jeudi 12 décembre 2024

La bataille de Colmar : 23 janvier 1945


Les volontaires du 1er Bataillon du Charollais affectés au II/35e RI.
Photo issue de l'ouvrage "Le maquis de Beaubery et le Bataillon du Charollais".

 Secteur de la 9e DIC

23e RIC 

    JMO : "A 10 h, une action [est] montée dans le but de s'emparer de Puits Anna, Cité Fernand, Cité Anna, mine de potasse. Le bataillon Visand attaquant à droite, appuyé à gauche par la compagnie Camors chargée de s'emparer de [Meyer-Hof]. Préparation d'artillerie à partir de 4 h 30 sur [Meyer-Hof], Puits Anna, les lisières Sud et Sud-Est de Cité Anna (les mines de potasse). Cette préparation (prolongée par des tirs de protection) sur les mêmes objectifs pendant dix minutes. A partir de 4 h 10, le III/RAC[M] en appui direct répondra aux demandes de tir du III/23. La CCI reste à la disposition du colonel.

    10 h. En fin d'après-midi, après une lutte particulièrement dure, les éléments qui avaient atteint les abords de la Cité Anna et le glacis Nord du bois rectangulaire sont ramenés en arrière. [Meyer-Hof] est tenu.

    Dispositif : I/23 moins la compagnie Camors ; [Meyer-Hof] : compagnie Camors, une section [anti-chars] de la CAC, un peloton de chars, un peloton de TD ; fabrique 237,5 : 9e et 10e compagnies, une section [anti-chars], PC avant III/23 ; Strueth : CB 3, PC [arrière] III/23 ; deux PA avancés : l'un au carrefour de la cote 241, l'un région cote 236,8 ; Lutterbach : sans changement. 

    Bilan de l'opération : 14 prisonniers faits, un automoteur détruit. Pertes amies : I/23, 4 tués, 15 blessés ; II/23 : 0 ; III/23 : 5 tués, 22 blessés dont le capitaine Aubert, 5 disparus. Trois chars HS, un mort, deux blessés, deux disparus.

    Harcèlement sur les PA et Pfastatt. Temps sombre, chute de neige, puis dans la soirée et la nuit dégel et pluie."

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert :

    "3 h. Le bataillon est enlevé en camion à Dornach. Il débarque à Illzach et se dirige à pieds sur sa base de départ de Kingersheim. Le chef de bataillon rassemble les commandants de compagnies à 4 h et leur donne l'ordre d'attaque. L'objectif du bataillon est la Cité Kullmann [Wittenheim], il sera appuyé dans son action par deux pelotons de Sherman et deux pelotons de TD. L'heure H est fixée à 10 h.

    9 h 30. Début de la préparation d'artillerie. La 11e compagnie, appuyée par quatre Sherman et commandée par le capitaine Gavillot se porte à l 'attaque du hameau 230,1."

    "L'attaque du hameau nord de Kingersheim [...]" : "A 800 m au nord du village de Kingersheim et de part et d'autre de la route, se trouve un hameau d'une trentaine de maisons, aujourd'hui en ruines. [...] Il est 9 h. Les premières maisons sont entre nos mains. Les voltigeurs qu'appuie un peloton de chars réduisent une à une les résistances ennemies solidement accrochées dans les caves et derrière les murs calcinés. Sur la droite, le groupe du sergent-chef Barbie [Maurice Barbier] est en tête. [...] Le groupe progresse dans le sillage de son chef. Tout à coup, un de nos chars, atteint par un "panzerschock" [sic], s'enflamme. Le coup est parti d'un soupirail voisin. Les voltigeurs ont repéré l'ennemi, ils s'approchent prudemment. Une rafale de mitrailleuse balaye la route : le sergent-chef Barbie, blessé, tombe. [...]

    Barbie se relève, il crie "En avant", et le groupe s'élance à l'assaut de la maison. Mais, au moment d'atteindre l'objectif, Barbie, touché  à nouveau, s'écroule, mortellement atteint. Etendu, tout près du char qui brûle, perdant son sang, Barbie commande toujours. "Allez-y les enfants, c'est pour la France." [...] La cave est nettoyée par le groupe."

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : la 11e compagnie s'empare du  hameau "en faisant une vingtaine de prisonniers. Très éprouvée par des tirs d'artillerie et de minen, privée du soutien des Sherman qui en une heure sont tous mis hors de combat, elle ne peut déboucher et elle s'organise sur son objectif.

    10 h 35 : la 10e compagnie reçoit l'ordre de s'engager, une section dépasse la 11e compagnie, atteint les dernières maisons de 230,1 mais prise sous des feux violents provenant de l'usine et d'une tranchée parallèle aux lisières Sud du village où une partie des défenseurs de 230,1 ont pu se replier, elle ne peut déboucher. Le chef de bataillon arrête le mouvement en avant. Le capitaine de Carville est blessé.

    15 h : les éléments de la 10e compagnie qui n'avaient pas débouché (deux sections fusiliers-voltigeurs et une SME) s'installent en PA aux lisières Nord et Nord-Ouest du village. La dernière section en 230,1 est mise sous les ordres du capitaine Gavillot pour la défense. 

    16 h : le hameau 230,1 continue à subir des tirs extrêmement violents d'artillerie et de minen qui causent de lourdes pertes. Le chef de bataillon décide de replier sur Kingersheim à la nuit tous les éléments poussés en avant. La 11e compagnie très éprouvée sera mise en réserve. La 9e compagnie qui n'a pas encore été engagée assurera la défense des faces Nord et Nord-Est de Kingersheim.

    19 h : le dispositif de la nuit est en place. Le repli de la compagnie Gavillot s'est effectué sans incident. Pendant toute la journée le village de Kingersheim et en particulier les abords du PC du bataillon ont été soumis à des tirs ajustés et nourris de l'artillerie ennemie. 

    Au cours de cette journée, les pertes s'élèvent à 32 tués dont cinq sous-officiers, 74 blessés dont quatre officiers et neuf sous-officiers."

2e bataillon de choc

    Issu du Bataillon Janson-de-Sailly, renforcé par plus de 250 volontaires du 2e bataillon d'instruction du Loiret puis par le renfort 502 constitué de Normands, le 2e bataillon de choc du commandant Berger a reçu la mission d'enlever la Cité Richwiller, à l'ouest de Mulhouse, et s'est pour cela porté de Magstatt à Richwiller. L'attaque est fixée à 14 h, avec l'appui du CC 1 de la 1ère DB. 

    Aspirant Claude Melmer (1) : "L'heure de l'attaque est dépassée. Les chars ne sont pas là, le commandant lance l'attaque. La 1ère compagnie attaque de front face à l'est, les 2e et 3e, traversant le bois au sud, protègent l'attaque ; la 4e compagnie, à cheval sur la route, partira avec les chars pour prendre la lisière Sud de la cité. Dès le départ, de violents tirs d'armes automatiques puis des rafales de mortiers tombent sur la 1ère compagnie engagée sur le glacis couvert de neige." Le capitaine de Fougerolles est blessé, ainsi que le chef de sa 1ère section. Le capitaine Jouandet vient prendre le commandement de l'unité, qui entre dans la cité et fait quatre prisonniers.

    Sergent-chef Jacques Malezieux-Dehon (1) : "Le soir les objectifs sont atteints - deux compagnies se barricadent pour la nuit dans la cité tandis que deux autres la passeront dans les bois environnants, par -20°C. Les 30 centimètres de neige les avaient protégés des schumine dont le sol était truffé;"

3e bataillon de zouaves portés

    Le 3e BZP constitue l'infanterie portée du CC 1 de la 1ère DB qui appuie les Chocs. Le JMO du bataillon, jusque-là non engagé, indique : "A partir de 12 h, le groupement Vallin se porte à Richwiller. Deux pelotons de chars du capitaine Boisredon [2e régiment de cuirassiers] sont mis à la disposition du bataillon de choc [...] pour s'emparer de la cité de Richwiller (O1). Le reste du groupement doit, après la prise de O1, s'emparer de la station (O2) puis de la Cité Amélie II. La Cité de Richwiller est atteinte. Puis le commandant donne l'ordre de suspendre le mouvement pour O2 et O3. Le groupement (moins deux pelotons de chars) reste donc à Richwiller." Pertes : un blessé au bataillon, dont un half-track de la 3e compagnie a été détruit par un coup de 88. 

Secteur de la 2e DIM 

    A gauche, la 2e DIM parvient à contrôler la route de Thann à Lutterbach. Mais il y a des pertes au 1er RVY (III/35e RI) qui, en forêt de Nonnenbruch, voit mourir à cause d'un obus l'adjudant Gabriel Jourdan, Guy Sergent et André Garnault. C'est dans cette même forêt qu'entre le II/35e RI - avec le I/8e RTM - tandis que le I/35e est relevé.

    Eprouvé par les combats du couvent d'Oelenberg, le 2e BCP quitte ses positions. "Il reste environ 50 hommes valides, note le journal de marche, les autres étant soit blessés par les tirs de l'artillerie ennemie, soit exténués par le froid." Les opérations de Colmar lui ont coûté 26 tués, une centaine de blessés, 40 évacués pour pieds gelés. "Les morts et les blessés sont emmenés dans des couvertures, portées par des camarades plus heureux qu'eux qui, spontanément, chantent la "Sidi-Brahim"."

    2e corps 

    Le 23 janvier 1945 est également le jour où, au nord de la poche, le 2e corps passe à l'offensive. Nous le retrouverons pour une relation des combats de Jebsheim et de Grussenheim, en particulier. 

