mercredi 31 décembre 2025

Le 24e régiment d'infanterie (1944-1945)

Des hommes de la 10e division d'infanterie, dite "Division de Paris".
Photo parue dans un article de la revue Militaria, n°100.



Chef de corps : lieutenant-colonel Gabriel Bablon, 39 ans, issu de la 13e demi brigade de la Légion étrangère et futur Compagnon de la Libération. 

Créé le 10 décembre 1944 par changement d'appellation de la 24e demi-brigade d'infanterie (10e division d'infanterie).

Le I/24e RI (capitaine Jean Lhuillier) correspond au bataillon 6/22, stationné au lycée Janson-de-Sailly. A l'origine, il s'agit d'une unité - le "Bataillon de choc" du commandant Ledroit - qui se forme début septembre 1944 en accueillant des éléments des mouvements Vengeance et Ceux de la Résistance (CDLR), de la 8e division des francs-tireurs (DFT), du groupe De Gaulle de Carentan. Elle a pour commandants de compagnies le capitaine Chéron, les lieutenants René Chapey et Capeyron, et prend la dénomination de bataillon 6/22 (commandant de Pirey). Selon le SHD, sa création intervient le 21 septembre 1944 à Vitry-sur-Seine. La CA 1, dans laquelle sert le lieutenant Serge Gille-Naves, est issue d'une compagnie de la 8e DFT.

Le II/24e RI (commandant Albert Schweitzer, dit Lefèvre) correspond, depuis le 5 octobre 1944, au Bataillon Marianne (7/22) du commandant Schweitzer. Ce dernier, officier FTP de 38 ans, commandait le secteur de Rueil-Passy des FFI de Seine-et-Oise. Son bataillon a été formé à la caserne Guynemer de Rueil, en incorporant notamment les hommes du capitaine Baillon – qui commandera la 5e compagnie - et du lieutenant Louis Guy. Fort initialement d'un millier d'hommes environ, dont une partie sont passés au Bataillon Hoche à Versailles, le Bataillon Marianne gagne, par voie ferroviaire, Château-Landon (Seine-et-Marne), le 21 octobre 1944.

Confié au commandant Georges Deynoux (Georges), 40 ans, chef FFI de Corbeil (Seine-et-Oise), le III/24e RI réunit 26 officiers, 98 sous-officiers et 655 hommes de troupe. Il correspond au bataillon 8/22 (commandant Deynoux), issu de la fusion des Bataillons Joseph-Bara et Bataillon Hoche. « C'est à Brétigny qu'est rassemblé le bataillon FFI qui, par la suite, prendra le nom de Bataillon Bara, avec le commandant Deynoux, de Villeneuve-Saint-Georges, le capitaine Malterre (un instituteur) », se souvient Georges Andry (lettre à l'auteur du 12 août 1989). Le bataillon est ainsi organisé : le capitaine Lucien Legrand est adjudant-major, le capitaine Pierre Malterre commande la compagnie de commandement, le capitaine René Thomas la compagnie d'accompagnement, le lieutenant Thelliez la 9e compagnie, le capitaine Alfred Delarra la 10e, le capitaine Alfred Wihlm la 11e. Le III/24e RI quitte Corbeil et Brétigny pour la Seine-et-Marne le 30 octobre 1944.

Créé le 2 septembre 1944 au lycée Janson-de-Sailly, le bataillon 14/22 (commandant Claveau) donne enfin naissance au bataillon de commandement du régiment. Le capitaine Treich commande la compagnie anti-chars, le capitaine de Douville la compagnie de canons. Au sein de l'échelon de commandement du 24e RI, le commandant Philippe Desrobert est le chef de corps en second, et le jeune capitaine Jean-Pierre Sartin, 27 ans, le chef d'état-major. 

Mouvements et opérations 

29 décembre 1944 : le III/24e RI (Deynoux) arrive à Reims (Marne). Ce mouvement intervient afin de participer à la protection de la frontière franco-belge après le lancement de la contre-offensive allemande en Ardenne.

30 décembre 1944 : le bataillon Deynoux se porte à Signy-le-Petit (Ardennes). Le lendemain, il se lance à la recherche de parachutistes ennemis.

4 janvier 1945 : "Le 3e bataillon s'embarque à Signy pour une destination inconnue". Le débarquement se fait à Saint-Nabord, dans les Vosges. Le 24e RI (et le 5e RI) a reçu en effet pour mission de tenir position dans les Vosges en raison du départ de la 3e division d'infanterie algérienne dépêchée d'urgence sur Strasbourg menacée par l'ennemi.

12 janvier 1945 : le III/24e RI prend la direction d'Urbès. Il est transporté en camions jusqu'à Bussang, puis relève, dans la nuit du 13 au 14 janvier 1945, le I/1er régiment de tirailleurs marocains de la 4e division marocaine de montagne. La 9e compagnie tient Fellering et Wesserling, la 10e Ranspach, la 11e et le PC sont à l'est de Wesserling. Le bataillon est donc positionné sur la nationale 66 qui relie Le Thillot à Thann, en Alsace.

La même nuit, le II/24e RI (Schweitzer) vient occuper les positions du bataillon de tirailleurs Chauveau du 1er RTM, toujours dans la vallée de la Thur, dans la région d'Oderen et Fellering. 

17 janvier 1945 : l'aspirant Boete est blessé, ainsi qu'un soldat.

19 janvier 1945 : un soldat du bataillon Schweitzer est tué, un homme a les pieds gelés.

20 janvier 1945 : trois blessés par mortier au 3e bataillon, dont un est évacué. Le journal des marches et opérations du 24e RI note qu'il y a « 10 cm (de neige) sur les routes. Communications difficiles ». C'est ce jour-là que l'offensive contre la Poche de Colmar est lancée par la 1ère armée française dans la plaine d'Alsace. Pendant ces opérations, la 10e DI et les unités FFI rattachées tiennent position dans le massif vosgien, en attendant le décrochage ennemi. Durant cet hiver particulièrement rigoureux dans la montagne - il faisait alors -27/-28°C dans les Vosges -, le quotidien des hommes de la "Division de Paris" sera fait de tirs de harcèlement et de patrouilles destinées à vérifier si les Allemands se maintiennent sur leurs positions. 

22 janvier 1945 : une patrouille du II/24e RI est harcelée au pied de la cote 585 par les tirs de trois armes automatiques. Elle se retire avec cinq blessés, compte un mort, un blessé prisonnier.

23 janvier 1945 : le lieutenant Vialle quitte le 24e RI pour le 5e RI, alors que le lieutenant Fleurian, venu du centre d'instruction divisionnaire, est affecté à la CCI.

24 janvier 1945 : un blessé par mortier au 3e bataillon. Le I/24e RI (Lhuillier) débarque à son tour à Masevaux.

25 janvier 1945 : le sous-lieutenant d'Anglejan, du bataillon de commandement, passe au III/24e RI.

26 janvier 1945 : le III/24e RI (Deynoux) signale une "tempête de neige". Il y environ 50 cm de couche au sol. Le I/24e RI (capitaine Lhuillier) commence à relever le 1er BCP à Willer-sur-Thur. Opération achevée le lendemain, mais il y a un blessé. 

27 janvier 1945 : la 10e compagnie occupe la maison Sieg. Quatre blessés au régiment.

28 janvier 1945 : un blessé (au I/24e RI), deux pieds gelés.

29 janvier 1945 : activité de patrouilles au régiment, qui perd quatre blessés et un tué, sur une mine à la cote 831 : l'aspirant Jacques Bergerot, 23 ans, du 2e bataillon. La 10e compagnie du III/24e organise la maison Sieg en position. « Au cours de l'aménagement d'un chemin dans la neige, et d'une petite patrouille, le caporal Guilpain et le soldat Chignon, volontaires pour ce travail, le premier blessé par une balle de mitrailleuse lourde, s'écroule, le soldat Chignon se porte à son secours, trop vite hélas. L'endroit est repéré, il est atteint grièvement à son tour. Ce sera un des premiers héros de notre campagne tombés au champ d'honneur » (JMO du III/24e RI). Mort à Ranspach, Lucien Chignon était âgé de 21 ans.

30 janvier 1945 : "A 4 h, 72 coups de 55 sur les cotes 644.5, 831, 585, 684 destinés à appuyer la progression des patrouilles du II/24 opérant à partir de 5 h. Patrouille du III/24 sur l'As de Pique et au nord de la maison Sieg (5 h). Pertes : deux blessés au II/24, un blessé au III/24. Pieds gelés : quatre au II/24, un au III/24. Prisonniers : un Polonais déserteur" (JMO du régiment). Du côté du I/24e RI, le lieutenant Capeyron fait partie des quatre blessés du bataillon.

31 janvier 1945 : coup de main effectué à partir de 5 h par le II/24e RI (Schweitzer) sur les cotes 585 et 775. Il est placé sous la responsabilité du capitaine Beurotte, commandant de la CA 2. L'officier dispose d'une section de sa compagnie et de deux sections de la 7e compagnie (lieutenant Carage). Parallèlement, une diversion sera réalisée sur la cote 684 et le bois en direction du sud-est par un groupe de combat de la 7e compagnie. Objectifs de l'opération : "visiter en détails" les positions allemandes des cotes 585, 775, et faire des prisonniers.

Le JMO du 24e RI rend compte ainsi de cette action : "L'artillerie envoie 140 coups de 155 sur les positions. L'une des patrouilles fouille le bois de la cote 775 et par suite de la destruction d'un appareil de transmission ne reçoit pas l'ordre de repli qui lui est donné à 5 h. Se fait prendre de flanc par des mitrailleuses et tirs de mortiers. Parvient à décrocher à 11 h 30. Les deux sections attaquant la cote 585 sont accrochées par des armes automatiques enterrées dans des bunkers. Elles décident de prendre la position et la tournent mais sont prises à partie par des armes automatiques qui se dévoilent. La fin du décrochage a lieu vers 19 h."

Les pertes sont très lourdes au II/24e RI : le JMO indique huit morts, dont le sous-lieutenant André Lottin, 24 ans, et quinze blessés. Selon un vétéran du bataillon, les soldats Pierre Archambaud, 18 ans, René Dhal, 20 ans, René Dropsit, 19 ans, Charles Lefebvre, 20 ans, Georges Pelouze, 19 ans, et Gérard Warin, 17 ans, qui ont trouvé la mort, appartenaient à la 2e section de la 7e compagnie. Il semble que ces hommes, qui n'avaient pu exécuter l'ordre de décrochage, s'étaient réfugiés dans une ferme près de Wildenstein où ils ont perdu la vie. Après une première tentative de sortie, leurs camarades ont pu quitter leur position, échappant à l'ennemi en passant par le Markstein, les crêtes et Linthal, dans une tempête de neige, et par un froid terrible. 

Cette déconvenue inspire ces réflexions au rédacteur du JMO du 24e RI : "De ce coup de main il ressort [...] qu'étant donné l'organisation de la défense allemande, les difficultés dues au terrain et à l'épaisseur de la neige ainsi que le temps nécessaire à la progression de nos PA avancés [vers] les positions allemandes, une opération de ce genre est extrêmement coûteuse pour un bénéfice insignifiant. Le temps nécessaire à la progression de nos patrouilles permet aux guetteurs ennemis de donner l'alarme afin que les positions de combat soient immédiatement occupées et dans certaines circonstances renforcées. L'effet de surprise est donc absolument impossible à réaliser."

Au I/24e RI, ce même 31 janvier 1945, "accrochage avec patrouille allemande vers 10 h 30 sur cote 561.8". Il y a un tué et un blessé, le sous-lieutenant Jacques Goussu-Chantel, de la 2e compagnie. Le JMO du régiment note également : "Tirs de minen ennemis sur les pentes Est de l'Oberfeld, sur les pentes Ouest de la cote 501 "

Par ailleurs, "dans le secteur du 3e bataillon, une patrouille composée de l’officier et 20 hommes avec le déserteur polonais essaie d’obtenir la désertion d’autres éléments ennemis. Aucun résultat. A noter également aucune réaction de l’ennemi, bien que la patrouille se soit approchée à 50 m de l’usine de Pfaffmatt. A 16 h, 61 coups de mortiers sur l’usine, de nombreux coups au but".  

Autres événements du jour : le lieutenant Hergott, du III/24e RI, passe aux Forces anti-aériennes, et le lieutenant Lesueur, du bataillon de commandement, est muté au 18e régiment de dragons.

1er février 1945. JMO du régiment : "Secteur du III/24 : patrouille sur l'As de Pique et 452-213. RAS [...]. De 21 h 10 à 22 h 50, environ 50 coups de 75 sur le village d'Urbès. La section de CAC qui avait été envoyée en renfort au II/24 rejoint le sous-quartier d'Urbès.

Dans le secteur du I/24, de 6 h à 7 h 15, une patrouille s'accroche en 4519-1157, elle rejoint sa base sans incidents. [...] Pertes : un tué (CCI), deux blessés au I/24.

