Trignac, le Moulin du Canard et Les Brandes. Parti à 7 h derrière le I/150e RI, le bataillon, renforcé par la 11e compagnie Wacherot du III/6e RI (Bataillon Foch), reçoit l'ordre d'avancer dès l'annonce de la prise de leurs objectifs par les Lorrains. 

    A 9 h 55, apprenant que Trignac n'est pas fortement tenu, les Pyrénéens s'y portent « sans préparation d'artillerie ». L’historique du régiment détaille les opérations : « 10 h 30. La 1ère compagnie (capitaine Desbois), 3e section en tête, tourne la corne Nord du château de Didonne et pousse sur Trignac. Elle est suivie par la compagnie du bataillon Foch (capitaine Vacherot) qui doit couvrir le flanc gauche de la 1ère compagnie. La 2e compagnie (capitaine Sanz) suit la 1ère. La 2e section de la 2e compagnie prend le contact avec la [Gondonnière], mais est prise à partie par de violents tirs d'armes automatiques provenant de Trignac. 10 h 45. Les éléments ennemis occupant la [Gondonnière] se replient, en combattant, sur Trignac. La 2e section de la 2e compagnie occupe la [Gondonnière], puis se porte sur la route au carrefour Sud de Trignac pour couvrir le flanc gauche de la 1ère compagnie... 11 h 15. La 3e section de la 3e compagnie s'empare de La Valade. La 3e compagnie couvre le flanc gauche du bataillon en s'installant du parc du Château (exclu) à La Valade (inclus). La 2e section de la 1ère compagnie aborde Trignac qui se défend opiniâtrement. Trignac est enlevé. Vingt prisonniers. » 

    A 11 h 45, tous les objectifs du bataillon sont atteints, la 1ère compagnie ayant notamment capturé une mitrailleuse, deux FM, plusieurs armes automatiques et 22 prisonniers, la 2e compagnie effectuant le nettoyage des Brandes. Ayant perçu la veille cinq mitrailleuses lourdes, le III/6e RI du lieutenant-colonel Auguste Bouvron, dont la 11e compagnie (lieutenant Charles Wacherot) a, nous l'avons vu, été rattachée au Bataillon de Bigorre, se porte vers Le Chay qui sera sa base départ. Il se mettra en mouvement à 10 h 30, après un « violent bombardement des premières lignes ennemies par l'aviation alliée (300 appareils se succèdent par vagues) » effectué de 9 h à 10 h. Objectifs : Musson et Toussaugé, au nord-ouest de Semussac. C'est la 9e compagnie du lieutenant Fournier et la 10e du lieutenant Coutant qui se portent en avant. « Le passage des champs de mines s'effectue dans un ordre parfait, le déminage ayant eu lieu pendant la préparation d'artillerie, rend compte le journal de marche du Bataillon Foch. Vers 11 h 15, la 9e compagnie fut arrêtée pendant un quart d'heure par un violent feu d'armes automatiques. Après neutralisation de ce nid de résistance, la 9e compagnie reprit sa progression et atteignit son objectif vers 12 h, montrant une agressivité remarquable. La 10e compagnie dans sa progression rencontra des résistances mais manoeuvra parfaitement et atteignit également son objectif vers 12 h. » 

    Pour soutenir Wacherot qui est bloqué devant Musson, le commandant Richon pousse les 1ère et 2e sections de la 1ère compagnie de son Bataillon de Bigorre ainsi que des chars. Les Pyrénéens ont des pertes : « Le soldat Cance est blessé sur la route. Le caporal Guyot est grièvement blessé en mettant en position son lance grenades [il mourra de ses blessures]. La 3e section passe en tête. Son groupe de droite est pris sous le feu d'un lance-grenades et d'armes automatiques. La 3e section enlève la résistance et fait 20 prisonniers. » Musson est nettoyé. Treize soldats allemands y sont pris, puis d'ultimes résistances dotées d'armes automatiques sont réduites, au prix de la mort du soldat Paul Cassou, 18 ans, et de la blessure du soldat Pierre Plisson, qui mourra le lendemain. A 12 h 30, le Bataillon Bigorre et le III/6e RI – qui a capturé 30 à 50 prisonniers - s'installent défensivement, le premier entre le château de Didonne et Les Brandes, le second aux Brandes. 

    Dans l'après-midi et la soirée, les soldats français seront soumis à de « violentes réactions de l'artillerie ennemie ». Chez les cadres de la compagnie Wacherot, on se souvient : « Soudain, un claquement sec arrive à nos oreilles, un obus. Vite nous reconnaissons le bruit du 88... Tout à coup ce fut étourdissant, l'obus n'est pas tombé bien loin. Il y a des plaintes dans la 1ère section. Le chef de section bondit, c'était à côté de lui. Son adjoint, le sergent Sanné, était blessé... Vers 22 h, c'est un voltigeur de la 3e section : Rouffaud qui est tué par un obus tombé à 20 cm de sa tête. » 

    Un mort (Georges Rouffaud, 23 ans, décédé le lendemain à Grézac), trois blessés légers, tel est le bilan de cette journée donné par le journal de marche du Bataillon Foch. Cette unité charentaise a, par ailleurs, participé au déminage de la région. Dans un rapport, le colonel Reymond, nouveau chef de corps du 6e RI, se louera de la conduite des démineurs du régiment, aux côtés des sapeurs du génie, au cours des opérations de Royan : « Chacune des compagnies de FV du Bataillon Foch disposait d'un groupe de démineurs d'une dizaine d'hommes, commandé par un sous-officier... Le Bataillon Foch disposait d'un faible nombre de détecteurs et la détection des mines s'effectua le plus souvent par le procédé rudimentaire de la baïonnette...» L'officier concédera que l'emploi de ces éléments fut « très réduit », mais que grâce aux renseignements recueillis, à l'action de l'aviation et de l'artillerie qui a eu pour résultat « le bouleversement des zones minées », à la faible résistance de l'ennemi, ces opérations ont été réalisées sans grand dommage... 

* *

    Au nord du sous-groupement Faulconnier, le I/50e RI (ex-Brigade Rac de l'AS Dordogne Nord) du commandant Théophile Plassart a pour mission de réduire Brie. La localité se situe à l'est de la route Saujon – Médis – Royan, qui est l'axe d'opération de son groupement, le groupement Nord du colonel Granger avec le I/4e RZ, le 6e bataillon porté de tirailleurs nord-africains, le II/131e RI et des éléments blindés de la 2e DB. La 3e compagnie du lieutenant Brachet, qui a pris à 8 h 10 le bois au sud de la commune, commence le nettoyage de la localité vers midi. Vers 13 h, Brie est aux mains des Périgourdins, les 2e et 3e compagnies s'installent face à l'ouest. Les pertes sont lourdes à la «2» qui a perdu sept tués, dont Pierre Chabasse, Maurice Gamin et Serge Dzoudzewitch, tous trois âgés de 20 ans, et la 3e déplore cinq tués (dont le sous-lieutenant Pierre Gros) et douze blessés. 

    Les autres morts du bataillon sont le sergent-chef Charles Carabin, 28 ans, le sergent Jacques Tillier, 24 ans, Gabriel Parisien, 19 ans, Jean-Marie Reynaud, Eugène Brousard, 16 ans et cinq mois (il est né le 13 novembre 1928 à Angoulême). Le sergent-chef Robert Panier, les sergents André Courtaud et René Mazeau font partie des blessés, comme René Bourdelle, 20 ans, mort de ses blessures le lendemain à Saintes. 

    Durant cette première journée de combats qui aura permis la conquête d’une première ligne d’avant-postes assommée par la préparation d'artillerie et le bombardement aérien, un autre succès est à noter : la prise de Médis par le 4e RZ qui, tout comme le 6e bataillon porté de tirailleurs nord-africains, a été particulièrement éprouvé. 

15 avril 1945. Les Charentais du 107e RI avancent malgré les mines 

    La veille, c'est surtout le I/150e RI qui a été engagé au sein du sous-groupement Frugier. Aujourd'hui, c'est au tour du 107e RI. Les archives du régiment précisent quelle est la mission du sous-groupement :
« II/107 : s'emparer des organisations défensives du Compin (à l'extérieur du champ de mines) et de la Pointe de Suzac (à l'intérieur du champ de mines). I/107 : s'emparer des organisations défensives du Berceau et de Chenaumoine (à l'intérieur du champ de mines). I/150 : action de diversion vers Chenaumoine par le ravin Ouest de Semussac sans pénétrer dans le champ de mines. » Deux escadrons de chars moyens, le III/12e RA, le groupement d'artillerie Menuel ainsi que l'aviation appuieront l'action. Déclenchement des tirs : à 11 h sur la pointe de Suzac (à l'extrémité de l'estuaire de la Gironde, entre Saint-Georges-de-Didonne et Meschers), à 12 h 50 sur Le Compin et Le Berceau. Au lendemain de la prise de la ligne d'avant-postes, cette action s'inscrit dans le cadre de l'attaque du camp retranché de Royan qui, explique une des premières évocations de l'opération Vénérable parue après la guerre, est
« composé de trois groupes d'ouvrages puissamment armés : Vaux, Jaffe et Belmont ; [de] la presqu'île d'Arvert où se trouvaient installées les grosses pièces d'artillerie de marine de la Coubre et du Pavillon »