Source complémentaire : Antoine Bechaux, Michel Lafuma, "Le 2e choc. Bataillon Janson de Sailly. 1944-1945", France-Empire, 1988 ; archives du 3e bataillon de zouaves portés, SHD. 



mercredi 11 décembre 2024

La bataille de Colmar : 22 janvier 1945


Des hommes du 35e RI FFI dans les rues de Schweighouse.
(Photo issue du livre de Gilles Hennequin sur le Régiment de Bourgogne).


 Secteur de la 2e DIM

32e et 152e RI

    "Le mauvais temps marque un degré de plus dans l'abominable", constate le général de Lattre. Qui souligne cependant un succès notable, à mettre à crédit de la 2e DIM : la prise de Reiningue. Elle est l'oeuvre du I/8e RTM, soutenu par la 7e compagnie (Charollais) du II/35e RI. Celle-ci parvient à faire 68 prisonniers, mais au prix de trois morts, dont Guy Carré et Pierre Lardy. A la 6e compagnie, Jean Roy, 17 ans, est tué à Reiningue.

    A Schweighouse où il a son PC, l'état-major du II/35e RI, que dirige le commandant Olivier Ziegel, absent des lieux à ce moment, est frappé par une tragédie. Un obus explose, tuant le médecin-lieutenant Alain Limouzin et l'infirmière Marie-Louise Poncet, blessant mortellement le médecin-capitaine Albert Saulgeot, et touchant plusieurs hommes dont les capitaines Lucien Rebouillat et Robert Toussaint.

    Le 8e RTM prend également - facilement - le couvent d'Oelenberg, que l'ennemi avait évacué. Cela permet aux chasseurs du 2e BCP de retrouver les disparus de l'avant-veille, Duty, Bougaud, le caporal Pichet, qui avaient été soignés par des moines. Seul Thibaut manque à l 'appel (il n'a pas survécu). Autre mauvaise nouvelle pour les hommes du lieutenant Demesy : "Nous apprenons la mort du chasseur Delay à l'hôpital d'Altkirch. Il y avait huit jours qu'il était marié. Sa femme était au bataillon comme dactylo."

    Dans le même secteur, le I/152e RI reprend l'attaque de la sous-station électrique près de Lutterbach. Elle est déclenchée à 8 h 50, après un quart d'heure de préparation d'artillerie. A la différence de la veille, les opérations évoluent favorablement, puisque la 1ère compagnie occupe son objectif à 9 h 40. En revanche, le déminage de la route de Reiningue s'avère difficile.

    En fin de matinée, déclenchement d'une nouvelle préparation d'artillerie, avant l'attaque de la partie Nord des zones boisées situées à l'ouest de la sous-station. Le sous-lieutenant Juif est blessé par la riposte allemande, mais à 12 h 45, la 1ère compagnie, appuyée par des TD, peut nettoyer le bois. Il reste encore, en début d'après-midi, à prendre les maisons de la prise d'eau, puis à atteindre la lisière Ouest du bois, enfin à achever son nettoyage. Pour un total de 68 prisonniers, le bataillon Erulin/Mairal a perdu, durant ces deux jours, 29 tués, 54 blessés et trois évacués pour pieds gelés. Lendemain, il passe en réserve, et les obsèques de ses morts sont célébrées à Morschwiller.

Secteur de la 9e DIC

23e RIC

    JMO : "Une attaque est menée par une compagnie du III/23 pour s'emparer de la fabrique cote 237,5 appuyée par un peloton de chars, un autre peloton étant emboué [sic] vers les abattoirs et appuyant de ses feux la progression. Appui d'artillerie : préparation échelonnée sur 30 minutes avec un groupe de 155 et deux de 105.

    A 13 h 30, la fabrique est prise. Des reconnaissances d'infanterie et de blindés sont poussées aux carrefours Nord de 240,0 et au carrefour 236,8. Elles sont ramenées en arrière à la nuit. Bilan de l'opération : 69 prisonniers dont deux officiers, un panzer jaguar [sic] détruit, deux PAK mis hors de service. Pertes : 5 tués, 17 blessés.

    Nuit du 22 au 23 troublée par les bruits de moteur et de chenilles à l'ouest de Richwiller. Nombreuses arrivées sur la zone de Pfastatt."

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "De 6 h 45 à 17 h : tirs de préparation sur les lisières Nord et Ouest de Kingersheim puis le nettoyage est entrepris. Quatre automoteurs sont signalés à la sortie Nord du village, se dirigeant vers le sud en longeant la lisière Ouest. De petits groupes et des isolés s'infiltrent vers le sud et sont signalés aux lisières Sud de la Cité Kullmann. A 11 h 30, un automoteur allemand touché par un TD flambe. Deux autres sont détruits par nos chars quelques instants plus tard.

    A 15 h le nettoyage de Kingersheim est achevé, à l'exception de la sortie Sud-Ouest du village, où quelques groupes se défendent encore farouchement. Deux sections de la 11e compagnie chargées de reconnaître le village 203,1 et le sud de la Cité Kullmann essuient dès leur débouché des feux très denses d'armes automatiques et sont contraints de se replier. Le lieutenant Cadet, chef de détachement, est blessé."

    Le lieutenant-colonel Dessert souligne la bonne tenue de deux compagnies du II/6e RIC, notamment de la 7e compagnie commandée par le lieutenant Anstett (successeur du capitaine Lassurguère), qui a dû "soutenir pendant plus de 24 heures les assauts répétés d'un bataillon allemand au moral intact."

    "Tandis que le II/6 repoussait si brillamment l'ennemi, le I/6 recevait l'ordre de nettoyer les rives Nord du ruisseau d'Hagelbach, et de rechercher la liaison avec le II/6 vers la sortie Sud-Ouest de Kingersheim. Parvenue à 16 h 30 au carrefour 233,8, la 1ère compagnie s'organise sur place après avoir vainement essayé de dépasser ce point. Une reconnaissance de blindés ainsi qu'un détachement du génie qui s'étaient par trop approchés des lisières Sud-Ouest de Kingersheim sont violemment accrochés."

    Journal de marche du III/6e RIC : "Le bataillon récupère ses deux sections [de la 11e compagnie] dans la nuit. Au milieu de l'après-midi, le chef de bataillon est convoqué au chef de corps en vue d'un engagement dans la matinée le lendemain."

    Dans une note datée de ce jour, le lieutenant-colonel Dessert, chef de corps du 6e RIC, précise, sur la foi des déclarations de prisonniers, que ses hommes ont eu à faire au 2e bataillon (Rempa) du 726. Grenadier-Regiment (716. Grenadier-Division), au "137e régiment de chasseurs" (major Grumb, 1er bataillon : hauptmann Neubourg, 2e bataillon : major Selb) de la "2e division d'infanterie de montagne" venue de Norvège et peut-être d'éléments d'artillerie de la 338. Infanterie-Division.


mardi 10 décembre 2024

Il y a 80 ans : la conquête de Loechlé, 10 décembre 1944


     

    La conquête de Loechlé, au bord du Rhin, préfigure les combats qui seront menés du 20 janvier au 9 février 1945 dans la Poche de Colmar par le 6e régiment d'infanterie coloniale. Il s'agissait de réduire, maison par maison, la garnison allemande retranchée dans la localité.

    L'opération - Loechlé et la centrale électrique - est exécutée par les 2e et 3e bataillons du 6e RIC. C'est un détachement du III/6e RIC, confié au capitaine Hervet, qui est chargé de l'attaque du village. En voici les principales péripéties, sur la base d'une relation conservée dans les archives du régiment.

    "A 6 h 45, la préparation d'artillerie se déclenche. Deux groupes de 105, un groupe de 155, la CCI [compagnie de canons d'infanterie] pilonnent le village et l'usine (5 000 coups sont tirés en 30 minutes).

    7 h 15 : le capitaine Hervet est blessé, le capitaine [Francis] Bourriquen prend le commandement du détachement. 

    7 h 20 : [...] Un soldat [du] groupe de mitrailleuses [blessé] rend compte que le groupe [a été] à peu près détruit à 150 m de la lisière par notre tir d'artillerie trop court. Le sergent-chef Gevaer est immédiatement envoyé à ce groupe et avec les trois hommes valides réussit à se mettre en batterie à la lisière pour appuyer le débouché de la section Martin. [...]

    7 h 30 : débouché de l'attaque. La section [de l'aspirant Jean Chelveder] s'est portée en liaison avec un TD et un GM [groupe de mitrailleuses] qui appuieront son débouché. [...] Les trois groupes bondissent simultanément sur leurs objectifs, sous le feu de deux mitrailleuses ennemies. Deux soldats sont tués. Les maisons sont prises d'assaut. Quelques éléments réussissent à traverser la route. Onze prisonniers tombent entre nos mains. Quelques maisons résistent qui sont nettoyées à coups de grenades à fusil. L'aspirant Chelveder et le sergent Benhamou sont tués côte à côte par balles. Le sergent-chef Martinez prend le commandement de la section."

    De son côté, la section du sous-lieutenant Martin, rejoint par un groupe de la section de l'adjudant Le Quellec, "prend pied dans la partie Ouest du village au sud de la route. [...] Le sous-lieutenant Martin est blessé à la jambe par balle en abordant les premières maisons. Une à une, les maisons sont réduites et la progression est très difficile. [...]" C'est l'adjudant Jean Tafanelli qui prend le commandement de la section Martin.

    Le détachement a désormais face à lui plusieurs résistances dont "une [à] l'école avec une arme automatique qui bat la route".