Physionomie générale de la journée : l'ennemi semble très calme et réagit peu. Il donne l'impression de n'avoir qu'un faible effectif en ligne."

2 février 1945. JMO du 24e RI : "Dans la nuit, très grosse activité de l'artillerie ennemie qui bombarde Oderen, Merleberg, Husseren-Wesserling, Ranspach (500 coups). Une patrouille sur l'As de Pique rapporte un Mauser et deux cartouches trouvés à côté d'un arbre. Emplacement de mortier repéré également." Le document précise qu'"en cas de repli ennemi dans le massif des Vosges, ce qui serait en train de se produire suivant l'observation aérienne de la poche des Vosges, une compagnie du II/24 ferait partie [du] groupement tactique mobile commandé par le colonel Massiet du Biest." Le JMO du III/24e RI confirme cette éventualité : « On a l'impression d'une manœuvre de décrochage ».

Le JMO rend compte également : "Patrouille du II/24 à 16 h 25 [...] a pour mission de reconnaître 831, maintenir le contact. 

Dans la soirée, tirs de mortiers et de 77 sur Oderen et sur l'observatoire du III/24. Activité des armes automatiques sur les cotes 775, 555, 684.

Pertes : blessés : un au II/24, cinq au I/24 ; tué : un au I/24"Daniel Courant, 19 ans, tué à Fellering, Henri Ladam, 19 ans, victime d'un obus de mortier à Willer-sur-Thur, augmentent la liste des morts du régiment.

Historique de la 10e DI : à partir de 18 h, l'ennemi paraît « particulièrement nerveux sur l'ensemble du front : tirs désordonnés, bruits, lumières, tout signale une agitation fébrile ».

JMO du 24e RI : "Dans la nuit du 2 au 3, dans tous les sous-quartiers, patrouilles de contact. RAS".

3 février 1945 : au matin, écrit l'historique de la 10e DI, « l'ordre est donné de suivre l'ennemi au plus près et, au besoin, de bousculer les quelques résistances qu'il nous oppose ». L'intention du colonel Pierre Rousseau, commandant l'infanterie divisionnaire de la 10e DI et le groupement Nord, est « de bloquer au plus vite l'ennemi entre la grande route La Schlucht – Munster et Mittlach, Metzeral, Munster". 

La marche en avant

4 février 1945 : JMO du III/24e RI (Deynoux) : "Des patrouilles envoyées sur l'As de Pique et vers 0 h se rendent compte que quelques postes avancés semblent abandonnés, Pfaffmatt cependant paraît occupé". Le journal se montre ensuite plus précis sur l'activité du bataillon  : "Des patrouilles sont ordonnées, qui s'approchent très près des postes avancés ennemis. Celui-ci révèle sa présence, il est encore là. A 0 h, une patrouille allemande d'environ douze hommes tente de surprendre le poste, elle est reçue comme [il] se doit et se replie sous notre feu. Vers 1 h du matin, dans le secteur de la 11e [compagnie], une mitrailleuse crépite tout à coup, s'arrête pour recommencer, donnant l'impression d'une attaque possible par infiltration. L'officier de nuit de service, le capitaine Thomas, doit interrompre la prise d'un message pour se rendre avec le commandant Deynoux sur les lieux, ils sont de retour une heure après, rien de grave, on a tiré d'un poste de la 11e (sergent-chef Bouger) sur des arbres. A 8 h 45, une patrouille de la 9e a remonté le thalweg en 782.8, commandée par le caporal-chef Gaudel et douze hommes remontant la lisière Est de l'As de Pique. Au signal du servant d'une mitrailleuse lourde, une douzaine d'Allemands se sont détachés pour encercler notre patrouille, celle-ci a continué son chemin afin de s'assurer si le poste 7 bis allemand était bien occupé, poste qui, hier, avait été abandonné."

A 10 h 20, comme tout le secteur des Vosges, le régiment va de l'avant. "Mission des 2e et 3e bataillons : occuper la ligne des crêtes", précise le JMO.

Dans l'après-midi, "la 10e compagnie débouche sur la gauche de l'usine Sieg", appelée fabrique de Pfaffmatt par le JMO du régiment. "Aucune réaction. L'usine est occupée par la 11e compagnie", à 13 h 30. Mais il y a des pertes : "Le soldat Cutulic qui se rend dans la cour de l'immeuble saute sur une mine. La 9e compagnie s'est installée [...] : le soldat Jeannet Martial a sauté sur une mine et est gravement blessé au pied. La 10e compagnie s'installe au Delgel en attendant de passer au Markstein."

Dans la soirée, à 18 h, le III/24e RI atteint la cote 1130.5, le II/24e la cote 1123. "Dans la nuit, les deux bataillons atteignent la ligne des crêtes", note le JMO du régiment. Selon l'historique du 5e bataillon de chasseurs à pied, la liaison est prise avec le 24e RI à l'auberge Ostein.

Etat des pertes recensées par le JMO : un blessé au II/24, un blessé au III/24, un soldat du bataillon de commandement victime de pieds gelés.

5 février 1945 : tandis que le groupement Nord nettoie le Hohneck, le groupement Centre du colonel Hogard, auquel appartient le 24e RI (mais également le Corps franc Pommiès, le 1er régiment du Morvan et le 1er bataillon de Toulouse), pousse vers Linthal, village proche de Guebwiller. Au III/24e RI, le JMO du bataillon précise : « A 4 h, la 10e compagnie part pour le Markstein. La 9e et la 11e s'installent à Ranspach. Le chef de bataillon, accompagné du capitaine Malterre, du capitaine Thomas et de l'aspirant Lacroix, montent au Markstein où ils arrivent à midi. Les transmissions ont réussi le tour de force d'arriver presque en même temps que la compagnie. Le chef de bataillon prend liaison avec le chef du 2e bataillon à l'auberge du Markstein. La 10e compagnie s'installe dans les chalets sur la route de Lauchersee [sic] en protection du 1er bataillon qui continue la progression jusqu'à Linthal. Dans Pfaffmatt, on découvre les corps de trois cadavres [sic] allemands".

Atteint à 17 h par le Corps franc Pommiès, Linthal est investi par une compagnie du II/24e RI dans la nuit du 5 au 6 février 1945. 

8 février 1945 : obsèques du soldat Cutulic et d'un sergent-chef du régiment du Morvan. A cette date, le régiment est à Urbès, Oderen-Fellering, Wesserling-Ranspach, Bussang. Le lendemain, s'achève la conquête de la Poche de Colmar.

Au 12 février 1945, le seul 24e RI déplore, depuis son arrivée dans les Vosges, 18 tués (dont onze au II/24e et quatre au III/24e), 64 blessés (dont 35 au II/24e RI), deux disparus (au II/24e), 25 gelés et 68 malades. Puis la division quitte le théâtre d'opérations de la 1ère armée française. Elle ira servir dans l'Ouest.

Etat des morts du 24e RI (1945)

Aspirant Jacques Bergerot, 23 ans, le 29 janvier 1945 ; sous-lieutenant André Lottin, 24 ans, le 31 janvier 1945. 

Denis Hamaury, 20 ans, le 18 janvier 1945 ; Lucien Chignon, 21 ans, le 29 janvier 1945 ; Claude Dubost, 34 ans, le 30 janvier 1945 ; Georges Szczesny, 19 ans, le 31 janvier 1945 ; Pierre Archambaud, 18 ans, René Dhal, 19 ans, René Dropsit, 19 ans, Charles Lefebvre, 20 ans, Georges Pelouze, 19 ans, et Gérard Warin, 17 ans, le 31 janvier 1945  ; Jean-Louis Khremer, le 31 janvier 1945  ; Claude Bauer, 21 ans, le 1er février 1945  ; Roger Cevaer, 18 ans, le 1er février 1945 ; Daniel Courant, 19 ans, le 2 février 1945  ; Henri Ladam, 19 ans, le 2 février 1945 ; Marcel Guilpin, 22 ans, le 5 février 1945 ; Joseph Cutulic, 19 ans, le 6 février 1945 ; Maurice Desplaces, 18 ans, le 8 février 1945.

Sources principales : archives du 24e RI, GR 12 P 6, SHD - archives de la 10e division d'infanterie, GR 11 P 164, SHD.




mercredi 24 décembre 2025

Le 1er régiment de Franche-Comté (1944-1945)

 

Des combattants du 1er RFC dans les Vosges.
Photo parue dans le livre de Louis et Nicole Porchet-Marrel.


Chef de corps : lieutenant-colonel Robert Sarrazac-Soulage (Lagarde), 31 ans, chef du Groupement frontière.

Chef d'état-major : commandant Edouard Krau (Bertrand).

6 septembre 1944 : Sarrazac-Soulage annonce à l'état-major de la 3e division d'infanterie algérienne (DIA) la création du 1er régiment de Franche-Comté (RFC). Il sera constitué de trois bataillons recrutés parmi les FFI du Doubs et du Jura. 

Le 1er bataillon, créé dès le 4 septembre 1944, veille de la libération de Pontarlier, correspond au Groupe d'escadrons du Jura, mis sur pied à partir du groupe Mont-Poupet. Secondé par le capitaine René Maire du Poset, c'est un aviateur, le capitaine Pierre Patoor, qui commande ce bataillon, composé de trois compagnies sous les ordres du capitaine Gaston Couturier, du lieutenant d'active André Billet et du lieutenant Jacques Baxerres, ainsi que d'une compagnie de commandement (capitaine Albert Roussel).

Aussitôt après la libération de la cité pontissalienne, un 2e bataillon, commandé par le capitaine Edouard Filarder (Duchêne), s'organise au camp de Valdahon, avec pour commandants de compagnies le capitaine Daval puis le capitaine Pierre Hallonet (5e), le lieutenant Barbier puis le lieutenant Velinot puis le lieutenant Monnet (6e), le lieutenant Bart puis le lieutenant Paillot puis le sous-lieutenant Poncet puis le sous-lieutenant Guillaume (7e), le sous-lieutenant Fresne (8e). Comprenant également une "compagnie spéciale russe" (sous-lieutenant Babert), ce II/1er RFC tient d'abord position dans la région de Pont-de-Roide du 12 au 17 septembre 1944, perdant notamment, lors d'une patrouille jusqu'à Vermondans, le 16 septembre 1944, les aspirants Antoine Mayer, un Cadet de la France libre âgé de 20 ans, et Xavier Greusard, ainsi que le sergent Albert Klein, tous trois tués, tandis que le capitaine Richardot (Batelier), adjoint au chef de bataillon, était blessé. 

Pour sa part, la constitution du 3e bataillon se révèle plus compliquée. Il sera finalement formé avec les compagnies Verdun, Lorraine, Yser et Gabriel-Péri (puis la compagnie Alsace du capitaine Jules Pagnier) du Bataillon Allard, d'origine FTPF. 

26 septembre 1944 : la compagnie russe participe, aux côtés de la 3e DIA, à une attaque au nord de Pont-de-Roide, perdant, selon le capitaine Duchêne, huit morts et douze blessés. 

30 septembre 1944 : le bataillon Duchêne, mis à disposition de la 9e DIC nouvellement arrivée en Franche-Comté, s'installe à Chamesol (Doubs). De son côté, le Groupe d'escadrons du Jura (I/1er RFC) participe à une prise d'armes à Pontarlier le 3 octobre 1944 avant de rejoindre trois jours plus tard le 3e régiment de spahis algériens de reconnaissance (RSAR) dans la région de Remiremont (Vosges).

9 octobre 1944 : le I/1er RFC soutient le 3e RSAR (groupement tactique n°4 de la 3e DIA) dans sa progression sur La Bresse (Vosges). Cette unité, qui la veille a atteint le col de Xirais puis défendu la position de Zainvillers, accompagne les spahis du capitaine de Lestrange de part et d'autre de la Moselotte, la compagnie Baxerres atteignant le pont de Thiéfosse, la compagnie Couturier arrivant dans ce village vers midi, toutes deux après avoir réduit des résistances dans les bois.

11 octobre 1944 : Pierre Bonnet, 17 ans, est tué à Thiéfosse, Jeanot Marx, 20 ans, et Edmond Oudot, 21 ans, meurent à Basse-sur-le-Rupt.

1er novembre 1944 : le Groupe d'escadrons du Jura est relevé à la Croix des Moinats par le II/1er RFC. Ce dernier venait d'être instruit par le Régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) de la 5e DB à laquelle le bataillon a été rattachée du 17 au 29 octobre 1944. Avant ce rattachement, le bataillon Filarder, qui a vu partir ses 80 Russes le 19 octobre 1944, avait déjà perdu quatorze tués ou disparus et 30 blessés en opération. 