    15 avril 1945, 13 h 30 : les fantassins du lieutenant-colonel Frugier progressent. Une heure plus tard, le II/107e RI du capitaine Lafitte est au Compin, « après court barrage de 77 ». Du côté du I/107e, les éléments de tête arrivent au Chantier et à la cote 42. Tous sont bloqués par un champ de mines. En milieu d'après-midi, les démineurs du bataillon parviennent à réaliser une brèche. A partir de 16 h 30, le I/107e du capitaine Servais pénètre dans le champ de mines et s'empare du Berceau et de Chenaumoine, faisant 35 prisonniers, au prix de cinq blessés : le lieutenant Peyretou, « par une balle dans la figure », et quatre passagers d'un camion ayant sauté sur une tellermine. En fin de journée, le I/107e s'installe défensivement sur les positions conquises. Parallèlement, le bataillon Lafitte occupe les fortifications de la Pointe du Suzac : 32 prisonniers. La liaison est prise à 17 h 15 avec le bataillon de marche n°5 (BM 5) qui a atteint Didonne, ayant perdu son chef de corps, le lieutenant-colonel Henri Tourtet, 45 ans, et un commandant de compagnie, le capitaine Renaud Manuel, 36 ans, tous deux tués. Les Limousins et Charentais poursuivent leur progression et atteignent la route Suzac-Didonne. Mais ils ont subi des pertes. Deux tués : le sergent-chef lorrain Victor Liautard, 34 ans, et le sergent Henri Duvergne, 38 ans. Cinq blessés, dont le jeune capitaine Claude Forillière, 23 ans, et le lieutenant Rippe. Par ailleurs, une méprise de l'aviation alliée a causé la mort du sergent René Hamelin, 26 ans, et blessé un soldat.

    Le sous-groupement Frugier a donc réalisé la liaison avec celui du lieutenant-colonel Louis Faulconnier, auquel appartenaient le BM 5, le BM 2 du commandant Amiel et le Bataillon de Bigorre. Quelle a été la journée des Pyrénéens ? Elle a commencé par la capture, dans la nuit, par le lieutenant Gachies de la 1ère compagnie, du poste avancé du hameau Chez Mouchet : huit prisonniers. Puis l'officier a reconnu la route Cozes – Saint Georges-de-Didonne et constaté, à hauteur de la cote 39, qu'il n'y avait que peu de mines anti-chars. Avant de se porter en avant, une première préparation d'artillerie est exécutée à 8 h 30. Réalisée par trois groupes du 32e RA (de la 10e DI) et un groupe du 64e RA (division Leclerc), elle a pour objectif d’ouvrir des brèches dans le champ de mines afin de progresser. Le journal du Bataillon Foch note que le bombardement aérien allié qui a suivi a été « plus puissant que la veille », puisque 500 avions ont notamment pris pour cible Belmont, la cote 39 et le fort de Boube. Puis une seconde préparation est déclenchée à 12 h 50, avec « les batteries de bombes fusées (prises à l'ennemi en Tunisie) commandées par le colonel Menuel ». Grâce aux brèches ouvertes, le BM 2 du commandant Amiel peut occuper les trois ouvrages de la cote 39, faisant 80 prisonniers. Mais il se heurte à la résistance du poste d'Enlias, qui est finalement enlevé à 18 h 40, après que deux commandants de compagnie ont été blessés. Direction ensuite la Triloterie, à Royan. A ce moment, le Bataillon de Bigorre se met à son tour en mouvement. « Une section (lieutenant Lopez) aidée par le BMA 5 réduit rapidement un îlot de résistance (20 hommes) qui tirait sur le PC avancé du sous-groupement. » Le commandant Richon reçoit alors l'ordre de pousser sur Saint-Georges-de-Didonne. Grâce à la création de brèches par le génie de la 2e DB appuyé par la section de déminage de Bigorre, les Pyrénéens entrent à 19 h 45 dans la commune, la 3e compagnie et la 2e qui la suit procèdent au nettoyage. Historique du bataillon de Bigorre : « Le soldat Fourcade abat plusieurs ennemis d'une rafale, le lieutenant Papelebe est blessé au visage par éclats de grenade. » 

    Jusqu'au milieu de la nuit, « le bataillon est violemment harcelé, par des armes automatiques et des mortiers. Partout il maintient ses positions sans le moindre repli. Le moral est remarquable. Les commandants de compagnie ont du mal à retenir leurs hommes qui veulent partout pousser de l'avant. Mais l'ordre du sous-groupement est formel. L'attaque du réduit n'aura lieu que le 16 à 7 h avec les moyens suffisants. » Le réduit, c'est celui de la Pointe de Vallières. 

    Du côté des autres formations du sous-groupement Frugier, respectant scrupuleusement l'ordre d'opérations, le I/150e RI du commandant Blangenois s'est contenté d'une action de diversion. Quant à l'escadron d'Aboville du 13e dragons, d'abord dépêché pour aider le 107e RI à réduire une résistance vers Le Compin (mais il n'a pas eu à intervenir), il a progressé sur la route de Saint-Georges-de-Didonne à la Tuilerie pour tendre la main au BM 5 orphelin de son chef. A hauteur de Didonne, il a dû se replier pour passer la nuit à Villeneuve. 

16 avril 1945. Périgourdins et Gascons traversent la Seudre 

    Au nord de Royan, la conquête de la presqu'île d'Arvert, entre l'océan et la Seudre, rivière côtière qui sépare notamment Marennes de La Tremblade, revient à la Brigade Oléron du général René Marchand, composée des 50e et 158e RI et du 1er bataillon de fusiliers marins de Rochefort. L'objectif, expose le général de Larminat, était de franchir la Seudre afin de tourner les défenses ennemies de la presqu'île dont l'assaut serait « long et coûteux ». Composé des commandos Granet, Gacoin et Fressy, le groupement de commandos du commandant Adrien Capin (chef du I/158e RI) commence à passer le fleuve sur une flotte de bateaux à moteur entre 5 h 30 et 6 h 30, prenant pied près des Moulins de Braud et aux débarcadères nord et sud de La Tremblade. La 2e compagnie du capitaine Jean Granet perd un tué (Louis Ragot, 21 ans) mais occupe sans difficulté les Moulins de Braud et la Briquetterie. Puis Capin fonce sur La Tremblade dont le centre a été incendié. Il y est rejoint à 10 h par le commando Gacoin et à 11 h par Fressy qui a fait onze prisonniers dans un blockhaus. 

    Quand l'autre élément de la première vague, le groupement Fournier (renforcé de la 5e compagnie du capitaine Jean Hayez), débarque à 7 h 30, c'est sous un tir d'artillerie. Le lieutenant André Nicolas, 22 ans, est mortellement blessé sur la plage du Mus du Loup. Puis c'est au tour de l'aspirant André Bonay, 21 ans, du Groupe franc marin Armagnac, de perdre la vie. Après avoir fait huit prisonniers, le groupement du capitaine de corvette Fournier prend la route de Ronce-les-Bains. Un troisième officier est tué par éclats d'obus près du phare : le sous-lieutenant Jean Sizabuire, 36 ans. Le 158e RI comptera encore d'autres victimes : Guy Rouyer, Jacques Lacombe, 29 ans. Pendant ce temps, le II/158e (4e compagnie du capitaine Maurice Moreau, 6e compagnie du capitaine Louis Martin, le reste de la CA 2 du lieutenant Claude Nectoux, compagnie Mellac), formant la deuxième vague, entame la traversée de la Seudre à partir de 8 h 50, avec le lieutenant-colonel Henri Monnet. Dans la matinée, le commandant Maxime Célérier de Sanoy, chef d'état major du régiment, est tué par un éclat d'obus. Agé de 46 ans, il avait été chef de bataillon du 6e bataillon de chasseurs alpins en Norvège en 1940... avant de servir dans la Milice. A 14 h 30, l'attaque de Ronce-les-Bains est déclenchée par une préparation d'artillerie. Une demi-heure plus tard, les fantassins progressent. Mais l'ennemi a abandonné la commune, qui est occupée. Dernier événement de la journée : la prise, vers 17 h, du poste de la Pointe aux herbes (douze prisonniers). 

    Commençant le passage de la Seudre à 6 h 30, le 50e RI du jeune lieutenant-colonel Rodolphe Cézard, 29 ans, qui a débarqué au sud, a subi également des pertes, notamment au 3e bataillon du commandant René Tallet. A la 9e compagnie du lieutenant Jean Courant, l'adjudant-chef Raoul Isnard, 27 ans, est tué devant Chambion, nettoyé à 9 h 30 par la 10e compagnie du lieutenant Himmeslpach. Cette unité occupera également Chatressac, Chaillevette, Le Marvoux, la Petite-Borderie, tandis que la 11e entrait dans Maine-Simon avant de réaliser la liaison en début d'après-midi avec le 158e RI. Tombés à Chatressac et Chaillevette, le caporal-chef Alfred Quintard, le caporal Edouard Tallet, 24 ans, les soldats Paul Metiviers, 19 ans, Raymond Douet, 21 ans, et Jean Chaminade, 19 ans, sont les hommes du bataillon qui ont trouvé la mort durant ces opérations. Mais la liaison est réalisée par la Brigade Oléron avec les sous-groupements de la 2e DB, à Etaules et dans le secteur de La Tremblade – Ronce-les-Bains.     C'est également près de La Tremblade qu'une compagnie du 131e RI fait la jonction avec les hommes du général Marchand. Car de son côté, le II/131e RI du commandant Lucien Vel, accompagné de blindés, a enfin été lancé au combat et a commencé, dans la matinée, à progresser en direction de Jaffe, entre Royan et Saint-Sulpice-de-Royan. Pris à partie par des mitrailleuses postées dans la ferme Maine-Baguet et dans un ouvrage, ce qui lui a occasionné des pertes, il a réduit ces résistances avant midi puis, appuyé par l'artillerie et les mortiers, a enlevé Jaffe, faisant 40 prisonniers, avant que la 8e compagnie du capitaine Robert Le Charpentier ne réduise deux nouveaux ouvrages. Au total, le bataillon Vel aura fait 300 prisonniers.