    "9 h 15. Le commandant du groupement donne l'ordre à l'adjudant Le Quellec de réduire [un] nid de résistance. Un groupe de l'adjudant Tafanelli avec son FM, un rocket et deux lance-grenades de la CA neutraliseront les mitrailleuses pendant le mouvement. [...]

    9 h 30. Le nid de résistance est réduit. L'adjudant Tafanelli reçoit l'ordre de se porter dans les maisons Sud-Ouest de l'école avec un groupe. Le deuxième groupe se portera dans la partie Sud de l'objectif de la section et tachera de reprendre la liaison avec la section Chelveder. [...]

    La grosse résistance ennemie se retranche dans l'école. Pendant une heure on se mitraille de part et d'autre de la route. L'adjudant Tafanelli en utilisant les boyaux creusés par l'ennemi réussit à atteindre les maisons Sud du carrefour à l'ouest de la route."

    Il est alors fait appel aux tank-destroyers qui, à 11, détruisent l'école. "Un officier et 22 défenseurs se rendent". Reste la résistance à l'église au cimetière, le détachement - dont le capitaine Langlais, adjudant-major du III/6e RIC, a pris le commandement - étant renforcé par la section Pavard.

   Renforcé par deux groupes de l'adjudant Le Quellec, l'adjudant Tabone "reçoit l'ordre de s'emparer de l'église en partant du cimetière. On lui adjoint une équipe de rocket des TD. Son action sera préparée par un tir nourri des mortiers de la CA sur l'église et les résistances repérées à l'est du cimetière.

    11 h 30. Tir des mortiers : le groupement Tabone démarre. Il s'empare de l'église, du presbytère et des maisons avoisinantes et fait douze prisonniers. [...] Toute résistance a cessé dans le village."

    La nuit sera calme, mais le lendemain, Loechlé subit des tirs de harcèlement. "L'adjudant Tafanelli, le sergent-chef Monot et deux soldats de la 11e compagnie sont grièvement blessés par un obus qui défonce la cave où ils étaient abrités. L'adjudant Tafanelli meurt à son arrivée au poste de secours."

    La conquête de Loechlé défendu par "deux compagnies" aura permis au III/6e RIC - dont les derniers éléments sont relevés le 12 décembre 1944 par un peloton du Régiment d'infanterie coloniale du Maroc - de faire 50 prisonniers dont deux officiers, de prendre notamment quinze mitrailleuses et un canon de PAK de 75. Le détachement a perdu 19 tués dont l'aspirant Chelveder, l'adjudant Tafanelli et les sergents Benhamou et Georges Janin, et 34 blessés dont le capitaine Hervet, le sous-lieutenant Martin, l'adjudant Le Quellec, les sergents Medori, Hartz et François. 

Source : compte-rendu du colonel Dessert du 4 janvier 1945, archives du 6e RIC, GR 12 P 253, SHD, 

lundi 9 décembre 2024

La bataille de Colmar : 21 janvier 1945


Le lieutenant-colonel Marcel Colliou recevant le drapeau du 152e RI (ex-Régiment d'Auvergne).

Secteur de la 9e DIC 

 23e RIC

    JMO du 23e RIC : "Au matin, la progression doit reprendre, mais se heurte à une résistance ennemie accrue. Au soir, Richwiller est pris, la ferme Grossacker est prise et Lutterbach est complètement nettoyé. L'action à l'ouest a été menée par le I/23, à l'est par le III/23, le II/23 achevant de nettoyer Lutterbach.

    Bilan de l'opération : 32 prisonniers pris à Richwiller, dix prisonniers pris à Grossacker, 98 [ou 96] prisonniers pris à Lutterbach.

    Pertes amies : II/23, cinq blessés dont un officier, sous-lieutenant [Léon Creze, décédé] ; III/23 : 17 tués dont un officier, sous-lieutenant [Maurice] Siro, 43 blessés ; I/23 : [6 tués ?], 18 blessés dont un officier, lieutenant Denis, trois disparus. Neige toute la journée. Nuit calme". 

6e RIC

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Dessert : "Dès la pointe du  jour l'ennemi lance sur Kingersheim un bataillon du 137e régiment de chasseurs alpins, unité venant du front de Finlande et nouvellement arrivée en Alsace. La contre-attaque est appuyée par cinq automoteurs. Nos tirs d'arrêt causent à l'adversaire de lourdes pertes sans cependant l'empêcher d'aborder le village et de prendre pied aux lisières Nord et Ouest. Mais la 7e compagnie tient bon, groupée au centre et au sud-est du village.

    A 9 h, les chars et TD restés à Illzach sont envoyés à Kingersheim.

    A 10 h, la 6e compagnie se porte à sont tour à Kingersheim où elle s'installe défensivement face au nord et à l'est. La défense de Kingersheim est confiée au capitaine Petit.

    A 13 h, la contre-attaque est arrêtée, mais l'ennemi occupe toujours les lisières Nord et Ouest du village. En outre, pendant toute la matinée, des mouvements d'Allemands sont observés sur la rive Est de l'Ill et autour de Sausheim. Un groupe traverse l'Ill à hauteur d'Illzach, ce qui fait craindre une infiltration vers cette localité. Tous ces mouvements sont arrêtés par notre artillerie.

    A 18 h et 21 h 30, des patrouilles envoyées vers l'est trouvent les gués de l'Ill aux mains de l'ennemi. Pendant toute l'après-midi du 21 et la nuit du 21 au 22, les villages d'Illzach et de Kingersheim subissent de violents tirs d'artillerie et de mortiers ennemis, et l'on se bat avec acharnement de maison en maison."

Secteur de la 2e DIM

3e groupement de choc

    Dans la zone d'opérations de la 2e DIM, le 3e groupement de choc s'apprête à être lancé au combat dans la nuit du 20 au 21 janvier 1945. Sous les ordres du lieutenant-colonel Régis Bouvet, il est composé du 5e bataillon de choc (ex-Groupe de commandos d'Afrique) et du 6e bataillon de choc (ex-Groupe de commandos de Provence). Ce groupement avait été renforcé par le Bataillon Paris, issu du Bataillon du château de Madrid et du Bataillon du Mont-Valérien (26/22).

    Compte-rendu du lieutenant-colonel Bouvet : "La mission initiale du 3e groupement de choc connue du lieutenant-colonel le 16 janvier était : s'emparer de Cernay et Uffholtz en débordant par l'est ces deux localités, dès que les unités de la 2e DIM lui livreraient les passages de la Thur [...] Forme désirable à donner à cette opération [...] : approche nocturne de la pointe du bois à la Thur, franchissement nocturne de la Thur par un premier échelon qui devait s'emparer des deux fabriques, dès la création de cette tête de pont exploitation sur Cernay et Uffholtz. L'opération devait être exécutée à la faveur de la nuit, l'attaque proprement dite sur Cernay et Uffholtz devant se déclencher à la pointe du jour. [...]"

    Dans ce compte-rendu daté du 23 janvier 1945, Régis Bouvet émet un regret : que ses hommes soient contraints à marcher près de 40 km, et non en camions, de Giromagny à Burnhaupt-le-Haut, les 19 et 20 janvier, sous la neige et dans la nuit.

    Le 20 janvier 1945, le lieutenant-colonel Bouvet apprend "vers 12 h que Lutzelhof n'était pas pris contrairement aux renseignements. Le détachement aux ordres du commandant [Fernand] Raux était déjà parti et vers 13 h le commandant Raux était blessé en traversant Schweighouse". Fernand Raux a été touché avec le sergent-chef Jean-Baptiste Luquet et le soldat Pierre Contessi.

    En réalité, le 5e RTM a pris Lutzelhof et repris sa marche en avant. Bouvet espère avancer par la forêt mais le colonel Dewattre du 5e RTM lui a indiqué qu'il était impossible de cantonner à Schweighouse à cause des tirs ennemis. Pour exécuter cette opération, Régis Bouvet estime que "le fruit n'est pas mûr". Il a "la sensation que le 5e RTM n'a pas atteint la voie ferrée dans la région entre Spartvientel [sic] et la Cité Else [...]. Dans ces conditions, l'affaire prévue était à l'avance comprise [...]. On n'était pas aux passages de la Thur." Le chef du 3e groupement de choc est plutôt partisan d'une "action de force avec artillerie et chars". Mais le commandant Albert Ruyssen lui rapporte l'ordre de la 2e DIM de réaliser l'action "avant le lever du jour". 

    Le lieutenant-colonel envoie le capitaine Mollat avec un échelon précurseur à la ferme Lutzelhof, pour prendre contact avec le commandant du bataillon du 4e RTM, puis remet une note au commandant Paul Ducournau, chef du 5e bataillon de choc : "Méfiez-vous des renseignements concernant la voie ferrée. Je n'y crois pas. Ne lancez pas l'affaire si vous constatez réellement que le 4e RTM et le 5e RTM n'y sont pas."

    JMO du groupement. "21 janvier [1945]. Venant à pied de Burnhaupt-le-Haut par Schweighouse, il [le 3e groupement de choc] avait pour mission de s'emparer de la fabrique royale et de la fabrique 500 m Est. Il devait partir à 6 h 30 d'une base de départ matérialisée par la voie ferrée au sud du Faubourg de Belfort.