3 novembre 1944 : le III/1er RFC, qui n'a pas encore été engagé au combat et dont le commandant Genévrier, venu des FFI de Lyon, prend le commandement à compter du 4 novembre 1944 (il succède au capitaine Puccinelli, l'un des chefs de bataillon successifs), monte enfin en ligne au Haut du Ménil, au sud de Cornimont (Vosges). Il s'agit plus exactement des compagnies Alsace et Verdun, le reste du bataillon cantonnant à Saulxures. Attaché au 3e RSAR, le I/1er RFC atteint pour sa part les lisières Ouest du Tholy mais doit se replier en raison d'un tir de mortiers.

Nuit du 5 au 6 novembre 1944 : la 3e compagnie du I/1er RFC et les spahis relèvent le Groupement de choc près de la Neuve Roche.

13 novembre 1944 : une patrouille du corps-franc du 1er RFC, commandée par le lieutenant Robbe et le sous-lieutenant Philippin, perd quatre disparus devant Le Tholy, dont le sergent Léon Pinel, 23 ans, tué. André Patula est également porté disparu à la date du 13 novembre 1944 dans les Vosges.

16 novembre 1944 : le III/1er RFC relève le I/4e RTT dans le quartier de Rochesson.

Libérateurs de Gérardmer

17 novembre 1944 : la 3e DIA descend vers Gérardmer. Le 2e bataillon du RFC marche entre le col des Moinats et La Bresse. Le sous-lieutenant Romain Verguet, de la 5e compagnie, est grièvement blessé aux jambes par un obus et décède, à l'âge de 29 ans, durant son transport. Deux guetteurs de la 7e compagnie, Raymond Martin, 23 ans, et Ercole Félice, 21 ans, sont tués par le bombardement d'une ferme sur le territoire de Cornimont. Ce jour-là, les Allemands incendient Gérardmer avant de se replier... 

18 novembre 1944 : il y a encore des pertes au RFC. Le sous-lieutenant Albert Grappe, le sous-lieutenant Nicot et le sergent Tissot, de la 6e compagnie, sautent sur des mines. Le premier meurt de ses blessures à la suite de son amputation.

19 novembre 1944 : selon l'historique du 3e RSAR, « c'est la 2e compagnie du I/RFC », celle du lieutenant Billet, « qui aura l'honneur d'entrer la première dans Gérardmer détruite... » Guidé par un garde forestier, le groupe franc-comtois avait occupé « dès 9 h ses objectifs initiaux au col de la Vierge et aux lisières Est du bois de la Creuse. De là, devançant le 2e Spahis, il occupera Gérardmer au début d'après-midi ». La compagnie Billet, après avoir « traversé des champs de mines et après avoir investi la ville, [...] prit rapidement position sur les hauteurs au sud de la ville, afin de parer à toutes contre-attaques... » Le soir, les Franc-Comtois sont installés à La Rochotte et à La Gemanguette. Le 2e RSAR et les unités FFI qui lui sont attachées entrent également dans la cité martyre où de 7 à 8 000 sinistrés ont trouvé refuge dans un quartier épargné par les incendies. Prochains objectifs : La Bresse et le col de la Schlucht.

20 novembre 1944 : le groupe d'escadrons (I/1er RFC), qui progresse au sud de la route de Colmar, atteint les Quatre-Feignes, les Hautes-Feignes et les Hautes-Vannes. C'est le jour de l'entrée de la 3e DIA dans La Bresse également incendiée.

21 novembre 1944 : mis à disposition du lieutenant-colonel Trioche, commandant le 51e RI, le II/1er RFC s'installe notamment au col de la Grosse-Pierre (le sous-lieutenant Boissard, de la 5e compagnie, qui accompagnait le capitaine Hallonet, saute sur une mine, il a un doigt de pied arraché).

22 novembre 1944 : au soir, le groupe d'escadrons du Jura est au Cerceneux Marion et aux Vazenes. Le bataillon Patoor appartient alors, comme le III/1er RFC, au sous-groupement Sud (lieutenant-colonel Sarrazac-Soulage) du GT 3. Quant au II/1er RFC, il sert au sein du GT 1 du général Duval. Le bataillon atteint le ruisseau du Chajoux et, à 8 h, le village de La Cure (au nord-est de La Bresse), avant qu'une contre-attaque ennemie ne contraigne au repli la section Humbert de la 7e compagnie. Emmenée par le lieutenant Graber, une patrouille se porte jusqu'à la ferme Grouvelin, d'où trois hommes se rendent, à ski, jusqu'à la ferme Biezot où la liaison est réalisée avec une compagnie du groupe d'escadrons du Jura.

Objectif le col de Bramont

26 novembre 1944 : l'approche de La Schlucht reste toujours impossible pour le GT 3, au sein duquel le groupe d'escadrons du Jura réalise des patrouilles en direction du Collet de la Mine et du Haut Vieux, tandis que le III/1er RFC est soumis à un tir de 88 et mortiers en procédant au déminage de la route Le Metty – La Ténine. 

A 8 h, le I/51e RI reçoit l'ordre de se porter sur le col du Brabant, première étape avant le col de Bramont, frontière entre les Vosges et l'Alsace. Ce bataillon appartient, comme le II/1er RFC, au sous-groupement Nord (GT Duval) du colonel Van Hecke, chef de corps du 7e régiment de chasseurs d'Afrique. Parti de Xoulces, le I/51e RI parvient au col du Brabant. L'autre composante du sous-groupement Nord, le II/1er RFC, qui est à Lansauchamp, sur la route Cornimont - La Bresse, reçoit l'ordre de porter sa 7e compagnie (lieutenant Guillaume) sur la chapelle située au sommet du col du Brabant, le long du chemin du Haut des Bouchaux qui conduit au lac des Corbeaux. Mais après avoir marché pendant 500 mètres, l'unité est stoppée dans sa progression par un contre-ordre : elle doit revenir à Lansauchamp. C'est là que se rassemble le bataillon, sauf la 5e compagnie (capitaine Hallonet) qui s'installe à Louvière Les Huttes. Pour sa part, la 6e compagnie du lieutenant Monnet, qui avait fait mouvement sur La Bresse, a été prise à partie par des rafales de mitrailleuses.

27 novembre 1944 : les FFI tarnais et franc-comtois reprennent leur progression en direction du Bramont. La compagnie Monnet monte à partir de 9 h 30 à la chapelle du Brabant, par la piste de Lansauchamp. Sa mission est de réaliser la jonction avec les hommes du lieutenant-colonel Trioche. Près de la chapelle, il y a une ferme, dans laquelle pénètrent des démineurs et des hommes de la 1ère section de la 6e compagnie. Un piège explose : deux soldats du génie sont tués, Antoine Soatto et le caporal André Jachez, du 1er RFC, sont blessés. Plus tard, à 11 h 40, il y aura cinq blessés au corps-franc, victimes du bombardement du chemin montant du Daval à la chapelle du Brabant. A 13 h 30, le capitaine Filarder ordonne, par message, à la compagnie Guillaume de rester sur place, car le mouvement du I/51e RI a été « enrayé » dès le départ. « La colonne Trioche qui s'était emparée de la bordure des bois de la Roche des Bouchaux est vigoureusement contre-attaquée et revient sur ses positions de départ après avoir subi des pertes sensibles », note le journal du II/1er RFC. En début d'après-midi, en effet, la 3e compagnie du I/51e RI a subi des pertes près de la ferme des Corbeaux. Ce sont la compagnie Monnet et le corps-franc du 1er RFC, installés dans la zone de la chapelle, qui couvrent le repli du I/51e RI.

28 novembre 1944 : après une préparation d'artillerie qui a été déclenchée à 10 h 15 par le II/67e RAA, le II/1er RFC, dont le PC s'est porté à la chapelle de Brabant, reprend sa progression. Tandis que la 5e compagnie (capitaine Pierre Hallonet) reste en position dans la région des Huttes-La Louvière, « avec mission de protéger La Bresse et de couvrir le débouché de la [vallée] de la Vologne » (historique du 7e RCA), les 7e (lieutenant Guillaume) et la 6e compagnies (lieutenant Monnet) abordent, à 10 h 25, « la corne du bois de la Roche des Bouchaux », précise le journal du bataillon Duchêne. Mais cinq minutes plus tard, les Franc-Comtois se heurtent à l'ennemi. A 11 h 05, la compagnie Monnet est arrêtée par une ligne de barbelés, puis prise à partie, sur sa droite, par des mitrailleuses installées à la corne du bois de la Chauderie. A 14 h, les deux compagnies sont définitivement stoppées et reçoivent l'ordre de s'installer en position défensive. S'il a pu prendre en partie le bois de la Roche des Bouchaux, le II/1er RFC déplore trois tués (Raoul Melet, 24 ans, André Grandvoinnet, 20 ans, touchés chacun par une balle, et Jean Girod, 19 ans, mort des suites de ses blessures) et dix blessés, dont le sergent Marcel Gudin. Le 7e RCA a assisté à ce combat. Son historique confirme que l'ennemi a réagi « par des tirs de mortiers qui s'appliquent sur le bois, sur le glacis au sud du bois, sur le Signal 1065 et dans la région du col de la chapelle du Brabant. A 14 h, un TD […] détruit un observatoire ennemi dans une ferme sur les pentes Sud de Moyen-Mont ». Le document note aussi que « la compagnie du capitaine Rouche [sic] du I/51 tient le Signal de la Roche des Bouchaux et contrôle les pistes Nord de l'Eperon. La CA du I/51 tient une position sur la poste [sic] Sud de la chapelle du Brabant […] ».

29 novembre 1944 : le II/1er RFC, qui a perdu plusieurs blessés par éclats (l'adjudant-chef Gilbert Blanchard, 44 ans, et Henri Juif, qui décèdent de leurs blessures, Cicolini), reçoit l'ordre d'évacuer le bois de la Roche des Bouchaux, le décrochage se faisant après un tir d'artillerie français. De son côté, la 5e compagnie rejoint la chapelle du Brabant, où se trouve la CA du I/51e RI. Les hommes du capitaine Duchêne seront relevés le lendemain par le Bataillon Marc (II/51e RI), gagneront Bouligney, et mériteront une citation à l'ordre du corps d'armée, décernée par le général de Lattre, pour avoir « conquis de haute lutte la moitié » du bois de la Roche des Bouchaux. Le col de Bramont ne sera atteint que le 4 décembre 1944 par le II/51e RI...

Fait d'armes au Hohneck

3 décembre 1944 : deux bataillons du 1er Régiment de Franche-Comté, les 1er (groupe d'escadrons du capitaine Patoor) et 3e, forment, sous les ordres du lieutenant-colonel Sarrazac-Soulage, assisté du commandant Krau, un sous-groupement Sud. « Depuis deux semaines, se souvient un officier, [il] est en ligne sur un front de 6 km, face à la vallée du Chajoux... Le 2 décembre au soir, des indices sérieux font penser que les Allemands amorcent un décrochage... » Le 3 décembre 1944 au matin, sur la neige et malgré les mines, les Franc-Comtois s'avancent. D'abord, le groupe d'escadrons trouve les casemates du Collet de la Mine vides. A midi, les FFI sont au col des Feignes. A 14 h, la route des Crêtes est atteinte. La neige oblige le 1er escadron à s'abriter dans le chalet du Haut-Chitelet, où il fait prisonnier un officier allemand. « Deux patrouilles sont envoyées pour reconnaître le col de La Schlucht, car ce col n'est plus qu'à 2 km. » Un combat s'engage. Deux chefs de section sont tués : le lieutenant Marcel Aubert, 22 ans, et l’adjudant-chef Robert Commarmont, 31 ans. « Ces pertes cruelles n'entament pas nos hommes, poursuit notre officier témoin. Le capitaine Couturier a déjà fait reconnaître les avancées du Hohneck par une patrouille. Le lieutenant Baxerres, commandant le 3e escadron, dit simplement : "Je vais au Hohneck". » Malgré la neige qui tombe, « le 3e escadron passe au milieu des lignes ennemies ; les sentinelles allemandes hésitent à tirer sur ces fantômes blancs... Au sommet, la surprise est complète ; nos hommes prennent l'hôtel d'assaut... A 19 h, un compte-rendu parvient au Haut Chitelet annonçant l'occupation du Hohneck... Vers minuit, une contre attaque est repoussée... » De son côté, l'escadron (compagnie) Billet n'est pas resté inactif, mais a été accueilli par des tirs d'armes individuelles devant la ferme de Schmargult.