    Le 16 avril 1945, jour où les Français ont pris les ouvrages de Jaffe et de Vaux, et nettoyé la presqu'île d'Arvert, est surtout celui où le BM 5, désormais confié au capitaine Perrier, entre dans la ville meurtrie de Royan. Quant à l'escadron d'Aboville du 13e dragons, il appuie la compagnie Thuilliers du III/4e RZ dans le nettoyage du bois de Pontaillac : « Le 2e peloton pousse le long de la mer en direction de la Tour du Chaix. Tirant sur le fort K 103, il met le feu aux munitions. Vers 11 h (23 h), l'obscurité étant venue, l'escadron était porté à proximité du casino où il passait la nuit. » 

* * * 

    Le Bataillon de Bigorre avait donc pour objectif la Pointe de Vallières, à l'ouest de Saint-Georges-de-Didonne. Sa nuit n'a pas été de tout repos : un coup de main ennemi a été repoussé, puis le sous-lieutenant José Chirigoni et huit hommes de la 2e compagnie ont été blessés dans la prise d'un canon anti-char. L'attaque est lancée à 7 h 10. L'historique du bataillon en précise le déroulement : « La 1ère compagnie dépasse la 2e (en soutien) sur la route de la Pointe de Vallières, 2e section en tête. Elle est arrêtée par un barrage anti-chars et un champ de mines couvrant la position de la cote 25... La cote 25 tire au mortier. L'ennemi occupant le phare tire au FM. Un canon anti-char est repéré à la cote 25. Il est détruit par un tir de mortiers de 81 du groupe Dardot. La 3e section nettoie la zone située entre la mer et la route au sud-est de la cote 25 et est prise sous un très violent tir de mortiers. Nous avons un tué et dix blessés. A la 1ère section et parmi les agents de liaison il y a dix blessés. La section de déminage de l'adjudant-chef Fourcade pratique une brèche dans le champ de mines, jusqu'aux barbelés en direction de la cote 25. Elle est prise à partie par un violent tir de mortiers, de mitrailleuses provenant de la cote 25 et d'un FM installé dans une maison qui domine le champ de mines (Fourcade est grièvement blessé).

    11 h. Les chars effectuent des tirs au canon sur la cote 35 [sic]. L'ennemi résiste violemment. La 1ère compagnie part à l'assaut, entraînée par le capitaine Desbois debout sur un char. La 2e section (lieutenant Gachies) est en tête. Le combat est dur. Pendant ce temps, un passage est pratiqué dans le barrage anti-chars sur la route de la Pointe de Vallières. La 3e compagnie progresse en direction du phare. La 2e section de la 1ère compagnie, soutenue par le reste de la compagnie enlève dans un dernier élan la cote 25. La 1ère compagnie capturait une trentaine de prisonniers. De nombreux tués ennemis sur le terrain... La 2e section, soutenue par les 1ère et 3e sections, continue, dans son élan, vers la mer. La 1ère section (lieutenant Paquot) nettoie la partie Est de la cote 25 sous le feu d'armes automatiques. Le lieutenant Paquot est grièvement blessé. Le capitaine Desbois commandant la 1ère compagnie est blessé légèrement et continue le combat... Quelques résistances subsistent. Un des hommes de la 1ère compagnie a la cuisse emportée... » 

    A 13 h, la 3e section de la compagnie Desbois enlève une mitrailleuse à proximité de l'hôtel Oceanic (dix prisonniers), deux blockhaus sont également pris, puis la section parvient à la mer où la liaison est établie avec la 3e compagnie. Cette dernière a eu des pertes. « Une mitrailleuse en tourelle, en position à 200 m au nord du port, blesse mortellement le sergent-chef Roth. La 1ère section prend à revers les armes automatiques en position au centre [de] la Pointe de Vallières et aidée par les chars fait quinze prisonniers malgré une résistance acharnée. En dégageant un barrage anti-chars sur la route du port, le sergent-chef Robert et sept hommes sont blessés par une mitrailleuse au pied du phare, appuyée par un FM placé derrière le barrage. Les chars tirent au canon. La 2e section tourne la position, coiffe la mitrailleuse et le FM et fait dix prisonniers. » La Pointe est nettoyée, et c'est à ce moment que la liaison est réalisée par les hommes du lieutenant Jean Cazenave avec la 1ère compagnie, puis par la 2e avec le BM 2.

    Mission remplie pour les Pyrénéens, qui perdront encore trois blessés le lendemain matin lors d'une opération de nettoyage. [Le Bataillon de Bigorre sera cité à l'ordre du corps d'armée par le général de Larminat. Les pertes du bataillon sont de sept tués (Armand Roth, Claessens, Cassou, Pierre Guyot, Plisson, Barbe, Antoine Gil, Antoine Rono) et 66 blessés ; celles du BM 2, de 20 tués, 86 blessés ; du BM 5, huit tués (dont trois officiers), 23 blessés ; du III/6e RI, un tué, trois blessés ; du 13e RD, deux tués (dont un officier), un blessé.] 

    17 avril 1945. Les dragons capturent l’amiral Michahelles 

    Au lendemain du passage de la Seudre, le III/158e RI quitte au matin La Tremblade et atteint le Galon d'or à 13 h, puis la Pointe d'Arvert vers 19 h, tandis que le III/50e RI atteint Courant. Toujours en soutien du 4e RZ, le 2e escadron (capitaine Woillaume) du 13e dragons (2e peloton du lieutenant Breton, 3e escadron de l’aspirant Escoffier) appuie le bataillon du capitaine Arnoult dans l’attaque de la Pointe de Pontaillac, PC de l’amiral Michahelles, commandant les forces allemandes. A 12 h 35, un drapeau blanc apparaît à l'entrée du blockhaus. L'amiral et 109 hommes se rendent aux dragons et aux zouaves. Puis une demande de reddition est adressée à la garnison des forts de la Coubre. Avant de faire mouvement vers le Médoc, où il a été appelé en renfort, l'escadron d'Aboville a, pour sa part, participé au nettoyage des rues de Pontaillac, nettoyage « particulièrement difficile en raison de l'obscurité, de la fumée et de la présence d'un ennemi difficilement accessible... Trois blessés furent faits en allant relever des blessés du 4e régiment de zouaves »

    Le 18 avril 1945, le II/50e RI nettoie la forêt de la Coubre. A cette date, le régiment aura perdu 18 tués (dont deux officiers) et 48 blessés. Au petit jour, la 2e DB et le 4e RZ obtiennent la reddition de la garnison de la Coubre. Les combats de Royan sont terminés : ils ont coûté aux forces françaises 154 tués et 700 blessés. Parmi les dernières victimes : le sous-lieutenant Paul André (Tatave), du I/150e RI, mortellement blessé par l'explosion d'une mine sous sa camionnette, tandis que le sergent Bernard et le soldat Martin étaient blessés."

Sources principales : archives du 1er régiment de Bigorre, SHD, GR 19 P 65/4 - archives du 13e dragons, SHD, GR 12 P 109 - archives du 6e RI (rapport du lieutenant-colonel Chambre daté du 15 juin 1945 ; courrier adressé au général d'Anselme le 8 juillet 1945), SHD, GR 12 P 4 - archives du 107e RI, SHD, GR 12 P 19 - archives du 131e RI, SHD, GR 12 P 23 - archives du 158e RI, SHD, GR 12 P 26 - archives du Régiment Foch ("Journal de la 11e compagnie"), SHD, GR 13 P 77 -MENNEGAND (Félix), De la colline inspirée aux embruns de Royan. Le Groupe Lorraine 42, Félix Mennegand, 1947, Nancy. FRED (Capitaine), La Brigade Rac, 1977. Le bataillon Violette, 1975 - Le Bataaillon de guérilla de l'Armagnac. 158e RI, CTR Editions, 1997 - archives personnelles de l'auteur.

* Régiment récréé le 7 octobre 1944 à Orléans et équipé de chars B1 bis et Somua.

lundi 5 janvier 2026

Le 93e régiment d'infanterie devant Saint-Nazaire et La Rochelle (1944-1945)

Le lieutenant-colonel André Germain. (Collection L. Fontaine).


Chef de corps : lieutenant-colonel André Germain (Laroche), 36 ans, officier FTP.

Régiment créé officiellement le 15 octobre 1944 par la réunion de bataillons de marche de Vendée. Trois servent devant Saint-Nazaire (ils constituent le 1er groupe de bataillons du commandant Jean des Roseaux), deux devant La Rochelle (ils forment le 2e groupe de bataillons sous les ordres du commandant Louis L'Hélias).