    Au lever du jour, le commandant Ducournau, dont les éléments ont été retardés à la suite de l'erreur d'un guide, se trouva avec la certitude que nos éléments ne tenaient pas la voie ferrée. Le débouché par ailleurs devenait impossible momentanément en raison du lever du jour. Le problème consistait seulement à atteindre la voie ferrée. L'horaire des tirs d'artillerie (tirs de harcèlement exclus qui avaient été maintenus) avait été décalé et les tirs de préparation avaient été décidés "à la demande". Or c'est précisément le moment où le commandant Ducournau faisait fouiller la maison située au nord-ouest du Spartviertel [sic] que l'ennemi choisit pour attaquer en force avec cinq chars et de l'artillerie.

    Dès le début le combat est très violent. Les unités faisant mouvement avant le jour le long de la lisière en terrain découvert reçoivent l'ordre de s'abriter dans les bois. Un char (Jagdpanther) avance sur la Voie romaine, et à coups sûrs mitraille et tire au canon l'infanterie. Nos chars (en attente à Lutzelhof) ne peuvent démarrer facilement malgré la demande pressante du lieutenant-colonel Bouvet. Leur dispositif est le suivant : un peloton accompagné par de l'infanterie essaiera de soutenir la défense par la Voie romaine, un peloton en réserve constituera autour du point d'appui de Lutzelhof une ligne de patrouilles volantes destinée à empêcher les infiltrations ennemies et à protéger le PA. Malheureusement nos chars ne peuvent en aucun cas pénétrer sous-bois alors que les chars allemands le font sans difficultés. L'artillerie d'appui du commandant Ducournau entre en jeu avec célérité, mais la difficulté de circonscrire exactement la position de nos éléments sous bois gêne l'appréciation des tirs.

Les points d'appui du groupe d'Afrique [5e bataillon de choc] tiennent après la première surprise. Le lieutenant Chochon et le 1er commando encerclés en point d'appui à l'extrême Nord du Spartviertel se défendent avec acharnement mais hélas personne ne reviendra de ces points d'appui largement débordés à travers le bois et non appuyés à l'est puisque le 5e RTM (1er bataillon) se replie à toute allure.

Le lieutenant-colonel devant cette situation prescrit aux autres commandos, le commandant Ducournau étant blessé et évacué vers 8 h, de tenir solidement en arrière le carrefour 1 km NE de Lutzelhof et le carrefour 204.39.

Il prend sous son commandement le bataillon du 4e RTM et les éléments du Régiment de Bourgogne qui se trouvent à hauteur des carrières et du carrefour 1 km Nord de Lutzelhof et qui sont dûment malmenés par les chars. Il prescrit en outre au commandant de Courson de tenir fortement le bois de Rozengarten. Enfin il fait immédiatement rechercher la liaison avec le 5e RTM. Cette liaison est introuvable. Ce n'est que vers 10 h qu'il retrouve le PC du bataillon du 5e RTM à 600 m Sud de la ferme de Lutzelhof vers le carrefour 1 100 NE de Lutzelhof.

Les tirs d'artillerie font reculer les chars allemands. Vers midi, la situation est rétablie et un prisonnier arrive au PC [102e bataillon de chasseurs de montagne], donne au lieutenant-colonel la mission reçue : "Reprendre le terrain perdu la veille avec appui de chars." Le bataillon, frais, transporté en camions de Cernay dans la soirée avait fait mouvement entre la Thur et la lisière du bois (cagoules blanches, équipements...) et était sur la base de départ : la voie ferrée, au moment de l'incident de la maison. Son axe d'attaque était la Voie romaine. Son objectif initial, la ferme de Lutzelhof.

Une deuxième attaque eut lieu à la tombée de la nuit et exécutée par la même unité fut rejetée.  Un autre prisonnier fait par le 2e commando et appartenant à la même unité confirma les dires du premier. [...]

Le groupe de commandos de Courson ne fut que très peu engagé, le lieutenant-colonel voulant surtout [...] leur laisser le temps de s'aguerrir aux réactions d'artillerie. Ils n'eurent que peu de pertes. Toutefois, l'émotion initiale passée pour les deuxièmes échelons, à part quelques cadres incapables, l'ensemble des unités tint correctement au moment de l'accrochage de la soirée [...]".

Sur 1 570 hommes, le compte-rendu adressé le 23 janvier 1945 à la 1ère armée donne le chiffre de 13 tués, 192 blessés, 176 disparus dont 101 du 1er commando. En réalité, il y eut, pour le moins, une cinquantaine de tués, dont les lieutenants Albéric Laurent, Jacques Chochon et Hocine Djaider. A noter qu'un officier du I/35e RI FFI, le lieutenant Jean Charlot, a été tué lors d'une reconnaissance dans ce même secteur.

En fin d'après-midi, "le groupe de commandos d'Afrique est relevé par les tirailleurs marocains et le Régiment de Bourgogne. Il se dirige vers Aspach-le-Bas où il arrive pour cantonner vers 22 h. On a laissé un commando en position suivant l'ordre du général Chappuis. Le PC du groupement s'installe à Aspach-le-Pont."

4e RTM

    Rapport du 2e bataillon : "La mission [...] était de reconnaître les possibilités de progression sur l'axe La Croisière - Pont de Cernay et occuper les maisons de la cote 200,1 [...].

    A 8 h 10, la 7e compagnie occupe la ferme (547,4 - 111,0). Le contact est maintenu à 200 mètres.

    A 8 h 15, une section de la 6e compagnie atteint les premières maisons du faubourg en 458,3 - 110,8, fait un prisonnier. Les autres sections sont arrêtées devant 300,1 où elles sont prises à partie par des tirs d'artillerie et armes automatiques ennemis.

    A 8 h 45, la 6e compagnie est contre-attaquée par infanterie appuyée par des chars. Pour éviter l'encerclement elle se replie et s'installe à la Croisière et le long de la route.

    A 9 h 15, un tir d'artillerie placé au nord de la Croisière stoppe l'avance de l'infanterie ennemie.

    A 10 h, la section Ferrand qui occupe la ferme que l'ennemi chercher à encercler reçoit l'ordre de se replier et vient occuper les habitations en 457,2 - 110,8.

    A 15 h, la section Mansour qui était installée sur le bord de la route à hauteur de la Croisière est ramenée à l'asile en réserve. 

    A 17 h 45, la section Mansour part avec trois TD pour dégager la Croisière prise à partie par des chars appuyé d'infanterie. Affaire terminée à 18 h 30."

    Pertes du bataillon : deux tués et onze blessés.


152e RI

    Au groupement Colliou qui a échoué la veille à conquérir le couvent d'Oelenberg, le 152e RI a pour objectifs la sous-station électrique de Lutterbach et la fabrique de Reiningue. Le 1er bataillon du commandant Emile Mairal est chargé de l'action principale. Sa 2e compagnie est formée depuis le 14 décembre 1944 par les Lyonnais du Bataillon Robespierre du capitaine Laplace. Ce sera pour eux le baptême du feu.

    Il est 7 h et il  neige. Les volontaires auvergnats et rhodaniens s'installent derrière un bras au sud de la Doller. Vingt minutes plus tard, débute la préparation d'artillerie. Dix minutes après le tir des canons de 105 et 155, les têtes des 2e et 3e compagnies passent la rivière sur des passerelles ou en pénétrant dans l'eau. La neige, la rivière, les fossés remplis d'eau glacée rendent difficile la progression du I/152e RI.

    Déjà, la compagnie Laplace est bloquée devant la fabrique et Lutterbach, le sous-lieutenant Yves Gayant est tué. Stoppée à 9 h 30 au sud de la route de Reiningue par un violent feu d'armes automatiques, la 3e compagnie du capitaine Vincent subit de lourdes pertes. Les sergents-chefs Roger Benel et Léopold Catty, les caporaux Charles Burgel et Roger Menegaux, les soldats Georges Chauvet, Jean-Marie Marc, Joseph Chossa, Alfred Todeschni et Pierre Poulon tombent, mortellement atteints. "Treize gradés et hommes sont également blessés au cours de cette tentative", précise le journal de marche de la compagnie Vincent, laquelle repasse le bras de la Doller.

    Une nouvelle tentative sera faite après une seconde préparation d'artillerie - à 11 h  35 selon l'historique du bataillon, à 12 h 30 selon le JMO de la 3e compagnie. "Le tir est légèrement trop long, les défenses établies à l'extrême bras Nord de la Doller ne sont pas atteintes, constate-t-on à la compagnie Vincent. L'unité déplore à nouveau la perte des soldats Ponchoux [Achille Panchout], [Louis] Boy et Fournel Jean. L'adjudant Lacroix et deux hommes sont blessés. 13 h 30 : la 3e compagnie reçoit l'ordre de se replier aux lisières Nord du bois Goben."

    Ayant commencé à faire mouvement à 11 h 30 le long de la rivière, la 1ère compagnie, si sa progression est lente, parvient de son côté à atteindre la voie ferrée. Officier de renseignements du bataillon, le sous-lieutenant André Dalseme saute sur une mine et meurt. Mais enfin la liaison est prise à Lutterbach avec le 23e RIC, et en fin d'après-midi, un peloton du 2e régiment de cuirassiers vient appuyer les Auvergnats. A 17 h, la fabrique est prise. Dix-hit prisonniers ont été faits. Mais l'attaque de la sous-station est reportée au lendemain. Le I/152e RI, qui s'installe dans des maisons à l'ouest de la station de Lutterbach, et que rejoint à 18 h le lieutenant-colonel Erulin, aura perdu durant la journée 23 tués et 40 blessés, contre 23 prisonniers. Il ne reste que 55 hommes valides à la 3e compagnie, placée en réserve de bataillon, 80 à la 2e, 82 à la 1ère, 120 à la CA.