5 décembre 1944 : le groupe d'escadrons du Jura s'attaque à la "Ferme sans nom", occupée, dit-on, par 70 Allemands. Sans appui d'artillerie, le peloton All donne l'assaut avec ses 30 hommes soutenus par les feux du peloton Bolle. Le sous-lieutenant All, revolver au point, entre dans le chalet. Une balle lui brise la cuisse, mais 47 Allemands se rendent, dont deux officiers... Autre unité du groupe Patoor, la compagnie Billet avait occupé la ferme du Schmargult évacuée le 4 décembre 1944 puis, après relève de la compagnie Baxerres, elle a défendu le Hohneck, qu'elle a conservé malgré plusieurs assauts dans la nuit du 4 au 5. Le 6 décembre 1944, elle laisse les lieux à une compagnie du 4e RTT (régiment de tirailleurs tunisiens). « On fait le bilan : deux tués, trois disparus, trois blessés chez nous, deux officiers et 20 tués chez lui, 51 prisonniers dont trois officiers. »

Epidémie au 2e bataillon

15 décembre 1944 : une nouvelle tentative de libération de Colmar est lancée le 15 décembre 1944 par le général de Monsabert, dans la région d'Orbey. Le groupement Bonjour participe à ces opérations. Le 16, le groupe d'escadrons du Jura, qui perd ce jour-là Roger Barthe, 20 ans, mort de ses blessures au Bonhomme, occupe le col du Calvaire avec les spahis algériens. Le lendemain, l'hôtel du Lac Blanc est pris, où meurt Maurice Claude, 23 ans. Les FFI franc-comtois seront encore engagés le 18 décembre 1944, avant d'aller se reposer au Bonhomme le 25. Français et Américains ont pu parvenir jusqu'à 6 km seulement de Colmar, mais l'attaque n'ira pas plus loin..

Durant ce mois de décembre 1944, le 1er régiment de Franche-Comté, dont le chef de corps, le lieutenant-colonel Sarrazac-Soulage, a annoncé mi-décembre 1944 son prochain départ (il sera remplacé par le lieutenant-colonel Albert Sarda de Caumont, dit Rosette, issu des FFI de la Région 4), vit une période mouvementée. Tandis que le groupe d'escadrons du Jura opère, nous l'avons vu, avec le groupement Bonjour dans la région d'Orbey, occupant la Tête des Faux et la ferme Tinfonge, le 2e bataillon connaît un tragique événement : une épidémie de typhoïde qui se déclare le 7 décembre 1944 et va entraîner sa mise en quarantaine à Bouligney, en Haute-Saône. Les soldats Manuel Raye, Fournier, Auguste Courtois, Alfred Cambazard, Guyon, Joseph Bourgon seront notamment victimes de cette épidémie. Eprouvé par la maladie, le bataillon Filarder recevra, en renfort, la 12e compagnie Alsace du capitaine Jules Pagnier (III/1er RFC). Ce départ sera compensé, au III/1er RFC, par l'arrivée, à partir du 10 décembre 1944, du « Bataillon de renfort de Saint-Etienne », venu de Feurs (Loire) et commandé par le capitaine Ravereau, alias Franck. Sa 1ère compagnie (capitaine Revol) deviendra 10e compagnie du III/1er RFC, la 2e se transformera en 12e compagnie, la 3e en 11e compagnie, et la CHR... en CHR du bataillon. Confiée au capitaine Mugnet-Pollet, en remplacement du capitaine Prost affecté à la CHR, la 9e compagnie (Verdun), qui tient le Collet et le chaume du Schmargult, est conservée en l'état, l'ancienne 10e (Yser) est versée dans les 9e et 12e compagnies. C'est à Ravereau qu'est confié désormais, à compter du 12 décembre 1944, le destin de ce bataillon ligérien et jurassien...

En position dans les Vosges et à Strasbourg

28 décembre 1944 : la 9e compagnie Alsace (capitaine Pagnier) et une section (lieutenant Fabre) de la compagnie Verdun du III/1er RFC relèvent une section du 7e RTA à Schmargult.

6 janvier 1945 : toujours associé au 3e RSAR, le I/RFC, qui était stationné au Bonhomme, quitte les Vosges le 6 janvier 1945 pour la région de Strasbourg, s'installant le 10 dans le quartier de Nordhouse. Durant la bataille de Colmar, le reste du régiment tient position au Chaume de Schmargult, près de La Bresse, au sein du groupement Nord des Vosges.

22 janvier 1945 : des patrouilles du III/1er RFC sont lancées sur le Chaume de Breitzhousen (La Bresse) et la Ferme sans nom. Le bataillon commence à être relevé par le II/1er RFC qui tiendra les points d'appui du col des Feignes-sous-Vologne, de la Baraque des Allemands, du Petit-Artimont, de Schmargult, etc. Les hommes du capitaine Prost, commandant par intérim le III/1er RFC (le commandant Genevrier a été affecté à la base arrière du régiment), vont se reposer à Vagney. 

29 janvier 1945 : l'aspirant Jean-Roger Paris (7e compagnie), 28 ans, et le soldat Michel Renault (ou Renaud), 18 ans, sont grièvement blessés lors d'une patrouille. Le premier décède dans la nuit du 30 au 31, le second le 31 (à Gérardmer). 

3 février 1945 : premier signe d'un décrochage allemand dans les Vosges. A la tête d'une patrouille de la 5e compagnie du 2e bataillon partie à l'aube, le lieutenant Robbe trouve d'abord la Ferme sans nom abandonnée. Elle est occupée à 10 h par la 6e compagnie, qui parvient aussi à 11 h à Breitzhousen, puis, vers 13 h, reconnaît par des patrouilles les crêtes à l'est de la source de la Moselotte et sur le Kastelberg. Au même moment, avec les skieurs de la 5e compagnie, le lieutenant Graber pousse en direction de Mittlach mais doit décrocher en raison des résistances qui sont rencontrées. Le chaume de Ferschmuss est toujours tenu par les Allemands, et il apparaît impossible de l'attaquer à cause d'une tempête de neige.

4 février 1945 : n'ayant pu prendre Ferschmuss la veille, le II/1er RFC du capitaine Edouard Filarder met la main sur cette position, qui est vide, à 8 h. Une section de la 7e compagnie s'y installe. Mais une violente tempête de neige à 10 h 30 rend impossible la découverte d'un passage sur Mittlach. Lancée à son tour, la 8e compagnie, arrivée à 17 h à Ferschmuss, parvient toutefois à dépasser la Route des crêtes et à atteindre le refuge du Vieil-Etang. Une patrouille est même poussée jusqu'à Mittlach. 

5 février 1945 : la 8e compagnie du II/1er RFC, partie à 6 h du refuge du Vieil-Etang, arrive à 7 h 30 à Mittlach, où sont déjà présents des goumiers du colonel Massiet-Dubiest et des hommes du 5e RI. Une section se porte jusqu'à Metzeral où elle parvient à 9 h. « Ce sont les premières troupes françaises qui parviennent, et l'accueil est chaleureux », note le JMO du 2e bataillon qui se regroupe dans la localité. Une section de la 8e compagnie est poussée à Munster, où le 9e régiment de zouaves est déjà arrivé. C'est la fin de la bataille d'Alsace pour le régiment.

Intégré au 27e RI 

Le 19 février 1945 (officiellement le 1er mars 1945), le 1er régiment du Morvan, pour 1 247 hommes, et le 1er régiment de Franche-Comté, pour 1 588 volontaires, fusionnent pour former le 27e régiment d'infanterie, qui est confié au lieutenant-colonel Albert Sarda de Caumont. Le I/1er RFC forme le I/27e, aux ordres du commandant Deleu venu du 1er RTA (puisque le capitaine Patoor a fait ses adieux à ses hommes), le II/1er RFC donne naissance au II/27e dont le capitaine Filarder garde le commandement, et le III/RFC est versé dans ces deux bataillons ainsi que dans les unités régimentaires. Avec le 27e RI, les FFI du Doubs, du Jura et de la Loire prennent part à la Campagne d'Allemagne.


Encadrement du 1er RFC (1944-1945)*

Etat-major : Lcl Robert Sarrazac-Soulage puis Lcl Albert Sarda de Caumont. Cdt Edouard Krau (chef d'état-major), Cne Louis Gaudard (service de renseignements), Médecin-chef David, Cne Palloix (compagnie de sapeurs), Médecin-Ltn Mercier.

1er bataillon : Cne Pierre Patoor (Rebeyrol). Adjoint : Cne René Maire du Poset.

. 1ère compagnie : Cne Gaston Couturier. Section Slt Marcel Aubert (tué 3/12/44). Section Adc Robert Commarmont (tué 3/12/44).

. 2e compagnie : Ltn André Billet.

. 3e compagnie : Ltn Jacques Baxerres.

. compagnie de commandement : Cne Albert Roussel.

. officiers : Ltn Tuxin, Ltn Jean Mauponne, Ltn Jean Vurpillot, Slt Nuss, Dr Hurter.

2e bataillon : Cne Edouard Filarder (Duchêne). Adjoint : Cne Richardot (Batelier). Médecin : Ltn Bompay.

. 5e compagnie : Cne Jean Daval (Leclerc) puis Cne Pierre Hallonet. Officiers : Ltn Garnier, Ltn Robbe, Slt Romain Verguet (tué 17/11/44), Slt Boissard. 

. 6e compagnie : Ltn Barbier puis Ltn Velinot (bl 5/10/44) puis Ltn Monnet. Officiers : Slt Albert Grappe (décédé 18/11/44), Slt Jean Leibendgut.

. 7e compagnie : Ltn Bart puis Ltn Paillot puis Slt Poncet puis Ltn Guillaume. Officiers : Ltn Graber, Slt Franc, Asp Jean-Roger Paris (décédé 30/1/45), Asp Parrenin, chef de section Humbert.

. 8e compagnie : Slt Fresne. Officier : SLt Jean Besançon.

. compagnie spéciale russe : Slt Babert, Slt Kravschenko.

. compagnie hors rang. Officiers : Ltn Paillot (service de transport), Ltn Herrenschmidt.

. corps franc : Ltn Robbe.

. officiers : Cne Buffet, Ltn Lesage, Ltn Poitier, Ltn Billod-Laillet, Slt Nicod, Slt Broillard, Slt Potin, Asp Chagrot, Asp Pelardy, Asp Dreyfus, Asp Bureau, Asp Antoine Mayer (tué 16/9/44), Asp Xavier Greusard (tué 16/9/44), Asp Soulès.

3e bataillon (première organisation) : Cne Puccinelli (Ponthieu) puis Cne Thobaty puis Cdt Vallée puis Cdt Genevrier. Etat-major : Cne Vareyron, Cne Raynal, Ltn Dutheil, Ltn ou Cne Bersot, Cne Desquartiers, Cne Mullatier, Ltn Grumbach, Slt Stogoff.

. 9e compagnie Verdun : Ltn Pierre Girard puis Cne Daval puis Cne Pierre Prost. Officiers : Ltn Henri Lancon, Ltn Jean Fabre, Slt Chossière, Asp Devesvre, Asp Edme, Asp Le Fossarieu. Sections : Adj Mahon, Adj David.

. 10e compagnie Yser : Ltn Georgot. Officiers : Ltn Lesne, Slt Banderier, Slt Bonnet, Asp Viverge, Asp Jean Lagaillarde, Asp Kurk.

. 11e compagnie Lorraine : Ltn Audebert. Officiers : Ltn Dupré, Slt Maistret, Asp Monchanat, Asp Caron, Asp Marcel Charles, Asp Robin Wenacre.

. 12e compagnie Alsace : Cne Jules Pagnier. Section Clerc.

. officiers : Cne Mugnet-Pollet (peloton spécial), Slt Jeancolas, Asp Lanquetin.

3e bataillon (deuxième organisation) : Cne Ravereau (Franck). Adjoint : Cne Maignal.

. 9e compagnie (Verdun) : Cne Mugnet-Pollet. Section Bonnet.

. 10e compagnie : Cne Revol.

. 11e compagnie.

. 12e compagnie. Section Banderier.

. compagnie hors rang : Cne P. Prost.

. officiers : Cne Camille, Ltn Liogier, Slt Joinville, Asp Dornier.

* D'après les informations contenues dans l'ouvrage de Louis et Nicole Porchet-Marrel.


Etat des morts du 1er régiment de Franche-Comté (1944-1945) 

Sous-lieutenant Romain Verguet (II), 29 ans, le 17 novembre 1944 ; sous lieutenant Albert Grappe (II), le 18 novembre 1944 ; lieutenant Marcel Aubert (I), 22 ans, le 3 décembre 1944 ; aspirant Jean-Roger Paris (II), 28 ans, le 30 janvier 1945. 

Adjudant-chef Gilbert Blanchard (II), 44 ans, blessé à mort le 29 novembre 1944 ; sergent Léon Pinel (CF), 23 ans, le 13 novembre 1944 ; adjudant-chef Robert Commarmont (I), 31 ans, le 3 décembre 1944. 