16 septembre 1944 : ordre est donné au 1er bataillon de marche de Vendée (commandant Camille Aigreault, 34 ans) de prendre position dans le secteur de Challans. Il deviendra I/93e RI. Au 10 septembre 1944, ce sont 3 252 FFI du département de la Vendée qui étaient prêts à opérer, que ce soit devant Saint Nazaire ou devant La Rochelle.

5 octobre 1944, La Rochelle : les Allemands lancent une attaque entre Marans et Charron, secteur défendu par le 5e bataillon FFI de Vendée. Ce bataillon, sous les ordres du commandant Maurice Savin, 55 ans, qui reprendra les traditions du V/93e RI, est issu du groupe de parachutistes J77. Mi-septembre 1944, il comprenait 425 hommes, encadrés par des SAS français. 

Une offensive ennemie est menée ce jour-là. Selon le JMO du 93e RI, l'attaque, menée par 1 000 à 1500 Allemands, « avait été précédée d'une violente préparation d'artillerie de 77 et 88. L'opération fut déclenchée à 4 h. A 9 h, la compagnie du capitaine Pierre se trouvait en position critique et menaçait d'être encerclée à Charron. La 1ère compagnie du bataillon, capitaine Leonardi, fut envoyée en renfort sur les ordres du commandant Laroche qui s'était rendu sur place à Marans. A 10 h, l'attaque allemande était enrayée et ceux-ci se retiraient en ramenant dans leurs lignes leurs morts […] et leurs blessés... A 16 h, tout notre dispositif de défense occupait les mêmes emplacements que la veille malgré un violent tir d'artillerie d'obus fusants sur Charron et ses environs ». Les Français déplorent deux morts (Marcel Huchet et Henri Ragain), cinq blessés et deux prisonniers.

15 octobre 1944, La Rochelle : issu du maquis L4, le 4e bataillon FFI de Vendée (capitaine Claude Morin, 33 ans), qui avait pris position sur la Sèvre Niortaise, avec PC à Marans puis à Bourg-Chapeau, devient IV/93e RI. 

16 octobre 1944, La Rochelle : Romuald Deau de Luigne, du V/93e RI, est tué.

22 octobre 1944, La Rochelle : le 4e bataillon FFI de Vendée (capitaine Morin) relève le 5e bataillon FFI du même département (commandant Savin). Tous deux forment, depuis le 15 octobre 1944, le 2e groupe de bataillons du 93e RI.

27 octobre 1944, La Rochelle : le caporal René Guillet, 18 ans, du V/93e RI, meurt à l'hôpital de Fontenay-le-Comte, après avoir été blessé la veille lors d'une patrouille vers Le Cloubouet, près de Charron.

8 novembre 1944, La Rochelle : l'adjudant-chef Jean Rey, de la 6e compagnie du IV/93e RI, est porté disparu au retour de la patrouille qu'il commandait pour reconnaître Alon et le pont de Sérigny, sur le canal d'Andilly. 

9 novembre 1944, Saint-Nazaire : le tireur au FM Frédéric Saunier, du II/93e RI, est tué par deux balles de mitrailleuse lors d'une reconnaissance, commandée par le sous-lieutenant Dieuregard (4e compagnie), des abords de la Birochère. 

18 novembre 1944, Saint-Nazaire.

    Journal de marche du 93e RI : « A 13 h, rendez-vous à Chauvé, place de l'Eglise, où le GMR nous attend pour essayer d'attaquer l'ennemi qui pille le village de la Basse-Noire, à 5 km environ au nord-ouest de Chauvé. » Trois sections du 3e bataillon, sous les ordres des capitaines Roger, Arnaud et Roulleau, se mettent en place. « Arrivée au carrefour de La Preille, salve FM boche ; violent accrochage. Les Boches se replient sous la protection des 77 qui nous arrosent. En l'absence du GMR qui est resté loin en arrière avec ses blindés, l'ordre nous est donné de nous replier sur le moulin des Roudrais. Le décrochage se fait sans incident et en ordre. » Sans incident, mais il y a un tué, l'adjudant André Gabaret, et un blessé, le lieutenant Clairet. Les sous-lieutenants Debray et Bounolleau, le caporal Benoit, les soldats Guitton et Serge Gouffré (qui ont ramené le corps de Gabaret), Tourneux et Catherine sont cités par le journal de marche comme s'étant distingués dans cet engagement. Prisonnier en 1940, l'adjudant Gabaret s'était évadé en 1941, avant de rejoindre les FI vendéens. Agé de 29 ans, c'est le onzième mort des FFI depuis leur départ de Vendée. 

23 novembre 1944, La Rochelle : ordre est donné aux IV et V/93e RI « du sous secteur n°1» des FFAU de faire mouvement le lendemain afin d'occuper deux quartiers du front. 

25 novembre 1944, La Rochelle 

    Journée dramatique pour les Vendéens du 93e RI. Ancien chef du 1er groupement de bases de corps francs FTPF du département, le lieutenant-colonel André Germain avait été chargé le 4 septembre 1944 « de l'interdiction du sud de la Vendée aux incursions de la garnison de La Rochelle ». Avec les deux bataillons mis ainsi en place mi-septembre 1944, et avec les trois autres positionnés devant Saint-Nazaire à partir du 12 octobre 1944, Germain a reconstitué un régiment qui reprendra les traditions du 93e RI. Déjà sérieusement bousculés le 5 octobre 1944, les deux bataillons en ligne devant La Rochelle vont à nouveau subir le choc d'une attaque allemande. Le journal de marche du régiment en donne le détail, heure par heure : 

    « 6 h. Coup de téléphone de l'adjudant-chef Riguet annonçant le départ de la maisonnette d'une patrouille, laquelle n'avait pas prévenu. Cette patrouille aurait comme point de direction l'Ecluse. 

    6 h 30. L'adjudant-chef Riguet signale que la patrouille est accrochée. De nombreux coups de feu sont entendus. 7 h 45. Premier coup de canon, suivi à intervalles réguliers de nombreux autres coups. Les relations téléphoniques avec le Pavillon sont coupées vers 8 h. Vers 9 h 15, arrêt de l'artillerie et échange de rafales de FM. » Que se passe-t-il ? Un rapport du régiment apporte des précisions sur la situation : « Les Allemands avaient pris position avant le jour de part et d'autre du canal Marans - La Rochelle, à 300 m au nord du Pavillon. La relève devant avoir lieu vers 6 h, le poste du Pavillon croit tout d'abord à l'arrivée de la relève mais s'aperçoit rapidement qu'il s'agit d'éléments ennemis. 

    8 h 30 : l'infanterie allemande stationnée dans les fossés progresse en direction du canal et de la voie ferrée et parvient jusqu'à la petite cabane. Les éléments situés à l'est du canal le franchissent avec un bateau pneumatique, les Allemands longeant le canal progressent venant du nord sur le Pavillon. 

    9 h : les paillers [sic] du Pavillon brûlent et les Allemands mettent le feu à La Gabauge. Toute liaison est coupée avec le Pavillon. La section du Cloubouet prend ses positions pour appuyer La Palle et couper la retraite à l'ennemi. 10 h : deux sections du 5e bataillon interviennent ainsi que le corps franc du 4e bataillon et progressent le long du canal à hauteur de la Maisonnette [...] Le soldat Benatier Victor de la 1ère section, blessé, rejoint les nouvelles positions et est évacué de suite sur l'hôpital de Marans. Au Pavillon, les Allemands arrivés à distance d'assaut s'élancent sur le poste et l'enlèvent. Les deux sections qui l'occupaient sont prises. » Au IV/93e RI, les pertes sont de trois tués, le sergent Albert Guyau, le caporal-chef Raymond Ivet et le caporal Marcel Vannier*, tous appartenant à la 6e compagnie du lieutenant Martin, un blessé (Benatier) et 27 disparus, parmi lesquels l'adjudant-chef Arsène Riguet et le sous-lieutenant Gaston Nauleau. 

    Tous les Vendéens en poste au Pavillon n'ont pas été pris. La 2e compagnie du 4e bataillon rapporte que la patrouille du sous-lieutenant Chetanneau a recueilli sept rescapés. Mais à la 4e compagnie, un groupe détaché à la 6e déplore sept disparus après l'accrochage du Pavillon, dont le sergent-chef Marcel Genetey et le caporal-chef Marcel Guyot. Reprenons le fil chronologique des événements : « 10 h 15. Le Pavillon est pris, les Allemands évacuent les prisonniers. 10 h 30. Arrivée du lieutenant-colonel Laroche. 10 h 45. Contre-patrouille : les Allemands évacuent. 14 h. Patrouille du commandant L'Hélias en compagnie du corps franc et découverte de deux morts. 16 h. Rentrée de la patrouille du commandant L'Hélias au PC de Saint-Léonard. » De nouveau confrontés à une action offensive ennemie, les FFI n'ont donc pu s'y opposer avec efficacité. 