Sources : archives du 3e groupement de choc (GR 12 P 96, SHD - Vincennes) ; archives du 152e RI (GR 12 P 25) ; Du Cantal au lac de Constance. Journal de marche du I/152. Juin 1944 - mai 1945.


    


    

dimanche 8 décembre 2024

La bataille de Colmar : 20 janvier 1945


Les corps des chasseurs du 2e BCP tombés devant le couvent de l'Oelenberg,
le 20 janvier 1945. (Photo issue du livre de René Pacaut).

 

    L'heure de la délivrance a sonné pour Colmar. Et pour une grande partie du territoire alsacien qu'il restait à conquérir. A peine la ville de Strasbourg est-elle sur le point d'être définitivement sauvée que le général de Lattre de Tassigny lance le 20 janvier 1945 une grande offensive. Celle dont il caresse le projet depuis plusieurs semaines. Elle sera la plus intense, la plus rude de la campagne.

    Favorisée, selon son instruction personnelle et secrète n°7, par la situation militaire allemande - difficultés en Ardenne, échecs d'attaques en Lorraine, offensive de l'Armée rouge sur le front Est -, constituant "la meilleure parade à la menace allemande sur Strasbourg", l'offensive sera engagée au petit jour du 20. Et se déroulera en deux temps.

    D'abord, au sud, le 1er corps (2e division d'infanterie marocaine, 4e division marocaine de montagne, 9e division d'infanterie coloniale, 1ère division blindée) agira pour faire tomber Cernay, s'emparer des points de passage sur l'Ill entre Meyenheim et Ensisheim, et permettre l'exploitation en direction de Brisach, point de passage sur le Rhin. Puis, au nord, le 2e corps (1ère division de marche d'infanterie, 5e division blindée), renforcé par la 2e DB française et la 3e DI américaine, entrera en action à partir du 23 janvier 1945, convergeant lui aussi vers Brisach.

20 janvier 1945, 1er corps 

    "Hélas ! Le temps n'a jamais été plus affreux que le 20 janvier", note le général de Lattre. C'est pourtant par une météo exécrable qu'après une préparation d'artillerie exécutée par 102 batteries, les tirailleurs de Carpentier et de Hesdin, les marsouins de Morlière se lancent à l'assaut, sous la neige, à partir de 7 h 55, sur une ligne Thann-Mulhouse, à la conquête des cités ouvrières, des puits de potasse, des sommets.

    Voici, au jour le jour, le détail des opérations menées par plusieurs de ces unités, grâce essentiellement aux journaux de marche et d'opération conservés à Vincennes. 

23e RIC

    Appuyé par un peloton de chars et un peloton de TD, le 23e RIC du colonel Jean Landouzy, encadré par le 152e RI à gauche et le 6e RIC à droite, a pour objectifs Pfastatt et Lutterbach, puis Meyershof et la Cité Anna, enfin la Cité Sainte-Barbe et Ruelisheim. Pour cette première journée d'offensive, l'appui d'artillerie est fourni par trois groupes de 105, six pièces de 105, deux compagnies de canons et deux groupes de 155.

    Le I/23e RIC du commandant Marie-Gabriel Alain progresse à droite pour s'emparer de Pfastatt, le II/23e RIC du commandant Robert de Loisy à gauche en direction de Lutterbach.

    La 5e compagnie du capitaine Charles Voisin doit donner la première. Au sein du II/23e RIC à majorité iséroise, elle constitue une unité auvergnate, puisque les deux-tiers de l'effectifs proviennent de volontaires du Puy-de-Dôme (3e compagnie, zone 14) qui se sont rattachés au Bataillon de Chartreuse. Son objectif : la teinturerie de Pfastatt, de l'autre-côté de la Doller. "Un monde, cette teinturerie ! écrit le capitaine Voisin. Un vaste rectangle de 700 m de long, sur 500 m de large, orienté nord-sud. Le mur Sud borde à 15 m la rivière et 150 m de terrain vague le séparent des premiers bâtiments, serrés dans l'enceinte. Tout autour, le billard. Un fusil-mitrailleur empêcherait le débouché d'un régiment."

    Pourtant, après avoir franchi la Doller à gué, l'unité, qui est en pointe de sa division, parvient à 7 h 05 à neutraliser la garnison en un quart d'heure, au prix d'un tué et deux blessés. Cette réussite permet ainsi de créer une tête de pont sur la rive gauche.

    Au soir, l'objectif 01 (Pfastatt et Lutterbach) du 23e RIC est atteint, "sauf l'extrémité Ouest de Lutterbach", note sobrement le JMO du régiment. Celui-ci a fait 157 prisonniers dont deux officiers. Le II/23e RIC déplore 13 tués dont le capitaine André Sicard, chef de la 7e compagnie) et 60 blessés dont le sous-lieutenant Feyler, le I/23e 12 tués, 42 blessés, deux disparus. Le soir, le 2e bataillon est à Lutterbach, le 1er à Pfastatt, le 3e du commandant Gaston Voisard à la teinturerie en réserve. "Nuit calme", rapporte le JMO du 23e RIC, qui a été épaulé durant cette journée par les pelotons Duwez et Giraud.

6e RIC

    Le 23e RIC a bénéficié, pour son attaque de Lutterbach, de l'appui feu du III/6e RIC (commandant Communal), qui était en réserve de la 9e DIC à Dornach - tandis que le 21e RIC est en position à L'Ile-Napoléon. Le reste du 6e RIC est engagé à droite des hommes du colonel Landouzy.

    Le "compte-rendu des opérations de réduction de la poche de Colmar" du lieutenant-colonel Dessert rapporte ainsi la journée du 6e RIC  : 

    "A 7 h 45, début de la préparation d'artillerie, les deux compagnies [2e et 3e du I/6e RIC] serrent au plus près de la berge Sud et commencent à franchir la Doller [...] sur quatre passerelles placées par le Génie. La 2e compagnie franchit la rivière sans grande difficulté et s'empare très rapidement de l'usine d'équarrissage (une mitrailleuse et une vingtaine de prisonniers sont faits). Elle poursuit sa progression en direction du couvent qu'elle atteint vers 8 h 30.

    Pendant ce temps, les sections de tête de la 3e compagnie ont franchi également la Doller malgré des feux ajustés des tireurs d'élite ennemis postés dans l'usine Manurhin. Bientôt elles sont arrêtées par des résistances installées dans l'usine et disposent de panzerfaust et de lance-grenades. Plusieurs sous-officiers et hommes de troupes sont tués ou blessés.

    Le lieutenant Boivin réussit cependant à pénétrer dans le bâtiment partie Est, bientôt suivi par la 3e section, qui elle aussi a eu des pertes sévères aux passerelles.

    Vers 8 h 45, un char Sherman, qui a passé la Doller à gué, permet aux hommes de passer par la rue longeant l'usine au nord.

    Vers 9 h 30, l'usine Manurhin est enlevée, à l'école la 3e compagnie se heurte à un très fort îlot de résistance. Le tir des chars est peu efficace. Les défenseurs se trouvent dans des tranchées creusées sur la place de l'école, les rues sont minées, prises d'enfilade par les armes automatiques, l'avance est lente. Heureusement un char permet de liquider la résistance, l'école tombe vers 11 h 30. Des prisonniers sont faits. La progression des compagnies reprend aussitôt, de maison en maison. Les objectifs sont atteints par la 2e compagnie à 12 h, la 3e à 13 h.

    A 13 h, à peine installée, la 3e compagnie subit une contre-attaque partie des bois de Kingersheim. Celle-ci est repoussée, plusieurs cadavres ennemis restent sur le terrain, quelques prisonniers sont faits. Le bataillon s'organise alors face au nord et se préoccupe d'établir la liaison à gauche avec le 23e RIC.

    Sans attendre la conquête définitive de Bourtzwiller, les premiers éléments du II/6e ont commencé à passer la Doller à 11 h. La 7e compagnie (capitaine Lassurguère) doit conquérir de haute lutte la base de départ sur des éléments ennemis qui se sont repliés, de Bourtzwiller dans les bois à l'est de cette localité. Cependant, à 14 h 30, la mise en place est terminée, il neige abondamment. Le débouché s'effectue après une préparation d'artillerie de 30 minutes, le village d'Illzach est nettoyé.

    A 17 h, la 7e compagnie et le peloton de chars sont poussés sur Kingersheim. Elle rencontre peu de résistance et s'installe défensivement dans le village conquis.

    A 18 h, la conquête d'Illzach et de Kingersheim est assurée. Une centaine de prisonniers reste entre nos mains. Les 5e et 6e compagnies s'installent défensivement à Illzach, la 7e à Kingersheim. Durant toute la journée, il a neigé et dans l'après-midi, l'artillerie et les mortiers ennemis ont réagi violemment, causant des pertes."

4e RTM

Dans le secteur de la 4e DMM, chargée, à gauche du 1er corps, de prendre Vieux-Thann et de déborder Cernay par le nord, les intempéries, la résistance ennemie font que seul le Herrenstubenkopf, qui domine la ville de Thann, est conquis.

Plus heureuse, la 2e DIM, à qui la mission principale de rupture en direction de Wittelsheim a été confiée, parvient à pénétrer dans la forêt de Nonnenbruch, à atteindre la voie ferrée, et à enlever l'asile d'aliénés au sud de Cernay.  