Léon Girardot, 20 ans, le 8 octobre 1944 ; Maurice Albertini, 17 ans, le 9 octobre 1944 ; Pierre Bonnet, 17 ans, le 11 octobre 1944 ; Jeanot Marx, 20 ans, le 11 octobre 1944 ; Edmond Oudot, 21 ans, le 11 octobre 1944 ; Raymond Cardis (I), 19 ans, le 15 octobre 1944 ; Maurice Denizet, 19 ans, le 15 octobre 1944 (accident) ; Jean-Marie Barthoulot (I), 18 ans, le 27 ou 28 octobre 1944 ; Raymond Martin (II), 23 ans, le 17 novembre 1944; Ercole Félice (II), 21 ans, le 17 novembre 1944 ; Raymond Malsot, 21 ans, le 2 ou 21 novembre 1944 (blessures) ; Jacques Corbin, 18 ans, le 27 novembre 1944  (blessures) ; Raoul Melet (II), 24 ans, le 28 novembre 1944 ; André Grandvoinnet (II), 20 ans, le 28 novembre 1944 ; Jean Girod (II), 19 ans, le 28 novembre 1944 ; Jules Pierrein (II), le 28 novembre 1944 ; Jacques Medicus, 37 ans, le 28 novembre 1944  (accident) ; Henri Juif (II), blessé à mort le 29 novembre 1944 ; Maxime Bitsch, 20 ans, le 4 décembre 1944 ; Georges Bruneau, 20 ans, le 4 décembre 1944 ; François Salomon, 21 ans, le 4 décembre 1944 ; André Gros, 20 ans, le 5 décembre 1944 ; Samuel Dailly (I), 30 ans, le 13 décembre 1944 ; Primo Locatelli (I), 22 ans, le 13 décembre 1944 ; Roger Barthe (I), 20 ans, le 16 décembre 1944 ; Maurice Claude (I), 23 ans, le 17 décembre 1944 ; René Raguin, le 17 décembre 1944 ; Paul Gras, 19 ans, le 26 décembre 1944 ; Jean-Roger Lhomme-Choulet, 30 ans, en décembre 1944 (blessures) ; Adolphe Percerot, 24 ans, le 20 janvier 1945 (accident) ; Michel Renault (ou Renaud), 18 ans, le 31 janvier 1945 ; Joannes Cognasse (III), 19 ans, le 21 février 1945. 

Sources principales : PORCHET-MARREL (Louis et Nicole), Les combattants volontaires de Franche-Comté, 1990 - archives du 27e RI, GR 12 P 7, SHD - La prise du Hohneck par les FFI de Franche-Comté, journal Rhin et Danube, octobre 1998 - Mémoire des Hommes. 

lundi 22 décembre 2025

Le groupe de reconnaissance de la Brigade Charles-Martel devant Saint-Nazaire (1944-1945)

(Photo d'illustration). 


Parmi les unités de la Brigade Charles-Martel (colonel Raoul Ghislain) arrivée le 11 novembre 1944 devant la Poche de Saint-Nazaire, figure le groupe de reconnaissance confié au lieutenant-colonel Robert Rochard. Celui-ci coiffe le 8e régiment de cuirassiers et le 17e bataillon de chasseurs à pied. Voici l'histoire de ces unités recrutées dans l'Indre et l'Indre-et-Loire.

Le 8e régiment de cuirassiers est recréé le 1er octobre 1944 à partir du groupe d'escadrons du capitaine Charles Calvel de la Brigade Charles-Martel, formé d'éléments du 1er Régiment de France, notamment l'escadron Gervais du capitaine Pierre Gueny. Dix jours après avoir défilé à Châteauroux (Indre) avec l'étendard du 8e régiment de cuirassiers, l'unité a été confiée le 21 septembre 1944 au chef d'escadrons Claude Bonnin de La Bonninière de Beaumont. A 45 ans, cet officier venu des FFI des Deux-Sèvres est issu d'une longue lignée de cavaliers. Son arrière-arrière-grand-père, chambellan de l'impératrice Joséphine, était le frère du général de dragons de Beaumont, qui s'est battu à Wagram. Au sein du 8e cuirassiers, nombre d'officiers portent d'ailleurs de grands noms de la noblesse : les lieutenants de Secondat de Montesquieu, de Lassus, de Lafayette, de Sainte-Croix... Ayant fait mouvement sur Nantes le 17 novembre 1944, le régiment monte en ligne douze jours plus tard. A ce moment, le capitaine Marius Colomb, 34 ans, commande le 1er escadron, le lieutenant Edgard Delong, 30 ans, le 2e escadron, le capitaine Gueny, 35 ans, le 3e, le lieutenant Robert Sappey, le 4e, le lieutenant André Mazarguil, 24 ans, le 5e, le capitaine Trastour, le 6e nouvellement formé, et le capitaine Mian, l'escadron hors rang. Le capitaine de Champsavin est à la tête du groupe d’escadrons. Le 8e cuirassiers est implanté au sud de la poche entre Pornic et Le Pellerin. 

L'unité d'infanterie qui fait équipe avec lui (17e bataillon de chasseurs à pied, recréé le 1er octobre 1944) correspond à l'ex-Bataillon Carol du commandant Jean Costa de Beauregard (Carol), formé dans le maquis de la Brenne. Il est solidement encadré par des anciens officiers du III/32e RI de l'Armée d'armistice. Quand la brigade monte en ligne, le 17e BCP, qui fait mouvement les 6 et 7 novembre 1944, défend avec un bataillon du 32e RI le quartier du Temple-de-Bretagne, au nord de la Loire, après avoir relevé un bataillon américain le 12 novembre 1944.  

Le groupe de reconnaissance au jour le jour

13 novembre 1944. Le sous-lieutenant Delgrange (17e BCP) est blessé.

10 décembre 1944. Journal des marches du 8e cuirassiers : « 18 h 30. Une forte patrouille allemande s'infiltre devant les lignes du 1er escadron à Chauvé entre la route de Saint-Père-en-Retz et la route de Bois-Joli. Violent échange de coups de feu d'armes automatiques. Le 1er escadron exécute deux mouvements débordants par les ailes. L'ennemi se replie. Le peloton Leré pousse jusqu'au bout de La Rigaudière, le peloton Jeannel jusqu'au pont de la Vrillère. L'aspirant Calvel avec deux groupes poursuit l'ennemi jusqu'au bois de la Gottière. La poursuite est interrompue par la nuit. » Au cours de cette poursuite, Louis Baptiste, 18 ans, a été tué, et le cavalier Vallet blessé au pied.

11 décembre 1944. Le 1er escadron du 8e régiment de cuirassiers exécute une embuscade avec quatre groupes de quinze hommes. Durant l'opération, le groupe du sous-lieutenant Leré est attaqué par une patrouille allemande. « Pendant le repli du 1er escadron, indique le journal des  marches du régiment, un cavalier du groupe Leré (cavalier Gouin) a été mortellement blessé par un Allemands caché dans une haie. » Joseph Gouin, 21 ans, succombera à ses blessures à Nantes le 18 décembre 1944, mais ses camarades auront fait quatre prisonniers.

Offensive allemande contre Chauvé

18 décembre 1944. Journal des marches du 8e cuirassiers : « 21 h. Alerte à Chauvé sur renseignements d'une jeune femme venant de Saint-Pierre-en-Retz déclarant que 200 Allemands s'apprêtent à attaquer Chauvé le lendemain. » 

21 décembre 1944. « 7 h 30. Violents tirs d'artillerie allemande sur Haute-Perche et Arthon, puis sur toute la ligne depuis le pont de l'Etier de l'Ecluse jusqu'à Chauvé. Pendant ce temps, intense activité ennemie sur les crêtes en face de Chauvé. » Le décor est planté par le journal des marches du 8e régiment de cuirassiers. Dans la Poche de Saint-Nazaire, quelques jours après le déclenchement de l'offensive de l'Ardenne, la garnison allemande est passée à l'attaque, au sud de l'estuaire de la Loire, à l'est de Pornic, le 21 décembre 1944. Certes, « depuis quelques jours, écrit Jean Coste, du IV/125e RI, les bruits couraient, colportés par les civils ; les Allemands se vantaient de forcer le blocus, de faire sauter les ponts de la Loire et de réveillonner pour le Nouvel an à Nantes, puis de revenir sur l'ensemble du front. » Mais la puissance de l'attaque, précédée par des tirs sur Vue, Chauvé et la région de La Rogère par l'artillerie et trois corvettes allemandes, allait surprendre les troupes françaises. Au 8e cuirassiers, dont l'escadron du lieutenant André Mazarguil est dépêché par le lieutenant-colonel Robert Rochard pour se porter sur La Rogère et La Bernerie, au large de l'océan, on racontera heure par heure, dans le journal de marche, l'évolution des opérations.

Journal des marches : « 9 h. Le bombardement sur Chauvé et les positions Ouest redouble, un obus tombe sur le PC du capitaine de Champsavin. On compte dix blessés au 2e escadron dont un mortellement : le maréchal des logis-chef Malcuit, et deux au 3e escadron. » Abel Malcuit avait 29 ans. Il est mort à Nantes de ses blessures. « Les éléments ennemis atteignent la rivière depuis le Pont de la Rigaudière jusqu'au Bois-Joli. Ils barrent les ponts et installent des postes. Six canons de 20 m/m sont repérés. Le capitaine de Champsavin fait tirer sur un rassemblement au Bois-Joli. Vers la même heure, 9 h 30, les éléments allemands ouvrent un feu nourri sur les postes du Pont de l'Etier de l'Ecluse et de la Michelais des Marais. Dans le dernier poste, cinq hommes sur sept sont mis hors de combat : cavalier Bequart, cavalier Prévost, maréchal des logis Toulin, cavalier Grignon ; le cavalier Courcier est tué. Le maréchal des logis Marie (infirmier) est grièvement blessé en allant les relever. » Décédé à Machecoul, André Courcier, 19 ans, est la deuxième victime du jour parmi les hommes du commandant de Beaumont. 

« Des infiltrations ennemies se produisent entre la Michelais des Marais et Lennerie, PC du capitaine Trastour. Le poste de la Michelais des Marais bombardé copieusement par un mortier ennemi tient avec deux hommes. Les postes de la Gautrais et de l'Etier de l'Ecluse causent des pertes sérieuses à l'ennemi. Le peloton de Montesquieu qui tient le pont de l'Etier de l'écluse est littéralement cloué sur place, aucun mouvement n'est possible, la liaison avec lui est très dure. » 

Le secteur sud de la Poche de Saint-Nazaire a la chance de pouvoir compter sur un officier énergique : le capitaine Guy Besnier, commandant le 1er groupe mobile de reconnaissance. Le cavalier va lui-même se rendre compte de la situation. Ce qu'il constate, dans la région Est de Chauvé ? « Que la compagnie qui tenait le Poirier est en complète déroute et que l'ennemi s'infiltre en venant de La Bunière et de la cote 39 », note le journal des marches des cuirassiers. La compagnie en question est composée de FFI de la Vienne. Jean Coste : « Notre bataillon frère, le 7e bataillon du 125e RI du commandant Thomas, s'accroche au terrain et malgré les pertes, interdit à l'ennemi les routes vers Le Poirier et Arthon, en liaison avec le 8e cuir. » Arrivé à Arthon vers 10 h, le colonel Raymond Chomel, commandant des FFLI, envoie deux patrouilles sur Le Poirier et la station de La Feuillardais. Ordre est donné aux cuirassiers de se déployer, à la fois pour barrer le passage de l’ennemi et pour se tenir prêts à contre-attaquer. 

Journal des marches du 8e cuirassiers : « 15 h. Les infiltrations ennemies se précisent entre la cote 14 et la Michelais des Marais, où le peloton Spaeth a été envoyé en renfort vers 13 h. Les éléments ennemis s'infiltrent jusqu'aux abords du PC du capitaine Trastour où le maréchal des logis Fronteau est blessé d'une balle de mitrailleuse et évacué. Le peloton de Montesquieu continue à être sérieusement arrosé, mais cause des pertes sérieuses à l'ennemi ainsi que le groupe placé entre la Michelais des Marais et la Basse Gautrais. Pendant ce temps, à l'extrémité Est du secteur, l'escadron Mazarguil combat dans la région du Poirier, qui a été réoccupé. Les Allemands tiennent toujours la cote 39. Le lieutenant Oberlaender avec un DD reconnaît la station de La Feuillardais, des patrouilles sont fournies par le GM Besnier sur les Landes fleuries où il démolit une mitrailleuse de 13,2. Vers 16 h, une action combinée de l'escadron Mazarguil et du GM Besnier rétablit la situation à la station de La Feuillardais, bombarde au mortier et au 37 (auto-canon) La Bunière et les Landes fleuries. Les Allemands ripostent par un tir de 77 sur Le Poirier. A la nuit, l'escadron Mazarguil et le GM Besnier tiennent la ligne Le Poirier – La Feuillardais et le capitaine Besnier fait exécuter par un canon de 50 (quatre pièces) – la seule artillerie du secteur – un tir très réussi sur les Landes fleuries. A 17 h, le commandant de Beaumont se rend au PC du capitaine Trastour, la situation de l'escadron devenant intenable. Il lui donne, conformément aux instructions du colonel Chomel, l'ordre de se replier à la nuit sur la ligne Le Pas – la Basse Chanterie – le 2e escadron s'alignait sur le Pas – Bel air. 