    Autres constats : d'abord celui de mettre en lumière des dissensions entre le lieutenant-colonel Laroche, qui s'est plaint de n'avoir été informé qu'incidemment de l'attaque, et le commandant L'Hélias, chef du groupe de bataillons en position devant La Rochelle. Ensuite, « beaucoup trop de civils circulent encore dans le no man's land, les barrages ne sont pas tenus assez sérieusement, les voitures devraient être fouillées et tous les occupants contrôlés... »

* Vannier n'est pas cité par Mémoire des hommes, qui donne d'autres noms : Henri Besson et Jean Picorit.

27 novembre 1944, Saint-Nazaire : le I/93e RI relève le II/93e RI dans le secteur de Bourgneuf. 
1er décembre 1944, Saint-Nazaire : Fernand Hallais, 21 ans, de la 1ère compagnie du I/93e RI, meurt de ses blessures à Machecoul. C'est le premier tué à l'ennemi du bataillon Aigreault.
6 décembre 1944, Saint-Nazaire : le lieutenant Jean-Louis Cristau, 27 ans, commandant la 3e compagnie du I/93e RI (1er bataillon de marche de Vendée), venait de passer la nuit aux avant-postes, au PC de la 1ère section à La Mareillerie. « Au petit jour, il voulut se rendre au Chatelier, position tenue par la 2e section de sa compagnie. Trompé par l'obscurité, il passa par erreur devant un poste de guetteur de la 2e compagnie et essuya le feu d'une mitraillette. Frappé d'une balle en plein cœur, il succombe quelques instants plus tard. » Deux autres soldats du bataillon, le sergent Yves Renaud et le soldat Jean Moquet, de la 5e compagnie, sautent sur une mine dans un champ de maïs, vers La Bernerie. Renaud est blessé, Moquet, 22 ans, est tué.
9 décembre 1944, Saint-Nazaire : Charles Bazin, 18 ans, de la 2e compagnie du I/93e RI, est tué par éclat de grenade à La Bernerie.
19 décembre 1944, Saint-Nazaire : Camille Guiochet, 33 ans, est tué par balle à La Bernerie. 

22 décembre 1944, Saint-Nazaire. Action offensive allemande. La compagnie Porcher du bataillon Legrand (3e bataillon vendéen) mis à la disposition du commandant de Beaumont relève le peloton Storme du 8e cuirassiers à Haute-Perche. Sous les ordres du commandant Guy Jacques (Legrand), 34 ans, le 3e bataillon de Vendée, ou III/93e RI depuis la mi-octobre 1944, est issu des 1er et 2e groupements FTPF de Vendée.
26 décembre 1944, Saint-Nazaire. Le village de Prépaud, occupé depuis la veille par une compagnie du 93e RI (dont les 2e et 3e bataillons ont été envoyés le 21 décembre 1944 en renfort dans la région de Pornic, dans la forêt de Prince et le secteur de Chauvé après l'offensive allemande), est attaqué. 
    « A 16 h 30, la situation est critique, huit FM enrayés. La compagnie Bretteval […] a décroché. Un sous-officier de la 1ère compagnie signale que l'ordre de repli est donné. Le commandant du 3e bataillon donne immédiatement le contre-ordre et les hommes regagnent leur poste et reprennent le moulin de la cote 40 abandonné par les unités Bretteval. Le commandant recueille les armes et les munitions abandonnées par nos voisins et organise la défense. Le capitaine Philippe prend le commandement du PA »
28 décembre 1944, Saint-Nazaire : Joseph Fouliot, 19 ans, est tué à Pornic ; le 27e RI du lieutenant-colonel Fox relève le III/93e RI (les I et II/93e resteront en ligne jusqu'au 22 février 1945).

15 janvier 1944, La Rochelle  
    Le groupe de bataillons vendéens en ligne sur le front de La Rochelle a déjà subi à plusieurs reprises le choc d'offensives allemandes, notamment le 25 novembre 1944. Celui qu'il va recevoir le 15 janvier 1945 aura bien d'autres conséquences, tant humaines que tactiques. Il est 4 h 30, raconte le journal de marche du 93e RI, lorsque « les sections de réserve reçoivent l'ordre de passer au nord de la Sèvre », selon le principe de « la défense en élastique » cher au général de Larminat. Voilà deux jours, en effet, que le commandement français a eu connaissance d'un projet d'attaque ennemie destinée à « piller du ravitaillement ». Elle est lancée vers 7 h 45. « L'ennemi déclenche un violent tir d'artillerie ayant vraisemblablement pour but le secteur de Marans tenu par le 5e bataillon. Il s'est poursuivi toute la matinée, s'étendant progressivement vers l'ouest. Les postes de La Palle, La Bergerie et Richebonne ont été légèrement arrosés de projectiles. » 
    Devant la 3e compagnie, une patrouille est repoussée vers 9 h par le poste de La Palle. Mais une demi-heure plus tard, c'est avec Marans que les communications téléphoniques sont rompues. « Le commandant Lebois, arrivant au PC à 10 h, nous informe que les Allemands occupent Marans et se dirigent vers le secteur tenu par nos troupes. Le chef de bataillon donne immédiatement l'ordre de repli général... L'ennemi avance rapidement, venant de Richebonne, en direction du pont du Brault d'une part et du carrefour de la route Marans – La Rochelle d'autre part, et dispose d'autos-mitrailleuses et de cyclistes. » Les Français se replient en opposant le feu d'armes automatiques, mais « dans le secteur du pont du Brault, nos troupes seront bientôt débordées de toutes parts et la route Charron - pont du Brault est coupée. Bon nombre de militaires ont pu échapper à l'ennemi en passant la Sèvre en bateau ou à la nage... » En milieu d'après-midi, le lieutenant Goisset, adjoint au chef de bataillon Savin, organise la défense du pont. Toutefois « l'ennemi occupe la rive droite de la Sèvre et ne fait aucune tentative en vue de franchir le fleuve ». Le compte-rendu d'un chef de section, le sous-lieutenant Denis, qui défend le poste avancé de Cosse, témoigne de la rapidité de l'attaque ennemie, réalisée par 1 600 Allemands :
    « 8 h 15. Fusée blanche, pont de la Brune (supposons l'ennemi au pont) ; déjà, route de Serigny à hauteur de Barbacane, les Allemands progressent colonne par un et par groupe ; l'avance ennemie se poursuit [de façon] accélérée. Il nous semble être nettement débordé, sur la droite déjà l'ennemi avance et occupe la ferme de la Grande Brune. A ce moment, la majeure partie de la section occupant la Grande Brune se replie vers la route Marans – Saint-Jean-de-Liversay. Notre FM sur le canal prend à partie les éléments qui progressent vers la ferme de la Cosse. Notre mitrailleuse se replie vers la route Marans – Saint-Jean-de-Liversay pour protéger notre aile droite qui se trouve complètement dégarnie. Nous exécutons alors un tir de flanquement sur les colonnes ennemies qui progressent en masse et sans interruption vers Marans avec notre canon de 20 mm. Notre tir vite repéré devient impossible, pris sous le feu d'un canon automatique de 20 mm ; de plus le tir bien ajusté d'arme automatique partant des abords immédiats de Cosse nous menace d'encerclement. 13 h 30. Nous envisageons alors le repli de la section, nous sabordons notre canon de 20 mm, nous attendons le repli d'un de nos FM de la position du canal. Notre second FM a cessé le feu, deux des hommes se replient directement sur la position du Petit Lapin. Les rafales sont de plus en plus précises et nous [prennent] en enfilade dans le fossé, nous rejoignons sous le feu ajusté de l'ennemi la 1ère section qui vient de se mettre à la disposition du capitaine Auzanau138 et qui a reçu l'ordre de rejoindre le Grand Vendôme. Un des hommes du second FM nous rejoint. Nous remontons vers Vendôme où nous arrivons vers 12 h 30. » 
    Les conséquences humaines sont bien plus dramatiques que ne le laisse penser ce compte-rendu. L'historique du V/93e évoque un bilan de dix tués, 20 blessés et 150 prisonniers qui seront internés à La Rochelle. Le document cite, parmi les morts : à la 1ère compagnie, le caporal-chef Henri Ardouin, 30 ans, décédé des suites de ses blessures ; à la 2e compagnie, Henri Hairault et René Bigot, 23 ans, morts de leurs blessures ; à la 4e, le sergent-chef Clément Arbel, 21 ans (mort le 25 janvier 1945), le caporal René Moreau, Félix Neyraud, René Maunay, 23 ans, ainsi que Delsol et Rinn. Le 17 janvier 1945, seront retrouvés les corps de l'adjudant Auguste Patron, 44 ans, des soldats Roger Gilbert, 19 ans, et Arrold Guy, 23 ans. Le lendemain, c'est celui du sous-lieutenant Robin, de la 1ère compagnie, qui est découvert. Au total, les pertes du 93e RI sont de treize morts, 40 blessés et 258 prisonniers et disparus, notamment au 4e bataillon dont le flanc avait été découvert par le repli du bataillon frère. « Il [lui] manqua 20 minutes pour exécuter son repli », notera le lieutenant-colonel Germain, chef de corps du régiment. Selon le site Mémoire des hommes, le nombre de morts parmi les Vendéens a été beaucoup plus important, notamment sur le territoire de Cloubouet près de Charron. Pour relever le 93e RI éprouvé sur ses positions à Marans, c'est la 3e compagnie (lieutenant Charles Wacherot) du I/123e RI qui est sollicitée. Elle sera attaquée le lendemain...