Exposé du capitaine de Mecquenem, commandant la 5e compagnie du 4e RTM : "Mission du régiment [...] : renforcé d'un groupe blindé du CC2 [de la 1ère DB], rompre la position ennemie de l'asile au bois de Nonnenbruck. S'emparer du faubourg de Belfort [Cernay] et si possible du pont de la Thur. [...] Deux compagnies en premier échelon : 5e compagnie à gauche (Ouest), 6e compagnie à droite (Est). Mission de la 5e compagnie : en liaison avec la 6e compagnie et avec un peloton de chars, assurant la couverture de flanc dans la direction de Vieux-Thann, se porter sur l'axe 314.7 - 309.8 - 309.5, s'emparer de la partie gauche (Ouest) de l'asile d'aliénés, pousser ensuite en direction du pont reliant le faubourg de Belfort à Cernay, s'installer sur la rive Sud de la Thur jusqu'au chemin Est. [...] Le premier objectif de la [5e] compagnie sera la ligne des blockhaus et la lisière Nord du bois dans lequel ils se trouvent. La compagnie en colonne double se portera à l'abri des tirs d'artillerie jusqu'à la limite de sécurité ; les éléments de tête seront alors dépassés par les chars qui neutraliseront les blockhaus. Les sections de tête nettoieront les bois dès que les blockhaus ne tireront plus. [...] Base départ (infanterie), fossé 100 m Nord des lisières [du] village d'Aspach. [...]

7 h 50 : bombardement [ennemi] des lisières Nord d'Aspach, trop tard pour gêner le débouché infanterie-chars.

8 h : les chars sont arrêtés au débouché par un champ de mines.

8 h 05 : les sections de tête sont bloquées après la levée des tirs d'artillerie par des tirs de mitrailleuses de blockhaus et deux armes automatiques et tireurs d'élite qui, situés sur la droite, prennent les sections de tête de flanc. [...]

8 h 10 à 8 h 40 : les 1ère, 2e sections, section lourde et section de commandement sont littéralement clouées sur place. Pertes nombreuses.

8 h 40 : les chars reprennent leur progression et dépassent la 3e section, élément de queue de la compagnie.

8 h 42 : les chars sont en batterie face aux blockhaus et les prennent à partie.

8 h 45 : manoeuvrant par la gauche et dépassant l'échelon de tête, la section de réserve qui n'a reçu aucun ordre progresse, dépasse les chars, donne l'assaut de la butte de tir et commence le nettoyage du bois de la gauche vers la droite. Réactions ennemies : le feu s'affaiblit.

8 h 47 : ordre à la 2e section : "en avant !". Un seul bond porte la 2e section à la lisière du bois sans pertes.

8 h 48 : ordre à la 1ère section : "en avant vers vos objectifs !" [...]

8 h 50 - 8 h 55 : le nettoyage du bois est terminé, une vingtaine de prisonniers sont capturés. 

9 h : le feu ennemi reprend en arrière et à droite sur des éléments isolés, des blessés et des brancardiers qui traversent la plaine. [...]

9 h 25 : à la porte du mur de l'asile, deux panzerfaust éclatent à proximité du char qui appuie la 1ère section. Le nid de résistance est trouvé, pris à partie par le canon du char, trois prisonniers sont faits par un groupe qui lui donne l'assaut.

9 h 40 : la route 308 - La Croisière est atteinte sans réaction ennemie. La liaison par 511 avec le bataillon ne fonctionne pas.

9 h 45 : rassemblement des chefs de sections et du chef de peloton de chars. Ordres : la progression sur O ne sera reprise que, lorsque les liaisons fonctionnent, l'artillerie pourra appuyer le débouché de l'infanterie des chars ; par contre, le nettoyage des boqueteaux et des casemates nord de l'asile sera entrepris immédiatement.

[La progression] des 1ère et 3e sections se poursuit sans incident. [...] [Un] auto-moteur ennemi se révèle et démolit en quatre coups  la maison du garde-barrière occupée par une pièce de mitrailleuse. Liaison impossible avec le bataillon par TSP, envoi d'un agent de transmission qui sera blessé. Aucune liaison à droite avec la 6e compagnie chargée de la conquête et du nettoyage de la partie Est de l'asile.

10 h : le chef de peloton de chars reçoit un ordre de son commandant de ne pas dépasser la route 308 - La Croisière sans nouveaux ordres du commandement. Une brusque rafale de neige obscurcit le temps.

10 h 15 : les casemates 300 m Nord de l'asile sont occupées sans incident. Les compte-rendus des chefs de sections signalent de nombreuses allées et venues ennemies aux lisières Sud de Cernay."

2e BCP

    Durant ces opérations, le Régiment de Bourgogne du commandant René Alizon soutient, comme à son habitude, les tirailleurs marocains de la 2e DIM. C'est ce même 20 janvier 1945 qu'il fusionne avec le 1er Bataillon du Charollais, dont les hommes sont versés dans la 7e compagnie (lieutenant Jean du Sordet), la CA 2 (lieutenant Mauz) et la CB 2, et avec le 1er Régiment de volontaires de l'Yonne. Tous sont réunis dans un 35e RI (dit Régiment Bourgogne-Yonne) confié au colonel Henri Manhès et qui perd André Brunet en ce premier jour d'offensive.

    D'autres volontaires bourguignons sont engagés le 20 janvier 1945 : ceux du 2e bataillon de chasseurs à pied. Le 2e BCP du commandant Roger Daumont, issu du Bataillon du Louhannais (Saône-et-Loire), appartient à un groupement formé avec le 152e RI, à la charnière entre la 2e DIM et la 9e DIC, et il a pour objectif le couvent d'Oelenberg. Il a également pour mission, complète le journal de marche du bataillon, de "pénétrer dans la forêt de Nonnenbruch et border la route de Mulhouse-Thann, dans la région Sud de la Cité Else".

    Les conditions météo sont épouvantables, mais dans ce bataillon appuyé par un peloton de Sherman et un groupe de 155, le moral est bon. "Extraordinaire", même, écrira le chef de bataillon. 

    A peine la préparation d'artillerie a-t-elle débuté, à 7 h 15, que le groupe-franc, commandé par le sous-lieutenant Joseph Nau, un maréchal des logis-chef de la Garde âgé de 32 ans, commence à s'approcher du couvent. La 3e compagnie le suit. "A 7 h 55, fin officielle d'une préparation qui n'a pas eu lieu", note, amer, le commandant Daumont.

    C'est bientôt l'enfer pour les chasseurs du Louhannais, et notamment à cause des mines "malheureusement recouvertes par de récentes couches de neige" (JMO). Le cahier de marche de la 3e compagnie du lieutenant Robert Demesy rend compte : "Le peloton léger commandé par le sous-lieutenant Nau parvient à l'enceinte extérieure (palissade en bois) du couvent sans recevoir un coup de feu. Mais, dès la brèche pratiquée dans cette enceinte, des hommes sautent sur des mines... La palissade est quand même franchie [...]. Alors, un feu nourri d'armes automatiques empêche leur progression." Un des premiers, "le sous-lieutenant Nau est tué à bout portant alors qu'il venait de commander l'assaut à sa section", précise le JMO du 2e BCP.

    Progressant par le lit d'un ruisseau, suivie par le groupe de panzerfaust conduit par le lieutenant Demesy, la 1ère section du lieutenant Louis Charvot, composée des groupes du sergent Jean Monange, du sergent Clovis Chanussot et du caporal-chef Henri Thomas, passe également la palissade, afin d'aller détruire un poste de transmission. "Mais le feu violent des armes automatiques fauche les hommes. C'est alors que le lieutenant Charvot saute sur une mine. De nombreux hommes sont blessés ; le chasseur Lance est tué." Egalement touché, le chasseur Henri Millière est porté sur son dos par le sergent Monange, tandis que le sergent-chef Roger Tissot se dévoue pour ramener les tués, provisoirement laissés sur le terrain. Parmi les blessés de la section (Curau, Bourcet, Lefebvre), un chasseur "ayant sauté sur une mine voit son pied coupé un peu plus haut que la cheville... Il se fait lui-même son garrot et arrachant son pied qui ne tenait que par un lambeau de chair à sa jambe, il le jette en disant : "Courage, on les aura." Puis, les chasseurs Laurent, Flament, blessés par des balles sont laissés sur le terrain, le lieutenant Charvot tué sur une mine, les chasseurs Duty, Bougaud, Thibaud et le caporal Pichet..."

    Le repli par le ruisseau doit être ordonné, et un nouveau tir d'artillerie français exécuté sur les bâtiments Sud du couvent. Mais il se révèle inefficace. Pour le chef de bataillon Daumont, l'attaque est un échec. C'est ce dont il rend compte au colonel Marcel Colliou, chef du groupement (et du 152e RI), à 8 h 45. Si un nouvel assaut doit être tenté, estime l'officier de chasseurs, c'est à la condition de bénéficier d'une préparation d'artillerie réellement efficace, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent.

    "A 9 h 15, écrit le commandant Daumont, les derniers chasseurs valides rejoignent le Brunnmatlein, au moment où les Allemands avec des mortiers à six tubes commencent à arroser la région du PC et la clairière immédiatement au sud du bois." Le médecin auxiliaire du 2e BCP, Robert Mauchaussée, est tué, plusieurs servants de mortiers du 152e RI sont mis hors de combat. 