A la nuit, ordre est donné au 1er escadron commandé par le lieutenant Migaud, le capitaine Colomb étant en permission, de relever l'escadron Mazarguil au cours de la nuit. A 21 h, l'escadron Trastour exécute son repli dans les meilleures conditions, l'ennemi ne s'aperçoit de rien. Le régiment tient alors la ligne Basse Chanterie (canal) – Chauvé – Le Poirier (ce dernier poste, avec la compagnie Adolphe), soit environ 7 km de front. La brèche qui s'était produite entre le 8e cuirassiers et le bataillon Thomas a été réparée. A 23 h, de fortes patrouilles ennemies s'approchent de Chauvé et font sauter de nombreux pièges. L'ennemi vient au contact des postes qui lancent des grenades, il se retire en ripostant, mais ne rompt pas le contact. Tous les pièges devant la ligne sautent et les escarmouches sont incessantes. On distingue très nettement l'installation de pièces d'artillerie et toute une activité qui fait pressentir une attaque sur le village à l'aube. » 

Durant cette première journée de combat, les pertes françaises n'ont pas été négligeables. A la compagnie autonome Bretteval, sollicitée pour prendre et occuper la cote 40, le sous lieutenant Maurice Pollono, 33 ans, issu du 6e bataillon FFI de la Loire-Inférieure, a été tué par un obus de 37, ainsi que le caporal chef René Le Guiffant, 30 ans, Georges Maurice, 19 ans, et Albert Leveux qui l'accompagnaient. Au 125e RI, est mort Marcel Giraud, 22 ans. A ces pertes s'ajoutent les décès des deux cuirassiers Courcier et Malcuit. 

Le jour suivant, 22 décembre 1944, n'est pas plus calme. Journal des marches du 8e régiment de cuirassiers : « La situation à Chauvé devenant de plus en plus pressante et en vue de faire avorter l'attaque ennemie, l'ordre est donné par le colonel Chomel de faire replier le 3e escadron aux lisières Sud-Est de Chauvé en ne laissant dans le village qu'un petit poste. 

5 h 30. Le repli s'exécute sans que l'ennemi le décèle et l'escadron s'installe sur la ligne Moulin de Haute-Perche – la Vesquerie, le 2e escadron s'aligne sur Moulin de Haute-Perche carrefour Nord-Ouest de HauteChanterie. 

6 h. Le 1er escadron a relevé le 3e escadron qui se regroupe à la Meuse. 

7 h. L'ennemi bombarde les postes de Chauvé ainsi que les anciens postes du pont de l'Etier et de la Michelais des Marais. Ensuite couvert par des tirs d'armes automatiques il passe à l'attaque des postes de Chauvé et tombe dans le vide. Les deux petits postes laissés dans Chauvé se replient aux lisières Sud-Est. 

8 h 30. La compagnie Porcher du bataillon Legrand ([3e] bataillon vendéen) étant mis à la disposition du commandant de Beaumont, relève le peloton Storme à Haute-Perche. Ce dernier est mis à la disposition de son escadron aux Fontenelles. 

10 h. Une contre-attaque partielle est entreprise dans Chauvé avec deux AM pour remettre en place les deux petits postes : peloton Casanova (2e) et La Fayette (3e), les deux pelotons opérant chacun avec une AM nettoient les postes où les Allemands s'étaient installés leur causant de sérieuses pertes, et s'installent en petits postes aux principaux carrefours du village. Une deuxième compagnie du bataillon Legrand est mise à la disposition du commandant de Beaumont en réserve à Arthon. Mais la matinée, bombardements ennemis sur le Poirier et le Pont de l'Etier [...]. 

14 h. Le lieutenant Migaud prévient que l'unité à sa droite cède sous la pression allemande, que la gare de La Feuillardais a été lâchée et que l'ennemi se dirige vers le Brandais. Il est lui-même au contact sous un violent tir d'artillerie. 

15 h 45. Le 4e escadron relève la compagnie Adolphe [la 3e compagnie du VII/125e RI, capitaine Norbert Collin] à La Berthellerie et établit ainsi la liaison entre le 3e et le 1er escadrons. Le régiment occupe ainsi à lui seul la ligne Basse Chanterie (canal), Chauvé, La Riche. L'escadron Mazarguil est envoyé à La Feuillardais et rétablit la situation, les Allemands se repliant et s'installant 300 m au nord de la station. Pendant ce temps, les canons de 50 ont effectué sur les Landes Fleuries un tir très efficace qui a contribué puissamment au repli allemand. 

17 h. Tir de contre-batterie allemand. 

19 h 30. Le peloton de Chivré est remis à la disposition du 4e escadron. Jusqu'à la nuit, des détachements mixtes AM – moto patrouillent sur La Feuillardais, neutralisant de nombreux éléments ennemis. [...] 

21 h. Les compagnies Legrand sont relevées par trois sections du 3e [sic] bataillon vendéen. » 

Le 23 décembre 1944, des patrouilles du 1er escadron effectuées en début de matinée permettent de constater que les Allemands ont abandonné la cote 39 et sont établis sur la crête Nord de la route Chauvé – Vue. A 13 h, le maréchal des logis chef Joanny Merlin, 26 ans, du 4e escadron, est mortellement blessé au cours d'une patrouille en avant des lignes (il mourra à Nantes le 5 janvier 1945). L'ennemi ne se résigne pas, et une heure plus tard, lance une nouvelle attaque à l'est du Poirier, forçant des soldats français à se replier. Puis, de 17 h 15 à 18 h 15, il exécute un violent bombardement sur Le Poirier. 

Le début de nuit sera encore très agité, comme en témoigne le journal des marches des cuirassiers : « 20 h. Plusieurs fortes patrouilles ennemies attaquent Chauvé par la route de Saint-Père et la route de Vue. Le peloton Spaeth qui a relevé le peloton Casanova combat pied à pied en se repliant aux lisières Sud. Le combat se poursuit jusqu'au petit jour (24 décembre) où les Allemands se retirent. Le peloton Spaeth reprend des positions dans le village. Des pertes ont été causées aux Allemands : traces de sang, renseignements de civils. » Les combats sont terminés. Le 125e RI aura perdu, outre plusieurs morts, deux prisonniers et 17 blessés.

Plusieurs victimes parmi les officiers 

28 décembre 1944. Le peloton Fagot – La Fayette – Tourret du 8e cuirassiers venait de subir le feu d'une patrouille allemande, qui a progressé sur la route Chauvé-Vue avant de se replier. En réaction, les cuirassiers exécutent une contre-patrouille. Mais un cavalier, Raymond Hervouet de La Robrie, 18 ans, « est tué par un Allemand qui était resté pour protéger le repli de sa patrouille » (journal des  marches du régiment). Son corps sera ramené par l'aspirant Tourret. 

31 décembre 1944. Au 17e BCP, Albert Gion, 19 ans, est tué, le sergent Wyss, les chasseurs Jacques Guillard et de La Roche-Aymon sont blessés.

2 janvier 1945. Le 17e BCP, qui multiplie quotidiennement des patrouilles jusqu’à la Croix Heuglin, La Chohonnais, le bois de Sapin, La Chalandière, Kerlan, La Folaine, la cote 88, va connaître une grande surprise, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1945. Le compte-rendu quotidien d’opérations raconte : « Vers minuit, une très forte patrouille allemande (approximativement, une compagnie) attaque les sous-quartiers des 3e et 4e sections de la 1ère compagnie du 8e bataillon [de la Sarthe]. Cette patrouille est supportée par une très forte base de feu installée à La Chohonnais […]. Sur demande du 8e bataillon, nous faisons déclencher un tir de l'artillerie américaine («A» battery) sur La Chohonnais. Le tir lent à venir (quatre minutes) est ajusté par nos observateurs à la 3e compagnie [du 17e BCP] et fait taire la base de feu. A 3 h 30, la 1ère compagnie du 17e BCP entend des bruits de pas cadencés sur la route de Vannes à l'ouest de la cote 88 et sur le chemin situé au nord de celle-ci. Des commandements allemands sont hurlés, perceptibles à plus de 1 km et demi. Les Allemands se déplacent au nord de la route de Vannes en formation de combat et attaquent sur un front de 300 m la 1ère compagnie. A 4 h 06, sur demande de la 1ère compagnie, un tir est déclenché sur la route de Vannes à hauteur de la Croix Heuglin. A 4 h 17, le 8e bataillon signale que les Allemands se replient sur La Chohonnais et La Guay et demande que nous fassions un tir sur ces deux villages. L'artillerie américaine ne disposant que d'une batterie ne pourra exécuter ces deux tirs. Malgré le tir américain les Allemands continuent à s'approcher et font sauter 19 mines ou grenades disposées devant nos lignes. Des cris en allemand sont entendus (tels que « cochons de Français », « salauds », etc.), des ordres continuent à être donnés :
« appuyez à gauche, avancez la mitrailleuse », etc. Le tir américain les suit dans leur progression jusqu'à 150 m de nos lignes où ils s'arrêtent à une haie d'intervalle de nos postes. Sur ordre nos hommes ouvrent brutalement le feu sur l'ennemi. Une mitrailleuse lourde les prend en flanquement. Un combat très âpre s'en suit... »
Tir d'une batterie allemande, tir de contre-batterie américain « qui réduit au silence les 77 ennemis après que ceux-ci aient tiré 125 coups » se succèdent. « Les 105 américains tombent à trois mètres derrière la haie qui abrite [les Allemands] et les tue sur place... » A 5 h 30, l'ennemi commence à se replier. Une heure et demi plus tard, tout est redevenu calme. « A 8 h, nous envoyons une patrouille devant nos positions. Cette position revient à 8 h 30, ramenant un Allemand tué […} et signale un important matériel laissé sur place... Environ une tonne de munitions, cartouches de Mauser, bandes de mitrailleuse, grenades de divers modèles, obus de mortier… » L'attaque a échoué. Pas une perte dans les rangs des chasseurs, si ce n'est, en fin d'après-midi, un blessé par un tir au sud de la Salimonerie.

5 janvier 1945. Issu du 1er Régiment de France, le lieutenant Jean-Louis de La Bastide, 24 ans, commandant la 1ère compagnie du 17e BCP, « donne ordre à quelques hommes de placer deux mines sur [un] cheminement », explique le compte-rendu quotidien du bataillon. « Le petit groupe commence son travail sous le commandement du sergent Noël. Le petit groupe est pris à partie par des Allemands (mitrailleuse légère ou FM) qui tirent du voisinage de la cote 88. Le lieutenant de La Bastide voyant le danger sort pour prendre le commandement de ce petit groupe... Pour une raison inconnue, une des mines saute, tuant le chasseur de première classe Davaillon et le sergent Noël. » La Bastide, « rapporté aussitôt à son poste de secours, […] a été pansé par le capitaine Morisot, médecin-chef de mon bataillon », écrira le commandant Costa de Beauregard au colonel Chomel. « Aussitôt après, le blessé a été conduit en voiture sanitaire à l'hôpital de La Perverie à Nantes... Le chirurgien de service arrivé aussitôt a jugé la situation si grave qu'il n'a pas cru possible de faire mener le blessé dans une autre salle... Le lieutenant de La Bastide est mort à 15 h 30 de la perte de son sang et du choc terrible qu'il avait subi », ajoute le chef de bataillon.

13 janvier 1945. Pierre Nouvet, 20 ans, du 8e cuirassiers, meurt de ses blessures à l'hôpital militaire de Machecoul. 