Les tués du régiment, au Cloubouet et à Marans : Armand Bouchereau, 27 ans, Jacques Duperron, 20 ans, Guy Fonteneau, 23 ans, Paul Lavorchere, 23 ans, Zacharie Leblanc, 18 ans, Léon Chatelain, 17 ans et quatre mois, Alexandre Chauveau, 41 ans, Guy Lefevre, 22 ans, Jacques Lefrère, 21 ans, Pierre Lefur, 18 ans, Roger Legereau, 20 ans, Camille Martin, 30 ans, Paul Mathe, 20 ans, Albert Murail, 28 ans, Roger Muzard, 52 ans, Georges Plaire, René Porcher, 32 ans, Edouard Rivetti, 27 ans, Paul Robinet, 19 ans, René Rousseau, 19 ans, René Ruleau, 18 ans, André Robert, 21 ans, Georges Rabille, 21 ans, Jean Remy, 22 ans, Marcel Rocard, 19 ans, Lucien Meunier, Georges Honvault, 20 ans... Soit au moins 40 tués. Mémoire des hommes cite également onze disparus qui n'ont peut-être pas été tués. 141 Le Bataillon Foch, op. cit. 

* Vingt-huit prisonniers s'évaderont rapidement grâce à la Résistance, dont les sous-lieutenants André Bouron et Chetaneau, l'aspirant Gallerneau. 

    Pour le 93e RI, c'est le temps d'une profonde réorganisation. Dès le 16 janvier 1945, le colonel Chêne, commandant les FFAU, annonce que le commandant Savin – officier « venu d'on ne sait où », écrivait dès le 4 décembre 1944 le lieutenant-colonel Germain – et le capitaine Claude Morin cesseront de commander leurs bataillons à compter du 18 janvier 1945 et mis aux arrêts de rigueur. Le 25 janvier 1945, les deux bataillons fusionnent pour n'en former qu'un seul, le IV/93e constituant l'état-major, la compagnie de commandement (lieutenant Louis Allin), les 1ère (lieutenant Edmond Raffin) et 2e compagnies (capitaine Jean Thizon) d'un nouveau 4e bataillon, le V/93e donnant naissance aux 3e (lieutenant Marie Chapuis) et 4e (lieutenant Michel Ourbak) compagnies, le tout étant placé sous les ordres du commandant Lebois.

16 janvier 1945, La Rochelle : René Moreau, 19 ans, meurt de ses blessures à Fontenay-le-Comte (Vendée).
17 janvier 1945, Saint-Nazaire : Maurice Fortin, 18 ans, tombe à La Bernerie ; La Rochelle : Louis Perreau, 20 ans, meurt de ses blessures à La Rochelle.
19 janvier 1945, La Rochelle : Edgar Potier, 19 ans, de la 4e compagnie du IV/93e RI, est tué par deux balles au pont du Brault.
24 janvier 1945, Saint-Nazaire : le sergent Alphonse Louis, 31 ans, meurt de ses blessures à Machecoul. 
26 janvier 1945, Saint-Nazaire : le III/93e RI est remis à disposition du lieutenant-colonel Germain après avoir été relevé par le 63e RI.
7 février 1945, Saint-Nazaire : décès de Joseph Lesaffre, 20 ans, à Arthon-en-Retz. 
10 février 1945, Saint-Nazaire : le II/67e RI occupe les emplacements des bataillons Aigrault et Legrand du 93e RI dans le sous-secteur de Bourgneuf.
12 février 1945, La Rochelle : décès de Paul Roland, 21 ans. 
15 février 1945, Saint-Nazaire : le caporal Guy Desarcon, 21 ans, et le soldat Georges Huelin, 22 ans, sont portés disparus à l'issue d'une patrouille, à Arthon-en-Retz. Leurs corps seront retrouvés le 6 mai 1945 par une patrouille du III/21e RI et ramenés dans nos lignes. 
19 février 1945, La Rochelle : Paul Couzinet (93e RI), 20 ans, est tué à Marans.
22 février 1945, La Rochelle : présent depuis la mi-septembre 1944 dans les secteurs de Marans et Charron, le IV/93e RI du commandant Lebois est relevé par le 131e RI du lieutenant-colonel Durand, qui vient d’arriver sur le front Atlantique, et part se reposer dans la région de Luçon. 
28 février 1945, La Rochelle : les IV et V/93e RI fusionnent pour former un nouveau IV/93e RI.

Le régiment est dissous pour être dispersé dans plusieurs unités en mars 1945.
1er-21 mars 1945 : le commandant Robert Lebrun, 30 ans, prend le commandement du III/21e RI, issu de son II/93e RI (2e bataillon FFI de Vendée), assisté du capitaine Faure. Le capitaine Raymond Bossis (93e RI) commande la CB, le capitaine Arnaud (93e RI) la 9e compagnie, le capitaine Pierre Crabeil (93e) la CA 3, notamment.
10 mars 1945, Saint-Nazaire : le I/93e RI est dissous et donne naissance au 125e groupe de FTA. 
14 mars 1945,  Saint-Nazaire : relevé par le I/93e RI dans la nuit du 14 au 15 mars, le II/67e RI gagne Rouans. 
17 mars 1945, La Rochelle : Hubert Braud, 23 ans, et André Jolier, 19 ans, sont tués à Nuaillé-d’Aunis. 

1er avril 1945, La Rochelle : les III et IV/93e RI prennent l’écusson du 91e RI, dont le lieutenant-colonel Germain garde le commandement, le VI/93e RI (bataillon d'instruction, sous les ordres du commandant Gérald Averty) devient II/117e RI. Parallèlement, des éléments du IV/93e RI ont formé la 184e compagnie de transport. 

Encadrement du 93e RI

Lcl André Germain
Etat-major : Cne Roger Arnaud, Cdt Jean des Roseaux (1er groupe de bataillons), Cdt Louis L'Hélias (2e groupe de bataillons)

I/93e, Cdt Camille Aigreault, 34 ans
Etat-major : Cne Beaumont
CHR, Ltn Henri Malher
1e cie, Ltn Joseph Batut 
2e cie, Ltn Marcel Lapierre
3e cie, Ltn Jean-Louis Cristau, tué 6/12/44
4e cie, Cne Constant Deboute 
5e cie, Cne Bernard Renaud
6e cie (engins), Ltn Clément Chupin

II/93e, Cdt Robert Lebrun, 30 ans
Etat-major : Cne Raymond Bossis 
CHR, Ltn Auguste Chereau
1e cie, Ltn Robert Arnaud
2e cie, Ltn Georges Lorioux
3e cie, Ltn Alexandre Chereau 
4e cie, Ltn Pierre Crabeil 

III/93e, Cdt Guy Jacques (Legrand), 34 ans, puis Cdt Michel Caillaud, 26 ans
Etat-major : Cne Jean Poitou
CHR, Cne Rémy Zezo 
1e cie, Cne Joseph Arnaud 
2e cie, Cne Juste Roger 
3e cie, Cne Ferdinand Porcher 
4e cie, Cne Paul Guinet 
5e cie, Cne André Panier 
CA, Cne Gaudin

IV/93e, Cdt Claude Morin, 33 ans 
Etat-major : Ltn André Goisset 
1e cie, Cne Charles Leonardi puis Ltn André Bouconaud 
2e cie, Cne Olivier Noyer de Melque puis Ltn Louis Allin
3e cie, Ltn René Meunier puis Ltn Jean Thizon 
4e cie, Ltn Edmond Raffin 
5e cie, Ltn Jean L'Hostis 
6e cie, Ltn Edmond Martin 

V/93e, Cdt Maurice Savin, 55 ans
Etat-major : Cne Paul Eymer 
1e cie, Cne Paul Bourgoin 
2e cie, Ltn Marie-Rémi Chapuis 
4e cie, Ltn Julien Thomas puis Ltn Michel Ourback 
Cie, Ltn Jacques Tournade 
Cie, Ltn Jean Gaillard 

VI/93e (bataillon d'instruction), Cdt Gérald Averty 
Etat-major : Cdt René Serceau 
1e cie, Cne Raymond Marie 
2e cie, Ltn Georges Marsaud 
3e cie, Ltn François Blaise  


Sources principales : archives du 93e RI, GR 12 p 17, SHD - états de services du lieutenant-colonel Germain, SHD. Pour en savoir plus : Charente-Maritime – Vendée 1939-1945, Eric Brothé, Alain Chazette, Fabien Reberac, Editions Patrimoines et médias, 1997.

vendredi 2 janvier 2026

La marche du Corps franc Pommiès sur Linthal (4-5 février 1945)

 

Une patrouille du Corps franc Pommiès dans la neige. (Photo ECPAD).

Durant le rude hiver 1944-1945, le Corps franc Pommiès sera resté en position dans le secteur de Kruth, en Alsace. A la fin de la bataille de la Poche de Colmar, comme tout le secteur des Vosges, les volontaires du Sud-Ouest ont profité du décrochage ennemi pour se porter en avant. Le journal des marches et des opérations du CFP, conservé à Vincennes, rend compte de son activité les 4 et février 1945, activité compliquée par la présence des mines.



4 février 1945

"Des indices de repli ennemi ayant été observés, les bataillons doivent reprendre la progression en vue de garder le contact et de procéder au nettoyage des zones occupées antérieurement par l'ennemi avant son repli.