    Il y a des pertes, également, et elles sont lourdes, à la section de l'adjudant Joseph Magnenot de la 3e compagnie qui a été prise à partie par un groupe d'Allemands à proximité d'une porcherie. Ayant passé la Doller sur une passerelle que les hommes ont jetée, Magnenot, avec le groupe-franc du sergent André Allamando, les groupes du caporal-chef Joseph Wyns et du caporal-chef Guidard, avait notamment pour mission de réduire au silence un mortier du couvent. Mais la riposte allemande a été meurtrière. "Le chasseur Coenart qui s'était déplacé un peu sur la gauche reçoit une balle explosive qui lui coupe deux doigts, rapporte le cahier de marche de la compagnie. Le chasseur Cordier, tireur du FM, tente de franchir le portail mais est tué net." Après la mort de Marcel Cordier, le repli doit être également ordonné jusqu'à un talus. Mais Deloye est blessé, Robert Loiseau est tué à son FM, puis Michel Kuntzmann qui lui a succédé, et encore Roger Clerc, autre tireur au fusil-mitrailleur. La position sur le talus n'est plus tenable. Nouveau repli, au cours duquel Communal, Curto, Deloye (pour la seconde fois) sont chassés. Si les chasseurs ont pu ramener les corps de Kuntzmann et Loiseau, celui de Clerc doit être laissé sur le terrain.

    Après l'évacuation des blessés - dont plusieurs, grièvement atteints, avaient pu être ramenés de l'intérieur du couvent par leurs camarades -, le bataillon est regroupé au moulin de la Hardt. Il se dirige vers la route Thann - Mulhouse, autre objectif, et parvient aux lisières de la forêt de Nonnenbruch, à la nuit tombante. "Une tempête de neige fait rage depuis quelque temps et on doit évacuer les premiers gelés", rapporte le commandant Daumont dont le bataillon perd encore deux hommes - le sous-lieutenant Roger Joly et le chasseur Marcel Jouffre, tués - en reconnaissant un pavillon de chasse vers le carrefour des routes Mulhouse-Thann et Reiningue. Par - 20°C, le 2e BCP va passer la nuit en tenant un point d'appui. Il aura perdu quatre officiers et une dizaine de chasseurs tués.

Sources : archives du 6e RIC, GR 12 P 253, SHD Vincennes ; archives du 23e RIC, GR 12 P 255, SHD Vincennes ; archives du 4e RTM, GR 12 P 65, SHD Vincennes ; archives du 2e BCP, GR 12 P 28, SHD ; PACAUT (René), Maquis dans la plaine. De la Bresse à l'Alsace avec les résistants, FFI et chasseurs du 2e BCP, Le Hameau, 1974.

    


lundi 2 décembre 2024

30 novembre - 1er décembre 1944 - Bourguignons et Limousins au combat à Bourbach-le-Bas


 

Mis sur pied après la libération de Dijon (11 septembre 1944), le Régiment de Bourgogne (commandant René Alizon, dit Guy) combat aux côtés des tirailleurs marocains de la 2e DIM depuis le lancement de l'offensive dans la Boucle du Doubs le 14 novembre 1944. Créé à partir de la colonne R5, le Régiment de marche Corrèze-Limousin (lieutenant-colonel René Vaujour, dit Hervé) vient de participer à la libération du Territoire de Belfort. Ces deux unités d'origine FFI vont être douloureusement éprouvées lors des combats de Bourbach-le-Bas et de la cote 475, les 30 novembre et 1er décembre 1944. En voici une relation détaillée.

30 novembre 1944.

"Bourgogne face aux chars à Bourbach-le-Bas.

Entre Doller et Thur, la 7e compagnie du II/Régiment de Bourgogne, qui opère au sein du groupement de Berchoux, a pris position entre Sentheim et Bourbach-le-Bas.

Au matin, elle part nettoyer la forêt de l'Eichwald, au sud-ouest de Bourbach en direction de la Doller et de Guewenheim. Son soutien : le peloton du lieutenant Eblé, du 2e escadron du 6e régiment de chasseurs d'Afrique qui, à 11 h 45, quitte ses positions.

Vers 14 h, les trois chars du peloton Eblé, qui sont accompagnés par des légionnaires du Régiment de marche de la Légion étrangère, détruisent, aux lisières Est de l'Eichwald, un canon de 75 PAK et un canon léger, pour un half-track américain que les Allemands avaient récupéré. C'est à proximité de ce véhicule que la section de FFI bourguignons du lieutenant René Mazzolini fait 32 prisonniers.

L'activité du lieutenant Eblé est telle qu'à 15 h, le peloton est à court de munitions. Il doit être relevé par un autre peloton du 6e RCA, celui du lieutenant René Hodin. Ce dernier dispose de trois Sherman et d'un TD, le "Bretagne" du 4e escadron du 11e RCA. Mais plutôt que de se diriger sur l'Eichwald, le peloton Hodin gagne la cote 475, la hauteur au nord-est de Bourbach-le-Bas sur la route de Roderen... au moment où les Allemands lancent une contre-attaque blindée. Trois Jagdpanther et un Panther viennent en effet d'apparaître sur la crête...

Bourbach-le-Bas et ses abords sont alors défendus par le I/Bourgogne (capitaine Paul Loquin), continuellement sous le feu ennemi depuis le matin. Ainsi, à la CA qui a été endeuillée par la mort du sergent Robert Sommet et qui vient de prendre position dans un bois à moins d'un kilomètre du village, les chars ennemis, par leurs tirs, ont blessé mortellement André Machin et l'infirmier Jacques Robert.

Dans l'après-midi, c'est le capitaine Bernard Giraud, commandant la compagnie, et André Dureuil qui sont tués dans le verger à l'est de Bourbach-le-Bas. Le lieutenant Jean de Montalembert remplacera Giraud, qui était prêtre dans le civil. Celui-ci n'est pas le seul commandant d'unité du régiment à trouver la  mort en ce tragique 30 novembre 1944 : le capitaine Scipion Nasica, de la 1ère compagnie, est tué en fin de matinée par un obus ayant explosé sur une butte. Sans doute la cote 475, objet de la contre-attaque allemande.

En quelques instants, deux des chars du lieutenant Hodin brûlent, le troisième est touché. René Hodin, les brigadiers Paul Carrière et Jean-Marie Regnier, les chasseurs Jean Grollet, Camille Masson, André Tisserand sont tués ou mortellement brûlés.

Un peloton de TD du 2/8e RCA, celui du lieutenant Ayoun, est engagé pour briser la contre-attaque. Il détruit deux des trois Jagdpanther et met en flammes le Panther. Le troisième Jagdpanther se replie. De son côté, le lieutenant Eblé a décroché pour rentrer, à 18 h, à Guewenheim, avec le TD "Bretagne".

L'intervention des chars allemands a entraîné une certaine panique parmi les fantassins qui tenaient la cote 475. L'affaire est évoquée par l'historique du 1er régiment de fusiliers marins, qui est soutenu par l'escadron Bourgeois du 11e régiment de cuirassiers. "Le 3e escadron (capitaine Fourlinie) contribue à repousser une contre-attaque de blindés allemands vers 15 h. Le peloton Le Sant, au contact, tire à la 12,7 sur des Jagdpanther armés de 88, qui détruisent un scout-car. Les fusiliers marins combattent à terre [...] Les fantassins (bataillon algérien du 4e RTM et FFI Bourgogne) affolés par la parution des chars refluent en désordre, officiers compris, dans Bourbach-le-Bas, et même sur les pentes à l'ouest du village, à l'exception d'une section du 4e RTM restée dans les bois au nord-ouest de 475".

Le "rapport au sujet des unités FFI employées par le 4e RTM" fait le même constat implacable, le 15 décembre 1944 : "La fatigue et les intempéries aidant, les deux derniers engagements [du Régiment de Bourgogne] furent lamentables. Devant Bourbach-le-Bas, deux capitaines [ayant été] tués et un grièvement blessé [...], [les] compagnies refluèrent en désordre au cours de la contre-attaque de chars."

Trois officiers bourguignons tués dans l'Eichwald

Cette contre-attaque a surpris les hommes du lieutenant Mazzolini engagés dans la forêt de l'Eichwald. Agé de 37 ans, l'officier est tué, ainsi que le sous-lieutenant Pierre Jeanson. Les FFI doivent se mettre à l'abri dans les fossés situés de part et d'autre de la route qui relie les deux bois. Leurs pertes ont été lourdes : le sergent Roger Bergeron, Georges Reygner, Guy-Roger Boffy (il est né le 28 juillet 1928 en Côte-d'Or), Maurice Garnier, Etienne Noirot, Raoul Tonnet, Paul Voituret ont été tués, avant que les chars français interviennent.
Dans la soirée encore, une vingtaine d'hommes de la 7e compagnie du lieutenant Armand Salade sont encerclés dans la forêt, combat au cours duquel le lieutenant Robert Eltrich trouve la mort. Secourus par les blindés, les hommes de la "7" sont relevés et envoyés en réserve à Soppe-le-Bas.

Egalement engagée, la CA 2 du capitaine Max Forêt déplore sept tués à la fin de cette rude journée : Georges Devot, Pierre Gaillard (17 ans), Pierre Reynal, Roland Coudrier, Marceau Garnier, Maurice  Gicquel et le caporal René Ramaget. Le sous-lieutenant Jean Cuff a été blessé, et deux hommes faits prisonniers (1).


Corrèze-Limousin arrive en plein combat

Une autre unité FFI va faire connaissance avec la cote 475 : c'est le Régiment de marche Corrèze-Limousin (RMCL), qui assurait jusqu'alors la défense de Felon et de Petite-Fontaine.

A 11 h, ordre est donné au 2e bataillon du commandant Gustave Lhermite d'embarquer en camions jusqu'à Soppe-le-Bas, puis de gagner Sentheim et Bourbach-le-Bas afin d'attaquer en direction du Bruckenwald, un bois situé entre la cote 475 et la route Guewenheim - Roderen. Les informations données à Lhermite et à son adjoint, le commandant Emile Dugros, font état de la possible perte de Bourbach. La progression se fera donc prudemment par le Bergwald, entre Sentheim et Bourbach.