14 janvier 1945. Commandant le 1er escadron du 8e régiment de cuirassiers, le capitaine Marius Colomb décide le 14 janvier 1945 de mettre sur pied une « grosse embuscade – 40 hommes, neuf FM » dans son secteur. Le commandant d’unité raconte : « Pendant la mise en place, un tir de mortiers a été exécuté par le 3e escadron sur les positions ennemies, mais devant mon sous-quartier. Ce tir a-t-il donné l’éveil à l’ennemi ? C’est possible, mais les feux ennemis qu’a essuyés le peloton Calvel sont des feux normaux d’avant-postes que n’importe quelle position est à même, avec son système, même réduit, de surveillance, de déclarer instantanément. L’aspirant Calvel devait être en pointe à 100 m ou 150 m de la route et attendre. Mais emporté par son courage, et toujours désireux de faire plus que son devoir, l’aspirant Calvel s’est aventuré, couvert par trois éclaireurs, bien plus loin, et a continué à se déplacer au lieu de se poster. Il a été soumis tout à coup à un violent tir d’armes automatiques venant de devant lui, de sa gauche et de sa droite […]. L’aspirant Calvel a alors donné à ses trois vedettes et à son FM de tête l’ordre de se replier en rampant ; c’est à ce moment-là qu’il a été blessé à la tête par une balle perforante qui a traversé le casque d’arrière en avant. L’éclaireur de pointe, le cavalier Lebas, pris dans les rafales des armes automatiques, est tombé et a fait le mort, bien qu’il n’ait pas été blessé. Il a attendu la nuit pour se replier en rampant. Le premier FM du peloton Calvel se replie à la route où j’étais déjà revenu, ayant essuyé moi-même un feu violent d’une arme automatique qui prenait le chemin d’enfilade. Là, le maréchal des logis Corset, qui faisait partie, avec les cavaliers Lebas et Bourdeix, des éclaireurs qui étaient en avant de l’aspirant Calvel, et qui venait sur l’ordre de celui-ci de se replier à la route sous un feu violent de l’ennemi, m’annonce que l’aspirant Calvel est tué. Un peu « choqué » et démoralisé, Corset me dit que l’ennemi nous tourne vers notre gauche (ce n’est pas vrai, les Allemands n’ont pas quitté leurs positions, mais leurs armes automatiques placées à gauche pouvaient donner l’impression d’un débordement par cette direction). Je demande à Corset s’il est possible d’aller chercher le corps de l’aspirant Calvel : Corset me répond que c’est absolument impossible. Je donne l’ordre de repli général à la route, pour permettre à Lere de décrocher… » A la nuit tombante, le peloton Durand-Delacre verra revenir le cavalier Lebas, qui a tenté, seul, de ramener le corps de l’aspirant Calvel à propos duquel il assure « qu’il vit encore ». Le maréchal des logis-chef Durand-Delacre se porte alors, avec Lebas, sur les lieux, et ramène le corps de l’officier à 18 h 30. Transféré sur l’hôpital de Machecoul, l'aspirant devait succomber à ses blessures, le 15 janvier 1945. Né dans le département de la Haute-Garonne, Georges Calvel avait 28 ans.

21 janvier 1945. Le 4/8e cuirassiers est relevé par l'escadron Schneberger du 1er groupe d’escadrons de cavalerie (1er hussards). Il part se reposer à Chéméré puis revient le 29 janvier 1945 relever la 2e compagnie du II/93e RI à la Basse-Chanterie.

27 janvier 1945. Compte-rendu quotidien du 17e BCP : « Patrouille de la 4e compagnie de 7 h à 9 h. Deux tués, un blessé léger, un blessé sérieux. Dix-sept tués et prisonniers allemands. » Les deux chasseurs tués se nomment Paul Desaunettes et Roger Lencou, tous deux âgés de 21 ans. Si le sergent Jaubert a été touché légèrement, le chasseur Maurice Mathot, 17 ans et trois mois, meurt de ses blessures à Nantes. Cinquante grenades, 2 500 cartouches de 7,5 et 9 mm auront été consommées durant cet accrochage. 

31 janvier 1945. Les 4 et 6/8e cuirassiers sont relevés par la 1ère compagnie du Bataillon Lebrun (II/93e RI) et vont occuper les positions de l'escadron de hussards Schneberger.

1er février 1945. A 13 h 30, un tir d'artillerie ennemie sur Chauvé et Arthon provoque la mort de deux hommes du 6/8e cuirassiers : le maréchal des logis-chef François Tressard, 26 ans, et le cavalier Laurent Jousset, 21 ans, « atteint par le même obus qui éclate à quelques mètres d'eux »

6 février 1945. Le cavalier Henri Barbotin, 20 ans, du 3/8e cuirassiers, est atteint à 21 h 30 par une balle dans la tête lors d'un échange de coups de feu avec une patrouille. Il décède à l'hôpital de Machecoul des suites de ses blessures. Un autre soldat de l'escadron, Marcel Ferriby, 23 ans, est victime à Chauvé d’éclats d'obus. 

7 février 1945. Toujours au 8e cuirassiers : « 15 h 30. Au cours d’une reconnaissance de terrain, le lieutenant de Lafayette est mortellement blessé par une mine. Le capitaine de Champsavin et le sous-lieutenant Jacquemin sont grièvement blessés. » Officier au 3e escadron du 8e cuirassiers, le lieutenant Jean Bureaux de Pusy du Mothier de Lafayette, 41 ans, meurt à Chauvé des suites de ses blessures.

8 février 1945. Le III/67e RI relève le 17e BCP dans le sous-secteur de Saint-Etienne-de-Montluc. Les chasseurs gagnent la caserne Mellinet de Nantes. 

21 février 1945. A compter de ce jour, le 1er hussards occupe le dispositif des escadrons du 8e cuirassiers aux avant-postes. Le PC du lieutenant colonel de Beaumont se porte à Arthon. 

22 février 1945. Le maréchal des logis Arlabasse, du 8e cuirassiers, est grièvement blessé par un piège, et le cavalier Bernard Malenfant, 20 ans, du 6e escadron, se noie dans le canal de Haute Perche. 

La réorganisation du 8e cuirassiers

27 février 1945. Le 4/8e cuirassiers est dissous à compter du 28 février 1945.

16 mars 1945. Le II/63e RI (commandant Lavrat) est relevé dans le sous-secteur de Fégréac (lieutenant-colonel Bossard) par le 17e BCP venu de Nantes. 

20 mars 1945. Le 8e cuirassiers remonte en ligne entre La Vesquerie (Arthon) et la Basse-Chanterie (Chauvé). « Il est renforcé par deux des escadrons du 2e groupe d'escadrons de cavalerie, les escadrons Schmitt et Martineau. » Le 2e escadron relève notamment au Marais Mainguy, à La Noé et à la Maison Retz une compagnie du groupe d'escadrons de Rochecouste. La compagnie autonome Bretteval devient compagnie d'accompagnement du 17e BCP.

1er avril 1945. Le 6e escadron (Trastour) du 8e cuirassiers devient 4e escadron, le 2e escadron (Delong) passe au 1er régiment de hussards dont il devient 1er escadron.

9 avril 1945. Réorganisation du 8e cuirassiers, dont les quatre escadrons sont confiés au lieutenant Mazarguil, au capitaine Colomb, au capitaine Gueny et au lieutenant de Montesquieu. L'escadron Schmitt du « 2e groupe d'escadrons de cavalerie » relève l'escadron Martineau, et celui-ci relève l'escadron Mazarguil.

26 avril 1945. Le sous-lieutenant Marcel Menard, 37 ans, du 17e BCP, est mortellement blessé par l'explosion d'une mine et décède à Redon. 

Mai 1945. Saint-Nazaire se rend

Devant Saint-Nazaire, cela sent la fin du siège, même si, devant le 8e cuirassiers, les dernières journées de guerre sont marquées par des incidents. 3 mai 1945 : trois Allemands se constituent prisonniers, le cavalier Collet est blessé légèrement par l'explosion d'un piège. 4 mai 1945 : tir d'artillerie amie sur Bois-Joli. Un échange de coups de feu blesse un sous-officier allemand qui est capturé. 5 mai 1945 : tir de mortier ami. 7 mai 1945 : le 8e cuirassiers et les escadrons Schmitt et Martineau du 2e groupe d'escadrons de cavalerie apprennent qu'ils seront relevés dans la nuit par le 123e groupe de DCA, de La Méchinière à Chauvé inclus, et par le 21e RI, de La Vesquerie à Chauvé. 

6 mai 1945. Le jeune sergent-chef Gabriel Clisson, 18 ans, du 17e BCP, est tué d'une balle dans la tête par un sniper, vers le canal de Nantes à Brest. Il était issu de la compagnie autonome Bretteval, des FFI de la Vienne (capitaine Pierre Léquime). Auparavant, cette compagnie avait perdu le sergent Léon Minaud, en mars 1945, et Paul Bosc, tué en service commandé. 

8 mai 1945 : reddition de la garnison de Saint-Nazaire.

13 mai 1945 : Joseph Trissoucot, du 8e cuirassiers, meurt des suites de ses blessures, à l'hôpital de La Perverie.

Les cadres du 17e BCP au 1er octobre 1944

Chef de bataillon Costa de Beauregard.

Capitaines Wauquier, Morisot, Lanlo, Millot, de Montesquiou, Reille.

Lieutenants Vautravers, Poisson, de la Bastide, Jumelle, Dard, Latournerie, Desecures, Hogue, Rosengart.

Sous-lieutenants de Carvalho, Delgrange, Guillaud, Caffiaux, Le Loup, Gautereau, Hemar, Potez, Dupin, Beaupin.

Aspirants Auberge, Audas, Pain, Ragot, Maraud des Grottes, Rousseau.

Les cadres du 8e Cuirs au 27 février 1945

Etat-major : chef d'escadrons de Beaumont, capitaines Terrier, Soubde (médecin), Boumier (aumônier), lieutenants de Sainte-Croix, Gaignault.

Escadron hors rang : lieutenants Sappey, Dupont, sous-lieutenants Dumont, Desbois, capitaine Mian, maréchal des logis-chef Jourdain.

1er escadron : capitaine Colomb, lieutenants Migaud, Jeannel, sous-lieutenant Léré.

2e escadron : lieutenants Delong, de Chivre, sous-lieutenant Duconget, adjudant-chef Coget, adjudant Mouton.

3e escadron : capitaine Gueny, lieutenants de Lassus, de Bouglon, sous-lieutenant Fagot, maréchal des logis-chef Gougelot.

5e escadron* : lieutenants Mazarguil, Oberleander, sous-lieutenants Spaeth, de Lavareille, aspirant Chambry, adjudant-chef Prouteau.

6e escadron : lieutenant de Montesquiou, sous-lieutenant Ducamp, aspirant Casanova, adjudant Coutant, maréchal des logis-chef Popineau. 

* Le 4e escadron a été dissous.

Sources : archives du 8e cuirassiers, GR 12 P 106, SHD - archives du 17e BCP, GR 12 P 30, SHD - Luc BRAUER, Les chars de la Résistance. L'étonnante aventure d'un escadron FFI blindé sur la Poche de Saint-Nazaire, LIV éditions, 2014 - Jean COSTE, D3. Maquis de la Vienne, 1975.



mercredi 17 décembre 2025

Le 2e bataillon de chasseurs à pied (1944-1945)

(Photo parue dans l'ouvrage de René Pacaut).


Chef de corps : commandant Roger Daumont (Hurepoix).

Formé en septembre 1944 par les maquis du Louhannais (Saône-et-Loire), totalisant 28 officiers, 47 sous-officiers et 580 hommes au 15 novembre 1944, le bataillon rend les honneurs au général de Gaulle le 23 octobre 1944, puis défile à Paris le 11 novembre 1944. 

27 novembre 1944. Le 2e bataillon de chasseurs à pied, destiné à être attaché à la 1ère division blindée, est arrivé depuis deux jours en Alsace, établissant son PC à Landser. A l'origine, le 2e BCP, où les capitaines Pierre Bullier et André Marguenaux sont les adjoints au chef de corps, se compose de trois compagnies : la 1ère du lieutenant Roger François, la 2e du lieutenant Arthur Lavallée (Maury) et la 3e du lieutenant Robert Demesy (Comtois). Puis l'organisation a été complétée par la création d'une CA, avec le renfort de trois officiers et d'une centaine de FFI d'Autun le 21 novembre 1944, et confiée au capitaine René Vichot. Enfin, la CCB est commandée par le lieutenant Goy (Robert), qui sera versé dans l'artillerie, puis par le lieutenant Trontain (Louis). Partie de Mervans (Saône-et-Loire) le 22 novembre 1944, la 3e compagnie (Demesy) vient de relever une unité de zouaves portés devant Schliembach. Mais c'est la 2e compagnie (lieutenant Lavallée) qui, la veille, a poussé jusqu'à la rive gauche du Rhin et qui, ce 27 novembre 1944, subit les premières pertes du bataillon. Dans la forêt de la Hardt, en effet, près du carrefour 247, le chasseur André Galoustoff, 18 ans, est tué, et le chasseur Pierre Barrault, mortellement blessé à l'occasion d'une patrouille.

28 novembre 1944. Le 2e BCP passe à son tour à l'action dans la forêt de la Hardt. A 14 h 30, ces FFI de Saône-et-Loire prennent le carrefour 243, au prix de quatre ou cinq tués : le sergent-chef Maurice Rouzier, les sergents Robert Drapier et Guy Penon, le chasseur Emile Journeaux. Une douzaine d'hommes ont été blessés, dont le chasseur Jeugniot, mais une vingtaine de prisonniers ont été faits. 

29 novembre 1944. Les lisières Est de la Hardt sont atteintes. Relevé par la 9e DIC, le 2e BCP gagne l'agglomération de Mulhouse. Il va y défendre le Faubourg de Colmar, perdant plusieurs cadres et hommes : l'adjudant Marcel Maire, chef de la section de commandement de la 3e compagnie, et Michel Merlin, au cours d'une reconnaissance au-delà de la Doller, sur Illzack, le 7 décembre 1944 ; le sous-lieutenant André Desvignes, dit Dumoulin, chef de la section d'éclaireurs motocyclistes, le 12 décembre 1944 à Mulhouse.