Le 1er bataillon commence sa progression à 5 h avec la 3e compagnie qui réalise sa mission sans incident (atteindre Gommrucken*). A 7 h 30 la 2e compagnie va prendre ses emplacements initiaux et le PC du bataillon s'installe au Sauwas. A 12 h 40 la 2e compagnie progresse normalement. A 13 h 30 une mine heurtée saute au carrefour de Runsche. Sept blessés dont deux démineurs. A 14 h 30, les maisons de Runsche sont atteintes et trouvées inoccupées. A 15 h, la 1ère compagnie marche dans les traces de la 2e compagnie et atteint Steinlenbach. A 19 h, ordre à la 1ère compagnie de stopper son mouvement.

La 5e compagnie (après relève la veille) est chargée de se porter en avant en liaison avec le 1er bataillon pour reconnaître et occuper la langue de bois à hauteur et au sud de Grieb Ferme. A midi la mission est réalisée mais elle a subi des pertes en raison des nombreuses mines qui sont posées aux lisières du bois. Huit blessés par mines.

Au cours de la nuit du 4 au 5, le bataillon prend ses dispositions en vue de poursuivre sa progression vers l'E[st].

Le 3e bataillon ayant reçu la mission d'atteindre le Drehkopf [Trehkopf] et la Route des crêtes entre 1209,3 et cote 1230, dans la soirée le bataillon a réalisé sa mission (le Drehkopf est atteint à 18 h 30). Il y a trois blessés par mines. Les chemins et les champs sont bourrés de mines et de pièges, et les appareils de détection fonctionnent très mal à cause de l'humidité et de l'épaisseur de neige. A partir de 15 h les appareils sont inutilisables et il faut recourir aux moyens les plus primitifs (pelles, baïonnettes)."

Parmi les blessés de la journée au III/CFP, le capitaine Jacques Morize, commandant la 10e compagnie, a eu le pied arraché par l'explosion d'une schumine, les sous-lieutenants Auguste et Couret ont été blessés dans des circonstances identiques.

5 février 1945

"Le 1er bataillon garde son dispositif de la veille (PC à Sauwas, 1ère compagnie à Gommkopf, 2e compagnie 660,1 - 766,2 - 690, la 3e compagnie au sous-quartier de Sauwas) en vue du départ, à 3 h le 6 février vers l'Est. Déminage de la route 610-640 vers Drehkopf et construction du pont sauté à l'est du carrefour Runsche. A 19 h, le 1er bataillon reçoit l'ordre de stopper le mouvement prévu pour le 6 et de se regrouper à Kruth.

Le 2e bataillon fait mouvement pour se porter à Linthal avec comme itinéraire Gommkopf, Gourmchen* (sic), Driekopf, lac de la Lauch, Linthal et a reçu comme mission de reconnaître à partir du Drehkopf l'axe et ses abords puis éventuellement d'occuper Linthal. Cette dernière localité est atteinte à partir de 17 h 30. La mission a été réalisée sans perte et malgré les difficultés du terrain et l'état physique des hommes, le matériel étant porté à dos d'hommes.

Le 3e bataillon continue sa progression dans les traces du 2e bataillon mais à 10 h 30 reçoit l'ordre de stopper.

Le groupe franc du régiment ayant reçu la mission de pousser sur la vallée de la Lauch par le Drekhopf quitte Kruth à 9 h. Après être passé à l'auberge de Steinlebach à 12 h, il atteint après une marche pénible le lac de la Lauch d'où les Allemands sont partis depuis 24 heures. Arrivée à Niederlauchen où il apprend que Litnhal est libre. Cette localité est atteinte à 17 h après contact (300 m avant le village) avec une patrouille blindée de la 4e DMM venant de Guebwiller.

6 février 1945

Le 1er bataillon se regroupe à Kruth tout en poursuivant les opérations de déminage et de déblaiement de la route de Drehkopf. Sans changement pour les 2e et 3e bataillons, la CCI et la CAC".

Les opérations du Corps franc Pommiès en Alsace prennent fin - mais l'unité déplore encore la mort de deux de ses hommes sur une mine à Cornimont. Le 10 février 1945, il devient officiellement 49e régiment d'infanterie. Nous évoquerons ultérieurement sur ce blog les opérations du 49e RI en Allemagne.

* L'orthographe des toponymes évoqués dans le JMO a été respectée.

Historique du Corps franc Pommiès (septembre - février 1945)

Unité dans la Région 4 des FFI (Sud-Ouest). Composante de la Division légère de Toulouse, sous la forme d'une "brigade mobile" composée de demi-brigades et de bataillons, soit 4 800 hommes. Fait mouvement le 4 septembre 1944. Se bat dans la région d'Autun (Saône-et-Loire) aux côtés de l'armée B. Se réorganise une première fois en Côte-d'Or. Fait mouvement le 23 septembre 1944 vers la Haute-Saône. Engagé dans la région de Servance. Des éléments montent en ligne le 16 octobre 1944 à La Forge (Vosges). Relevé le 20 octobre 1944, gagne la région de Scey-sur-Saône où il se réorganise en un groupe de commandos et deux bataillons. Fait mouvement à partir du 11 novembre 1944 pour monter en ligne à Château-Lambert et au Haut du Them. Echoue le 22 novembre 1944 à prendre Le Thillot (pertes : 13 tués, 69 blessés). Entre dans Le Thillot le 26 novembre 1944. S'empare du Drumont le 28 novembre 1944. Très éprouvé le lendemain par des tirs d'artillerie sur la position et par une contre-attaque allemande (23 tués au total dont trois officiers et un aspirant). Entre en Alsace le 30 novembre 1944. Défend dès lors la région de Kruth jusqu'au 4 février 1945.


Encadrement du Corps franc Pommiès (novembre 1944 - février 1945)

Etat-major

    Lcl André Pommiès

    Lcl Pierre Ginestet, Lcl François Cramaussel, Cdt Henri Benony, Cdt Casanova, Cne Caribou, Cne Raynald de Roffignac (blessé 3/12/44), Cne Patts, Dr Jean-Jacques Jarry, Ln Meyer 

1er bataillon, Cdt Gabriel Balade 

    1ère compagnie, Cne Marie-Jean de Chazelles (puis Cne Charles Galharague)

    2e compagnie, Cne Robert Souchet

        Ltn Fernand Unvois, chef de section Henrat, chef de section Jeandot, chef de section Henri Pannetier, Asp Morin

    3e compagnie, Cne Auguste Navarro (puis Ltn Henrat)

        Officier de Lavarene, chef de section Toussaint, chef de section Saubion, chef de section Core, chef de section Cayaubère

    CA 1

        Ltn J. Doumenc, Ln Haye, Slt Saint-Martin, Slt Sarrazin, Asp Decomble, section Castanié

    Divers officiers du I/CFP : Asp Peyrefitte


2e bataillon, Cdt François de Carrère (bl 29/11/44) puis Cne Henri Viard

    Etat-major : Cdt Gilles de Maupéou (bl 29/11/44), Cne Marc Chombart de Lauwe, Cne Fagalde (bl 22/11/44)

    CB 2, Ltn Bernard de Ferry

        Ltn Charpiat, Adj Jeannot (bl 20/11/44), chef de section Clavier

    5e compagnie, Cne Peillon 

        Chef de section Bègue, chef de section Steyer, chef de section Guichou

    6e compagnie

    7e compagnie

    CA 2

    Divers officiers du II/CFP : Slt Gabriel Chapotet (tué 30/11/44)), Robert (bl 29/11/44)


Groupe de commandos (puis 3e bataillon), Lcl Jean-Louis du Temple de Rougemont (bl 29/11/44) puis Cdt Jean Dangoumau

    1ère organisation :

. 1er commando, Cdt Turcat puis Cne du Crest

    Ltn Gautier, Ltn Brun, Ltn Reppelin (bl 19/11/44)

. 2e commando, Cdt Jacques Miler

    Cne Barthe, Slt Dreyer, chef de section Grattard, chef de section Puldermann, Asp Larrat, Ltn Lescaudron (bl 29/11/44), Slt Sarda, Slt Jean Peyrot (tué 22/11/44), Asp Jacques Broussier (tué 29/11/44), Asp Dupouts (bl 29/11/44)

. 3e commando, Cdt J. Dangoumau puis Cne Jacques Morize 

    Cne François Gouzy, Ltn Maulvaux, Médecin-Ltn Ortholan, Slt Auguste, Asp Elie Barbe (tué 3/12/44)

. 4e commando (versé 3e commando), Cdt Louis-Jean Françot (tué 29/11/44) puis Cdt Marcel Ceroni 

    Ltn Miklhailov Raslovleff (tué 29/11/44), Ltn Jean-Pierre Amsler (tué 3/12/44), Ltn Grojen

    2e organisation :

. 9e compagnie, Ltn René Ader

    Slt Couret (bl 4/2/45), Adj Lucien Perrad

. 10e compagnie, Cne J. Morize (bl 2/45)

. 11e compagnie, Cne F. Gouzy

    Section Lamaignière, Slt Auguste, chef de section Dupuy

    Divers officiers du GC/CFP : Ltn Georges Cassagnabère (dcd 22/1/45)

   

Divers officiers du régiment : Ltn de Fumel, Slt Jean de Courrèges (tué 29/11/44), Slt Brunet


Sources principales : archives du CFP/49e RI, GR 12 P 11, SHD - René GIRAUDON, Le Corps franc Pommiès, tome III. Vers la victoire, Signes du monde, 1995


jeudi 1 janvier 2026

1945 : quand les Berrichons du 5e BCP découvrent le massif des Vosges

 

La fanfare du 5e BCP, en Algérie, en septembre 1945.