C'est aux environs de 15 h que le mouvement s'enclenche, par le passage de la Doller sur un pont.

Commandant Lhermite : "Bourbach paraît encore tenu  par des éléments amis, notamment des chars, et au moment du départ à l'attaque, un combat de chars se déroule sur les pentes de la cote 475". Il s'agit de l'affrontement entre les Jagdpanther et les TD du 8e RCA.

Gustave Lhermite : "Dévalant les pentes vers Bourbach, une salve de 88 éclate sur les premiers éléments". Joseph Roulhac et Robert Jannicot, de la 6e compagnie, sont tués, le sergent Palard grièvement blessé. "Les 6e et 7e compagnies traversent vite Bourbach pour atteindre la crête 433-412", c'est-à-dire la route en forme de virage en épingle qui relie le village à Roderen et qui débouche sur la cote 475. "Profitant de la confusion que les chars français ont créée sur les pentes de 475, la 6e compagnie, animée par la capitaine [Fernand] Fady, continue la progression, couverte sur son flanc gauche par la section Delage [...] La 7e compagnie lie son mouvement à celui de la 6e sur les pentes du Bruckenwald. Elles s'y enterreront car la nuit tombe."'

A leur tour, la CA 2 du capitaine François Finas et la compagnie anti-chars du lieutenant Chambon arrivent dans le secteur et s'installent sur la ligne 433-412. Elles sont rejointes, à 21 h, par la 5e compagnie du capitaine Alphonse Picard. Agé de 18 ans, Gilbert Lenoir, originaire de Couzeix, se souvient : "Nous avons pris position en bas de la côte, il fait froid, il tombait de la neige mêlée de pluie. Nous avons dû creuser des trous individuels qui se remplissaient d'eau..." Le commandant Lhermite garde plutôt le souvenir d'une nuit "claire avec la lune, elle commence dans le calme en dehors d'un tir assez épars avec de l'artillerie allemande et de mortiers" (2). 

L'entrée en ligne des Limousins a permis la relève des Bourguignons fortement éprouvés. La CA 1/Bourgogne redescend à Bourbach-le-Bas et se place en bouchon sur les routes de Bourbach-le-Haut et Thann. La 1ère compagnie est relevée à minuit."

[...]

1er décembre 1944

"Les FFI de Haute-Vienne perdent la cote 475

C'est durant cette même nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944 qu'une nouvelle action offensive allemande est déclenchée au-dessus de Bourbach-le-Bas, sur la cote 475. L'affaire aura marqué le commandant Lhermite, qui la racontera en détail.

Il est environ 2 h lorsque les Allemands lancent un premier assaut sur les positions des compagnies Fady et Le Guillou, après préparation d'artillerie : "Bien enterrées, elles repoussent l'attaque, avec l'aide des tirs d'artillerie et de mortiers de la CA 2. Mais les jeunes, surtout à la 7e compagnie, ont dépensé beaucoup de munitions, alors que nous avons laissé une partie de la dotation à Felon, suivant les ordres d'allègement."

Vers 3 h 30, c'est un nouveau bombardement d'obus de 105 et de mortiers, de balles de mitrailleuses de 20 sur la ligne 433-412 et Bourbach. La nouvelle attaque qui lui succède est repoussée, mais les hommes du capitaine Charles Le Guillou n'ont presque plus de munitions. Pour maintenir leurs positions, ils se verront remettre une dotation ainsi que deux FM par les pionniers.

Une heure plus tard, le feu s'abat à une troisième reprise sur le bataillon Lhermite, qui attend avec impatience un ravitaillement par mulets. Cette fois, la situation est dramatique. La 7e compagnie a besoin de renforts. Lhermite lui envoie la 5e du capitaine Alphonse Picard. Mais les hommes du capitaine Le Guillou lâchent pied. L'officier vient lui-même annoncer cette nouvelle, "à bout de nerfs", à son chef de bataillon, vers 5 h 30. "La moitié de ses effectifs est détruite et les survivants se sont enfuis", note le commandant Lhermite.

Le chef de bataillon voit le danger : ce mouvement de reflux menace la 6e compagnie sur sa droite. Il ordonne à l'artillerie d'intensifier ses tirs d'arrêt devant la compagnie Fady, tandis qu'il confie au lieutenant de Solere la mission de reprendre en main la compagnie Le Guillou, dont le capitaine est toujours choqué, et de la ramener sur 433-412.

Mais voilà que, vers 6 h 30, le capitaine Fady arrive à son tour au PC. "Il a donné l'ordre de repli à ses sections : il ne pouvait plus tenir, débordé sur ses flancs, sans munitions, la première ligne attaquée au corps à corps", rapporte Lhermite, qui rend compte à son chef, le lieutenant-colonel Vaujour, de la perte de la cote 475 et du repli. Evidemment, Hervé est "furieux".

Enfin, le ravitaillement arrive. Le jour s'est levé. Le lieutenant-colonel de Metz, de l'état-major du RMCL - dont le 1er bataillon du commandant Pierre Merlat n'a pas été engagé - ordonne la reprise de 475. Mais c'est un bataillon très éprouvé, dont deux officiers viennent d'être blessés - le capitaine Vaucheret, de la CB, et le capitaine Fady, touché au côté et surtout au genou - que commande Lhermite, lequel garde en mémoire les "cris et gémissements de plus de 50 blessés" au poste de secours.

A la 6e compagnie, il n'y a plus que 45 hommes autour du lieutenant Quenot. La section de l'adjudant Albert Delage, composée de jeunes de la région d'Ambazac, a disparu. Au moins quatre de ses hommes, le caporal-chef Marcel Bertrand, les soldats Roger Quiecout, Jean Frugier et René Pichon, ont été tués. Les autres, à court de munitions, ont été fait prisonniers, dont Delage, ancien sous-officier de dragons, qui a été grièvement blessé. De son côté, la 7e compagnie déplore quatre tués, dix blessés et deux disparus.

Seule, finalement, la CAC du lieutenant Chambon sera lancée dans l'opération, à partir de midi, en progressant par la vallée de Michelbach. Mais ce sera un échec : vers 13 h, elle est stoppée à la cote 475 par des tirs d'infanterie, de mortiers, d'artillerie et même d'un char. Ses hommes doivent se terre dans les trous de combat anciennement occupés par la "6". "Le bataillon ne peut faire plus", se résigne le commandant Lhermite, dont un nouvel officier, le sous-lieutenant Chauviret, vient d'être "choqué" par l'explosion d'un obus. "La nuit va tomber", et tandis que la CAC reste sur ses emplacements, le chef du II/RMCL demande au capitaine Le Guillou d'installer un point d'appui entre la CAC et le I/4e RTM du commandant Thouvenot, afin de barrer la route Bourbach - Roderen. Nouvelle fin de non recevoir de l'officier, qui va bientôt partir en convalescence. Le lieutenant Quenot accepte la mission. Et le II/RMCL s'en tiendra là, restant sur ses positions jusqu'au 3 décembre.

Les pertes sont terribles au bataillon Lhermite, qui avait déjà perdu 46 hommes depuis le 19 octobre 1944 : quatre officiers et 17 soldats tués, quatre officiers, onze sous-officiers et 32 soldats blessés, deux sous-officiers et 18 soldats disparus. Soit 95 hommes mis hors de combat, dont 73 appartenant à la 6e compagnie (3). Un sous-officier, le sergent-chef Robert Malassenet, se sera distingué durant ces combats, après être tombé, avec une patrouille de trois hommes poussée sur la cote 475, "sur un point d'appui ennemi d'une trentaine d'hommes qu'il a attaqué courageusement et sans hésiter. A ramené dans nos lignes une mitrailleuse légère, un prisonnier". 

Le RMCL n'aura pas été la seule unité d'origine FFI à avoir été éprouvée durant cette rude affaire. Dans cette contre-attaque, la 2e compagnie du I/Bourgogne a perdu trois tués (Pierre Dechaux, René Mairet, Pierre Voisin) et deux prisonniers."

Sources : "Les volontaires de l'an 1944", tome 1 (2021), chapitre rédigé à partir de l'ouvrage de Gilles Hennequin, "Le Régiment de Bourgogne" (2006), et des souvenirs du commandant Gustave Lhermite, ainsi que d'archives conservées au SHD à Vincennes sous la cote GR 13 P 75.

(1) Selon le ministère des Armées, Bernard Corneaux est également mort pour la France à Sentheim, et Thoéophile Bytomski dans l'Eichward. Gilles Hennequin ne les recense pas, mais cite, parmi les morts, Stanislas Szurlej et Jean Briot.

(2) Dans le magazine "Vivre à Couzeix".

(3) Autres soldat du II/RMCL tués le 1er décembre 1944 : Armand Barrière, caporal-chef Auguste Bernhard, sergent-chef René Charles, Raymond Desjacques, sergent Adolphe Dormet, Roger Lamonge, Gaston Laubuge, Edmond Legrand, Charles Lelorrain, René Lelorrain, Lucien Maneix, caporal-chef Maurice Marbach, Marcel Perichon, Abel Teulier, Louis Lalet. Pierre Boutaud meurt de ses blessures à Belfort. Le commandant Lhermite cite aussi le caporal Marcel Dory, mentionné comme décédé le 21 décembre 1944 en Allemagne, le caporal Henri Froment et Louis Cheyroux, morts le 2 décembre 1944 à Belfort.