15 décembre 1944. Un obus de 155 explose à Mulhouse où le 2e BCP défend le Faubourg de Colmar. Sont tués Claude Brongniart, Louis Donolo, Georges Flatot, Gabriel Roux, Marcel Tricot. René Pacaut cite également le nom de Raymond Veaux.

18 décembre 1944. Le 2e BCP est relevé dans la nuit du 18 au 19 par le 6e RTM.

23 décembre 1944. Mis à disposition de la 1ère DB, le 2e BCP gagne Burnhaupt-le Bas et va défendre le sous-quartier de Hauserwald et du Petit Hegelen, face au couvent d'Oelenberg et aux lisières Sud de la forêt de Nonnenbruch.

La bataille de Colmar 

20 janvier 1945. Le bataillon appartient à un groupement formé avec le 152e RI, à la charnière entre la 2e DIM et la 9e DIC, et il a pour objectif le couvent d’Oelenberg. Il a également pour mission, complète le journal de marche du bataillon, de « pénétrer dans la forêt de Nonnenbruch et border la route de Mulhouse-Thann, dans la région Sud de la Cité Else ».Voilà plusieurs semaines que la 1ère armée française projette d’enlever ces bâtiments situés près de Reiningue. L'opération avait été initialement envisagée mi-décembre 1944. Ce sera donc le 20 janvier 1945. Mais les conditions climatiques seront dantesques. Pour autant, dans ce bataillon qui est appuyé par un peloton de Sherman et un groupe de 155, le moral est bon. « Extraordinaire », même, écrira le chef de bataillon Roger Daumont. « Jamais, durant ma carrière, je n’ai vu des hommes animés d’un tel esprit », assure l’officier. 

Il aura bien besoin de cette volonté combative, car Daumont se sent « complètement isolé », en raison notamment des difficultés de transmissions. Pis, lorsque la préparation d’artillerie est déclenchée à 7 h 15, il constatera que bien peu de salves ont atteint l’objectif. A peine les tirs ont-ils débuté que le groupe franc, commandé par le sous-lieutenant Joseph Nau - un maréchal des logis-chef de la Garde âgé de 32 ans -, commence à s’approcher du couvent. La 3e compagnie le suit. « A 7 h 55, fin officielle d’une préparation qui n’a pas eu lieu », note, amer, le commandant Daumont. 

C'est bientôt l'enfer pour les chasseurs du Louhannais, et notamment à cause des mines « malheureusement recouvertes par de récentes couches de neige » (JMO). Le cahier de marche de la compagnie Demesy rend compte : « Le peloton léger commandé par le sous-lieutenant Nau parvient à l'enceinte extérieure (palissade en bois) du couvent sans recevoir un coup de feu. Mais, dès la brèche pratiquée dans cette enceinte, des hommes sautent sur des mines... La palissade est quand même franchie […] Alors, un feu nourri d'armes automatiques empêche leur progression. » Un des premiers, « le sous-lieutenant Nau est tué à bout portant alors qu'il venait de commander l'assaut à sa section », précise le JMO du bataillon. 

Progressant par le lit du ruisseau, suivie par le groupe de panzerfaust conduit par le lieutenant Demesy, la 1ère section du lieutenant Louis Charvot, composée des groupes du sergent Jean Monange, du sergent Clovis Chanussot et du caporal-chef Henri Thomas, passe également la palissade, afin d'aller détruire un poste de transmissions. « Mais le feu violent des armes automatiques fauche les hommes. C'est alors que le lieutenant Charvot saute sur une mine. De nombreux hommes sont blessés ; le chasseur Lance est tué. » Natif de Besançon, Léon Lance n'avait que 19 ans. Egalement touché, le chasseur Henri Millière est porté sur son dos par le sergent Monange, tandis que le sergent-chef Roger Tissot se dévoue pour ramener les tués, provisoirement laissés sur le terrain. Parmi les blessés de la section (Curau, Bourcet, Lefebvre...), un chasseur « ayant sauté sur une mine voit son pied coupé un peu plus haut que la cheville... Il se fait lui-même son garrot et arrachant son pied qui ne tenait que par un lambeau de chair à sa jambe, il le jette en disant : "Courage, on les aura". Puis, les chasseurs Laurent, Flament, blessés par des balles sont laissés sur le terrain, le lieutenant Charvot tué sur une mine, les chasseurs Duty, Bougaud, Thibaud et le caporal Pichet... » 

Le repli par le ruisseau doit être ordonné, et un nouveau tir d’artillerie français va être exécuté sur les bâtiments Sud du couvent. Mais il se révèle inefficace. Pour le chef de bataillon Daumont, l’attaque est un échec. C’est ce dont il rend compte au colonel Colliou, chef de corps du 152e RI, à 8 h 45. Si un nouvel assaut doit être tenté, estime l'officier de chasseurs, c’est à la condition de bénéficier d’une préparation d’artillerie réellement efficace, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. « A 9 h 15, écrit le commandant Daumont, les derniers chasseurs valides rejoignent le Brunnmatlein, au moment où les Allemands avec des mortiers à six tubes commencent à arroser la région du PC et la clairière immédiatement au sud du bois. » Le médecin auxiliaire du 2e BCP, Robert Mauchaussée, est tué, plusieurs servants de mortiers de 152e RI sont mis hors de combat. 

Il y a des pertes, également, et elles sont lourdes, à la section de l'adjudant Joseph Magnenot de la 3e compagnie, qui a été prise à partie par un groupe d’Allemands à proximité d’une porcherie. Ayant passé la Doller sur une passerelle que les hommes ont jetée, Magnenot, avec le groupe franc du sergent André Allamando, les groupes du caporal-chef Joseph Wyns et du caporal-chef Guidard, avait notamment pour mission de réduire au silence un mortier du couvent. Mais la riposte allemande a été meurtrière. « Le chasseur Coenart qui s'était déplacé un peu sur la gauche reçoit une balle explosive qui lui coupe deux doigts, rapporte le cahier de marche de la compagnie. Le chasseur Cordier, tireur du FM, tente de franchir le portail mais est tué net. » Après la mort de Marcel Cordier, 22 ans, le repli doit être également ordonné jusqu'à un talus. Mais Deloye est blessé, Robert Loiseau est tué à son FM, puis Michel Kuntzmann qui lui a succédé, et encore Roger Clerc, autre tireur au fusil mitrailleur. La position sur le talus n'est plus tenable. Nouveau repli, au cours duquel Communal, Curto, Deloye (pour la seconde fois) sont touchés. Si les chasseurs ont pu ramener les corps de Kuntzmann et Loiseau, celui de Clerc doit être laissé sur le terrain. 

Après l’évacuation des blessés, dont plusieurs, grièvement atteints, avaient pu être ramenés de l’intérieur du couvent par leurs camarades, le bataillon est regroupé au moulin de la Hardt. Afin d'atteindre un de ses objectifs – la route Mulhouse–Thann -, par une action de débordement par l'Ouest, Daumont met en route son bataillon depuis ce point. « Il franchit aux premières heures de l'après-midi la lisière Nord du Hauserwald, appuyé par une section de Médium qui, malheureusement, ne peuvent franchir le Barenbach, petite rivière encaissée », rend compte le journal de marche. Ayant perdu un chasseur de la 1ère compagnie prise sous le feu d'armes automatiques, le 2e BCP parvient aux lisières de la forêt de Nonnenbruch, à la nuit tombante. « Une tempête de neige fait rage depuis quelque temps et on doit évacuer les premiers gelés », rapporte le commandant Daumont dont les hommes se dirigent ensuite, à travers bois, vers le carrefour de la route Mulhouse-Thann et de la route de Reiningue. Là, il y a un pavillon de chasse, tenu par l’ennemi. Accompagné du chasseur Marcel Jouffre, de la 2e compagnie, le sous-lieutenant Joly part reconnaître ses abords. Tous deux sont mortellement blessés par le tir d’une arme automatique. Ce sont les ultimes pertes, en cette journée très éprouvante, du bataillon qui, « isolé à l'intérieur du dispositif ennemi » (JMO), va passer la nuit, par - 20°C, en forêt, sur un point d'appui circulaire, vers le carrefour 268,5. 

Quatre officiers – le lieutenant Louis Charvot, les sous-lieutenants Joseph Nau et Roger Joly, le médecin auxiliaire Robert Mauchaussée -, une dizaine de chasseurs auront perdu la vie. Parmi eux, note le journal de marche, « le chasseur Barnhoorn, un jeune Hollandais engagé à l'âge de 18 ans, frappé au cœur », est tombé « en criant "Vive la France". » « Sur 60 hommes composant la première vague d’assaut, plus de 30 sont tués ou blessés grièvement, dont deux officiers très grièvement », précise le commandant Daumont. « On découvre la souffrance, la rage, la fatigue, l'épuisement dans les traits tirés de visages, dans la flamme des regards, témoigne le journal de la 3e compagnie. Et il neige... Il neige toujours. Le sol est maintenant couvert d'au moins 20 cm... » Une question se pose : que sont devenus Duty, Bougaud, Thibaut, le caporal Pichet, laissés dans le couvent ?

Les tués du bataillon (hors officiers) : Johannes Barnhoorn, 18 ans, Roger Borgeot, 22 ans (mort le 24 janvier 1945), Paul Burtin, 20 ans, Eugène Charlot, 22 ans (pris en charge par le Groupe sanitaire de Toulouse, il est décédé le 23 janvier 1945 à Altkirch), Roger Clerc, 21 ans, Sylvain Cloix, 23 ans, Marcel Cordier, 22 ans, Gaston Couillerot, 20 ans, Paul Godard, 19 ans (mort le 22 janvier 1945), Gilbert Jacquot, René Jacquot, 21 ans, Marcel Jouffre, 20 ans, Michel Kuntzmann, 22 ans, Léon Lance, 19 ans, Robert Loiseau, 24 ans, Henri Millière, 20 ans, Louis Reboulet, 20 ans (décédé le 21 janvier 1945), André Reteau, 20 ans, Robert Thibaut, 19 ans, Pierre Trésorier, 20 ans, Paul Delay, 21 ans.

22 janvier 1945. Le 8e RTM prend enfin, facilement, le couvent d'Oelenberg, que l'ennemi a évacué. Cela permet aux chasseurs du commandant Daumont de retrouver les disparus de l'avant-veille, Duty, Bougaud, le caporal Pichet, qui avaient été soignés par des moines. Seul Thibaut manque à l'appel (il n'a pas survécu). Autre mauvaise nouvelle pour les hommes du lieutenant Demesy : « Nous apprenons la mort du chasseur Delay à l'hôpital d'Alkirch. Il y avait huit jours qu'il était marié. Sa femme était au bataillon comme dactylo. »

23 janvier 1945. Eprouvé par les combats du couvent d'Oelenberg, le 2e BCP quitte ses positions. « Il reste environ 50 hommes valides, note le journal de marche, les autres étant soit blessés par les tirs de l'artillerie ennemie, soit exténués par le froid. » Les opérations de Colmar lui ont coûté 26 tués, une centaine de blessés, 40 évacués pour pieds gelés. « Les morts et les blessés sont emmenés dans des couvertures, portées par des camarades plus heureux qu'eux qui, spontanément, chantent la Sidi-Brahim ».

Meurtri, le 2e BCP est renforcé, le 30 janvier 1945, par deux sections d'un bataillon FFI de Savoie et une section d'un bataillon parisien. 

14 février 1945 : Marcel Cordier, 20 ans, est tué par un tireur allemand dans le quartier de Petit-Landau où le 2e BCP est en ligne du 12 au 20 février 1945. 

2 avril 1945 : remonté en ligne le 30 mars 1945 dans le quartier de Plobsheim, le 2e BCP, désormais intégré dans la 14e division d'infanterie (3e demi-brigade de chasseurs), perd deux tués dans un accrochage avec des Allemands ayant passé le Rhin, le sergent Jean Liebgott, et le chasseur René Moscatelli. Il sera relevé trois jours plus tard par le 19e BCP.

8 avril 1945. Entré en Allemagne le 8 avril 1945, pour être mis à Landau à la disposition du général commandant la zone des étapes, le 2e BCP passe le Rhin face à Karlsruhe. Il se porte sur Rastatt puis, le 3 mai 1945, descend via Donaueschingen pour participer à la fermeture de la frontière germano-suisse, de Wlechs-am-Randen à Eppenhofen. A la fin de la guerre, il aura perdu 52 tués..

Sources principales : Service historique de la Défense (Vincennes). Archives du 2e BCP. GR 12 P 28 - PACAUT (René), Maquis dans la plaine. De la Bresse à l'Alsace avec les résistants, FFI et chasseurs du 2e BCP, Le Hameau, 1974.