Alors président de l'Amicale des anciens du 5e BCP, Maurice Vincent nous a communiqué en 1991 un historique du bataillon pendant la Campagne d'Alsace. Nous extrayons de ce riche document les conditions d'arrivée des volontaires du Berry dans les Vosges puis en Alsace. 

"Le 7 janvier [1945] au soir, le 5e bataillon de la demi-brigade de chasseurs à pied en formation au Blanc (Indre) depuis le 1er [janvier] s'embarque en direction de l'Est. Ce bataillon [est] essentiellement constitué d'éléments FFI en provenance des bataillons Dupleix [sic] et Paul qui se sont magnifiquement comportés pendant l'automne et l'été 1944.

Formé de trois compagnies de fusiliers voltigeurs, une compagnie d'accompagnement, la compagnie de commandement placée sous les ordres directs du commandant Stabler".

Adjoint au chef de bataillon Jean-Marie Stabler, le commandant Gabriel Duplaix avait la responsabilité, dans la Résistance, du 2e bataillon du Groupe Indre-Est. Ce dernier se transforme d'abord en 2e bataillon du 53e régiment d'infanterie le 1er octobre 1944, puis en 2e bataillon du 68e RI. Après la dissolution de ce régiment, il apporte ensuite 70 % des effectifs du 5e BCP, qui reçoit également des éléments du 3e bataillon du Groupe Indre-Est (commandant Paul Dupas), notamment 125 hommes de la 9e compagnie (Pretet).

Encadrement du 5e BCP

Etat-major 

Commandant Jean-Marie Stabler, commandant Gabriel Duplaix (2e bataillon du Groupe Indre-Est).

Capitaine adjudant-major André Romanet, lieutenant Balpetre (officier de transmissions), lieutenant Choplin (officier approvisionnement), sous-lieutenant Capitaine (officier des détails), sous-lieutenant Pierre Rasse (adjoint au chef de bataillon), aspirant Gentilleau (officier de renseignements), lieutenant Brecher (médecin-chef).

CA

Capitaine André Olivier (1er bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Ville, sous-lieutenant Guerineau, aspirant Laurier, aspirant Jean Quoeurnat.

CC

Capitaine Pierre Pretet, 44 ans (3e bataillon du Groupe Indre-Est)

Sous-lieutenant Jacques, sous-lieutenant Léon Lison, sous-lieutenant Daudu, aspirant Nys, aspirant Yvernault, aspirant Mignault.

1ère compagnie

Capitaine Léon Gaubert (2e bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Henri Kayser, aspirant Richard, aspirant Hommassel.

2e compagnie

Capitaine Dominique Raffaldi, 42 ans, issu du 1er bataillon du Groupe Indre-Est 

Lieutenant Lopez, lieutenant Léonard Lefranc, sous-lieutenant Rouchon, sous-lieutenant Gauchet, sous-lieutenant Degura, aspirant Bernard Ramon.

3e compagnie

Capitaine René Affret (3e bataillon du Groupe Indre-Est)

Lieutenant Costa, lieutenant Chasse, sous-lieutenant Peyronnet, aspirant Josse.

"Innombrables sapins chargés de blanc"

"Voyage très long, et très froid. Les étapes succèdent aux étapes. Vierzon, Villeneuve-Saint-Georges, Bar-le-Duc, Nancy. La destination est inconnue. On nous a dit en partant : instruction dans un camp puis front après perception du matériel et de l'équipement moderne nécessaire au combat.

Le 9 janvier, le train est à Epinal, dès  lors, une certitude commence à se faire : on va vers le Boche. Mission d'honneur auquel le 5e malgré son manque d'instruction et l'absence presque complète de matériel ne faillira pas. Sans faiblir il va suivre les traces de son aîné le glorieux bataillon de 1914.

10 janvier [1945]. A Saint-Nabord (Vosges), le train s'arrête pour la dernière fois, dans un paysage féérique. La montagne vosgienne aux innombrables sapins chargés de blanc s'offre aux yeux émerveillés des petits gars du Berry.

Le froid est intense (-25). Dans les wagons non chauffés il a fallu continuellement battre semelle, le corps gelé demande grâce. Qu'importe on tiendra encore plus longtemps puisque l'ordre de départ vient d'arriver. Sac au dos, l'arme à  la bretelle le bataillon entier, commandant en tête, part pour Le Thillot, son premier cantonnement. 50 km de marche épuisants, dans la neige, sans entraînement. Tous n'arriveront pas au bout, mais tous auront marché jusqu'à l'extrême limite, chantant et riant. Très longue route.

Installation au Thillot et aux environs dans le courant de la nuit. Les éclopés rejoindront progressivement le lendemain.

La 4e demi-brigade rattachée à la 10e DI est établie en réserve d'armée et peut-être appelée à intervenir contre un ennemi venant de l'Est. Axe d'intervention du 5e BCP : Le Thillot - Traversing [Travexin] - Bussang - Ballon d'Alsace. Ordre de prise de contact avec les unités en ligne dans ce secteur, 1er RTM, 24e RI. Aménagement des cantonnements. Instruction.

Le 14, ordre de mise en route pour l'Alsace, embarquement de nuit par camions. L'heure tant attendue arrive, les lignes sont proches, sous les rafales de neige, le convoi fonce dans la nuit. Impossible de passer le col. Détour par Fauconnier [Faucogney, en Haute-Saône], Champagney, Giromagny [Territoire de Belfort].

3 h du matin : Sewen, à la porte d'Alsace.

Le 15, à 14 h, reconnaissance par le chef de bataillon et les commandants de compagnie des positions à relever.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier, relève du 2e bataillon du 8e RTM à [Willer*] dans la vallée de la Thur. Par un hasard voulu, peut-être, le 5e BCP de 1945 va se battre dans le même secteur que le 5e BCP de 1914. Les cadets suivront pas à pas leurs aînés et le sang des volontaires se mêlera fraternellement à celui des Diables bleus.

Secteur de Willer

La mission du bataillon est alors la suivante : tenir à tout prix l'Oberfeld, colline abrupte au nord de la ville, interdire le débouché Sud de la vallée du Goldbach, assurer la liaison au nord-ouest avec le Bataillon du Morvan chargé de la défense de Moosch, à l'est avec le 1er BCP.

Le plan de feu se trouve considérablement modifié par suite de l'absence complète d'armes anti-chars, d'une diminution très sensible des armes automatiques et à tir courbe. Les chasseurs assureront la défense du secteur dans des conditions de matériel et d'équipement très défectueuses. En moyenne 30 cartouches par homme, dix chargeurs de FM, quelquefois trois. La générosité des camarades relevés du 8e RTM nous vient en aide et ils nous laissent un nombre important de cartouches de carabines et de mitrailleuses, des grenades, des mines, et surtout une partie de leurs transmissions téléphoniques. Cette dernière aide permettra au lieutenant Balpetre de recevoir et réparer par des miracles d'ingéniosité les postes TN 16 mis à notre disposition quelques jours plus tard.

Le dispositif de combat du bataillon se situe comme suit : la compagnie Raffali en pointe, accrochée au sommet sur le front Est et Ouest de l'Oberfeld ; la compagnie Olivier, à l'usine, cote 379,6 interdisant le débouché Sud de Moosch et assurant la liaison par le feu avec les voisins de gauche grâce au PA mixte de la Crête sans nom ; la compagnie Affret qui interdit la vallée du Goldbach et couvre l'Oberfeld en fournissant des feux sur cette pente Nord ; la compagnie Gaubert en réserve à la fabrique 378,4 ; PC du bataillon à côté de la mairie.

Le secteur s'avère aussitôt très mouvementé, l'ennemi très mordant effectuant de fréquentes patrouilles et harcelant sans cesse les positions de la vallée par des tirs de mortiers. Le tunnel, passage obligé entre Wilik [sic] et Bitschwiller, est un de ses objectifs favoris."

Dès le 17 janvier 1945, les Allemands viennent tâter les positions du 5e BCP ; le lendemain, le chasseur Alphonse Reichel est le premier tué de la 4e demi-brigade (commandant André Petit) à son poste de combat. Ce ne sera pas le dernier, tout au long des opérations durant la bataille de la Poche de Colmar déjà évoquées sur ce blog

A noter que le même jour que le 5e BCP, le 1er BCP du commandant Jean Paoli, créé à partir du 90e RI (ex-Groupe Indre-Nord), est monté en ligne dans le quartier de l'Oberfeld. Lui aussi prendre part aux opérations de Colmar. 

Sources principales : 5e bataillon de chasseurs à pied. Campagne d'Alsace 1945 (historique communiqué en 1991 par Maurice Vincent, président des anciens du 5e BCP) - archives de la 4e demi-brigade de chasseurs, GR 12 P 28, SHD - archives collectives des FFI de l'Indre, GR 19 P 36, SHD.

* Orthographié Villers dans l'historique du 5e BCP.